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L’indignation comme droit pour sauver sa dignité

Sous la mascarade électorale, se substitue un enjeu fondamental pour le citoyen, à savoir une volonté de jouir de ses droits les plus élémentaires et humains, à savoir la préservation de sa dignité et de sa liberté, qu’il peut aujourd’hui en France faire valoir par l’emblème démocratique que constitue le vote électoral. Un droit tant prôné et médiatisé par l’élite que l’on se demande s’il ne finira pas par devenir un devoir face au taux d’abstention montant dans notre société. Que suggère ce silence des urnes si ce n’est selon l’interprétation courante, qu’une ignorance et un désintérêt politique totale à l’égard de notre gouvernement ou encore, la preuve pour d’autres d’une incapacité à faire des choix face à l’inutilité des partis mis en place et à leur inefficacité avérée sur le terrain.

Que pouvons-nous penser face à cela, ou du moins, que pouvons nous ne pas faire face à ce spectacle politique trop peu sérieux ? Je ne m’indigne pas contre ceux dont la conscience politique s’insurge chaque jour et qui ont tendance à répondre qu’il faut néanmoins voter car la reconnaissance politique et tout ce qui s’en suit (social, économique, professionnelle…) ne peut être garantie que par notre investissement dans la « Cité » et ce, à travers les urnes qui constitue le recours pour peser sur le territoire local, régional et national. Ils vont jusqu’à nous conseiller d’y aller quitte à voter blanc pour légitimer le « un Homme, une voix » que prône le fondement de la démocratie. J’aurai aimé que ce slogan soit pluriel et qu’ils disent, « tous les Hommes, toutes les voix » car il semble bien que ce principe de singularité universelle omette quelques humains, dont la voix n’est certainement pas assez lucide, peut être au son trop exotique pour accréditer la démarche de citoyenneté française. Ne comprend la France qui n’est que français, mais d’ailleurs qui l’est car qu’est-elle, la France ? La question n’est pas de savoir qui est français mais que signifie de l’être dans un pays où la chimère gauloise envahit les représentations communes. Ou plutôt, ce qui pose tend problème, ce n’est pas l’exotisme mais c’est ce qu’il apporte au système en ce qu’il peut servir de prétexte pour justifier tous les maux français. Le mal se justifie par ce qui signifie ne pas être français, bien qu’on puisse l’être et donc le malaise français réside dans ce qui ne le symbolise pas. Ceux qui donc s’insurgent et me diront d’aller voter sont certainement munis de bonnes intentions, ils me diront aussi qu’il faut limiter la casse, contrer l’ennemi immoral, bien qu’il ne soit pas illégal et qu’il dispose d’un temps de parole important sur la scène médiatique.

Je pense qu’un droit est mutilé lorsque l’on se retrouve forcé et meurtri dans son for intérieur face à un choix forcé et stratégique, vicié et réalisé à contre coeur par sa conscience. Sommes-nous libres d’un choix non libre ? Ce serait pour ma part comparable à celui qu’on force à croire, à appliquer une religion à son insu. Est il libre celui la ? Certainement pas répondront les plus vifs défenseurs des libertés. Mais suis-je laïque, libre lorsque que l’on me force à faire un choix que je n’accepte pas, d’autant plus que c’est un droit ; ce qui en dit long sur le fait que le droit ne rend pas toujours libre et heureux, surtout quand il est bafoué et instrumentalisé. Même le désarroi exprimé dans le vote blanc fait encore de nous ceux qui acceptent, cautionnent ce système électoral qui pour ma part, n’est pas du tout démocratique, ou si il l’est, la démocratie n’est pas un bon système et elle n’est certainement pas un concept universel à pomper sur tout pays qu’on prétend civiliser à cette idéologie. A l’heure où on s’insurge contre l’inexistence en Afrique du processus démocratique, sur le trucage permanent de ses élections, on se pose rarement la question de savoir qui a instauré ce trucage constant de toute élection crédible, notamment au moment où se réalisaient pour ces pays les mouvements de décolonisation pour gagner l’indépendance. Ce fut le cas au Cameroun par exemple à l’aube de sa pseudo indépendance, pour ne prendre que cet exemple la, où cette technique fut de mise pour tout renversement d’élections justes et légitimes votées par le peuple lui-même. Mais ceux qui en étaient à la tête ne pouvaient convenir à l’Autorité de l’Empire. Et plus de cinquante ans et de françafrique plus tard, c’est aussi le cas en Côte d’Ivoire où l’on se permet de réélire celui que la constitution ivoirienne à choisie, sous prétexte que l’institution internationale sait mieux se saisir et appliquer le principe de démocratie. Elle choisit ses têtes, et ceux qui s’interposent auront la tête coupée, messieurs, dames. Les africains sont considérés comme incapables de décider eux-mêmes . Ils sont bien trop dociles et peinent encore à chercher de quoi s’abreuver d’un peu d’eau, pas encore potable, mais au minimum le moins infesté par ce que nos industriels français, européens, bref occidentaux, tentent de déverser dans leurs eaux. Apres tout, jetons la merde la où c’est la merde, et faisons croire qu’on va y instaurer le doux parfum du Nord, face à ce soleil agité du Sud qui laisse peu de place à la pensée. Ceux que nous votons en France sont ceux qui se font payer leur campagne électorale par ceux la même qui, multinationales, ont la richesse de leur offrir ce privilège et qui se manifeste concrètement à notre égard comme un matraquage visuel, auditif, mental et se sont ces mêmes firmes ou institutions qui ne cessent d’agrandir le fossé persistant entre les peuples.

Cet article, c’est juste pour dire que je ne donnerai pas ma voix en 2012 ni à tout vote électoral à ce qui a crée et perpétue les inégalités. Dois je me battre pour un droit sous prétexte que d’autres n’y ont pas accès ? Comprenez la question dans le sens que vous voulez, à savoir, deux alternatives. Ceux qui y verront la question suivante : ai-je le droit de ne pas aller voter alors que tant de gens ne pouvaient ou ne peuvent pas (femmes qui se sont longtemps battus pour y accéder, étrangers, sans papiers, bien qu’ils contribuent à la force économique et autre du pays, les pauvres pays sous développés contraints à un vote truqué et tous ceux qui rêveraient de pouvoir voter librement). L’autre alternative, c’est y voir la question : ai-je le droit d’aller voter lorsque justement, en votant je cautionne et alimente ce processus de vote, car en donnant ma voix, qu’elle quelle soit, j’accepte et dit oui pour que ceux qui justement ne bénéficient pas de ce droit en restent démunis ? On peut toujours se poser les mêmes questions, mais comme le problème du français n’est pas celui de savoir si il est français mais de savoir ce qui signifie qu’il le soit, le problème du vote électoral français est de savoir non ce qu’il est, ce que nous savons tous, mais ce qu’il signifie, ce qu’il représente au-delà de tous ces beaux concepts que nous prétendons rejeter tout en les légitimant, tout en étant dépouillé de notre engagement le plus profond que devrait être l’égalité. Celle-ci à géométrie non variable et intrinsèque à sa propre structure de société. Qui est étranger à un pays n’y est pas décidant, alors pourquoi la France, étrangère à l’Afrique, y préside. Que l’égalité commence par notre droit fondamental à nous indigner contre ce déni d’humanité. Que la fin arrête de justifier non seulement les moyens mais aussi les prémisses. Que la fin soit le résultat d’un procédé logique, qui des son départ est juste, appliquée et surveillée par un droit qui ne s’autorise pas les pleins droits. Boycotter le vote électoral, c’est aussi un droit, celui de retrouver sa dignité perdue, délibérément ou non, dans la machine infernale de la « guerre révolutionnaire » des esprits, sans parler des corps…

source : écrits personnels d’une citoyenne qui lit le grand soir

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