RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher
Auteur : Rosa LLORENS

Douleur et Gloire : encore une louche de macédoine à la sauce Almodovar

Rosa LLORENS
Les comptes-rendus de films dans la presse sont bien souvent de la publicité déguisée : la critique au sens propre (faire le tri entre le bon et le mauvais) ne s’accorde pas avec le néo-libéralisme consensuel, où tout ce qui rapporte de l’argent est bon. Almodovar est bankable, aussi ses films sont toujours encensés, bien qu’il ne soit qu’un faiseur cynique : la movida madrilène des années 70 est loin derrière nous et la fantaisie et les « audaces » d’Almodovar éventées ; aussi joue-t-il depuis maintenant 25 ans du pathos, mais, dans son cinéma, les sentiments sont aussi superficiels que ses jeux de jeunesse. Le Figaro, pour qui Douleur et Gloire est « un beau film sur le regret et la création » (association de termes qui ne veut rien dire), lui prédit la Palme d’or. Pour Libération, c’est « un beau film autobiographique mais sans narcissisme » (on se demande où commence le narcissisme pour ce critique), qui se confronte à la vie, au destin, à la création (de tout en vrac) « avec un calme et une évidence (...) Lire la suite »

Wardi : 70 ans après, l’espoir est toujours vivant

Rosa LLORENS
Wardi, du réalisateur norvégien Mats Grorud, est un film d’animation localisé dans le camp palestinien de Bourj el Barajneh, un quartier de Beyrouth. Les trop rares films palestiniens, ou faisant entendre des voix palestiniennes, sont souvent de beaux films. Malgré leurs mauvaises dispositions, les critiques, lorsqu’ils en parlent, au lieu de le nier, mettent plutôt en œuvre divers procédés pour les affaiblir et les neutraliser. Il est donc intéressant de jeter un coup d’œil sur quelques sites de cinéma avant de parler du film lui-même. Avoiralire introduit ainsi le film : « Sidi a été chassé de son village en 1948. » Par qui ? Pourquoi ? Ces lacunes ne sont pas innocentes, et on n’est pas surpris de lire en conclusion : « Wardi prouve que, quelle que soit la région du monde dans laquelle on vit, les histoires des peuples se rejoignent » ! On reconnaît le procédé de la généralisation pseudo-humaniste, qui renvoie bourreaux et victimes dos à dos, façon « Si tous les gars du monde ... », ou « si toutes les (...) Lire la suite »

Sérotonine, la molécule anti-Gilets Jaunes

Rosa LLORENS
La sérotonine est à la mode : dans son best-seller 12 Règles pour la vie. Un antidote au chaos,paru en janvier 2018, le Canadien Jordan Peterson en faisait déjà une panacée face aux problèmes de notre société. Mais que vaut le dernier Houellebecq ? se demandent des critiques. On peut y répondre en posant deux autres questions : pourquoi prend-on plaisir à lire les romans de Houellebecq ? S’est-il vraiment transformé, comme l’affirment certains critiques, en un citoyen solidaire, prophète et partisan des Gilets Jaunes ? Houellebecq a bien sûr analysé les clés de son succès, et il prend bien soin de donner, dans chaque roman, ce qu’en attend le lecteur : du sexe, des « effets de réel » et des partis-pris politiquement incorrects. L’élément pornographique est celui qui s’est usé le plus vite : les variations zoophile et pédophile sont bien mécaniques, expédiées comme une corvée. Du reste, remarque Houellebecq, en constatant la quantité d’émissions culinaires à la TV, l’Occident régresse au stade oral, « pour (...) Lire la suite »
18 

Miracle sur les ronds-points : les Gilets Jaunes réinventent l’esprit de Noël et le Contrat Social.

Rosa LLORENS
La période de Noël est bien souvent une corvée qu'on aborde dans la mauvaise humeur : il faut sacrifier à une obligation de consommation et, pendant un mois, on ne croise plus que des foules moroses, obnubilées par les cadeaux et victuailles à accumuler. Une fois rassasiés, on passe à un rituel tout aussi obligatoire et stressant : les soldes ; et les commerçants d'exiger de nous un esprit de consommation joyeuse. Les dindes et chapons ne sont pas que dans les assiettes : c'est nous qu'on gave. En marge de l'hyper-consommation des centres-villes, les GJ, eux, ont inventé de nouveaux rites, qui renouent avec l'esprit du premier christianisme : à la fièvre d'achats s'oppose l'esprit du don (les cadeaux déposés sur les ronds-points par des automobilistes solidaires), à la consommation individualiste, le partage : on retrouve le vrai sens du mot "agapes", qui signifiait, non pas "festin", mais "amour", "don de soi" (à actualiser en "fraternité" et "solidarité"). De même, cette année, la naissance (...) Lire la suite »

L’irrésistible déclin d’Emmanuel Macron

Rosa LLORENS
"Le roi est nu", lit-on dans bien des articles sur Macron et la crise des Gilets Jaunes ; on pourrait plutôt dire : "Le roi est creux". Comment cette bulle a-t-elle pu gonfler au point de devenir un président de la République ? Comment a-t-on pu exalter son "charisme", prendre au sérieux ses prétentions jupitériennes ? Début novembre encore, alors que les GJ préparaient leur Acte I, des journalistes de France Info s'extasiaient sur "l'itinérance mémorielle" : quelle culture ! où va-t-il chercher ces mots savants ? Ces appréciations ne pouvaient convaincre que d'une chose : l'insondable ignorance des media boys : ne connaissaient-ils donc pas les cirques itinérants ? Quelqu'un a-t-il osé faire le jeu de mots qui s'imposait sur le Cirque itinérant Macron ? Mais qui a vraiment vu en Macron, même pendant ses 16 premiers mois, un leader charismatique ? Pendant la période pré-Gilets Jaunes, le pays était muet, les médias dévidaient leurs dithyrambes unanimes sans se soucier de ce qu'il pensait : le job (...) Lire la suite »

The House that Jack built : descente aux Enfers et transfiguration de Lars von Trier.

Rosa LLORENS
Commenter un film de Lars von Trier, c’est toujours un work in progress, inachevable, tant il fonctionne sur divers plans à la fois, du plus naïf ou anecdotique au plus critique ou grandiose, du conte pour enfant à l’analyse politique ou au mythe. The House that Jack Built en apporte une nouvelle illustration : partant d’un personnage de fait divers, le serial ailler, et d’une comptine (le titre renvoie à une « chanson à accumulation » – analogue de la chanson française : « Le fermier prend sa femme, La femme prend la nourrice, La nourrice prend l’enfant... »), il construit une allégorie historique, mais surtout illustre (et il est le seul à pouvoir le faire) le mythe eschatologique de l’Enfer. Depuis qu’on a commencé à entendre parler du projet, les commentaires se sont focalisés sur l’histoire du serial killer. De ce point de vue, on peut d’abord se sentir déçu : on pensait que LvT allait aborder le thème de façon originale et percutante, que l’aspect fait divers gore serait désamorcé par l’ironie, que (...) Lire la suite »

Un peuple et son roi : un livre d’images sans queue ni tête

Rosa LLORENS
Ce texte n'est pas une réponse à l'article de Guillaume Suing, il était déjà écrit quand je l'ai lu, et le film y est considéré sous un autre angle. Un peuple et son roi : un livre d’images sans queue ni tête. Certains critiques, sceptiques sur le film, hésitent à se montrer sévères, du fait de la rareté des films politiques aujourd’hui. Mais Un peuple et son roi est-il un film politique ? Il manque, pour cela, une réflexion sur la Révolution, une interprétation des événements historiques, ou au moins une problématique claire. Aussi se limite-t-il à être un livre d’images, c’est-à-dire de poncifs, alors que, des images, c’est bien ce dont nous avons le moins besoin à notre époque de déluge audio-visuel. Un peuple et son roi ne fait qu’apporter quelques pièces de plus à ce kaléidoscope, sans nous aider à comprendre rien de plus à cet événement, la Révolution, qu’on croit bien connaître, mais qui pose surtout des problèmes. Critikat formule donc un verdict pertinent : ce qui frappe ici, c’est « (...) Lire la suite »

La Pilarica contre Sant Jordi : deux fêtes nationales, espagnole, catalane, aux styles opposés.

Rosa LLORENS
On comprend mal, depuis la France jacobine, les enjeux et le sens de la lutte des Catalans, depuis la fin de la dictature franquiste, pour l'autonomie, pendant trente ans, puis, face au refus de dialogue et à l'hostilité de Madrid, pour l'indépendance. Les différences entre les deux fêtes nationales, qui semblent valider l'image traditionnelle des manuels d'une Espagne "sol y sombra" (ombre et lumière), seront peut-être éclairantes. Le 12 octobre dernier, les Espagnols, y compris ceux de Catalogne, ont célébré leur Fête Nationale, dite Fête de l'Hispanité, qui coïncide avec la fête de la Vierge de Saragosse, la Pilarica (=notre petite Vierge du Pilier : c'est une statuette juchée sur un gros pilier). Ces deux éléments de la fête méritent d'être approfondis. La Vierge du Pilier est à la fois la patronne de l'Aragon, de l'Espagne, de l'infanterie, de la Guardia Civil, entre autres ("Dieu ! que j'aime les militaires, les militaires..."). La Fête de l'Hispanité n'a pris ce nom qu'en 1958 ; jusque-là, et (...) Lire la suite »

Mademoiselle de Joncquières et les féministes

Rosa LLORENS

Le film d’Emmanuel Mouret, tiré d’une nouvelle insérée dans Jacques le Fataliste de Diderot, n’engage apparemment pas de grands débats. C’est même le consensus des critiques qui est fastidieux, en particulier sur la subtilité et l’élégance des dialogues, écrits dans une langue XVIIIe, et sur le jeu parfait des acteurs.

Sur le premier point, il faut avouer qu’il y a bien des platitudes (on est loin de Marivaux !), que les acteurs s’efforcent de débiter comme des traits d’esprit ; on relève aussi un « délivrer une éducation », totalement incompréhensible au XVIIIe siècle : « délivrer » dans ce sens (formuler, énoncer, ou, ici, impartir) est un anglicisme qui ne s’est imposé que dans ces dernières décennies. Sur le deuxième, on comprend bien que Cécile de France est tendance et qu’il faut la porter aux nues ; mais son espiègle voix de petite fille, pas plus que son maintien raide et guindé, ne conviennent guère au rôle de Mme de la Pommeraye ; peu subtile, elle répond à toutes les situations par le même sourire de toutes ses dents. Quant à Edouard Baer, plus que par sa « séduction naturelle », on est frappé par son aspect rondouillard et crade (barbe de trois jours, qui ne se portait guère à l’époque), qui en fait un Don Juan peu convaincant. Bref, tous deux sont loin de former « un duo fascinant ». Enfin, l’ingénue (malgré son (...) Lire la suite »

La marche, entre "slow life" et "Blitzkrieg".

Rosa LLORENS
La rhétorique de Macron relève d'un logiciel très clair : celui de l'aristocratie néo-libérale et de son programme de reconquête. Ainsi, l'image du "premier de cordée" (et des derniers de cordée) vient d'un sport qui oppose par nature le haut et le bas, l'élite et les manants. Ce n'est pas un hasard si le film de montagne s'est développé dans l'Allemagne de la montée du nazisme : la grande réalisatrice du régime nazi (grande, oui, car ses idées n'annulent pas son talent), Leni Riefenstahl, s'est d'abord fait connaître comme actrice de films d'alpinisme (La Montagne sacrée d'Arnold Fanck en 1926) avant d'en réaliser un elle-même, puis de passer à l'exaltation des "valeurs olympiques" dans Les Dieux du stade (Olympia en allemand), sur les Jeux de Berlin de 1936. Le nom-slogan de La République en marche s'intègre-t-il dans cette rhétorique élitiste et conquérante ? La marche est une notion polysémique : a priori sympathique, connotée par la flânerie et la placidité, elle est aussi associée à l'énergie (...) Lire la suite »
afficher la suite 0 | 10 | 20 | 30 | 40 | 50 | 60 | 70 | 80 | ... | 110