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Auteur : Rosa LLORENS

Racisme, pureté rituelle et coronavirus

Rosa LLORENS

Le monde d’après sera-t-il comme celui d’avant ? sera-t-il autre ? Il semble qu’il sera bien pire.

Le post-confinement a déjà apporté ses premières surprises, avec ses « olas » agenouillées : le mouvement BLM-Traoré répond-il vraiment aux besoins du moment ? C'est surtout un symptôme de plus d'américanisation, et quand on pense à l'état de la société étasunienne, il n'est pas sûr qu'importer sa conception des rapports Blancs-Noirs soit de nature à aider les Noirs ou à pacifier la société française. Mais on peut même se demander si cette séquence est bien une surprise ou si elle n'est pas en rapport avec le nouvel esprit apporté par la lutte contre le virus, ou, comme on disait jadis, les « miasmes ». Dans son interview pour le “ Quartier Libre ” d'Aude Lancelin, Emmanuel Todd s'exprime sur la période que nous venons de vivre. Il reprend les thèmes favoris de La lutte des classes au XXIème siècle, comme les conséquences néfastes du développement des études supérieures, et celles, positives, de la paralysie de l'ascenseur scolaire : au lieu d'apporter du sang frais aux classes supérieures, les enfants les plus (...) Lire la suite »
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Covid-19 ou le triomphe du Dr Knock

Rosa LLORENS

Etonnant comme le Covid-19 réalise les rêves les plus fous du libéralisme politique et économique !Et pour obtenir ce triomphe, il suffisait de recourir à la méthode du bon docteur Knock.

Sur le plan politique, le libéralisme est loin d'aspirer à la liberté pour tous. Déjà, le grand penseur libéral Tocqueville montrait clairement, pour qui veut bien lire De la Démocratie en Amérique, que le pire ennemi de la « liberté » telle qu'il l'entend, c'est la majorité, c'est-à-dire le peuple. La liberté est un concept, et une revendication, d'origine aristocratique (traditionnellement, au cours de l'Histoire, et dès la démocratie athénienne, ce sont des groupes aristocratiques qui se rebellaient au cri de « Liberté ») ; l'intervention du peuple, ou du « grand nombre », comme on disait en Grèce, ne peut que perturber le fonctionnement de la liberté, puisque la liberté pour tous, ce serait l'égalité, que Tocqueville oppose systématiquement à la liberté (celle de l'élite, bien sûr). L'objectif de son ouvrage est de mettre en garde l'élite socio-économique (son public naturel) contre un dysfonctionnement de la « démocratie » (la démocratie du Herrenvolk, voir Domenico Losurdo) qui permettrait à l'égalité (...) Lire la suite »

Festival du film russe à Paris ou URSS bashing ?

Rosa LLORENS

Comme nous sommes privés de films russes (autant que submergés de films étasuniens, notamment sur l’URSS, comme le prochainement en salles L’Ombre de Staline), le Festival du film russe (du 2 au 9 mars) semble une aubaine, une chance unique de savoir quels films on fait en Russie, pour les Russes.

Mais parler de Russes ne suffit pas : quels Russes, faudrait-il se demander, sont aux commandes de ce festival ? Il suffit de se rendre au cinéma Balzac, sur les Champs-Elysées, et de regarder quelques-uns des films programmés, pour avoir une partie de la réponse. Samedi 7, on pouvait voir L'Homme qui a surpris tout le monde, de Natacha Mercoulova et Alexeï Tchoupov (2018). Dans sa présentation, la directrice de la salle a lourdement insisté sur le caractère approprié du film, dans un festival intitulé : Quand les Russes nous étonnent, film d'autant plus étonnant qu'il vient d'un pays « macho » : on pouvait déjà deviner de quoi il retournait, et on n'a pas été déçu. Le héros, Igor, un garde forestier viril, apprend qu'il a une tumeur au cerveau et qu'il ne lui reste que deux mois, au mieux, de vie. Il semble d'abord réagir de façon responsable, en prenant des mesures pour assurer le proche avenir économique de sa famille. Mais il tombe bientôt dans un état de dépression. Sa femme le persuade d'aller (...) Lire la suite »

Le cas Richard Jewell : Clint Eastwood, le héros ordinaire américain et le libertarisme

Rosa LLORENS
Après des films comme American Sniper, le cas Clint Eastwood semblait définitivement réglé. Mais l'octogénaire ne cesse de se renouveler, réalisant deux films sympathiques et séduisants, Sully (2016) et The Mule (2018), auxquels on peut ajouter, pour une trilogie du héros ordinaire américain, Le cas Richard Jewell. A vrai dire, même si on peut lire de bonnes critiques (voir Critikat), ce dernier film, simpliste et gonflé de pathos, à l'image de son héros, est raté. Mais ce groupe de films intrigue par ses oppositions : qu'est-ce qui peut réunir le brillant et austère pilote Sully, l'octogénaire cool et élégant Earl et le gros benêt Richard Jewell ? Y a-t-il une cohérence entre le libertarisme irresponsable de The Mule et le sens du devoir et du bien public de Sully ? Et où placer Richard Jewell ? Sous ses dehors tranquillement rebelles, The Mule est un manifeste libertarien : comment expliquer que cet Américain modèle qu'est Earl accepte sans aucun cas de conscience de se mettre au service de (...) Lire la suite »

Lettre à Franco sur le séparatisme

Rosa LLORENS
Le film d'Alejandro Amenabar Lettre à Franco est, au point de vue divertissement, un très bon film historique, sur une période toujours actuelle, puisqu'en Espagne on n'a jamais tourné la page du fascisme. Mais il faut se demander où est au juste l'actualité du film, ce qui amène à analyser la position de l'auteur sur son sujet. Le film s'ouvre sur un drapeau en noir et blanc, qui semble donc bicolore (foncé, clair, foncé) ; puis, pendant le générique, il se colore, et on découvre le drapeau républicain espagnol tricolore : rouge, jaune, violet. On est toujours surpris de trouver, sur la période 1931-36 ou 37 (avant que la guerre impose sa propre logique) une normalité républicaine, avec des drapeaux tricolores flottant sur toutes les mairies, dont, ici, celle de Salamanque. Le film concerne en effet la période de transition entre République et dictature, avec une scène cruciale où le drapeau de la monarchie (qui est toujours celui de l'Espagne) remplace le drapeau républicain, sur une initiative de (...) Lire la suite »

Jeune pape, nouveau pape : bis repetita non placent.

Rosa LLORENS
Dans Youth, Paolo Sorrentino mettait dans la bouche de Jane Fonda, refusant un rôle dans le film en projet d'un des héros, une apologie des séries : les films, c'est ringard, et les séries télé payent beaucoup mieux. C'était un plaidoyer pro domo, puisque le cinéaste devait déjà négocier, ou avoir signé, avec Canal Plus. Si Sorrentino y a sans doute économiquement gagné, le spectateur peut-il se féliciter de cette nouvelle donne ? Y a-t-il quelque chose à attendre des séries ? The Young Pope avait suscité de grandes attentes, et le générique du moins était très excitant, avec la marche triomphale de Jude Law, en parallèle avec la course de la météorite qui finissait par renverser de façon jouissive le pape Wojtyla, en référence à l'œuvre de Maurizio Cattelan. La question qu'on se posait, c'était : Sorrentino a-t-il quelque chose d'audacieux, de subversif à nous dire ? Certes, la réponse était écrite d'avance : une série grand public (et pour public payant) ne peut qu'être consensuelle. Et, de fait, pour nous (...) Lire la suite »

Emmanuel Todd et la lutte des classes

Rosa LLORENS
Il est réconfortant, après que le PCF a renoncé à la lutte de classe (mais pas les capitalistes !) de voir un grand bourgeois intellectuel comme Emmanuel Todd reprendre ce concept. Son dernier ouvrage, Les Luttes de classes en France au XXIe siècle (qui pourrait aussi s'appeler : Où en sommes-nous après le mouvement des Gilets Jaunes ) est en effet écrit sous l'égide de Marx et de ses deux livres sur la France d'après la Monarchie de Juillet, Les luttes de classes en France, sur la IIe République, et surtout Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, sur la prise de pouvoir du futur Napoléon III. Il y a, chez Marx et Todd, une interrogation commune : comment un individu aussi médiocre (Macron ou Louis-Napoléon Bonaparte) peut-il imposer son pouvoir et devenir Napoléon III ou Jupiter Ier ? Le 18 brumaire fournit à Todd un modèle (ou une confirmation de son modèle) d'analyse, par l'étude des intérêts des diverses classes sociales, et sa démonstration est aussi limpide que celle de Marx. Mais certaines (...) Lire la suite »
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Les Misérables : un film formellement réussi mais idéologiquement décevant.

Rosa LLORENS

On avait beau y aller plein d’a priori (encore un film de banlieue, un remake de La Haine vingt ans après...), Les Misérables se révèle comme un excellent film, justifiant bien son prix à Cannes. Cependant, on est troublé, dans son enthousiasme, par le chœur de louanges des médias. On prend alors conscience que, malgré la violence, caractéristique des films de banlieue, celui-ci comme les autres, Les Misérables n’a rien de subversif : c’est sur ce plan, idéologique, qu’on peut faire des réserves.

La Haine donnait de la banlieue une vision mythologique : puisqu'on parlait d'exclus, de victimes de la société, il fallait que, dans le trio de jeunes, il y ait un Juif ; voilà donc la France défavorisée multiraciale : des Arabes, des Noirs, et des Juifs ! Le film est construit sur cette véritable escroquerie sociologique : parmi les victimes des contrôles musclés, des gardes à vue abusives, des bavures, il n'y a jamais de juif. Sur le plan sociologique, Les Misérables, eux, sont honnêtes : on y parle d'Arabes, de Gitans, de Noirs – et on voit même, dans une courte séquence, un « Gaulois » aux yeux bleus, converti à l'Islam. Ce qui n'empêche pas d'être surpris par la composition ethnique de la banlieue représentée (Clichy-Montfermeil) : il y a une énorme majorité de Noirs. De quoi donner raison aux thèses de Christophe Guilluy : non, les immigrés ne sont pas destinés à pourrir dans les banlieues « sensibles » ; on parle d'eux comme s'ils constituaient une population éternellement stable, à travers les (...) Lire la suite »

Adults in the Room : un film engagé, estimable mais boiteux

Rosa LLORENS
Le film de Costa-Gavras a le mérite de remettre les projecteurs sur la Grèce et la catastrophe qu'elle vit depuis près de dix ans, et de nous montrer le vrai visage des institutions européennes. Mais c'est un film peu élaboré sur le plan formel, et on reste frustré par le point de vue adopté. « Et ceci se passait dans des temps très anciens » : depuis l'échec de l'expérience Syriza et la mise au pas de la Grèce, le silence médiatique pourrait faire croire que la Grèce a été « sauvée », comme l'annonçaient les plans de « sauvetage » successifs, depuis belle lurette (je ne me rappelais même plus le nom de Tsipras). En fait, cela se passait en 2015 : le film raconte les six mois, entre janvier et juillet, entre la victoire électorale de Syriza, et le renoncement au programme pour lequel elle avait été élue. Alors que la Grèce était déjà entre les griffes de la Troïka (Commission Européenne – BCE – FMI), sorte de tuteur, ou de Gauleiter qui lui avait été imposé, Syriza affirmait vouloir secouer le poids de la (...) Lire la suite »
En Espagne, la confusion entre exécutif et judiciaire est totale

Après la campagne électorale. Impressions d’Espagne

Rosa LLORENS

« Victoire des socialistes de Pedro Sánchez » : c’était l ’analyse des élections du 10 novembre en Espagne selon France Info ; c’était court, mais tout faux : les partisans du PSOE de Sánchez ne sont pas socialistes et le PSOE n’a pas gagné.

Sánchez avait voulu de nouvelles élections pour renforcer ses positions, au lieu de quoi, il perd trois députés et rend le pays encore plus ingouvernable. Du reste, qui a gagné ? Tous les partis espagnols (sauf Podemos, qui reste dans l'ambiguïté, ni pour ni contre, bien au contraire) ont déclaré la guerre aux Catalans et ont transformé la campagne en une surenchère de menaces contre eux,reprenant les idées et la phraséologie franquistes. Cette guerre implique une dérive de la démocratie, qui ne concerne pas seulement la Catalogne, mais entraîne l'Espagne tout entière vers un régime de plus en plus autoritaire. Il semble que, hormis Vox, tout le monde a perdu. Mais il serait illusoire, faussement rassurant, de rendre responsable de cette situation le nouveau parti d'extrême-droite Vox. La stratégie de la haine contre la Catalogne remonte à la fin du siècle dernier, (bien avant la déclaration d'indépendance de la Catalogne, le 1er octobre 2017), et a été lancée de deux côtés à la fois : depuis le PP et (...) Lire la suite »
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