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Bagdad-sur-le-Mississipi.


[ L’ouragan est même arrivé à ramener quelques troupes d’Irak. Au lieu de tirer aux check points de Bagdad, ils vont tirer à ceux de Bâton Rouge, donc ce n’est pas une grande nouvelle ; mais des millions de personnes dans les rues n’y étaient pas arrivés, et des milliers de morts noyés, oui. Bush dit « c’est inacceptable » mais l’inacceptable c’est lui, l’occident qui l’a produit et les circonstances qui l’ont porté sur le toit du monde. Maintenant l’eau monte jusque là , pendant qu’à New Orléans une tempête humaine se déchaîne.(Roberto Zanini) ]


De là , la sensation universelle que le système est aujourd’hui face à son heure de vérité.



"The Coming Anarchy" ? Elle est là , à New Orleans, USA...

De defensa, 2 septembre 2005.


En février 1994, Robert D. Kaplan publia dans The Atlantic Monthly un article intitulé The Coming Anarchy. D’autres essais suivirent, sur le même thème qui était de nous dire que le monde post-Guerre froide serait, contrairement à la vision de Francis Fukuyama (The End of History), un monde de violence et de chaos, difficilement contrôlable. Ces divers travaux furent réunis dans un livre, reprenant le titre initial (The Coming Anarchy), et publié en 2000.

Kaplan prévoyait que ce chaos et cette violence se répandraient dans nombre de régions des zones périphériques du monde industriel, à l’occasion de divers événements déstabilisateurs, dont des catastrophes naturelles (lesquelles seraient amplifiées par les conséquences du global warming). Évidemment, le monde industrialisé, USA au centre, devrait rester comme la sauvegarde de l’ordre mondial, oasis de stabilité et de modernité apaisante. Cette thèse fut l’une de celles qui soutinrent, in fine et in illo tempore, les conceptions d’"impérialisme humanitaire" (ou "néo-colonialisme humanitaire" ) qui furent en vogue au moment de la guerre du Kosovo et après, notamment au Royaume-Uni où l’on n’est pas avare, sous l’empire de Tony Blair, de suffisance satisfaite et d’illusions néo-impériales. On les retrouve, par exemple, chez un Robert Cooper, qui énonça cette "doctrine" ambiguë au printemps 2002.

Cette thèse disait : il ne faut plus hésiter à intervenir, éventuellement d’une façon préventive, dans les pays du Tiers et du Quart-Monde comme dans les anciens pays communistes, pour rétablir l’ordre ou prévenir le désordre. Il faut aller là -bas imposer, d’une façon "bénévole" et éventuellement compassionnelle, notre ordre occidental et américaniste. Même la guerre contre l’Irak rencontre chez certains un soutien au nom de tels arguments.

L’Irak, justement, est une prémisse de ce qu’on constate aujourd’hui : qui est cause du désordre ? Saddam le diabolique boucher ou la coalition des libérateurs ? Bonne question. Mais ce qui arrive avec "Katrina" à la Nouvelle Orléans élargit le débat d’une manière dramatique et suggère désormais la réponse. On connaît la situation dans cette grande et superbe ville aujourd’hui devenue un lieu de chaos absolu. (Lire aussi un excellent article du Washington Post.) Quelques instantanés :

«  Hier, le maire de la Nouvelle-Orléans a lancé "un SOS désespéré" alors que les émeutes et la violence armée gênaient les tentatives pour évacuer les milliers de personnes toujours prisonnières de la ville inondée. Au moment de cet appel au secours, des foules en colère affrontaient les forces de l’ordre et le chef de la police de la Nouvelle-Orléans affirmait que des victimes de l’ouragan subissaient viols et agressions dans les rues de la ville. »

 » La Garde Nationale a pénétré dans la ville à bord de véhicules blindés afin de rétablir l’ordre et de prêter main-forte à l’évacuation. Mais des témoins rapportent des scènes de désespoir dans l’enceinte du stade Superdome et du Palais des Congrès, où se trouvaient des dizaines de milliers de personnes attendant d’être évacués ; des gens qui se battaient, des tas d’ordures qui prenaient feu et des cadavres que personne n’enlevait. »

A-t-on vu cela après le tsunami qui ravagea les côtes septentrionales de l’Asie à la fin de l’année dernière ? Certes pas, - quelques désordres, mais, très vite, un retour à l’ordre pour tenter de réparer les immenses dégâts. A la Nouvelle Orléans, c’est l’immense frustration de ceux qui subissent un système oppressif, qui ne sont tenus par aucune solidarité sociale ni sens profond de la vie communautaire, - ces choses anciennes qui donnent aux gens la capacité de supporter la tragédie du monde. On en connaît la cause puisqu’on connaît le système : individualisme triomphant, États sans aucune transcendance, corruption institutionnalisée par le secteur privé. La frustration éclate dans une violence chaotique. Les gens de La Nouvelle Orléans ne sont ni meilleurs ni pires qu’ailleurs, - c’est-à -dire que le pire est prêt à se faire jour en eux si les conditions générales s’y prêtent. Les conditions générales y sont : environnement social oppressant, pressions psychologiques de tromperie permanente, culture de violence systématique, valeurs vénales mises en avant et isolement de l’individu, voilà des explications suffisantes.

Sur le "blog" de Needlenose.com, on lit ces phrases significatives : « Denise Bollinger, une touriste de Philadelphie, prend des photos depuis l’extérieur ; elle est stupéfaite. "On se croirait en plein Bagdad," a déclaré cette femme au foyer. "C’est dément. Cela faisait dix ans que je rêvais de venir ici. Je pensais qu’il s’agissait d’une ville évoluée. Apparemment, ce n’est pas le cas." »

Voilà pour le spectacle. Et pour les causes ? Cette remarque, sur le même site, ne vaut-elle pas toutes les analyses du monde : « ... Les pillards entassaient vêtements et bijoux dans des poubelles de taille industrielle et leur faisaient descendre les rues sur des radeaux improvisés faits de contre-plaqué et de matériaux d’isolation, sous le nez des Gardes Nationaux qui avançaient péniblement. Mike Franklin, debout sur les rails du tramway, contemple la scène. "En toute honnêteté, je pense que pour ces gens qui sont opprimés toute leur vie, nom d’un chien, c’est l’occasion de se venger de la société," dit-il. »

"The Coming Anarchy"  ? OK, nous l’avons. Cela ne se passe ni au Zaïre, ni en Colombie, mais à New Orleans, USA. Et nous ne devrions nullement être étonnés de cela, sauf pour les intellectuels occidentaux qui observent, fascinés, leur image dans un miroir aux couleurs de l’American Dream.

- Source : www.dedefensa.org/article.php?art_id=1905

- Traduction des citations anglais-français : CF Karaguezian.


Comme si ROW s’y attendait...


De defensa, 3 septembre 2005.


Parmi d’autres sans doute auxquels nous n’avons pas encore eu le temps d’avoir accès, le texte de Reuters (disponible sur CommonDreams.org) reprenant diverses réactions dans le monde aux événements américains est très caractéristique. Méthode habituelle des agences : on collecte dans un certain nombre de pays des avis du type "non autorisé" - des citoyens interrogés de façon impromptue - pour tenter de donner l’impression générale du reste du monde (the Rest Of the World, ou ROW) sur les événements. L’impression ressortie de ce texte est étonnante, elle parle à notre intuition en confirmant notre raison. Elle va à l’essentiel (souligné par nous en gras) : « Médusé, le monde a regardé la seule superpuissance de la planète se débattre avec les retombées de l’ouragan Katrina. Cettains observateurs affirment que la catastrophe a servi de révélateur aux carences et aux fractures de la société américaine. »

Reuters a même trouvé des officiels disant des choses intéressantes, à côté des incroyables palinodies de la plupart d’entre eux, incapables en ces heures si graves d’exposer enfin un jugement honnête sur ces événements. C’est le cas du Luxembourgeois Jean Asselborn, ministre des affaires étrangères, - ce petit pays à la réputation d’ennui bien surfaite, le Luxembourg, est une pépinière d’hommes solides et lucides à l’image de son Premier ministre Jean-Claude Juncker, n’hésitant jamais à dire les choses que les gouvernements voisins osent à peine penser tout bas, s’il est confirmé qu’ils pensent tout bas. A une réunion de l’Union européenne, à Newport, au Pays de Galles, Jean Asselborn a déclaré : « Cet événement montre bien que même au XXIè siècle l’État, un bon État efficace, est nécessaire et j’espère pour tous ces gens, ces infortunés, que les Américains feront de leur mieux.  ».

Comme cinglante critique "diplomatique" de l’administration GW, on ne fait pas mieux. Il faut croire que la tragédie de "Katrina" est la plus formidable affirmation de la nécessité d’un gouvernement de bien public pour la société, fondé sur une perception régalienne de la direction de la société ; la nécessité d’un gouvernement qui assure la cohésion sociale et donne le sens de l’unité et de la solidarité en même temps qu’il tente d’assurer l’efficacité de l’action collective. Ce sont des décennies et des tonnes de propagande virtualiste en faveur de l’individualisme irresponsable qui sont balayées par les flots déchaînés du Golfe du Mexique. La nature fait bien son travail.

C’est effectivement dans ce sens que nombre des réactions vont à l’essentiel dans les leçons à tirer presque dans l’immédiat, sans trop s’embarrasser des considérations humanitaires et de solidarité qui vont de soi : "Katrina" expose la monstruosité du système américaniste, et la profondeur exceptionnelle de sa crise. Ce sont des paroles de dignité et d’humanité qui résonnent de cette façon. Nous en donnons trois exemples extraites de l’article, dont deux nous viennent, heureuse circonstance, de ce "monde extérieur" auquel la civilisation du système monstrueux entend imposer sa loi en l’assortissant de leçons de vertu, - et le troisième, non moins heureuse circonstance, du pays qui s’est aveuglément soumis au système.

- « "Je trouve ça dégoûtant. Au lendemain du tsunami, les gens de mon pays, même ceux qui avaient tout perdu, voulaient aider les blessés," [déclare] Sajeewa Chinthaka, 36 ans, tout en regardant un match de cricket à Colombo (Sri Lanka) " Pas un seul des touristes surpris par le tsunami ne s’est fait agresser. Avec tout ce qui se passe aujourd’hui aux États-Unis, il est facile de voir où se trouve la partie civilisée de la population mondiale." »

- Une employée sud-coréenne du siège sud-coréen d’une firme multinationale dirigée par un Américain nous dit simplement que "Katrina" n’est, après tout, peut-être pas un accident... (On notera la précaution du témoin, voulant garder l’anonymat parce que son patron est Américain, et l’on comprendra quelle sorte d’humanité nous est imposée aujourd’hui.) « "C’est peut-être une punition pour ce qu’ils ont fait à l’Irak, qui est victime d’une catastrophe provoquée par l’homme et non d’une catastrophe naturelle," déclare une femme, qui désire conserver l’anonymat parce que son patron est américain. "C’est l’opinion de beaucoup de mes collègues. On en a discuté l’autre jour," confie-t-elle.

- David Fordham, 33 ans, est un anesthésiste d’un hôpital londonien et nous dit qu’il a vécu en Amérique, et qu’il n’est pas vraiment étonné : « Ils ont peut-être pensé qu’ils leur suffirait de s’asseoir et d’attendre et que tout finirait par s’arranger. » Effectivement, c’est leur méthode nihiliste puisque c’est celle qu’ils employèrent en Irak : conquérir le pays, s’asseoir et attendre que tout se mette en place dans l’ordre américaniste. Le marché libre fera le reste.

Observons encore que même un journal français, parisien comme on ne peut plus puisqu’il s’agit de Libération, ose une remarque ironique qui, une semaine plus tôt, eût été un sacrilège puisqu’elle implique que Ben Laden est un être humain comme vous et moi : « Une métropole moderne qui sombre sous les eaux et dans l’anarchie, c’est un spectacle bien cruel pour un champion absolu de la sécurité comme Bush," souligne le quotidien de gauche français Libération "Bien au sec dans son djebel, (Osama, le leader d’al-Quaida) Ben Laden doit être mort de rire." »

Il y a effectivement une étrange atmosphère dans ces remarques, une atmosphère qui marque la transmutation immédiate de la perception de la tragédie vers le contexte qui importe, - une épreuve de vérité pour le système, dans laquelle le système sombre aussitôt, plus sûrement que La Nouvelle Orléans, dans l’incompétence criminelle et le ridicule ; et une épreuve de vérité imposée par quelque chose d’au-delà de la raison et des lois mécaniques de la nature, par la puissance et la logique d’une Histoire répondant à des impulsions transcendantales bien plus qu’à la volonté des hommes.

De là , la sensation universelle que le système est aujourd’hui face à son heure de vérité. "Katrina" expose la profondeur presque maléfique (voir ce que nous dit la Sud-Coréenne) des travers du système, qui semble avoir été fabriqué pour le malheur de l’humanité et pour la destruction de la civilisation, avec l’habituelle ruse (le ruse suprême du Mal est de se faire passer pour le Bien). La remarque du très grand écrivain américain Gore Vidal, prémonitoire dans son interview du "Monde" publié le 1er septembre (mais réalisée bien entendu avant "Katrina" ), alors qu’il prend la précaution ironique de se déclarer athée pour ne pas se trouver dans la même galère que GW (« Oh oui ! un pur athée. Un athée born again... »). Vidal répond à propos de la religion en Amérique mais il est entendu, pour nous, que, dans le cas américaniste, la religion n’est qu’un instrument hystérique du système et vraiment rien d’autre :

«  C’est l’oeuvre du diable. Il n’y a peut-être pas de bon Dieu, mais il y a sûrement un diable et sa passion dominante, c’est la religion des fondamentalistes protestants. Je crois que mon pays commence, à de nombreux égards, à ressembler à une théocratie. Par le biais de la télévision, les évangélistes lèvent des fonds considérables qu’ils investissent ensuite pour faire élire des obscurantistes attardés. Comme il n’y a pas de système d’éducation publique, la grande majorité de mes concitoyens est d’une ignorance à faire peur. Ils ne savent pas où est l’Irak. Ils prennent tout ce que le gouvernement leur dit pour parole d’Evangile. Bon sang, n’importe quel pays normal se serait révolté contre cette guerre ! Mais nous sommes un pays anormal, gouverné par des experts en publicité mensongère. »

Conclusion : s’il fallait "Katrina" pour changer cela, eh bien "Katrina" pourrait être ce "bien pour un mal" qu’on doit espérer.

- Source : www.dedefensa.org

- Traduction des citations anglais-français : CF Karaguezian.


- D’ autres articles sur le même sujet :
www.dedefensa.org/section.php?section_id=9

De defensa lance un appel à ses lecteurs
www.dedefensa.org/article.php?art_id=1917


Sur le toit du monde


Par Roberto Zanini


il manifesto, éditorial de samedi 3 septembre 2005.


Ils sont pauvres, et en général, noirs. Ils les appellent chacals et leur tirent dessus, les agents tirent pour tuer parce que la propriété est plus importante que la vie, l’ordre plus que la justice. C’est la constitution matérielle du pays et malheur à qui y touche ; du reste, dieu créa les américains et Samuel Colt les rendit libres, pourquoi s’étonner s’ils se tirent dessus librement ? Et c’est pour cette même raison que le prix de l’essence ne peut pas être imposé, il n’y a pas de crise qui tienne, la fameuse main invisible en fixe le prix et ceux qui le doublent ne sont pas des chacals mais des entrepreneurs avisés, que l’état ne s’en mêle pas. Vous n’avez pas d’argent ? Allez à pied. L’ouragan Katrina, en effet, n’a pas eu de pitié. Il a découvert le toit du monde et mis à nu le tiers monde qu’il gardait en son sein, même pas tellement caché, d’ailleurs. Un pays pauvre, violent, désespéré, vindicatif. Un tourbillon d’eau a aspiré des centaines de milliers de marginaux vers l’épicentre vertigineux d’une tragédie faite d’eau, de classes et de couleur de peau.

Chacun de nous, s’il était un noir inondé de Louisiane, briserait les vitres du magasin d’en face, et certains, aussi, celles de la villa de ces beaux quartiers toujours mais seulement rêvés. Ils sont naufragés depuis toujours et ils écrivent au secours sur les toits en malmenant l’orthographe de help et please, les rescapés avaient une voiture et de l’argent pour l’hôtel et ils ont obéi avec discipline à l’ordre d’évacuation. Leur pays dit pauvres gens mais court faire le plein, avant que ce maudit gallon n’augmente encore. La solidarité est une affaire de chanteurs et d’ex-présidents. Nous aurons le concert pour le Mississipi comme autrefois celui pour le Bengla Desh et ce ne sera pas un hasard. A l’ONU, où c’est peu diplomatique que les Usa soient en queue d’un classement, les fonctionnaires racontent depuis des années que les indicateurs de développement des noirs ou des latinos sont au niveau de ceux de l’Angola ou de l’Inde. Vous avez bien lu ? L’Angola. L’Inde.

Une superpuissance de massepain a vu se transformer la fable qu’elle racontait en horreur et la sorcière Katrina réclamer ses proies comme dans n’importe quelle Thaïlande. Une superpuissance qui vit de fables, de dettes et de technologie guerrière raffinée -ça oui- n’a pas su que faire. Des vents à deux cent à l’heure et des tonnes d’eau en ont emporté la garniture, dessous c’était l’enfer et tout le monde le savait, mais maintenant on le voit en prime time, juste un cran au dessous de la loi martiale ; et des saccages, lit-on, de promoteurs sans scrupules qui déversaient des bâtiments sur les bayous et les marécages, de lobbyistes qui économisaient sur l’entretien des remblais pour compenser la baisse des subventions, de présidents qui vont jusqu’à nier le réchauffement global. Mais cette fois les Etats-Unis ne semblent pas resserrer les rangs autour du commandant du camp, du leader élu -enfin, élu...- pour donner naissance au nouveau siècle américain. La Louisiane peut couler à pic, et l’Alabama ensuite, on n’a pas d’argent, allez voir ailleurs. C’est le fédéralisme, beauté. Chez nous, ceux de Forza Etna sont devenus une force de gouvernement.

L’ouragan est même arrivé à ramener quelques troupes d’Irak. Au lieu de tirer aux check points de Bagdad, ils vont tirer à ceux de Bâton Rouge, donc ce n’est pas une grande nouvelle ; mais des millions de personnes dans les rues n’y étaient pas arrivés, et des milliers de morts noyés, oui. Bush dit « c’est inacceptable » mais l’inacceptable c’est lui, l’occident qui l’a produit et les circonstances qui l’ont porté sur le toit du monde. Maintenant l’eau monte jusque là , pendant qu’à New Orléans une tempête humaine se déchaîne.

Roberto Zanini


- Source : www.ilmanifesto.it

- Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


La Nouvelle-Orléans : The Big Uneasy


Traditionnellement, l’un des surnoms de la Nouvelle-Orléans est The Big Easy, la "Grande (Ville) Facile", tant la vie avait la réputation d’y être douce et tranquille.
Les événements récents, dévastation et pillage, ont rendu cette appellation cruellement obsolète, défaisant en l’espace de quelques jours une réputation séculaire.

Andrea Garland, une Nouvelle-Orléanaise qui a fait campagne pour Kerry lors de la dernière présidentielle, tente d’organiser des dons, et s’inquiète mortellement : la Garde Nationale empêche les secours de faire rentrer des vivres dans la ville dévastée, où sévissent la faim et l’absence d’eau potable. Elle nous lance cet appel :


9:30 Jeudi 1er septembre.


Dernières nouvelles : aidez-nous à faire circuler ce message.

A Baton Rouge, des vivres attendent d’être envoyées aux habitants de la Nouvelle-Orléans, mais la Garde Nationale a encerclé la ville et ne laisse personne y pénetrer ni en sortir. Ils renvoyent les gens qui amènent des vivres, au prétexte que c’est trop dangereux. Si nous disposons d’avions pour bombarder les gens en Irak, nous pouvons à coup sûr parachuter des vivres aux gens de la Nouvelle-Orléans. Notre gouvernement est en train de TUER les gens à la Nouvelle-Orléans. Tel est le message que j’envoie maintenant à tous les principaux médias nationaux et internationaux, en plus de le poster sur les listes de diffusions, les journaux électroniques etc. Le public commence à savoir que les gens sur place n’ont pas accès aux vivres, mais il ne connait toujours pas les vraies raisons de cet état de faits. Je vous en prie, aidez-nous à informer les gens, il faut que cette information atteigne le public. Je vous en prie, afin d’éviter que d’autres amis à moi ne meurent.

On peut me joindre au 254.640.8441 - appelez-moi quand vous voulez ou communiquez mon numéro à tout organe de presse qui aurait besoin d’un contact.


Voici mon message :

Je suis une résidente de Bywater à la Nouvelle-Orléans (9ème Arrondissement). J’ai eu la chance d’être au nombre de ceux qui ont pu quitter la ville avant l’ouragan.

J’ai réussi récemment à contacter des amis qui sont coincés à la Nouvelle-Orléans. Ils sont affamés et souffrent de déhydratation, et on ne leur a pas dit quand ils recevraint de la nourriture et de l’eau. J’ai parlé avec des travailleurs humanitaires qui m’ont clairement laissé entendre qu’il y avait des vivres en abondance pour ces gens, MAIS QU’ON NE LES LAISSAIT PAS RENTRER.

La Garde Nationale encercle la ville et ne laisse personne entrer ou sortir, à l’exception des bus d’évacuation. Le prétexte invoqué est qu’ils ne sont pas autorisés à acheminer des vivres à la Nouvelle-Orléans à cause des pillages et de la violence armée ; cette excuse ne tient pas debout : s’ils ont trop peur pour pénétrer dans les rues de la Nouvelle-Orléans, alors il faut qu’ils y parachutent des vivres. Si les États-Unis peuvent envoyer des avions capables de résister à des tirs pour bombarder l’Irak, alors ils peuvent à coup sûr parachuter des vivres sur une ville où les pires attaques armées qu’ils auraient éventuellement à subir proviendraient d’armes semi-automatiques.

Notre gouvernement est en train de tuer les gens à la Nouvelle-Orléans. Empêcher les vivres d’atteindre leur destination signifie, inéluctablement, davantage de morts, et je considère que le gouvernement est en partie responsable.

S’il-vous-plaît, alertez le public américain. Il faut qu’il sache que l’on refuse délibérément eau et nourriture aux gens de la Nouvelle-Orléans. Si ces gens avaient à boire et à manger, peut-être ne tireraient-ils pas avec des armes à feu.

Appelez-moi quand vous voulez si vous désirez plus d’informations, ou si vous avez des questions à me poser. Je vous remercie de vous soucier de ce sujet primordial.
Je crains pour mes amis.

Sincèrement,

Andrea Garland

Andrea Garland est un des webmestres de Get Your Act On

www.getyouracton.com

- Source : E - GUEULE ! www.egueule.com


L’ouragan Katrina : un tournant dans l’histoire politique des Etats-Unis, par John Peterson.


Le cyclone du mépris : «  Si Al-Qaïda avait revendiqué l’ouragan, George Bush aurait certainement interrompu ses vacances plus rapidement » par Richard Labévière, RFI, 5 septembre 2005.



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