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Casino : quand Wall Street veut détruire des entreprises et des emplois français

Alors que le groupe subit depuis de longs mois les attaques répétées de fonds spéculatifs qui misent sur la chute du cours de l’action, les salariés de Casino s’inquiètent des risques de démantèlement du groupe si l’actionnaire de contrôle venait à changer.

La société Rallye, actionnaire de contrôle du groupe Casino, ainsi que les sociétés Foncière Euris, Finatis et Euris, ont pris l’initiative de se placer en procédure de sauvegarde comme la loi le permet. L’ouverture de cette procédure pour une période de six mois, obtenu par jugements du 23 mai 2019, doit permettre aux holdings de contrôle du groupe d’avoir le temps de réaménager leur dette dans le cadre sécurisé qu’offre cette procédure. Le service de la dette bancaire et obligataire sera donc suspendu durant une période de six mois, renouvelable deux fois.

« La procédure de sauvegarde va permettre à Rallye de travailler, sereinement, en concertation avec ses créanciers, à un plan visant à pérenniser son rôle d’actionnaire de contrôle du groupe Casino grâce à une structure de financement adéquate, durable et renforcée », précise Jean-Charles Naouri, le PDG du groupe, dans une lettre adressée aux salariés. Une décision qui « n’a aucune conséquence opérationnelle, sociale, ni financière pour le groupe Casino dont Rallye demeure l’actionnaire de contrôle » et qui « n’a pas davantage de conséquence sur la gouvernance de Casino, ni sur ses équipes dirigeantes ». « Le groupe Casino poursuit l’exécution de son plan stratégique, visant à s’adapter aux évolutions du commerce et à répondre aux enjeux de transformation au service des clients ».

Cette démarche de protection est également destinée à mettre un terme aux attaques répétées et de grande ampleur menée par des fonds d’investissement spéculatifs, dont Casino est la cible depuis de longs mois. Depuis 2015, le fonds étasunien Muddy Waters critique la dette des holdings de Casino et vend parallèlement la valeur à découvert. A partir de septembre 2018, Casino est même devenu l’une des cibles privilégiées des vendeurs à découvert (short-sellers), ces fonds qui parient sur la baisse de l’action pour s’enrichir. A tel point que l’Autorité des marchés financiers (AMF) enquête depuis trois ans sur ces pratiques qui ont plusieurs fois contribué à faire plonger l’action Casino. A-t-on le droit de vendre à découvert tout en publiant des notes à charge ? L’AMF devra trancher. En attendant, Casino reste la valeur reste la plus vendue à découvert « shortée » du marché français, selon les données de IHS Markit, les ventes à découvert comptant pour 35 % de son capital flottant le 23 mai, un record en Europe.

Dans ce contexte, les salariés et les syndicats du groupe ne cachent pas leurs inquiétudes. Les syndicats craignent en effet que l’actionnaire de contrôle de Casino ne tombe dans les mains de « fonds prédateurs », entraînant « un vrai risque de démantèlement du groupe avec un fort impact social », selon les termes d’une pétition lancée à l’initiative de FO Casino et de la FGTA-FO, qui demandent de « tout mettre en œuvre pour empêcher le démantèlement du groupe Casino ». C’est l’emploi des 75 000 salariés du groupe en France qui est en jeu : des femmes et des hommes qui ne veulent pas être « sacrifiés » sur fond de manipulations boursières à visées spéculatives.

Si les syndicats approuvent le déclenchement par la direction de Casino d’une procédure de sauvegarde, qui permet au groupe de se mettre à l’abri des attaques des fonds spéculatifs et de se donner le temps de trouver des solutions pour renégocier la dette, ils craignent que cette procédure ne se solde finalement par une perte de contrôle de Jean-Charles Naouri et un changement de gouvernance. Car quels que soient les différents qu’ils peuvent avoir avec la direction du groupe, ils n’oublient pas que Casino n’a pas connu de plans sociaux, et savent que cette exception sociale aurait peu de chances de perdurer en cas de changement d’actionnaire. Surtout si le sort du groupe était soumis aux seuls intérêts financiers des créanciers, ou à ceux de repreneurs tels Carrefour, engagé dans un vaste plan social très destructeur pour l’emploi.

Michel Laurent

[Quand on pense qu’un fonds de pension s’appelle “ Les Eaux Boueuses ”... LGS]

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