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Ce qu’il faut savoir pour comprendre la crise en Ukraine (Counter Currents)

Les manœuvres politiques et militaires qui ont lieu actuellement en Ukraine ont le potentiel de devenir hors contrôle. Si nous ne comprenons pas ce qui a provoqué cette crise il n’y a aucun espoir d’empêcher l’escalade. Afin de comprendre ce qu’il en est vraiment, nous devons nous abstenir de simplement montrer du doigt un camp ou l’autre en attribuant l’entière responsabilité de la crise à l’un des camps, même si la responsabilité est peut-être inégalement répartie.

Les médias de l’Establishment occidental (reflétant la position des États-Unis et de l’UE) semblent partager l’idée que la crise est le résultat de la politique étrangère revancharde menée par la Fédération de Russie et son président Vladimir Poutine d’une part, et du désir du gouvernement de Kiev de construire une Ukraine démocratique sur le modèle de l’Europe occidentale et libre de toute influence et domination russe, de l’autre.

Pour beaucoup de monde c’est très simple : il s’agit d’une guerre par procuration entre une Russie non démocratique et dictatoriale qui a probablement l’intention de recréer les anciennes frontières de l’URSS, et les démocraties occidentales menées par les États-Unis appelés une fois encore à défendre le monde libre. L’expression "une nouvelle guerre froide" résume cette position.

Richard Sakwa, un expert de l’Université de Kent au Royaume-Uni, montre dans son nouveau livre, Frontline Ukraine : Crisis in the Borderlands (Tauris, 2014) qu’il s’agit là d’une vision déformée de la crise ukrainienne. La "Préface" de ce livre remet la crise actuelle, dont l’origine remonte à plusieurs décennies, à une époque où il n’y avait ni Vladimir Poutine ni Fédération de Russie ni Ukraine indépendante, dans son contexte historique.

Lorsque la guerre froide a pris fin avec l’effondrement de l’Union soviétique et du "socialisme" de l’Europe de l’Est, il y a eu une fenêtre d’opportunité pour l’établissement d’un ordre pan-européen qui aurait procuré la paix et la sécurité à tous les pays européens. Mais l’UE et l’OTAN n’ont pas voulu inclure la Russie dans une alliance européenne de "défense". Cela a engendré, selon Sakwa, de nombreuses "zones de tension" aux frontières entre l’UE et l’ex URSS.

Un autre point de désaccord important portait sur le fait que l’OTAN, une alliance militaire anti-soviétique (anti-russe) qui faisait face au Pacte de Varsovie pendant la guerre froide, avait désormais perdu sa raison d’être et aurait dû être dissoute en même temps que le Pacte de Varsovie. Mais les Etats-Unis ont décidé non seulement de maintenir l’OTAN en activité mais de l’étendre – ce qui représentait clairement un acte agressif et hostile, quelle que soit la manière dont on le présentait.

En conséquence deux visions différentes de l’avenir de l’Europe se sont développées, selon Sakwa : celle d’une « Europe élargie » et celle d’une « Grande Europe ». La première, avec en son centre la France et l’Allemagne (surtout l’Allemagne), intégrait des anciens pays du Pacte de Varsovie et des parties de l’ancienne URSS. [Une version du 21e siècle de la Drang nach Osten.]

La seconde est la vision « d’une seule Europe", mais comprenant toutes les composantes de l’Europe à part égales, c’est-à-dire non dominées par "Bruxelles, Washington ou Moscou." Elle serait "multipolaire et pluraliste’’. La Russie et l’Ukraine (toutes les deux pluralistes) en feraient partie. C’est la vision que privilégiaient les Russes. Selon Sakwa, ces deux visions ne sont pas nécessairement antinomiques : avec un peu de bonne volonté on pouvait parvenir à une sorte de synthèse.

Les États-Unis et l’UE se sont positionnés contre la "Grande Europe" et ils veulent construire une "Europe élargie", en laissant les Russes à l’extérieur. Cette décision [qui sert les intérêts des États-Unis et du capital occidental] et qui est mise en œuvre en attisant les vieilles rancunes historiques remontant à la première guerre mondiale et même avant, est à l’arrière-plan de la crise actuelle.

Les différentes factions de la société ukrainiennes sont (de façon non scientifique) associées à des couleurs, principalement l’orange, le bleu et l’or. Le gouvernement de Kiev, soutenu par l’Union européenne et les États-Unis, est la faction "orange". Il a le profond désir de former un gouvernement national slave ukrainien culturellement homogène, avec une seule langue officielle (l’ukrainien), et faisant partie autant que possible de l’UE et de l’OTAN.

Il y a des millions de Slaves russophones en Ukraine qui ne partagent pas cette vision orange. Ils constituent la faction "bleu", qui souligne que les différentes régions du pays ont des expériences linguistiques, culturelles et historiques différentes et que ces réalités doivent être prises en compte et respectées si on veut que l’Ukraine marche bien. Pour le moment, les factions orange et bleu ne semblent pas pouvoir coexister dans le même cadre politique. Ce qui complique encore les choses, c’est que les deux factions sont soutenues et aidées par des acteurs extérieurs.

La dernière faction est l’importante faction "d’or". Ce sont les nouveaux milliardaires (les oligarques) qui sont nés de l’effondrement de l’URSS et de la corruption et des machinations antidémocratiques des pouvoirs politiques ukrainiens précédents et qui ont le pouvoir de manipuler la "classe politique" Ukrainienne.

Selon Sakwa, le pays n’a produit "aucun dirigeant qui ait une vision" et qui soit capable de gagner la confiance de toutes ces factions et de les fédérer pour construire une nation prospère.

Voilà les principales idées exposées dans la préface du livre de Sakwa. On ne peut pas comprendre la crise en Ukraine sans les garder à l’esprit. Ceux qui pensent que la crise est le résultat du grand méchant Poutine et de "l’agression" russe, ne peuvent en aucun cas espérer comprendre quoi que ce soit à ce qui se passe en Ukraine.

Thomas Riggins

Thomas Riggins est rédacteur en chef associé de Political Affairs online.

Traduction : Dominique Muselet

»» http://www.countercurrents.org/riggins110315.htm
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