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Comment reconnaître une dictature ?

Le Monde.fr du 29.08.2017 affirme que : « Le 17 août, l’Assemblée nationale constituante issue du chavisme s’est arrogé les pouvoirs qui incombaient à l’Assemblée nationale, dominée par l’opposition ».
C‘est faux, mais qui le dira ? La vérité est que Maduro, après consultation du peuple, applique à la lettre des dispositions de la Constitution, adoptée par référendum en 1999.

« Article 347- Le peuple du Venezuela est le dépositaire du pouvoir constituant d’origine. Dans l’exercice de ce pouvoir, il peut convoquer une Assemblée Nationale Constituante pour transformer l’Etat, créer un nouvel ordre juridique et rédiger une nouvelle Constitution.

Article 348- L’initiative de la convocation de l’Assemblée Nationale Constituante pourra être prise par le Président ou la Présidente de la République en Conseil des Ministres, l’Assemblée Nationale avec l’accord des deux tiers de ses membres, les Conseils Municipaux réunis en conseil municipal avec l’accord de deux tiers de leurs membres ou de 15% des électeurs inscrits sur les listes électorales.

Article 349- Le Président ou la Présidente de la République ne pourra faire d’objections à la nouvelle Constitution.

Les pouvoirs constitués ne pourront en aucune façon empêcher les décisions de l’Assemblée Nationale Constituante ».

Bref, l’actuelle l’Assemblée Nationale Constituante ne résulte pas d’un coup de force de Maduro, mais d’un scrutin public, constitutionnel, que l’opposition a tenté d’empêcher par la violence.

De plus, le parlement du Venezuela n’a pas été dissous, ni suspendu ou éliminé. Il a été invité à coexister avec l’Assemblée nationale constituante (ANC) et à travailler avec elle dans le cadre de ses compétences…

Qu’importe, le mardi 29 août, Emmanuel Macron dans une diatribe indigne d’un chef d’Etat, a qualifié le Venezuela de « dictature », lors d’un discours de politique étrangère devant les ambassadeurs français réunis à Paris :
« Nos concitoyens ne comprennent pas comment certains ont pu être aussi complaisants avec le régime qui est en train de se mettre en place au Venezuela. Une dictature qui tente de se survivre au prix d’une détresse humanitaire sans précédent, alors même que les ressources de ce pays restent considérables. »
Cible : Jean-Luc Mélenchon, on l’aura compris.

Si l’on doit reconnaître à Macron un talent certain pour recueillir des millions d’euros à la City, puis à Las Vegas pour, avec l’appui indécent de la quasi-totalité des médias français, remporter une élection ainsi truquée et marquée par une abstention massive qui fait de lui un président que la majorité du corps électoral n’a pas choisi, il faut aussi noter que, sur le plan international, il accumule les bourdes.

A Hambourg, lors du G20, il s’en prend à l’Afrique tout entière en affirmant que son problème vient des femmes qui y font 7 ou 8 enfants (ce qui est faux).
De Trump dont il a trituré la main et l’épaule à l’envi, il a prédit qu’il allait signer l’accord sur le climat. Ce que Trump n’a pas fait.
Macron a déclenché une crise diplomatique avec la Pologne où il a été si maladroit que ses interlocuteurs n’ont rien cédé et ont fustigé son « arrogance », son «  manque d’expérience » et lui ont conseillé de combler « rapidement ces lacunes et d’être à l’avenir plus réservé ». En Roumanie, il a fait un mini-procès de son propre pays (« non réformable »).

Reste, dira-t-on, qu’il est le président de la patrie des Droits de l’Homme et que cela l’autorise à donner des leçons urbi et orbi (« à la ville et au monde »).

Voyons cette patrie des Droits de l’Homme qui défend partout les peuples opprimés :

Le 11 janvier 2011, trois jours avant la chute de Ben Ali, Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères de la France, propose devant les députés de mettre à disposition des autorités tunisiennes le « savoir-faire » français en matière de « règlement des situations sécuritaires ». Bref, le renfort de la police française pour que reste au pouvoir Ben Ali.
Pour la classe politico-médiatique française, la Tunisie est alors une République dont Ben Ali est Premier ministre.

Le 7 juin 2015, le président français décore en catimini le PDG de Qatar Airways. Le Qatar est un pays où se pratique l’esclavage, la misogynie, la polygamie et où un poète peut être condamné à la prison à vie pour un poème.
Pour la classe politico-médiatique française, le Qatar est un émirat dirigé par un émir.

Le 4 mars 2016, le président français décore de la Légion d’honneur le prince héritier d’Arabie saoudite (pays où les femmes sont des citoyennes de seconde zone) qui a fait procéder à seulement à 70 exécutions depuis janvier de cette année-là.
Pour la classe politico-médiatique française l’Arabie Saoudite est un royaume dirigé par un roi ou un prince héritier.

Le 6 juillet 2017, le président mexicain est invité à un chaleureux (dixit la presse) dîner à l’Elysée. Durant les six premiers mois de l’année 2017, il y a eu plus de 12 000 assassinats au Mexique, 276 agressions contre des journalistes, dont 6 homicides. Entre 2011 et 2017, 27 000 personnes ont également disparu dont des dizaines d’étudiants. Comptons aussi les actes de torture.
Pour la classe politico-médiatique française, le Mexique est une République dotée d’un président.

Eté 2017 : le président élu du Venezuela fait face à une insurrection appuyée par la CIA et le gouvernement Trump. L’objectif est d’empêcher les élections présidentielles de 2018 dont chacun s’accorde à dire que Nicolas Maduro va les gagner. Pour résister aux factieux, le président vénézuélien a strictement recours aux moyens (je le répète, de peur que BFM TV oublie de vous le dire, et le Monde aussi, et Libé, et les autres...) que lui donne la Constitution de 1999 : police, armée, justice, y compris l’élection par le peuple d’une Assemblée Constituante alors que l’opposition d’extrême droite tente par tous les moyens d’empêcher cette consultation du peuple et proclame que le scrutin présidentiel de 2018 ne doit pas avoir lieu.
Pour le président français, pour nos médias, pour nos politicards, Maduro est un dictateur et le Venezuela une dictature.

Conclusion : solliciter la classe politico-médiatique française pour qu’elle vous montre une dictature est aussi pertinent que de demander à un hérisson de vous aider à traverser la route. A écouter cette engeance, les peuples se font écrabouiller.

Demandez aux Chiliens.

Et le plus beau, c’est que, quand la bête brune triomphe, la classe politico-médiatique française se joint à nous pour en déplorer la sauvagerie.

Vladimir MARCIAC

PS. On ne peut que louer le courage de la FI qui résiste à la vague malgré une pression médiatique (à elle réservée), du PCF, du PRCF, de l’Huma où notre ami et collaborateur Jean Ortiz tient une rubrique «  Chroniques latines » marquée par la connaissance du sujet et l’honnêteté. J’en oublie peut-être.

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