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De l’horreur à s’identifier au « camp du Bien » selon les normes occidentales

Il est des dates-anniversaires dont on aimerait bien ne jamais se souvenir. À moins qu’elles ne permettent de dénoncer un atroce et impardonnable crime. Ces jours-ci marquent celui de l’intervention des États-Unis en Irak, il y a 20 ans. Non contents de leurs sanctions meurtrières – personne n’oubliera les propos de M. Albright justifiant leur application au nom des « valeurs » occidentales, malgré la mort de près de 600 000 enfants privés de médicaments – le monde entier sait aujourd’hui que cette intervention avait comme prétexte un mensonge grossier de la part des plus hautes autorités étasuniennes en la personne du secrétaire d’État Colin Powell et sa fiole devant les instances de l’ONU, censée contenir des produits hautement toxiques détenus en quantité industrielle par le gouvernement du président Saddam Hussein et qualifiés d’Armes de Destruction Massives (ADM) par ceux-là mêmes qui allaient incendier le pays à l’aide de leur arsenal dévastateur.

Dans la certitude de leur suprématie hégémonique, les États-Unis flanqués de leurs alliés tout aussi complices, se sont lancés dans la destruction systématique de tout un pays. Aucun mot ne pourra dire ni traduire l’horreur que les habitants ont enduré depuis. Sans même compter le nombre exact des victimes – qui s’embarrasse en Occident d’un décompte précis dès lors que ces pays nous sont présentés comme « barbares » – la majorité de ses citoyens ont tout perdu. Et le pays a été, comme promis par les funestes promoteurs de ces crimes, ramené à l’âge de pierre.

Voyez notre suprématie s’étaler dans toute sa splendeur, et tentez de ressentir et comprendre le regard de ces enfants traumatisés à jamais, en imaginant que ce seraient les vôtres.

La France de l’époque, quelque peu esseulée parmi les pays occidentaux, avait dénoncé ce recours délibéré à la force, dès lors qu’aucune preuve probante n’avait pu conclure aux affirmations de Washington. Le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, et le président Jacques Chirac avaient résisté malgré les pressions exercées sur eux en coulisses. L’image de la France s’en était d’ailleurs trouvée magnifiée en bien des endroits du monde, ce qui n’est plus de mise aujourd’hui, que du contraire, depuis que Nicolas Sarkozy s’est aligné docilement sur la politique atlantiste. Sacrée leçon pour ceux qui tentent de comprendre les tenants et aboutissants des faits.

Après les quelques premières années de cette dévastation, une voix, parmi d’autres, m’avait interpellé lors de cette tragédie. Une voix de femme. La voix irakienne de Layla Anwar que j’avais relayée dans mon livre La Démocratie Mensonge (2008) et dont je veux rappeler les propos d’une actualité brûlante :

Le blues d’une femme arabe

Pas de passé, pas d’avenir...

Y a-t-il quelque chose en Irak, que les Américains n’aient pas détruit ?

La moindre chose ?

Et vous osez vous étonner que je vous déteste tellement...

Et vous avez l’audace de venir sur mon blog pour m’interroger sur mes origines, ma résidence, mes idées, mes racines, mon sentiment d’appartenance...

Quelle sorte de race êtes-vous ? Quelle sorte de gens êtes-vous ?

Oui. J’ai dit, gens, et pas, gouvernement. Je ne suis pas politiquement correcte. Votre gouvernement fait partie de vous et vous en faites partie. Que cela vous plaise ou non. Et ne venez pas me raconter dans votre style penaud que je ne connais que trop bien : « Oh, mais je n’ai pas voté pour celui-là ! »

Je n’en ai rien à foutre pour qui vous avez voté ou non. Ce n’est pas mon problème.

Mon problème, c’est vous. Votre culture, votre comportement, votre mentalité, votre caractère, votre hauteur, votre arrogance, votre fausse fierté, votre dénégation, votre stupidité et votre ignorance collectives, votre mode de vie que je trouve ennuyeux, vide et déplaisant, votre accent qui est un affront pour mes oreilles... et mes sens.

Je ne vous aime pas. Point à la ligne.

Je sais, je sais que certains d’entre vous sont de braves gens...

Je sais, je sais que l’Amérique n’est pas un groupe homogène...

Je sais toute cette foutaise.

Cela ne fait pas un iota de différence dans ma vie et celle d’autres Irakiens.

Je n’attache plus aucune importance à vos nuances, votre langage politique, si vous êtes bons ou mauvais... Cela n’a plus aucune signification pour moi et d’innombrables autres.

Nos vies ont été ruinées, totalement ruinées. On n’en a rien à foutre de vos nuances.

Tout ce que je sais est que vous avez détruit mon pays. Au-delà de toute réparation.

Le passé, vous l’avez pillé et détruit. Essayant d’effacer notre mémoire collective... Nos racines, d’où nous venons, ce qu’ont fait nos ancêtres, leurs réalisations, leurs épreuves, leurs statues, leurs écrits...

Vous ne connaissez pas l’histoire, vous êtes rejetés de l’histoire. Vous n’avez pas d’histoire.

Vous n’avez pas de passé, vous n’avez rien... Vous n’êtes rien.

Vous n’êtes rien d’autre que des ogres de consumérisme. Pas simplement des trucs matériels, mais tout ce que vous pouvez avaler entier, vous le voulez.

Vous avalez même entier l’histoire d’autres gens.

Vous êtes des gens cupides, avides, gloutons, voraces, jaloux, envieux...

Comme vous n’êtes rien, votre nihilisme contamine tout le reste...

Vous détruisez et autodétruisez...

Pas d’avenir. Vous n’avez pas d’avenir, parce qu’à l’intérieur de vous-mêmes, votre avenir est limité à votre propre petit ego. Les petits ego n’ont pas d’avenir. Les petits ego sont des amibes, des parasites, se nourrissant des autres...

Vous croyez avoir une vision, mais votre vue se limite à votre estomac, à vos poches et à ce que vous avez entre les jambes... C’est tout. C’est là que cela s’arrête. Et cela ne fait sûrement pas de vous, des prophètes...

En quoi avez-vous contribué au monde ? Quelque chose avec une substance réelle ? Rien. À part la force et la puissance brutales... et votre culture écœurante qui est aussi creuse et aussi vide que vous. Et justement parce que vous n’avez pas un avenir véritable, vous nous avez dévalisés du nôtre. Collectivement, vous êtes une bande de criminels, de voleurs, de brutes et de pervers de la pire espèce.

Depuis votre foutu 09/11, vous avez totalement détruit deux pays. L’Afghanistan et l’Irak.

Et vous ne vous êtes pas arrêtés. Pas un jour, pas une heure...

Vous vouliez que le régime change en Irak. Vous l’avez obtenu.

Vous nous avez aussi changés, et moi, au-delà de n’importe quoi que je puisse reconnaître...

Je ne vous ai jamais haï, avant. Aujourd’hui, je vous hais. Je vous hais vraiment. Vous me dégoûtez collectivement. Vous dégoûtez même, nos anciennes divinités et esprits mésopotamiens. Vous dégoûtez chacune des lettres de l’Alphabet. Vous dégoûtez la terre, les rivières, le ciel, les montagnes, les arbres, les oiseaux d’Irak... Vous dégoûtez le cosmos...

Chaque fois que je repère quelque part à proximité, l’un d’entre vous et que j’entends cet accent horrible qui est le vôtre, je m’enfuis... Je vous évite comme la peste. Je ne supporte pas de vous entendre ou de vous voir.

Pour moi, vous ne représentez rien d’autre que la Mort et la Destruction.

Votre laideur s’insinue partout...

Chaque fois que j’allume la télé ou la radio et que je vois ou que j’entends l’un d’entre vous, je zappe. Je souhaite pouvoir vous zapper hors de ma vie, une fois pour toutes...

Je sais, je me répète constamment, mais vous, vous continuez à répéter les mêmes actes.

L’Irak s’écroule, avec son passé et son avenir...

Je ne peux vous promettre qu’une seule chose, cela prendra peut-être du temps, mais nous allons vous entraîner avec nous !

17.09.2007

Layla Anwar
Rien à ajouter...

Sinon que, notre justice occidentale, incomparable et si souvent prise en exemple au rang de « nos valeurs » – dans les discours officiels ! – n’a jamais inquiété le moindre des responsables ni de près ni de loin, dans ce qu’il faut pourtant désigner par les termes qui conviennent : des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Et aujourd’hui, à quoi assistons-nous ? La Cour Pénale Internationale (CPI) ose lancer un mandat d’arrêt à l’encontre du Président Vladimir Poutine et de Maria Lvova-Belova, commissaire nommée aux Droits de l’Enfant en Russie. Heureusement pour la CPI, le ridicule ne tue pas (quoi que...). Si depuis plusieurs années, l’Occident est passé maître dans ce qui s’appelle « l’inversion accusatoire », il y trouve-là son paroxysme. Voyez plutôt après seulement 15 ans de règne, le bilan du Président Poutine qui n’aurait certainement pas à rougir face à celui de ses pairs occidentaux, d’autant que depuis 2013, ces chiffres se sont encore nettement améliorés.

Aucune action de la CPI n’a jamais été entreprise à l’encontre des derniers présidents étasuniens – ni israéliens, bien sûr – dont certains ont calculé qu’ils étaient directement responsables de près de 20 millions de morts rien que dans les pays suivants : Irak, Syrie, Libye, Yémen, Palestine, Soudan, Afghanistan. Sans parler de leurs interventions dans d’autres pays où leurs intérêts prévalent sur toute autre considération. Toujours au nom de « nos valeurs », paraît-il ! Comment croire encore en ces sinistres personnages et leurs morbides allégations ?

Le citoyen ordinaire se demande souvent pourquoi sa situation personnelle se trouve malmenée ces dernières années, et se plaint de voir comment le bien-être social si difficilement acquis par ses aînés paraît de plus en plus ténu quand il n’est pas carrément supprimé par l’État de droits dont on lui répète qu’il est bénéficiaire. Quand il mordra vraiment la poussière – comme cela semble se répandre lentement mais sûrement sous les directives européennes – il finira (peut-être) par comprendre que sa situation qu’il voit se détériorer un peu plus chaque jour est le résultat de politiques extérieures menées par les gouvernements aux ordres de la haute finance, apatride et délocalisée dans quelque refuge et paradis fiscal, bien éloigné des turbulences de terrain.

Avec cette dernière plaisanterie de la CPI, il n’est plus certain que le ridicule ne tue pas, parce que nous avons de la sorte définitivement perdu toute crédibilité sur la scène internationale. Et l’ordre nouveau auquel s’est attelé le président Poutine, de plus en plus soutenu par l’ensemble des nations du monde au rang desquelles de grands pays comme l’Inde, l’Iran, le Venezuela, le Brésil, la Chine et de nombreux pays africains, pour renverser l’ordre ancien dont nous avons assurément abusé sur le dos des plus faibles sans nous y opposer avec la détermination qu’il eût fallu, est commencé. Le chantier est titanesque. Mais il prend forme. Tout devra être remis à plat. À l’exemple de la Chine qui vient de bousculer l’échiquier en parvenant à réconcilier l’Iran et l’Arabie saoudite, au nez et à la barbe des EU. Toutes nos prestigieuses organisations devront être repensées, jusqu’à l’ONU. Et la guerre en Ukraine n’en est que le début. Y aura-t-il parmi les plus lucides et les plus responsables en Occident, quelque sursaut empêchant la rupture complète et définitive d’avec l’Est du continent eurasien ? C’est vraiment ce à quoi nous devrions travailler sans relâche ni compromis malsain avec les autorités russes pour commencer, et chinoises par la même occasion, pour l’avenir de nos enfants et petits-enfants. Au risque de suivre les États-Unis dans leur déclin comme nous pouvons commencer à le voir, et leur chute qui s’en suivra comme l’avait si justement prévu Laila Anwar.

Daniel Vanhove

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Né en 1952, Daniel Vanhove a une formation en psycho-pédagogie. Par ailleurs, il est bénévole à l’ABP (Association Belgo-Palestinienne) de Bruxelles, où il participe à la formation des candidats et à la coordination des Missions Civiles d’Observation en Palestine. Il a encadré une trentaine de Missions et en a accompagné huit sur le terrain, entre Novembre 2001 et Avril 2004. Au fil de ses voyages dans la région, l’urgence s’est manifestée de témoigner de l’insoutenable réalité de ce qu’il a vu et (...)
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