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Droit de réponse : Mr Philippe SERVOZ, est ce que vous nous méconnaissez, ou voudriez- vous nous faire du mal ?

Je viens de lire le papier de Philippe SERVOZ, intitulé « Mauritanie : Mohamed Ould Abdel Aziz prépare-t-il un hold-up constitutionnel ? », paru dans « Le Grand Soir » et repris par CRIDEM. En tant que mauritanien très concerné, du fait notamment de mes fonctions à la tête du COTES (Centre Oum Tounsi pour les Etudes Stratégiques), par tout ce qui touche de près ou de loin à la sécurité de mon pays, à son image de marque et à ses intérêts, du moment comme stratégiques, je n’ai pas pu résister à l’envie de réagir à cet article. C’est pourquoi je demande au journal « Le Grand Soir » et au site CRIDEM de bien vouloir publier le présent droit de réponse dans les mêmes conditions de publication que l’article de Mr Philippe SERVOZ.

* * *

Votre question, Mr Philippe SERVOZ, est relativement claire.

 La réponse devait l’être également : un « oui », un « non », un « oui/mais », un « je ne sais pas », un j’attends de voir », etc.

Mais rien de tout cela ! Au lieu de nous confirmer, preuves à l’appui, que le président Mohmed Ould Abdel Aziz s’apprête à violer la loi fondamentale du pays, comme le laisse comprendre la forme brutale et accusatrice de votre interrogation, vous avez suivi un autre cheminement qui ne mène nulle part.

En effet, pour vous ce n’est pas du tout cela qui compte. Votre premier souci n’est manifestement pas le respect de la Constitution de la Mauritanie. J’ai l’impression qu’il consiste plutôt à aiguiser les contradictions au sein de la classe politique dans le pays, à creuser davantage les fossés qui séparent ses composantes, à les monter les unes contres les autres … et porter ainsi le plus grand préjudice possible à mon pays, à sa stabilité, à son image de marque dans le monde, et plus particulièrement en Europe et dans le monde occidental.

Votre stratagème pour y parvenir est aussi simple que sournois : poser une question en apparence ’grave’, susceptible de semer doutes et inquiétudes dans les esprits, ne pas vous astreindre à y répondre, vous contenter de tourner autour du pot en vous montrant du côté de l’une des parties deverses qui forment le paysage politique national. Bien entendu, il est plus aisé pour vous dans ces conditions de trouver des arguments faciles à manipuler chez le plus faible des antagonistes. 

Les fausses interprétations de certains faits politiques, la déformation de la vérité historique, auxquelles vous vous êtes livré vont dans ce sens.

Pourquoi niez-vous l’existence d’une résistance armée à la pénétration coloniale en Mauritanie, une résistance qui s’est poursuivie jusqu’à l’opération « Ecouvillon » (1958), en passant par celle d’« Oum Tounsi » (1932), pour ne citer que ces deux batailles dans lesquelles il y a bel et bien eu des martyrs mauritaniens, mais aussi des morts et des blessés du côté de l’occupant français ?

 Pourquoi refusez-vous à notre peuple le droit de glorifier ses martyrs, de préserver et d’entretenir leur mémoire ?

Probablement que c’est parce que vous n’en savez rien. Dans ce cas, il aurait été mieux pour vous de vous taire, de vous occuper de choses que vous connaissez, loin de la Mauritanie, de son histoire, de sa politique.

Quoi de plus constitutionnel, que le référendum que vous avez évoqué en interprétant ses résultats à votre façon : d’une manière erronée, tendancieuse ou malhonnête ?

Reconnaissez que par rapport à cette question votre alibi est faible : vous avez répété plus ou moins « fidèlement » certains arguments critiques ressassés sans cesse par une frange de l’opposition en Mauritanie.

Arrêtons-nous un peu sur ses mobiles et ses arguments.

Il s’agit d’une faible composante mouvante de la scène politique nationale, dite « opposition radicale », qui brille par ses faibles scores dans les scrutins quand elle y participe ; car elle choisit souvent de ne pas prendre part aux élections et aux opérations de vote.

La raison de ses boycotts des suffrages ?

Posez la question à des observateurs mieux informés que vous. Ils vous répondront dans leur écrasante majorité qu’il s’agit d’une tactique sciemment choisie par les groupes politiques faibles – chez lesquels vous puisez vos sources et vos outils argumentaires. Une tactique qui vise à éviter les urnes afin de ne pas dévoiler leur impopularité.

Mais moi, même si cette explication me paraît tout à fait défendable, j’y ajouterais une autre plus fondamentale à mon sens : une immaturité politique qui expliquerait ce genre d’attitude d’auto-exclusion suicidaire.

Pourquoi, faites –vous donc le porte- parole de cette minorité immature et instable et vous ignorez le reste : la majorité des acteurs politiques, la majorité de la société civile, la majorité du peuple mauritanien… ?

Probablement que vous n’en savez rien aussi. Dans ce cas, rappelez- vous le conseil précédent concernant votre ignorance de l’histoire de la Mauritanie : vous feriez mieux de vous taire.

Pour votre information, sachez que les changements constitutionnels dont il est essentiellement question sont régis par des dispositions claires et précises de la Loi fondamentale mauritanienne : les articles 99, puis 100 et 101 qui concernent le sénat, ainsi que l’article 38 qui est de portée beaucoup plus globale et de caractère absolu.

Sachez aussi que ces articles ont été tous appliqués à la lettre, malgré les tentatives d’empêchement qu’ont essayées certains opposants de la frange décrite précédemment dont le discours s’adresse principalement à l’extérieur, à des voix et plumes étrangères, comme vous, qui connaissent mal notre pays.

Le fait que l’Etat mauritanien n’y accorde pas trop d’intérêt, et qu’il applique sa loi fondamentale en toute indépendance ; est -ce que vous, vous appelez cela « un hold-up constitutionnel » ? 

Certainement pas.

 D’ailleurs, hold-up constitutionnel ou pas, la question constitue apparemment le cadet de vos soucis. Je crains en effet que votre préoccupation majeure soit autre : médire la Mauritanie.

Et je me demande : Dans quel but faites- vous ça ? Qu’est que vous- y gagnez ?

J’ai du mal à comprendre que vous vous acharnez contre nous par ignorance, ou pour le simple plaisir de faire du tort à autrui. Je me refuse également à l’idée que vous êtes instrumentalisé par quelqu’un qui se cacherait quelque part, par une force occulte, qui cherche à faire du mal à notre pays en utilisant votre plume tout en vous induisant en erreur.

Dans un cas, comme dans l’autre, sachez, Mr Philippe SERVOZ, qu’il est plus sage et plus correct de votre part ; qu’il est plus bénéfique pour vous, comme pour nous ; que vous fassiez l’effort nécessaire en vue de connaître la Mauritanie comme elle est, et de l’apprécier en conséquence à sa juste valeur.

Ce faisant, vous comprendrez qu’il s’agit d’un peuple paisible et simple, mais pas du tout bête ou naïf.

Et je vous garantis que dès que vous franchirez les premiers pas sérieux sur la voie de la connaissance de mon pays, au lieu de nous méconnaitre, de nous porter préjudice, sans vous en rendre compte certainement, votre plume de journaliste ou d’analyste politique accompagnera sans nul doute notre pays dans sa marche vers le progrès, vers l’unité. Et notre peuple vous le rendra généreusement en vous accordant son estime.

C’est pour cultiver ce type de liens constructifs, de confiance réciproque et de respect mutuel, que je m’adresse à vous. Je vous invite à vous y engager. Et là, soyez certains que nos chemins vont se rencontrer joyeusement... et fréquemment.

Colonel (e/r) El Boukhary Mohamed Mouemel

Président du COTES (Centre Oum Tounsi pour les Etudes Stratégiques)

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