Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher


Footafric : Coupe du monde, capitalisme et néocolonialisme

La coupe du monde en Afrique du Sud est terminée et elle ne laissera pas un souvenir à la hauteur de la production papier l’ayant précédée et accompagnée jusqu’au début du mois de juillet. Émerge de cette intense bouillonnement journalistique et livresque le présent ouvrage qui tire à boulets rouges sur la compétition reine du ballon et son grand ordonnateur, la FIFA. Point de complaisance à attendre des trois auteurs, deux doctorants en sociologie (Ronan David et Fabien Lebrun) et un politiste (Patrick Vassort), fustigeant tout au long de 137 pages états, multinationales, footballeurs, organisations internationales, journalistes dans une dénonciation globalisante du football et de ses dérives et allant jusqu’à espérer la disparition du football. Mais le contenu ne se résume pas à une attaque en règle du sport mondial par excellence et on y trouvera aussi, au fil des pages, un portrait d’une Afrique du Sud en proie à la violence et aux inégalités en tous genres.

En effet, quels contrastes entre les reportages télévisés sur le parc Kruger, les journalistes saluant la merveilleuse organisation de la compétition par les Sud-Africains et l’envers du décor décrit ici ! Nous sommes d’accord avec les auteurs lorsqu’ils expliquent que l’Afrique du Sud présentée aux visiteurs n’est qu’une version aseptisée de la réalité du pays : des townships ou plutôt des portions exigües de townships sécurisés pour touristes et sportifs, peu ou pas d’incidents sauf quelques vols et rares agressions, une population heureuse d’accueillir la coupe du monde, des paysages de cartes postales… Et les auteurs de rappeler certaines réalités. Le pays d’Afrique référence en termes économiques, de participation à la mondialisation est aussi celui de profondes inégalités qui tendent à se creuser, d’une violence endémique et, conséquence de ces deux phénomènes, de l’érection de quartiers sécurisés pour populations fortunées, de maisons protégées par hauts murs et fils électrifiés et de l’action d’une police toujours mieux équipée, usant souvent d’une violence disproportionnée (notons l’arrestation musclée d’un journaliste français « coupable » de vouloir prendre des photos du bus de l’équipe de France). Ségrégation sociale donc mais aussi taux de chômage élevé, espérance de vie en baisse liée à la pandémie du sida, inégalités pour l’accès à l’eau, absence de redistribution réelle et à grande échelle des terres qui dessinent les contours d’un pays bien loin de la nation arc-en-ciel espérée par le pouvoir.

Dans ce contexte, les auteurs s’étonnent, plus s’insurgent de l’organisation de la coupe du monde de la FIFA en Afrique du Sud contre laquelle ils emploient des termes très durs (fascisme, totalitarisme), s’en prennent enfin au gouvernement sud-africain et à la FIFA. Ces deux derniers louent les retombées positives de l’événement sur l’Afrique en général et le pays organisateur en particulier mais des questions sont posées et des affirmations sont assénées :

  • À quoi bon construire des stades ultramodernes dans un pays où une grande partie de la population ne peut accéder aux services de base ? D’autant que certains d’entre eux ont été élevés dans des villes dont on se demande ce qu’elles feront de ces infrastructures une fois la fête terminée.
  • Que penser de l’Afrique du Sud présentée aux étrangers ? Une Afrique du Sud découpée entre zones accessibles, présentables et zones non-accessibles et déconseillées, un pays disneylandisé pour les touristes, les médias et bunkerisé pour leur éviter toute fâcheuse aventure.
  • La FIFA n’est pas venue pour l’Afrique mais pour investir l’Afrique et investir, avec ses associés, en Afrique, dernier marché après l’Amérique (World Cup 1994) et l’Asie (World Cup 2002). Partenaires et sponsors envisagent l’Afrique du Sud comme une porte d’entrée du continent africain. Et même sur le plan strictement sportif, les infrastructures et réseaux établis pour l’occasion n’auraient pour seul objectif que de « détecter et produire » du footballeur pour les championnats européens. Or il est avéré que beaucoup partent effectivement, fournissant une main d’œuvre meilleure marché que l’européenne mais peu sont élus et nombreux sont ceux dont la vie rêvée se transforme en cauchemar.

Il serait naïf de croire que la FIFA est une « gentille » organisatrice soucieuse du bien-être des Africains et dénuée de toute arrière-pensée ; bien sûr elle mène des actions et les sponsors aussi mais participant d’une stratégie globale. Les auteurs rappellent que les messages distillés par l’organisation sur les bienfaits du football ne sont que fadaises mais, in fine, qui le croît ? Même dans le grand public, qui pense réellement que le football et l’instant coupe du monde peut véritablement changer un pays, une situation économique, réduire des inégalités ? Certainement pas une majorité de Français revenue bien vite du mythe « Black-Blanc-Beur » de 1998.

Aucun élément positif ne semble avoir pouvoir sauver l’organisation et le sport dirigés par Sepp Blatter. Les auteurs rappellent les compromissions des élites du football (voir Paul Dietschy, » Histoire du football », http://www.clio-cr.clionautes.org/spip.php?article2942) avec le fascisme italien (1934), la dictature argentine (1978) ou encore l’absence de prise en compte des situations économiques et sociales des pays désignés (Chili 1962) comme si la coupe du monde était une compétition hors-sol. Développant l’exemple sud-africain, ils soulignent la présence de pays où les droits de l’homme sont peu ou pas respectés et, faut-il le rappeler, l’Afrique a obtenu la coupe du monde car Sepp Blatter, élu par ses voix, a introduit la règle de la rotation continentale, permettant ainsi la tenue de la compétition sur le continent africain.

Il y aurait donc bien quelque chose de pourri dans le royaume du football et si le lecteur n’était pas encore convaincu, il lui suffirait de lire le dernier chapitre sur les pratiques sexuelles entourant les dernières coupes du monde pour l’en convaincre.

Ce livre détonne, son contenu peut déranger l’amateur de football mais il ne peut totalement l’étonner. Peut-être que la férocité de la charge tient au choix de l’Afrique pour l’évènement le plus regardé dans le monde, choix tournant le dos à l’éternel afro-pessimisme et en cela, il est une bonne chose. Mais à la suite de ce premier constat, on ne peut s’empêcher de penser avec les auteurs, que l’Afrique, et l’Afrique du Sud, ont d’autres chats à fouetter que d’accueillir 32 délégations et la longue caravane de la coupe du monde même si la reconnaissance n’est jamais vaine.

Cyril Froidure

Footafric - Coupe du monde, capitalisme et néocolonialisme, par Ronan David, Fabien Lebrun, Patrick Vassort http://www.lechappee.org/footafric

URL de cet article 23360
   
AGENDA

RIEN A SIGNALER

Le calme règne en ce moment
sur le front du Grand Soir.

Pour créer une agitation
CLIQUEZ-ICI
Le cauchemar de Humboldt de Franz Schultheis
Bernard GENSANE
Bien qu’un peu long, ce compte-rendu rend à peine justice à la richesse de cet ouvrage indispensable à ceux qui veulent comprendre pourquoi, par exemple, la première contre-réforme imposée par Sarkozy fut celle des universités. On pourrait commencer par cette forte affirmation de 1991 de sir Douglas Hague, universitaire britannique de haut niveau, professeur de sciences économique, spécialiste du " marché de l’éducation " et, ô surprise, ancien conseiller de Madame Thatcher : "Si les (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

« Si je devais naître pauvre en Amérique latine, je prierais le bon Dieu pour qu’il me fasse naître à Cuba »

Manu Chao


Retour sur l’étrange et persistante désinformation autour de « l’affaire » Julian Assange (le Fake News dans toute sa splendeur)
On ne le répétera jamais assez : pratiquement tout ce que les grands médias répètent à l’envi autour de « l’affaire » Julian Assange est incorrect. Et on a beau l’expliquer aux journalistes - lorsque l’occasion se présente - et ils ont beau hocher de la tête, rien n’y fait : ils persistent et signent, mus par une sorte d’incapacité à accepter le moindre écart d’une narrative pré-établie et apparemment immuable, même lorsqu’elle se révèle fausse. Il suffit pourtant d’un minimum de recherches, pas beaucoup, pour (...)
10 
Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
97 
Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
43 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.