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Honduras : Zelaya parle (The Nation)

Dans un développement significatif des relations hémisphériques, l’administration Obama a condamné hier dans des termes plus sévères que jamais le coup d’état du 28 juin, annoncé le gel de plusieurs millions d’aide économique et a déclaré qu’elle ne légitimerait pas des élections sous le patronage du gouvernement issu du coup.

Dans un entretien après sa rencontre avec la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton, le Président Hondurien Manuel Zelaya a qualifié la décision des USA de « grand pas en avant » pour la résistance du peuple Hondurien au coup d’état et de « message positif pour la démocratie. »

Après la rencontre au Département d’Etat, un porte-parole des USA a annoncé la fin d’un "large éventail d’aide" au Honduras pour favoriser le retour du président Zelaya et des processus démocratiques dans le pays qui vit sous la répression depuis deux mois [1].

Dans son entretien à The Nation, Zelaya a dit que les USA mettaient fin aux accords pluriannuels Défi du Millénaire, autour de $200 millions de subventions pour des routes, des ports et des infrastructures. Clinton préside l’association Défi du Millénaire qui se réunit la semaine prochaine.

Interrogé si l’intention de Clinton était d’envoyer un message au régime putschiste, Zelaya a vivement répondu que c’était « un coup direct au visage de [roberto] Micheletti » car « le plan des putschistes était de négocier avec les candidats une stratégie de sortie de façon à ce qu’ils n’aient ni a payer, ni a rendre compte de leurs crimes après l’élection. Quand vous ne reconnaissez pas la légitimité d’une élection, vous briser les plans des putschistes. »

Par ces décisions, l’administration Obama dit clairement qu’elle rejoint le consensus en Amérique Latine qui condamne cette prise de pouvoir illégitime, issue d’un coup d’état. « Mexico, les Amérique Centrale et Latine ont déjà pris position sur les élections. Il ne nous manquait que les USA. Maintenant, selon ces déclarations, le continent dans sa totalité rejette des élections sous le régime en place, » a déclaré Zelaya.

Interrogé sur les conditions dans lesquelles les sanctions pourraient être levées, Zelaya a seulement dit « quand la démocratie sera rétablie et que le Président Zelaya rentrera. » Il a dit être « prêt à rentrer indépendamment de tout plan des USA » pour « protéger la population ».

Il y aura des « convulsions permanentes » et un « pays en permanence ingouvernable » s’il ne peut rentrer, et « c’est ce que tout le monde veut éviter. » Les mouvements sociaux au Honduras « ne veulent pas que les choses redeviennent comme avant » remarqua-t-il.

Ce que le coup d’état du 28 juin a pu éviter, pour l’instant, c’est un référendum consultatif prévu trois jours après, sur la possibilité de réunir une assemblée constituante pour réécrire la constitution du Honduras, et promouvoir une plus grande démocratie participative. Mais ce coup d’état a aussi provoqué la montée d’un nouveau mouvement social, avec ses propres membres, ses martyrs et une mémoire toute fraîche.

« Le mouvement de base » dit Zelaya, n’a qu’un seul but, la transformation du Honduras, par de profonds changements de structure. « Ce mouvement est maintenant très fort. Il ne sera pas détruit », a-t-il dit. Zelaya croit que les réformes de son administration, y compris un salaire minimum, des aides aux petits cultivateurs, des baisses des taux d’intérêts des banques et la réduction du niveau de pauvreté « sont les causes qui ont irrité les élites du Honduras ».

Zelaya a dit qu’il espérait que Clinton comprenne que « les opposants à Obama aux USA sont les miens au Honduras. Le commerce transnational, les consortiums banquiers et pétroliers. Ceux qui ne veulent pas de couverture de santé là -bas sont les mêmes que ceux qui ne veulent pas de salaire minimum au Honduras. »

Par exemple, a-t-il précisé, « sous Bush il n’y a eu aucun coup d’état. Celui du Honduras, dans les premier six mois de la présidence Obama était un test décisif. Les groupes de droite qui soutiennent le coup aux USA parient qu’Obama ne résoudra pas le problème. J’ai confiance qu’il le fera. »

Insistant sur ce point, Zelaya a continuer d’argumenter que les comploteurs du Honduras « ont copié des secteurs réactionnaires de Washington », qui disent publiquement qu’Obama « n’a aucun pouvoir, qu’il est faible, plus faible que Jimmy Carter, qu’il ne faut prêter aucune attention à l’administration Obama, et qui l’appellent le garçon noir qui ne sait pas où est Tégucigalpa. »

Mais ces groupes de droite, d "Amérique Latine aux Périphériques, ont embauché un démocrate, ardent défenseur de Clinton, Lanny Davis, pour représenter leurs intérêts dans la capitale, ou ce que Zelaya appelle « l’empire de la capitale ». Des experts en démocratie parsèment aussi les délégations des putschistes qui négocient au Costa Rica.

Peut-être aucun lobbyiste n’est plus proche de Clinton que Lanny Davis. Quand son nom a été prononcé de façon critique par Zelaya, la Secrétaire d’Etat n’a pas avoué que Davis était de longue date un allié de la famille mais a par contre noté la protestation de Zelaya contre les fausses accusations de Davis et a promis de s’en occuper. « Elle n’a pas dit comment elle s’en occuperait, » a-t-il ajouté avec un enjouement bon enfant.

Pour le Département d’Etat de Clinton, le ton de la rencontre a changé par rapport aux précédentes déclarations glaciales sur le coup d’état. Suite à l’observation initiale d’Obama qu’un coup non démocratique venait d’avoir lieu, le porte-parole du Département d’Etat, Philip Crowley avait dit qu’il n’y avait pas eu de coup, en terme légal, et s’était moqué de Zelaya pour s’être allié au Président du Venezuela Hugo Chavez. « Si c’est la leçon que le Président Zelaya doit apprendre de cet épisode, » a-t-il remarqué au milieu des rires lors d’une réunion du Département d’Etat en juillet, « ce sera une bonne leçon. » Le 4 août, une lettre du Département d’Etat au Sénateur Richard Lugar disait que « son insistance [de Zelaya] à prendre des mesures provocatrices … avait soulevé une confrontation qui aboutit aux évènements menant à sa destitution ». Le terme coup d’état n’était pas utilisé dans la lettre.

Interrogé hier par The Nation si le Département d’Etat classait cet événement comme un coup d’état, ou s’il l’appelait un coup, Zelaya a répondu, « Je ne connais pas les détails des lois Etasuniennes, mais dans le communiqué émis aujourd’hui, les Etats-Unis, par leur Département d’Etat, disent que plusieurs secteurs, législatif, judiciaire et militaire, du gouvernement Hondurien sont impliqués dans le coup. Le Département d’Etat a directement impliqué le Congrès, l’armée et la Cour du Honduras dans le coup ».

Quelles que soient les manipulations de Lanny Davis, les développements d’hier constituent un rejet franc par l’administration Obama du laisser-faire en Amérique Latine.

Le porte-parole du Département d’Etat, Philip Crowley n’était pas présent à la rencontre d’hier qui comprenait un diplomate de longue date en Amérique Latine, Tom Shannon, le représentant du Conseil National de Sécurité, Dan Restrepo, l’ambassadeur des USA au Honduras, Hugo Lloren, et un représentant des relations publiques, Ian Kelly.

La tension actuelle est peut-être en train de baisser, mais elle n’a pas disparue. Micheletti, abandonné par les USA dans sa quête de légitimité, est sous forte pression pour accepter les recommandations du Président costaricain Oscar Arias qu’il a rejetés, ce qui serait une immense victoire pour l’Amérique Latine. Mais un retour de Zelaya au Honduras peut être éphémère, la droite voulant son arrestation ou même sa mort. Il ne peut se représenter aux élections selon la présente constitution. Il n’y a pas de candidat en vue pour le remplacer, la proposition d’une assemblée constituante n’est plus à l’ordre du jour pour l’instant (ou « por ahora » comme le jeune Hugo Chavez, l’a dit une fois en sortant de prison).

Le futur repose peut-être sur les mouvements sociaux qui se sont levés contre le coup d’état militaire, Zelaya servant de héros de transition aux habitants mobilisés et éveillés des rues du Honduras, qui essayent de prendre dans leurs mains un avenir encore incertain.

Tom Hayden

Article Original
The Nation, 4 Septembre, 2009
http://www.thenation.com/doc/20090921/hayden_zelaya

Traduction Laurent EMOR pour le Grand Soir

[1] http://www.state.gov/r/pa/prs/ps/2009/sept/128608.htm

Termination of Assistance and Other Measures Affecting the De Facto Regime in Honduras

Ian Kelly
Department Spokesman
Washington, DC
September 3, 2009

The Department of State announces the termination of a broad range of assistance to the government of Honduras as a result of the coup d’etat that took place on June 28. The Secretary already had suspended assistance shortly after the coup.

The Secretary of State has made the decision, consistent with U.S. legislation, recognizing the need for strong measures in light of the continued resistance to the adoption of the San Jose Accord by the de facto regime and continuing failure to restore democratic, constitutional rule to Honduras.

The Department of State recognizes the complicated nature of the actions which led to June 28 coup d’etat in which Honduras’ democratically elected leader, President Zelaya, was removed from office. These events involve complex factual and legal questions and the participation of both the legislative and judicial branches of government as well as the military.

Restoration of the terminated assistance will be predicated upon a return to democratic, constitutional governance in Honduras.

The Department of State further announces that we have identified individual members and supporters of the de facto regime whose visas are in the process of being revoked.

A presidential election is currently scheduled for November. That election must be undertaken in a free, fair and transparent manner. It must also be free of taint and open to all Hondurans to exercise their democratic franchise. At this moment, we would not be able to support the outcome of the scheduled elections. A positive conclusion of the Arias process would provide a sound basis for legitimate elections to proceed. We strongly urge all parties to the San Jose talks to move expeditiously to agreement.

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