RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

L’Amérique sombre dans la pauvreté - Les méga riches et les "bouches inutiles" (Counterpunch)

Les Etats-Unis se sont effondrés sur le plan social, politique, légal, constitutionnel, environnemental et moral. Le pays qui existe aujourd’hui n’est plus que l’ombre du pays où je suis né. Dans cet article, je vais traiter de l’effondrement économique des Etats-Unis. Dans les articles suivants je traiterais d’autres aspects du collapsus étasunien.

Sur le plan économique, les Etats-Unis ont atteint le stade de la pauvreté. Comme dit Peter Edelman "Les petits salaires sont la norme." Aujourd’hui dans l’Amérique de "la paix et la démocratie", la "seule superpuissance de la planète", un quart de la main d’oeuvre travaille pour un salaire de moins de 22 000 dollars par an (17 500 E), le seuil de pauvreté pour une famille de quatre personnes. Parmi ces personnes dont le salaire est si bas, il y a les diplômés des universités qui ont fait des emprunts énormes pour payer leurs études et qui partagent leur appartement avec trois ou quatre autres infortunés de leur espèce. Il y a aussi les familles monoparentales à qui le moindre problème de santé ou la perte de leur travail feraient perdre leur toit.

Il y a ceux qui, avec un doctorat, enseignent à l’université comme professeur adjoint pour 10000 dollars (7 960 E) par an ou moins. Le domaine de l’éducation est toujours vendu comme un moyen de sortir de la pauvreté mais en fait il conduit de plus en plus à la pauvreté ou à des postes dans les services de l’armée.

Selon Edelman, qui a étudié ces questions, 20,5 millions d’Etasuniens ont des revenus inférieurs à 9 500 dollars par an ce qui est la moitié du seuil de pauvreté pour une famille de trois.

Il y a 6 millions d’Etasuniens qui ont comme seul revenu les tickets de nourriture. Cela signifie qu’il y a 6 millions d’Etasuniens qui vivent dans la rue ou sous les ponts ou chez des amis ou des parents. Les Républicains sans coeur continuent de vilipender l’assistance sociale mais Edelman dit que "en fait il n’y a plus d’assistance sociale".

En tant qu’économiste, je pense que le seuil de pauvreté tel qu’il a été établi est dépassé depuis longtemps. Il est quasi impossible pour trois personnes de vivre avec 19 000 dollars par an. Si l’on prend en compte le prix du loyer, de l’eau, du pain et de la nourriture la plus simple, une personne ne peut pas vivre aux Etats-Unis avec 6,333.33 dollars par an. En Thaïlande, on peut peut-être y arriver tant que le dollar se maintient mais pas aux Etats-Unis.

Comme Dan Ariely (Duke University) et Mike Norton (Harvard University) l’ont démontré, 40 % de la populations des Etats-Unis, les 40 % les plus pauvres, possèdent 0,3 % c’est à dire trois dixièmes de un pour cent, de la richesse des Etats-Unis. Qui possède les 99,7 % restants ?

Les 20 % les plus riches possèdent 84 % de la richesse nationale. Les Américains qui sont dans le troisième et quatrième quintile* -en majorité des Américains de la classe moyenne- en possèdent seulement 15,7 %. Il n’y a jamais eu une répartition aussi inégale des revenus dans le monde développé.

Quand j’étais jeune, en face d’une telle disparité dans la répartition des revenus et de la richesse nationale, une disparité qui pose de toute évidence des problèmes dramatiques pour la politique économique, la stabilité politique et le management global de l’économie, les Démocrates auraient exigé qu’il y soit remédié et les Républicains auraient accepté à contre coeur.

Mais pas aujourd’hui. Les deux partis politiques sont également prêts à se prostituer pour de l’argent.

Les Républicains pensent que les souffrances des Etasuniens pauvres ne profitent pas assez aux riches. Paul Ryan et Mitt Romney sont déterminés à abolir tous les programmes d’aide à ceux que les Républicains appellent des "bouches inutiles".

Les "bouches inutiles" sont les travailleurs pauvres et l’ancienne classe moyenne dont les emplois ont été délocalisés à l’étranger pour que les dirigeants des entreprises puissent s’offrir des millions de dollars de bonus et distribuer des millions de dollars à leurs actionnaires. Pendant qu’une poignées de grands dirigeants se paient des yachts et des pin-up de Playboy, des dizaines de millions d’Etasuniens n’arrivent pas à s’en sortir.

Selon la propagande politique, les "bouches inutiles" ne sont pas seulement un fardeau pour la société et les riches. Ce sont des sangsues qui forcent les honnêtes contribuables à payer pour qu’elles puissent mener une vie de loisirs confortable, regarder le sport à la TV et pécher la truite tout en poussant les kadis dans lesquelles elles ont rassemblé leurs possessions et en se prostituant pour pouvoir acheter un hamburger à MacDonald.

La concentration de richesse et de pouvoir aux Etats-Unis aujourd’hui est bien supérieure à tout ce que mes professeurs d’économie, aussi diplômés soient-ils, ont pu imaginer dans les années 1960. Dans les quatre meilleures universités du monde dont il m’a été donné de faire partie, l’opinion générale était que la concurrence provoquée par le libre-échange empêcherait les trop grandes inégalités dans la répartition des revenus et de la richesse. Comme je l’ai appris par la suite, cette croyance était fondée sur une idéologie et non sur la réalité.

Le Congrès, gagné par cette foi chimérique dans la perfection du libre-échange, a dérégulé l’économie pour créer un marché entièrement libre. La conséquence immédiate a été le recours à tout ce qui était auparavant illégal pour constituer des monopoles, se livres à toutes sortes de fraudes financières et autres, détruire la base productive des revenus du consommateur américain et concentrer tous les revenus et la richesse dans les mains des 1 %.

L’administration "Démocratique" de Clinton, comme les administrations de Bush et d’Obama, étaient des adeptes de l’idéologie du libre-échange. L’inféodation des Clinton au Grand Capital a conduit, en particulier, à la suppression de l’aide aux familles avec des enfants à charge. Mais cette trahison des Américains en difficulté n’a pas suffi au Parti Républicain. Mitt Romney et Paul Ryan veulent réduire ou supprimer toutes les mesures qui empêchent les Américains dans la misère de mourir de faim et de devenir des sans abris.

Les Républicains prétendent que la seule raison pour laquelle il y a de la pauvreté, c’est que le gouvernement utilise l’argent des contribuables pour subventionner les Etasuniens qui n’ont pas envie de travailler. Selon les Républicains, pendant que certains sacrifient leur loisirs et leur famille pour travailler dur, il y a des quantités d’assistés qui se la coulent douce sur le dos du contribuable.

Le fait que les gens croient cette propagande insensée, ajouté à la délocalisation des jobs de millions d’Etasuniens de la classe moyenne, a réduit les Etasuniens à la pauvreté et a privé les villes, les comtés et le gouvernement fédéral des ressources d’impôts nécessaires, ce qui a provoqué des faillites au niveau local et gouvernemental et des déficits budgétaires massifs au niveau fédéral qui menacent le cours du dollar et son rôle comme monnaie de réserve.

La destruction économique des Etats-Unis a profité aux méga riches qui possèdent maintenant des millions et des millions de dollars pour s’offrir tout ce que la vie peut offrir là où ça leur chante. Pendant ce temps, loin de la Riviera française, le département de la Sécurité Intérieure est en train de se doter de suffisamment d’armes pour maintenir les Etasuniens dépossédés sous contrôle.

Paul Craig Roberts

Paul Craig Roberts a été secrétaire adjoint au département du Trésor étasunien et rédacteur en chef associé du Wall Street Journal. Son dernier livre, Wirtschaft am Abgrund (Economies In Collapse) vient de sortir.

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/2012/08/28/americas-descent-into-poverty/

Traduction : Dominique Muselet

Note :
* Le quintile est une portion de la distribution de fréquence contenant un cinquième du total de l’échantillon.

URL de cet article 17569
  
AGENDA

RIEN A SIGNALER

Le calme règne en ce moment
sur le front du Grand Soir.

Pour créer une agitation
CLIQUEZ-ICI

Même Thème
L’horreur impériale. Les États-Unis et l’hégémonie mondiale
Michael PARENTI
Enfin traduit en français. Notes de lecture, par Patrick Gillard. La critique de l’impérialisme made in USA La critique de l’impérialisme américain a le vent en poupe, notamment en Europe. Pour preuve, il suffit d’ouvrir Le Monde diplomatique de novembre 2004. Sans même évoquer les résultats des élections américaines, dont les analyses paraîtront en décembre, le mensuel de référence francophone en matière d’actualité internationale ne consacre pas moins de deux articles à cette question. Signé Claude (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

J’ai vu des démocraties intervenir contre à peu près tout, sauf contre les fascismes.

L’Espoir (1937) - Citations de André Malraux

Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
46 
Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
103 
L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
19 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.