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L’avenir de la Birmanie sans les sanctions (Dissident Voice)

On parle beaucoup dernièrement de lever les sanctions économiques imposées par l’Occident à la Birmanie et on se demande s’il serait approprié d’établir des relations avec la junte birmane. Beaucoup de gens se demandent aussi avec raison qu’elle incidence aurait la situation d’Aung San Suu Kyi dans ce processus. Et notamment quelle course d’action elle-même et la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD) décideraient de prendre. Au coeur du problème il y a un gouvernement dirigé par des militaires qui dédaigne l’Occident depuis des dizaines d’années. On peut penser, en toute logique, qu’il va continuer dans cette voie quoique Aung San Suu Kyi fasse.

Les médias occidentaux aiment jouer avec l’idée que le gouvernement de Birmanie est plus brutal et plus révoltant que n’importe quel autre gouvernement de la terre à l’exception de l’Iran. La vérité ironique sur la Birmanie et l’Iran est que les peuples de ces deux pays aiment tout ce qui concerne l’Occident mais que leurs gouvernements refusent de tomber sous le joug de la colonisation économique de la Banque Mondiale, du FMI et de tous les autres subterfuges économiques occidentaux destinés à endetter les pays pauvres pour les obliger à ouvrir leurs pays au "développement" et à la "société civile" et permettre aux multinationales occidentales de s’approprier à des prix planchers toutes les ressources naturelles disponibles. Les gouvernements de l’Iran et de la Birmanie mènent leurs affaires commerciales à leur manière. Il semble que l’influence occidentale ait peu de chance de s’étendre sur la Birmanie, et que les pouvoirs occidentaux ne parviendront peut-être jamais à jouer un rôle important dans l’économie birmane quoiqu’ils fassent.

Le gouvernement militaire birman n’a pas besoin de l’Occident ni de son habitude prédatrice d’endetter les pays pauvres pour les soumettre et pouvoir piller leurs ressources naturelles. En fait les dirigeants actuels de la Birmanie qui sont vraiment des brutes répugnantes, se sont révélés tout à fait capables de coloniser eux-mêmes leur propre pays et de s’approprier sans le moindre scrupule tous les profits de la vente des ressources birmanes. Les idéaux de liberté et démocratie peuvent être utilisés avec profit dans les négociations avec des pays qui les reconnaissent, même si l’occident se montre très élastique dans son soutien à ces idéaux (la différence des réactions de l’Occident aux événements de Libye et du Barhein est révélatrice de leur élasticité), mais pour l’élite birmane au pouvoir ils ne signifient rien. Malheureusement l’Occident n’a pas d’autre carte à jouer à part la carte militaire. Mais il est improbable que l’Occident prenne le risque de déclencher une offensive militaire sur le pas de la porte sud de la Chine.

Tout le monde sait que l’Occident n’a rien à apprendre à Suu Kyi non plus. Elle a donné tout ce qu’elle avait à son peuple, en dépit du soutien de l’Occident et non grâce à lui. Elle est leur exemple et leur modèle de liberté et de démocratie. Les Birmans n’ont certainement pas besoin de la farce du soutien occidental de principe en faveur de Suu Kyi parce que l’Occident n’a pas de principes. Avec une hypocrisie effarante l’Occident soutient des dictateurs du monde entier pour des raisons politiques et économiques chaque fois que leurs intérêts économiques sont en jeu. C’est comme ça. Si l’Occident croyait vraiment dans les valeurs de liberté et de démocratie, alors il aurait soutenu le choix des Palestiniens quand ils ont élu le gouvernement terroriste du Hamas à leur tête dans une élection tout à fait régulière selon tous les observateurs.

L’Occident sait qu’il est impuissant en face de la Birmanie et qu’il perd ou a déjà perdu la Birmanie aux plans stratégique et économique. Le problème des Occidentaux est que Aung San Suu Kyi leur rappelle ce qu’ils n’ont pas : des principes. Elle est leur seul accès à une nation assiégée et occupée par des gens du même sang. L’Occident la soutient au nom de la liberté et de la démocratie mais il se rend bien compte que cet artifice éculé n’a aucun effet sur le plan économique. On a donc vraiment le sentiment que l’Occident va de plus en plus abandonner Suu Kyi pour essayer d’accéder aux ressources économiques de la Birmanie. Mais même alors, avec la Chine, l’Inde, la Thaïlande et le Vietnam autour d’elle, on ne voit pas ce qui inciterait la Birmanie à traiter avec les puissances occidentales. Et tout le monde, et surtout les leaders de la Birmanie, le sait. Il est regrettable de constater que l’Occident tout en faisant semblant de soutenir indéfectiblement Aung San Suu Kyi en réalité se retourne contre elle subrepticement et redistribue les cartes pour lever les sanctions. Quand cela arrivera Suu Kyi et son parti le NLD seront plus isolés. Dans ce pays opprimé de 56 millions d’habitants leur action économique et politique deviendra encore plus paradoxale et marginale.

En fin de compte si les sanctions sont levées et que les multinationales occidentales s’implantent en Birmanie, les politiciens vont annoncer une nouvelle ère de coopération et de développement avec le prochain gouvernement birman élu. Les ONG, déguisées en Société Civile, vont se déchaîner en Birmanie (comme elles ont fait au Cambodge il y a 20 ans) en colonisant les Birmans par des emplois mal rémunérés et en alourdissant le sort déjà douloureux de ce peuple misérable en le rendant dépendant de toutes sortes d’aides humanitaires. On peut trouver un exemple de tout cela juste de l’autre côté de la frontière de la Birmanie, près de la ville thaïlandaise de Mae Sot. Des usines textiles utilisent les réfugiés et les immigrants birmans pour faire des vêtements pour femmes qui sont vendus dans de grands magasins connus des USA comme J.C. Penney. Des employés des ONG locales jouent le rôle d’interlocuteurs (comprendre : employés d’agences d’emplois) entre les usines et les travailleurs. Les Birmans reçoivent des salaires de misère et travaillent dans des ateliers clandestins qui sont parmi les pires du monde. Ils n’ont aucun statut. Ils ne peuvent pas rentrer en Thaïlande et ne peuvent pas retourner en Birmanie. Les employés des ONG se justifient en disant qu’au moins les Birmans ont ainsi de quoi vivre. Et J.C. Penney fait des profits énormes en vendant des soutiens-gorge et des culottes à des américaines qui ne se doutent de rien.

Oui si l’Occident réussit un jour à rentrer en Birmanie, des centaines sinon des milliers d’employés d’ONG sillonneront le pays en voitures tout terrain pour sauver les Birmans et empocheront leurs chèques tout en sollicitant constamment leurs donateurs et en achetant de superbes propriétés à Rangoon, Nap Yi Daw and Pyin Oo Lwin et Ngapoli Beach. Les entreprises occidentales ouvriront des magasins et Coca Cola installera une usine d’embouteillage quelque par dans les faubourgs de Mandalay près des lignes de chemin de fer du train qui traverse l’Asie et des autoroutes qu’on construit en ce moment à travers l’Asie du sud-est. On construira des usines où les Birmans travailleront de longues heures dans des conditions proches de l’esclavage pendant que les journalistes célèbres de la CNN et de la BBC s’émerveilleront de la renaissance de la Birmanie et du libre échange en Asie du Sud-est. Mais tout ceci a peu de chance de se produire parce que la Chine, la Thaïlande, le Japon et désormais l’Inde et d’autres firmes asiatiques sont déjà entrés en Birmanie. Bien sur, Chevron et Total sont en Birmanie depuis des années parce qu’elles sont une exception aux termes des sanctions décidées contre la Birmanie par l’Occident. Oui, l’hypocrisie de l’Occident est parfois si polluante qu’elle pourrait servir de carburant à une voiture !

Il semble que le peuple birman n’ait aucune chance de voir son sort s’améliorer même en rêve. La grande majorité des Birmans continuera à vivre dans la misère tandis que l’élite dirigeante donnera satisfaction aux multinationales avec ou sans sanctions. L’opposition de quelque nature qu’elle soit sera écrasée malgré sa persistance comme dans les dizaines d’années précédentes. La seule vraie question est qui en fin de compte profitera des abondantes ressources naturelles de la Birmanie. Avec ou sans liberté et démocratie, les Birmans doivent se méfier des motivations occidentales. Tout le monde y perdra si les sanctions économiques sont levées et qu’une coopération s’établit avec le soi-disant gouvernement actuel. Si on avait un peu de coeur on dirait tout haut la vérité, à savoir que les dirigeants de la Birmanie sont des monstres tyranniques et meurtriers. Mais comme l’Occident n’a pas montré au monde un visage vraiment meilleur, qu’est-ce qui va changer pour les Birmans en fin de compte ?

Ko Tha Dja

Ko Tha Dja a travaillé plus de cinq ans en Thaïlande et Birmanie dans les domaines de l’éducation et de la relocalisation des réfugiés. Il travaille actuellement à un documentaire sur la vie des familles des prisonniers politiques de Birmanie.

Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2011/04/the-future-of-myanmar-without-sanctions/

Traduction : D. Muselet pour LGS

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