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L’Irlande du Nord apporte ses compétences au processus de paix colombien

Lorsque j’ai visité Cuba en 1999, j’ai été ému par une plaque, assez appropriée sur un immeuble de la rue O’Reilly, sur laquelle on pouvait lire « Irlande & Cuba : deux nations insulaires sur la même mer de lutte. » Bien sûr, les irlandais et les cubains ont partagé le même destin en tant que pays qui luttent puissamment pour vaincre la domination impériale - dans un cas contre la Grande-Bretagne et dans l’autre contre l’Espagne et à présent contre les États-Unis. Il était donc tout à fait approprié que des dirigeants d’Irlande du Nord rejoignent les cubains à La Havane la semaine dernière pour aider les pourparlers de paix entre le gouvernement colombien et la guérilla des FARC (1).

Absent comme toujours, le gouvernement des États-Unis a à peine mentionné ces pourparlers, et encore moins n’y a assisté.

L’idée de solliciter l’aide des deux partis du processus de paix en Irlande du Nord pour les pourparlers colombiens provient de Justice For Colombia (JFC) basé à Londres (2). Mes amis de longue date en lutte pour la paix en Colombie, Mariela Kohon et Victor Figueroa de JFC, ont accompagné les nord-irlandais à Cuba la semaine dernière. La délégation d’Irlande du Nord était composée de parlementaires et de dirigeants syndicaux des partis opposés du conflit nord-irlandais auquel il avait été finalement mis un terme par le biais de l’Accord du Vendredi Saint de 1998 (3) -– un accord de paix qui continue d’exister jusqu’à ce jour, avec quelques modifications.

Comme l’explique JFC sur son site internet « cette délégation… est la première délégation publique internationale à rencontrer les FARC depuis que les pourparlers de paix ont commencé entre l’organisation de la guérilla et le gouvernement colombien à la Havane en novembre 2012 et devrait considérablement accroître la visibilité du processus de paix. La rencontre fait suite à l’annonce historique de la semaine dernière, à savoir que les parties sont parvenues à un accord partiel sur les questions foncières. » Ce voyage à La Havane pour rencontrer les FARC fait suite à la rencontre avec la délégation du président Manuel Santos et des groupes de la société civile en Colombie en novembre dernier.

Les membres de la délégation d’Irlande du Nord, qui ont souligné qu’« il y a 20 ans nous n’aurions pas été assis côte à côte ensemble », sont venus à Cuba avec la cause commune de partager leurs expériences dans la négociation de la fin du conflit armé dans leur propre pays, avec l’espoir qu’ils puissent jouer un rôle en contribuant à mettre fin à la guerre civile vieille de 50 ans en Colombie.

La délégation d’Irlande du Nord comprenait le député (MP) Jeffrey Donaldson, qui a été un chef de file de l’équipe de négociation des travaillistes de l’Ulster pour l’Accord du Vendredi Saint, mais qui, plus tard, est sorti des négociations en signe de protestation lorsque le Sinn Féin a été autorisé à partager le gouvernement mais sans son aile militaire, l’IRA (4), désaffectée ; le Ministre du Parlement Connor Murphy, qui a été un membre clé de l’équipe de négociation pour la paix du Sinn Féin (5) ; l’ancien dirigeant adjoint du parti travailliste de l’Ulster, John McCallister ; et Conall McDevitt qui fut l’un des chefs dans les négociations de l’Accord du Vendredi Saint pour le parti social démocrate et travailliste.

Ainsi que l’a expliqué Conor Murphy, député du Sinn Féin, « il est vital que la communauté internationale se rallie à ce processus de paix, comme ils l’ont fait avec le nôtre. Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour soutenir une paix durable en Colombie. »

La fin du conflit colombien est essentielle, car la population civile continue de souffrir d’une guerre qui, selon un rapport récent du magazine Semana, a coûté la vie à 5,5 millions de victimes et qui continue encore. Parmi les victimes on compte 5.000 civils assassinés, ou plus, par l’armée colombienne pour la campagne toujours en cours des « faux positifs » dans laquelle des civils sont sciemment tués et que les militaires font ensuite faussement passer pour des guérilleros afin de justifier les efforts continus de contre-insurrection et le financement des États-Unis pour cet effort.

Justice For Colombia et la délégation d’Irlande du Nord ont formulé trois principales revendications afin de promouvoir le processus de paix : (1) un cessez-le-feu immédiat entre les parties afin de garantir la stabilité des pourparlers et pour mettre fin à la tragédie humanitaire continue du conflit ; (2) des garanties pour l’opposition afin d’agir librement en dehors de toute persécution -– une demande émanant de la situation actuelle dans laquelle des militants de la paix et des droits de l’homme sont emprisonnés et tués par l’État colombien, et en mémoire des 5.000 dirigeants de l’opposition de l’Union Patriotique assassinés par le gouvernement colombien et les forces paramilitaires, après le premier accord de paix avec les FARC dans les années 1980 ; et (3) la participation de la société civile dans le processus de paix.

La délégation d’Irlande du Nord a publié une déclaration du groupe dans laquelle on peut lire, de manière pertinente :

« Il nous paraît essentiel que les militants des droits de l’Homme, les syndicats, les mouvements sociaux comme la Marche Patriotique et les victimes doivent être en mesure de faire leur travail sans crainte afin de créer les conditions pour un processus de paix réussi. Nous soutenons le peuple colombien dans sa quête de paix et par notre expérience, nous estimons que les étapes suivantes peuvent aider le processus de paix :

- Dans notre expérience un cessez-le-feu bilatéral nous a aidé à créer une atmosphère positive pour que se déroulent les négociations et a contribué à éviter de nouvelles souffrances pour les civils. Nous reconnaissons les défis que cela comporte, mais nous encourageons toutes les parties à œuvrer pour un arrêt de la violence dès que possible...

- Nous pensons que ceux qui travaillent pour la paix comme la Marche Patriotique et Colombiens pour la Paix doivent recevoir toutes les garanties de l’État grâce auxquelles ils seront en mesure de participer au processus et amenés à exercer des activités politiques libres de toutes persécutions, menaces de mort, stigmatisation ou emprisonnement.

- Nous avons entendu que de nombreuses victimes souhaitaient être incluses. Nous avons encore du chemin à parcourir pour répondre aux besoins des victimes dans notre conflit, mais il nous paraît essentiel dans la recherche d’une réconciliation véritable.

Notre objectif en étant présents ici a été d’entendre autant de secteurs de la société que possible et de partager nos expériences, qu’elles soient positives ou négatives, afin d’encourager le peuple colombien à parvenir à une paix véritable avec justice sociale. Il y a 20 ans nous n’aurions pas été assis côte à côte. Nous avons été en confrontation sur le plan militaire et beaucoup pensaient que notre processus de paix serait impossible. Nous avons trouvé la paix grâce à un respect mutuel, à la tolérance et à l’acceptation. Nous souhaitons au peuple colombien de réussir dans ce processus et offrons notre aide pour vous accompagner tout au long du chemin. »

Le processus de paix en Colombie et la participation de l’Irlande du Nord à celui-ci, est un des événements les plus inspirants et plein d’espoir qui ait lieu depuis de nombreuses années. Malheureusement, ce processus suscite peu d’attention dans la presse, et absolument aucun soutien des États-Unis. Je ne peux qu’espérer que les États-Unis puissent apprendre quelque chose de l’exemple de l’Irlande du Nord, de décider, comme ils l’ont fait dans le cas de l’Irlande du Nord lors des pourparlers de paix dans les années 1990, de faciliter le processus de paix qui se déroule en Colombie. Il s’agit d’une chance pour les Etats-Unis de montrer que l’option militaire n’est pas la seule qu’ils connaissent pour tenter de résoudre les problèmes du monde.

Dan KOVALIK

10 juin 2013

(1) FARC : Forces Armées Révolutionnaires de Colombie.

(2) Justice For Colombia (JFC) : Justice pour la Colombie – ONG britannique.

Site internet : http://www.justiceforcolombia.org/

(3) Accord du Vendredi Saint : L’Accord du Vendredi Saint (en anglais : The Good Friday Agreement, en irlandais : Comhaontú Aoine an Chéasta), également appelé Accord de Belfast (en anglais : Belfast Agreement, en irlandais : Comhaontú Bhéal Feirste), officiellement nommé Accord de Paix pour l’Irlande du Nord (en anglais : The Northern Ireland Peace Agreement), a été signé le 10 avril 1998 par les principales forces politiques d’Irlande du Nord acceptant une solution politique pour mettre fin aux trente années (de 1969 à 1998) de troubles sanglants qui firent 3 480 morts, dont nombre de femmes et d’enfants.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_du_Vendredi_saint

(4) IRA : L’Armée républicaine irlandaise (en anglais : Irish Republican Army ; en irlandais : Óglaigh na hÉireann) est le nom porté, depuis le début du XXe siècle, par plusieurs organisations paramilitaires luttant par les armes contre la présence britannique en Irlande du Nord. Les différents groupes se réfèrent à eux comme Óglaigh na hÉireann, c’est-à-dire Volontaires d’Irlande.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Arm%C3%A9e_r%C3%A9publicaine_irlandaise

(5) Sinn Féin (en français, Nous-mêmes) : Fondé en 1905, il est la principale force politique de la Guerre d’indépendance irlandaise, branche civile de la première Irish Republican Army, mais décline pendant la Guerre civile. En 1970, il se divise entre le Provisonal Sinn Féin et l’Official Sinn Féin.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sinn_F%C3%A9in

Notes et traduction : GM

»» http://www.huffingtonpost.com/dan-kovalik/northern-irish-lend-their_b_...
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