RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

« La France a une attitude schizophrénique »

Arrestation d’Algériens le 17 octobre 1961 à Paris

Mohamed El Korso regrette le peu d’enthousiasme que suscitent les questions liées à l’histoire de la part de notre classe politique.

L’historien et ancien président de l’association du 8 Mai 1945, Mohamed El Korso, ne mâche pas ses mots. Pour lui, il est indéniable que le mot « génocide » s’applique parfaitement aux crimes coloniaux perpétrés par la France en Algérie. Joint hier par téléphone, il a réagi à la polémique qui fait rage entre Paris et Ankara en abondant dans le sens d’Erdogan : « Quand vous avez un colonel de la colonisation qui dit, je coupe les têtes, il ne parle pas de couper des têtes d’artichauts, mais celles des Algériens. L’intention de liquider par le sabre et le fusil est réelle et non fictive. Les enfumades et les emmurements qui ont décimé des tribus entières, comment qualifier cela ? », martèle-t-il, avant de lancer : « Le colonel Montagnac disait : tuez tous les hommes jusqu’à l’âge de 15 ans. Est-ce que ça, ce n’est pas un génocide ? Les Cavaignac, Bugeaud, Pélissier ne sont pas venus en villégiature. Ils sont venus liquider tout un peuple et ils ne pouvaient prendre la place de ce qu’ils appelaient "les autochtones’ sans commettre de génocide. »

Dans un document publié dans El Watan, Mohamed El Korso fournit quelques faits édifiants à ce propos : « L’armée coloniale expérimenta l’extermination par le gaz un bon siècle avant l’Allemagne nazie. Les enfumades et emmurements dans le Dahra - dans la région mostaganémoise - des tribus Sbih en juin 1844 par le colonel Cavaignac et des Ouled Riah le 19 juin 1854 par le colonel Pélissier ; les fours à chaux de Guelma (mai 1945) ; les cuves à vin (1957) des colons de Tlemcen, Sidi Bel Abbès, ou Zéralda ; le gazage des habitants du Dahra qui s’étaient réfugiés dans Ghar Layachine (1959) - pour ne citer que ces quelques exemples - ne sont nullement une vue de l’esprit.

Le charnier de Chréa, dans la wilaya de Tébessa, qui compte pas moins de 651 cadavres en dit long sur "l’oeuvre accomplie par la France en Algérie’ » (El Watan du 14 mai 2005). Revenant à la crise franco-turque, Mohamed El Korso considère que l’attitude française dans cette affaire est « schizophrénique » : « La France se permet de donner des leçons aux autres, alors qu’elle ferait mieux de donner des leçons à elle-même. C’est une attitude schizophrénique. On reconnaît les crimes des autres, mais pas ses propres crimes. » « Sarkozy invite chaque pays à regarder son passé et à en tirer les conclusions qui s’imposent. Est-ce que la France a le courage de regarder son passé ? Au lieu de cela, ils ont institué une fondation pour l’écriture de l’histoire afin de blanchir les crimes de la colonisation. »

Le professeur El Korso note que « c’est le Parlement français qui est en train d’écrire l’histoire ». Il rappelle en l’occurrence l’épisode de la loi du 23 février 2005 portant reconnaissance du « rôle positif » de la colonisation ainsi que le vote d’une loi sur les harkis.

« La réaction d’Erdogan est une véritable secousse »

Mohamed El Korso salue la position du Premier ministre turc. « L’attitude d’Erdogan est digne. C’est une véritable secousse », se réjouit-il. « L’attitude française vis-à -vis de la Turquie n’est pas culturaliste, mais éminemment politique. C’est une provocation. Et la réaction d’Erdogan est à la mesure de cette provocation. » Pour lui, le timing de cette dernière loi trahit des visées « électoralistes ». « Sarkozy sort ces questions à la veille de chaque élection présidentielle, comme ce fut le cas en 2005. Sarkozy avait terminé sa campagne présidentielle dans le sud de la France, à Montpellier, Toulon et Perpignan où vivent beaucoup de pieds-noirs et d’anciens membres de l’OAS. La France n’a jamais connu un président aussi provocateur », assène-t-il.

Mohamed El Korso regrette le peu d’enthousiasme que suscitent les questions liées à l’histoire de la part de notre classe politique : « Il est navrant de constater le silence de la classe politique en Algérie. Nous n’avons noté aucune réaction de sa part. Elle a visiblement d’autres chats à fouetter. » Le professeur El Korso estime qu’il serait malvenu de parler après Erdogan : « C’est un peu trop tard pour réagir dans le sillage d’Erdogan. Cela relèverait du plus bas mimétisme. » Il déplore qu’au niveau officiel, il n’y a pas de loi claire qui réponde à l’acte législatif français : « Ils (les Français) veulent solder le passé avec notre bénédiction et notre silence. On a eu une bonne opportunité pour réagir, mais on a jeté dans la poubelle de l’histoire la proposition de loi sur la criminalisation du fait colonial, quand bien même elle était imparfaite. » « Il y a de bonnes choses qui se font sur plan de l’écrit, mais la meilleure réponse à la France doit être politique. Il faut un travail sérieux avec l’apport de spécialistes pour aboutir à une loi criminalisant la colonisation » ; conclut-il.

Mustapha Benfodil

URL de cet article 15473
  

Le « populisme du FN » un dangereux contresens, d’Annie Collovald et Guerre aux chômeurs ou guerre au chômage, d’Emmanuel Pierru
DIVERS
Récemment apparues, les éditions du Croquant, issues d’une dissidence des héritiers de Pierre Bourdieu, publient des ouvrages riches, au coeur des problèmes sociaux actuels et offrant un regard juste et pertinent. Deux d’entre eux ont particulièrement retenu notre attention : Le « populisme du FN » un dangereux contresens A travers cet ouvrage, Annie Collovald a voulu déconstruire et remettre en cause le terme de « populisme » qui sert aujourd’hui d’explication au succès électoral du Front national. (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

« La politique étrangère américaine est ignoble car non seulement les États-Unis viennent dans votre pays et tuent tous vos proches, mais ce qui est pire, je trouve, c’est qu’ils reviennent vingt ans plus tard et font un film pour montrer que tuer vos proches a rendu leurs soldats tristes. »

Frankie Boyle, humoriste écossais

Appel de Paris pour Julian Assange
Julian Assange est un journaliste australien en prison. En prison pour avoir rempli sa mission de journaliste. Julian Assange a fondé WikiLeaks en 2006 pour permettre à des lanceurs d’alerte de faire fuiter des documents d’intérêt public. C’est ainsi qu’en 2010, grâce à la lanceuse d’alerte Chelsea Manning, WikiLeaks a fait œuvre de journalisme, notamment en fournissant des preuves de crimes de guerre commis par l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Les médias du monde entier ont utilisé ces (...)
17 
Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
23 
La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.