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La politique économique de la BCE est un article de foi

La ligne Maginot économique de la BCE (The Guardian)

Avant la seconde guerre mondiale, l’armée française avait mis en place la ligne Maginot. Cette barrière, le nec plus ultra de la défense militaire, devait protéger la France du féroce assaut des armés hitlériennes. Quand Hitler a finalement attaqué, la ligne Maginot n’a servi à rien car les Allemands l’ont contournée en passant par la Belgique.

L’obsession de la Banque Centrale Européenne (BCE) de ne pas dépasser 2% d’inflation est comparable à la construction de la ligne Maginot. La BCE pense qu’en maintenant cet objectif, elle fait tout ce que doit faire une Banque Centrale pour maintenir une croissance stable en Europe, exactement comme les généraux français pensaient que la ligne Maginot empêcherait les Allemands d’envahir la France.

Après la conquête germanique, les généraux français ont reconnu leur erreur. Par contre, bien que l’obsession des 2% d’inflation ait entraîné un désastre économique, les responsables de la BCE sont toujours en place et mènent la même politique.

Au point où nous en sommes, on a peine à imaginer ce qui pourrait convaincre la BCE de changer de politique. Comme la crise le montre, un système financier et économique mal régulé peut provoquer d’énormes bulles financières. L’explosion de ces bulles conduit à de longues périodes de chômage massif et à une baisse du PIB potentiel, comme on le voit à l’heure actuelle dans la zone euro, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

Cela signifie que des Banques Centrales conscientes de leurs responsabilités ne peuvent pas se contenter de maintenir l’inflation à 2% pour assurer une croissance stable. Il leur faut prendre les mesures nécessaires pour empêcher que les bulles spéculatives ne grossissent au point de mettre en danger l’économie. Beaucoup de gens l’avaient compris avant la crise ; cela devrait être évident pour tous désormais.

Les Banques Centrales ont aussi la responsabilité de consolider l’économie et de ramener le plein emploi. Dans ce but elles peuvent utiliser la sorte d’assouplissement quantitatif qui permet de baisser les taux d’intérêt à long terme comme l’ont fait la Banque Fédérale et la Banque d’Angleterre et à un moindre degré la BCE.

Il faudrait aussi viser des taux d’inflation plus élevés de l’ordre de 3-4% comme l’ont conseillé Paul Krugman, Ben Bernanke quand il était professeur à Princeton et Oliver Blanchard, le chef économiste du FMI. Ken Rogoff, un ancien chef économiste du FMI a même suggéré de laisser monter l’inflation à 6%.

Il y a deux raisons pour viser un taux d’inflation plus élevé. La première, c’est que cela réduira les taux d’intérêt réels. Si les entreprises s’attendent à ce que les prix aient augmenté de 15-18% dans trois ans, cela les incitera à investir tout de suite parce qu’elles pourront vendre ce qu’elles fabriquent à ces prix plus élevés. La seconde est qu’une plus grande inflation réduira le poids de la dette. Si les prix et les salaires augmentent en moyenne de 15% en trois ans, il deviendra possible d’honorer beaucoup d’hypothèques impossibles à rembourser actuellement puisque le prix des maisons augmentera aussi sans doute de 15%. De même, si les salaires augmentent de 15%, un taux mensuel fixe de remboursement d’hypothèque pèsera moins lourd.

Voilà pourquoi la BCE et d’autres Banques Centrales devraient insister pour qu’on laisse l’inflation augmenter. Mais au lieu de cela, la BCE s’arc-boute sur son engagement à maintenir les 2%. Le fait que le chômage soit élevé et qu’il continue d’augmenter dans la zone euro ne semble lui faire ni chaud ni froid.

En fait, les politiques d’austérité que la BCE impose aux pays lourdement endettés de la zone euro ne font qu’empirer les choses. Les coupes dans les budgets de l’état et les augmentations d’impôts en pleine récession ont pour conséquence prévisible de ralentir encore plus la croissance. Le refus persistant de la BCE d’assumer la fonction de prêteur de dernier recours auprès des états exacerbe aussi la crise en provoquant l’augmentation des taux d’intérêt et donc du poids de la dette des pays hautement endettés.

Cela fait environ deux ans que la BCE a adopté la voie de l’austérité. Les résultats ont été presque partout mauvais. Le chômage a fort augmenté et la croissante a été plus faible que prévu. Inutile de dire que les pays, les uns après les autres, ont dépassé les objectifs de déficits qui étaient censés être la raison principale des plans d’austérité.

Si nous avions des économistes sérieux à la BCE, ces résultats entraîneraient une révision de la politique. Malheureusement, au lieu de remettre les choses à plat, nous voyons les dirigeants de la BCE s’entêter à réaffirmer éternellement leur intention de maintenir le cap. (Ils ont même publié une petite brochure de propagande sur le "monstre de l’inflation" pour les incrédules). On dirait que rien au monde ne pourra conduire les généraux de la BCE à remettre en question la sagesse de la ligne Maginot.

Dean Baker

Dean Baker est co-directeur du Center for Economic and Policy Research (CEPR). Il est l’auteur de Plunder and Blunder : The Rise and Fall of the Bubble Economy and False Profits : Recoverying From the Bubble Economy.

Cet article a été originellement publié dans The Guardian.

Pour consulter l’original : http://www.counterpunch.org/2012/04/12/europes-economic-maginot-line/

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

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