Un nouvel anniversaire pour le 17 Octobre

La Révolution russe a triomphé voilà 96 ans (Atilioboron.com)

Nous vous proposons la traduction du dernier article en ligne du sociologue argentin Atilio Boron, en incitant les nombreux lecteurs qui ont accès au texte original à lire (c’est court), les deux suivants : Il y a huit ans, on enterrait l’alca de Bush et Les plaques tectoniques du système international bougent.

En 1871, la classe ouvrière et le peuple de Paris « à l’assaut du ciel ", donnant naissance à la commune, essai précoce de la construction d’ une société nouvelle et un nouvel état. En punition de leur audace, les communards furent réprimés avec une cruauté sans limites par les représentants des « démocraties » et de « la civilisation chrétienne occidentale ». Mais les graines de la commune, arrosée par le sang de milliers de victimes , germerait à l’autre bout de l’Europe à l’occasion d’un autre conflit. En 1917, un jour comme ce jeudi, les ouvriers, soldats et paysans russes ont repris le flambeau, et pas dans une seule ville mais dans le plus grand pays de la planète : en Russie.

Ayant assimilé les leçons de la Commune ceux-là ne se limitèrent pas à partir à l’assaut du ciel, ils prirent le Palais d’hiver des tsars et en une journée extraordinaire mirent fin à des siècles de cruelle monarchie absolue, au despotisme aristocratique d’un empire d’ignorance et de superstition.

Avec la révolution russe s’ouvrirent les portes d’une nouvelle étape dans l’histoire de l’humanité qui verrait bientôt les révolutions chinoise puis vietnamienne et cubaine changer radicalement l’équilibre mondial des forces, permettant un espace sans lequel ni les mouvements de libération nationale du tiers-Monde, ni les processus de décolonisation en Afrique et en Asie, ni les révolutions citées n’eurent été possibles. Sans le soutien soviétique, la révolution chinoise n’aurait guère survécu aux ruses et aux attaques de l’impérialisme dans ses premières années, sans l’appui soviétique, l’héroïque peuple vietnamien aurait plus difficilement vaincu et humilié les États-Unis dans la guerre du Vietnam, Cuba aurait-elle résisté à l’agression yankee sans la collaboration que fournira la Révolution russe ?

Le bilan historique sur ce que la révolution russe a signifié reste à faire. Pour les théoriciens et les publicistes de droite, et certaines gauches aveuglées par leur dogmatisme, l’histoire de cette grande révolution est réduite aux horreurs du stalinisme. Ils se complaisent à négliger certaines autres choses qui se sont produites également et n’étaient pas du tout des détails : la contribution de l’ Union soviétique à la défaite du nazisme a été décisive et irremplaçable, en payant de près de vingt millions de morts le prix de la victoire, on ne doit pas réécrire l’histoire et sous-estimer ces faits historiques.

Le monde ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui si les forces hitlériennes avaient triomphé dans la Seconde Guerre mondiale.

C’est la révolution russe qui a transformé la société la plus arriérée d’Europe en une puissance industrielle et militaire militaire, capable en quarante années – très court terme, historiquement parlant- d’être en tête dans la conquête de l’espace en lançant le premier satellite artificiel et le premier homme, Youri Gagarine. La Révolution russe a éradiqué l’analphabétisme, a jeté les bases d’une société égalitaire comme jamais il n’en a existé auparavant sur la planète, elle a intégré les femmes dans la vie sociale, lui octroyant des droits qui ne seraient conquis en partie dans les pays capitalistes avancés qu’un demi-siècle plus tard.

Lenine avec son chat

Malheureusement, cette expérience s’est très mal terminée : elle a implosé et s’est effondrée sans que personne ne descende dans les rues pour défendre les acquis historiques de la Révolution russe. On peut l’expliquer par de multiples raisons internes comme l’affaiblissement des liens démocratiques entre les masses, le parti et l’État, comme sa bureaucratie étouffante, la rigidité, la mauvaise gestion de l’économie, l’incapacité à répondre aux défis de la troisième révolution industrielle, entre autres.

Les raisons d’ordre extérieur ne manquent pas parmi lesquelles il faut souligner l’hostilité permanente des puissances impérialistes depuis l’aube de la république soviétique, la guerre froide et dans les années quatre-vingt, les dépenses militaires exorbitantes que les guerres de Ronald Reagan ont contraint l’Union soviétique à engager (ce genre de dépenses qui a également semé les graines de la crise financière actuelle dans l’État américain). Rendons hommage à cette entreprise héroïque, à la figure de Lénine, dirigeant génial, aux bolcheviques qui eurent l’audace de l’accompagner, aux anciens mencheviques comme Trotsky, qui en Août 1917 ont rejoint le parti de Lénine pour entreprendre la plus grande révolution sociale de toute l’histoire humaine.

Atilio Boron

 http://www.atilioboron.com.ar/2013/11/la-revolucion-rusa-un-nuevo-aniversario.html

COMMENTAIRES  

15/11/2013 13:43 par Dwaabala

Il s’agit effectivement du bouleversement historique le plus important après (chronologiquement) la Révolution française.
Comme cette dernière il a eu son "siècle des Lumières" si l’on veut bien considérer tout ce qui l’a précédé.
Ses répercussions sont loin d’être terminées, malgré la chape de silence et de déformations qui le couvrent.

16/11/2013 23:25 par Dominique

Je suis bien d’accord que la révolution de 1917 fut le point d’orgue de grand bouleversement historiques. D’un coté, Lénine a planté les graines qui allaient donner naissance au stalinisme, en privant les soviets de tout pouvoir pour le donner à un parti qui allait s’y accrocher. D’un autre côté, la révolution russe a permis des avancées sociales sans précédent dont certaines comme l’excellent système éducatif résiste encore au virage à 180 degrés imposé par le retour au capitalisme.

Ceci dit, il faut bien voir que chez nous, l’histoire est écrite par Hollywood et des médias tous plus capitalistes les uns que les autres, et que la majorité des gens assimilent le communisme au diable. De plus, il est difficile de leur donner tord quand on assiste aux débats internes à la gauche, laquelle est pétrifiée entre une bande majoritaire de collabos tout autant capitalistes que la droite et des marxologues pétrifiés dans leurs dogmes figés dans la pierre. Le seul point sur lequel cette gauche arrive à se mettre d’accord est quand des mouvements progressistes surgissent, comme les indignés ou Occupy. Ils se ruent alors, les uns pour tenter de les récupérer, les autres pour les combattre.

Le seul espoir de changement que je puisse voir réside dans la faculté des peuples à s’auto-organiser. Ce n’est pas nouveau, Marx nous l’a dit, Nietsche a enfoncé le clou en nous faisant remarquer que c’est en militant que l’on devient révolutionnaire, et Reich en a remis une couche en nous invitant à prendre nos responsabilités, c’est à dire à cesser de crier Heil, heil ou Viva, viva, et à croire en nous à la place pour être ainsi nos propres libérateurs.

Dans cette optique, le principal problème est que la majorité des gens sont convaincus, à l’image des religions qui toutes nous promettent une vie meilleure dans un hypothétique autre vie après la mort ou dans une tout autant hypothétique autre vie tout court, que de toutes façons, ils font ce qu’ils veulent. Face à cette inertie irrationnelle, et comme Reich l’a très bien montré, les théories rationnelles n’ont aucune prise. La seule chose qui puisse incité les impuissants qui composent la majorité des gens à passer à l’action est l’exemple pratique. Ce qui nous ramène à des associations de base comme les associations de quartier, des communes comme Marinaleda en Espagne, ou les mouvements qui font si peur à la gauche traditionnelle comme les indignés ou Occupy, et en général toutes les formes de résistances actives, des squats aux manifs pacifistes ou pour l’environnement, destruction d’OGM, etc, la liste est longue quand on essaie de la faire.

Un des problèmes majeurs est que les associations de base sont souvent tentées de chercher des appuis auprès des associations et partis institutionnels. Ses appuis ne seront jamais intéressés et viseront toujours à contrôler, à récupérer ou à détruire la résistance au système, résistance qu’un parti ou un organisation institutionnelle combattra toujours car elle est partie prenante de ce système et sa survie dépend de la survie du système. Par exemple, les socialistes n’ont jamais hésité à voter les crédit de guerre quand le système était menacé. Et socialistes comme syndicalistes s’empressèrent de retourner leur veste quand ils furent interdit par Hitler. Quand aux verts, en Suisse nous avons deux partis verts, les verts de gauche et les verts libéraux. La seule différence entre ces deux partis est que les verts de gauche essaient de nous faire croire que la politique économique ultra-libérale qu’ils défendent est une politique de gauche. La droite doit bien rigoler.

Donc nous sommes dans un marasme total, lequel est avant tout un marasme de la pensée. Ce marasme est entretenu par les médias, ce que les politiciens, qui ont tous lu Mein Kampf, voient d’un très bon oeil. Celui qui contrôle les médias contrôle les masses, et ce n’est pas pour rien qu’internet, le seul média qui soit encore un espace de liberté de parole et de pensée, est sous attaque permanente de la part des politiques comme de la part de multinationales comme Microsoft, les majors et d’autres.

17/11/2013 02:13 par Vania

Bravo et Merci pour cet article qui nous rappelle la triste disparition de l’URSS.

17/11/2013 03:26 par Rivera

Les bourgeoisies voudront toujours faire croire aux travailleurs que le léninisme conduit inévitablement au stalinisme. Cela est faut, c’est une explication subjective et non dialectique des événements historiques.
D’une part la révolution russe s’est retrouvée isolée à cause de l’échec des révolutions socialistes en Europe et puis il y a eu la guerre civile. La bureaucratie stalinienne s’est alors érigée sur l’état arriéré et pauvre de la Russie.
Lénine disait que lors de la guerre civile, l’impérialisme dans sa tentative de détruire la révolution d’octobre avait atteint son objectif à moitié, et cette moitié était la bureaucratie.
Lénine n’y est pour rien dans le tragique destin de l’URSS.

17/11/2013 03:45 par Rivera

J’aime beaucoup ce commentaire de l’auteur de l’article :

Malheureusement, cette expérience s’est très mal terminée : elle a implosé et s’est effondrée sans que personne ne descende dans les rues pour défendre les acquis historiques de la Révolution russe.

Excellent !

J’ajouterai que le désir légitime des peuples étouffés par les nomenclatures des partis communistes était de se débarrasser de ces bureaucrates.Mais avec l’effondrement de l’URSS ce qui s’est effondré ce sont plutôt les acquis sociaux de la révolution d’octobre, par contre les apparatchiks sont devenus la nouvelle bourgeoisie tel que l’avait prédit Trotsky. Avec la montée du stalinisme les travailleurs avaient été expropriés de leur pouvoir politique mais les moyens de production demeuraient de propriété collective, or avec la chute de l’URSS l’expropriation s’est complétée en devenant aussi une expropriation sociale par la privatisation des moyens de production. L’effondrement de l’URSS représente un grand pas en arrière pour tous les travailleurs de la planète et un grand recul historique pour l’humanité.

17/11/2013 10:01 par desobeissant

L’affirmation :

Malheureusement, cette expérience s’est très mal terminée : elle a implosé et s’est effondrée sans que personne ne descende dans les rues pour défendre les acquis historiques de la Révolution russe.

est totalement fausse,en 1991,suite au fiasco du coup d’état bureaucratique,quand l’armée s’est retournée et a fait allegeance a Elstine, grace aux milliards de $ des USA,des dizaines de milliers de
Moscovites sont descendus dans les rues ,ont érrigés des barricades mais la manipulation des médias
a reussi a les destabiliser, alors que l’auto organisation independante des partis avait demarrée sans etre encore suffisamment credible ,et ce fut un fiasco de plus,l’histoire de la lutte des classes en Russie reste encore a ecrire.......

17/11/2013 12:59 par gérard

« Les raisons d’ordre extérieur ne manquent pas parmi lesquelles il faut souligner l’hostilité permanente des puissances impérialistes »
C’est on ne peut plus exact, mais il y a une "impérieuse" raison derrière :
- les « puissances impérialistes » n’avaient pas récolté le fruit de leurs investissements ; ils avaient été faits par l’intermédiaire de Wall street qui depuis très longtemps, avaient fait des immenses richesses de la Russie et par extension de l’Union Soviétique, leur objectif primordial ; et on ne plaisante pas avec les investissements :
Au cœur du Nouvel Ordre Mondial : Wall Street et la révolution bolchévique (Professeur Antony Sutton)
http://resistance71.wordpress.com/2011/12/12/au-coeur-du-nouvel-ordre-mondial-wall-street-et-la-revolution-bolchevique-professeur-antony-sutton-1ere-partie/
Dessin de Robert Minor dans le St. Louis Post-Dispatch [http://fr.wikipedia.org/wiki/St._Louis_Post-Dispatch](1911) :
http://www.reformation.org/wall-st-cartoon.html
« Le dessin de Minor met en scène un Karl Marx barbu et hilare se tenant sur Wall Street avec un exemplaire de la revue “Socialism” sous le bras et acceptant les félicitations de financiers connus comme J P Morgan, L’associé de Morgan George W. Perkins, John D. Rockefeller, John D. Ryan de la National City Bank et Teddy Roosevelt, qu’on identifie facilement grâce à sa célèbre dentition, qui se tient en arrière-plan. Wall Street est décorée avec des drapeaux rouges. La foule en liesse et les chapeaux jetés en l’air suggèrent que Karl Marx devait avoir été un homme populaire au sein du district financier de New York. »
@ Dominique
Biens tous tes commentaires, dont celui-ci : « nous sommes dans un marasme total, lequel est avant tout un marasme de la pensée ».
J’ai ce texte qui est bien plus qu’un article "sous le coude gauche" depuis pas mal de temps, car j’ai l’intime conviction sans l’avoir concrétisée, que problèmes & solutions sont dedans, dans cet apparent paradoxe de collusion entre Wall Street et la révolution bolchevique ; vraiment « apparent » j’insiste, car les deux avaient le même fonctionnement de pensée, totalitaire...
La fin de Makhno a certainement marqué la fin de la révolution russe, mais pouvait-il en être autrement ?

17/11/2013 13:54 par Adrien Lamprouge

http://www.marxisme.fr/download/Ludo_Martens_Un_autre_regard_sur_Staline.pdf

Vous allez en avoir grand besoin les trotskistes , réformistes , Khrouchtcheviens et autre communiste qui oeuvre plus à attaquer des dirigeant réellement méritant qu’a attaquer des dirigeants immondes comme Churchill , Pétain , Kennedy, Bush et j’en passe .

Parce que bien sur il suffirait d’être "démocratique" pour réussir une révolution prolétaire , vous oubliez le sors réservé à tout les révolutionnaires au cour dur XXème siècle , assassinés , persécutés , exécutés , leurs peuples exterminés et leurs pays ravagés , voila pourquoi Staline n’a fait aucun cadeau au séparatisme , au collaborateurs pro-impérialisme et aux traîtres , c’était le sors du peuple soviétique , qui viens de se concrétiser avec la chute de l’URSS .

19/11/2013 18:12 par Rivera

Monsieur Adrien,

nous savons par les faits que Stalin a trahi la révolution.
Ce n’est pas un livre qui va changer cela.
Vous oubliez aussi que Stalin a reconnu l’État d’Israel et donné des armes aux sionistes.

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