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Le 52eme anniversaire du drame de « Charonne ».

Vers la fin de la guerre d’Algérie, l’OAS (organisation armée secrète) frappe partout. En effet, pour que l’Algérie reste française, le lobby colonial ne lésine pas sur les moyens. Le but est bien entendu de déstabiliser tous les acteurs cherchant à résoudre le conflit algérien, vieux de sept ans. Bien que les deux gouvernements, le GPRA (gouvernement provisoire de la République algérienne) et le gouvernement français, aient du mal à s’entendre sur des accords consensuels, les dirigeants de l’OAS font tout pour rendre cette tâche plus alambiquée.

En ce début de l’année 1962, les deux délégations décident de se rencontrer aux Rousses le 11 février. Cette conférence dure une semaine, du 11 au 18 février 1962. C’est à ce moment-là que les dirigeants de l’OAS se lancent dans un combat désespéré afin de faire échouer cette négociation. Cette fois-ci les cibles peuvent être aussi bien algériennes que françaises. Car, des deux côtés de la méditerranée, la décolonisation semble irréversible. Dès lors, il ne reste qu’à trouver la forme. Prenant à contre-pied ces deux opinions, les dirigeants de l’OAS n’épargnent personne. En effet, pourvu que l’Algérie reste française, les vies humaines n’ont aucune valeur pour eux.

Cependant, au fur et à mesure que le général de Gaulle confirme ses choix en faveur d’une solution négociée de la crise algérienne, l’OAS redouble de férocité. Jugeant que les attentats en Algérie n’étant pas en mesure de changer l’avis des politiques français, l’OAS programme alors une série d’attentats en métropole. « Le 7 février 1962, dix charges de plastics explosent à la porte du domicile parisien d’hommes politiques, d’intellectuels, de journalistes. Sept blessés. Parmi les blessés une petite fille âgée de quatre ans et demi, Delphine Renard », écrit Olivier Wieviorka, dans un article intitulé « Charonne, 8 février 1962 : un crime d’État. »

Cela dit, tant que les attentats étaient loin du territoire français, les métropolitains – ils sont certes nombreux – se contentaient de dénoncer les actes criminels perpétrés par l’OAS. Or, cette fois-ci, le drame est au seuil de leurs portes. Quoi qu’il en soit, les organisations de gauche, telles que la CGT, le PCF, l’UNEF, notamment leur base militante, n’ont jamais cessé de soutenir la cause du peuple algérien. Toutefois, en réponse aux attentats du 7 février, les organisations de gauche n’entendent pas laisser le terrain libre à l’OAS. Bien qu’elles luttent à armes inégales, leur mobilisation –et c’est le moins que l’on puisse dire –va être dissuasive. Mais, cela a un prix. Et ce prix, c’est celui du sang des innocents.

Ainsi, au lendemain de la série d’attentats de Paris, un appel à la manifestation est lancé par plusieurs organisations, telles que la CGT, la CFTC, l’UNEF, le PSU, le PCF, etc. Prenant les précautions nécessaires suite à l’interdiction de la manifestation par le préfet de police, Maurice Papon, les organisateurs, tout en maintenant le mot d’ordre, insistent sur le caractère pacifique de la marche. Cela dit, d’après certaines versions, il semblerait que l’ordre d’interdire la manifestation soit venu directement de l’Élysée. « L’interdiction de cette manifestation flattait l’aile droite de ses partisans, en montrant que de Gaulle ne jouait pas le jeu des communistes dans la solution du conflit algérien », lit-on dans un éditorial du journal communiste Riposte.

Par conséquent, à quelques heures de la marche, tous les ingrédients d’un éventuel dérapage sont réunis. Malgré un encadrement parfait, des policiers –certains étaient là le 17 octobre 1961 pour mater la manifestation de la fédération de France du FLN – sont excités. Relatant la répression de la manifestation du 8 février, le journal Riposte écrit : « Mais c’est boulevard Voltaire et rue de Charonne que la répression est la plus violente. Alors que les organisateurs donnent le signal de dispersion, les forces de l’ordre, commandées par le commissaire Yser, chargent le cortège. En effet, sur ordre de la salle de commandement, c’est-à-dire du préfet Papon, il faut « disperser énergiquement »les manifestants. Les policiers chargent avec une telle brutalité et de façon si soudaine, qu’un mouvement de panique s’empare des manifestants, qui tentent de fuir vers la station de métro la plus proche ».

Tout compte fait, bien qu’on ne puisse pas comparer son ampleur à celle du 17 octobre 1961, le drame de Charonne va dévoiler les horreurs d’une guerre injuste. En tout cas, au bout d’une demi-heure d’acharnement policier, de 19 heures à 19 heures 30, le bilan est très lourd : 8 morts [5 au métro de Charonne et 3 à la place Voltaire] et plus de 250 blessés. Une neuvième victime succombera, quelques semaines plus tard, à ses blessures. Quel est leur tort ? Ces victimes payent un prix fort pour avoir dénoncé l’aveuglement des ultras de l’OAS à vouloir garder coûte que coûte la tutelle sur l’Algérie.

Pour conclure, il va de soi que l’organisation criminelle, l’OAS en l’occurrence, ne choisit pas ses victimes. Quiconque n’est pas d’accord avec elle sur la politique coloniale, synonyme de la grandeur de la France [excepté le territoire, la France est devenue plus grande après la décolonisation], il est classé sur sa liste noire. Dans son ultime combat, l’OAS ne fait aucune impasse sur les méthodes pouvant infléchir le général de Gaulle. À quelques jours de l’ouverture de la rencontre des Rousses, l’OAS, d’après Olivier Wieviorka, « cherchait à attiser la haine opposant gaullistes et communistes afin d’embraser le pouvoir. » mais, c’est en vain. Car, grâce à la détermination du général de Gaulle et à l’intelligence du peuple français, cette manœuvre n’aboutit pas. Et ce, au prix de beaucoup de sacrifices.

Ait Benali Boubekeur

»» http://ait-benali.over-blog.com/
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