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Le message de Rand Paul à Obama : Ne me drone pas, mon pote (Dissident Voice)

Ce qui est très positif dans le discours d’obstruction de 13 heures de Rand Paul -qui s’est terminé quand Paul a été obligé d’aller aux toilettes - c’est qu’il a alerté le public sur les voies traîtresses que le programme de drone d’Obama pourrait emprunter : à savoir l’assassinat ciblé d’Etasuniens sur le sol étasunien. Ce fut un marathon d’instruction civique et une critique cinglante du bilan du président Obama en matière de libertés civiles.

Par contre, Rand a eu le grand tort de refuser de condamner fermement la manière dont les drones sont déjà utilisés à l’étranger et de dénoncer le rôle du nouveau chef de la CIA, John Brennan, dans la conception d’un programme qui a causé la mort de tant de civils non-étasuniens et généré des sentiments anti-étasuniens dans le monde entier. Rand Paul a mentionné de nombreux problèmes liés aux frappes de drones dans des endroits comme le Pakistan et le Yémen, mais il s’est globalement concentré sur la question de l’assassinat par drones d’Etasuniens et encore plus précisément sur l’assassinat par drones d’Etasuniens sur le sol étasunien.

Rand Paul a décidé de faire obstruction à la nomination de John Brennan après avoir reçu, ce mois-ci, une lettre du procureur général Eric H. Holder Jr. où ce dernier refusait de déclarer illégal l’emploi de drones à l’intérieur des Etats-Unis dans "des circonstances exceptionnelles" comme les attaques terroristes du 11 septembre. L’administration Obama a aussi affirmé que les Etasuniens n’auraient pas droit à un véritable procès, mais seulement à une sorte de "procédure ad hoc" qui pourrait les amener sur une "liste de personnes à éliminer" si des officiels étasuniens hauts gradés décidaient qu’ils représentaient une menace immédiate.

"Je me lève aujourd’hui pour faire obstacle à la nomination de John Brennan à la tête de la CIA", a dit le sénateur Paul. "Je parlerai jusqu’à ce que les sirènes se déclenchent pour proclamer d’une côte à l’autre, que notre Constitution est importante, que votre droit d’être jugé par un jury est précieux, qu’aucun Etasunien ne devrait être tué par un drone sur le sol étasunien sans avoir même été accusé d’un crime ni déclaré coupable par un tribunal."

Paul a dit que le refus du procureur général étasunien d’exclure la possibilité de frappes de drones contre les citoyens étasuniens sur le sol étasunien était un affront aux droits constitutionnels intangibles de tous les Etasuniens.

"Critiquer son gouvernement et critiquer la politique de son gouvernement signifie-t-il qu’on sympathise avec l’ennemi ?" a demandé Paul en évoquant le cas de Jane Fonda. "On se souviendra toujours de Jane Fonda virevoltant dans des chars d’assaut vietnamiens, et c’était une honte," a-t-il dit. "C’est une chose de la juger pour trahison, mais allez-vous lâcher un missile hellfire sur Jane Fonda ?"

Paul a aussi suggéré que des nombreux campus d’universités étasuniennes des années 1960 étaient pleins d’Etasuniens qui auraient pu être accusés de sympathiser avec l’ennemi. "Allez-vous lâcher des missiles sur l’université de Kent State ?" a-t-il demandé.

Alors que beaucoup de Républicains sont venus au Sénat se tenir aux côtés de Paul, le seul Démocrate qui l’ait fait a été Ron Wyden de l’Oregon. Wyden est membre du Comité des Renseignements du Sénat qui a utilisé la nomination de John Brennan pour contraindre l’administration Obama à transmettre au Sénat les document légaux régissant les assassinats ciblés. Ca a marché, du moins en partie. Au bout de deux ans de vains efforts de la part du Sénat pour obtenir ces documents, l’Administration a finalement permis aux membres du Comité des Renseignements du Sénat de voir les documents. Wyden dit que ce n’est pas suffisant. En vrai champion de la transparence, il veut que les documents soient rendus publics et il veut plus de documents, y compris ceux qui établissent les critères sur lesquels sont décidés les assassinats ciblés de non-Etasuniens.

Wyden a dit qu’il ne s’opposerait pas à la confirmation de Brennan, mais qu’il pensait que "l’exécutif ne devrait pas avoir le droit de développer une programme aussi sérieux et si lourd de conséquences sans aucun contrôle, parce que ce n’est pas comme cela que marche la démocratie étasunienne."

C’était frustrant de voir le Sénateur tourner autour du pot sur la question de soutenir ou pas les attaques de drones à l’étranger. Il a certes remis en question l’usage de frappes ciblées à l’étranger, des frappes destinées à tuer des gens qui semblent seulement avoir des activés suspectes, mais il n’a pas demandé au gouvernement de les arrêter. Il n’a pas demandé au gouvernement d’arrêter les doubles frappes qui provoquent souvent la mort des sauveteurs qui essaient de venir au secours des victimes de la première frappe. Il n’a pas demandé au gouvernement d’enlever les drones à la CIA, une agence civile dont le rôle est soi-disant de rassembler du renseignement. Il n’a pas demandé combien de morts civiles les frappes avaient faites à l’étranger, ni exigé que les Etats-Unis reconnaissent publiquement qui ils ont tué. Bien qu’il ait mentionné le cas du citoyen étasunien de 16 ans, Abdulrahman al-Awlaki, tué par un drone deux semaines après son père, il n’a pas demandé que le gouvernement lui réponde sur ce point.

Paul posait la question de savoir si les tactiques utilisées à l’étranger pouvaient être transférées aux citoyens étasuniens de l’intérieur. Sa demande au gouvernement était simple. Paul a répété qu’il était prêt à voter la nomination de Brennan si l’administration Obama rédigeait un document disant qu’elle ne croyait pas que l’exécutif aie le droit de cibler et de tuer des citoyens étasuniens sur le sol étasunien.

Mais Paul n’a pas utilisé la mesure d’obstruction pour s’opposer aux guerres d’Afghanistan et d’Irak. Il a dit qu’il aurait soutenu la guerre en Afghanistan à ses débuts mais qu’elle avait pris des proportions bien supérieures à la réaction initiale à l’attaque du 11 septembre. "Le problème est que cette guerre s’est prolongée indéfiniment, l’Autorisation d’utiliser la force leur permet de faire à peu près tout ce qu’ils veulent, et maintenant ils disent qu’il n’y a plus de limites géographiques à la guerre," a-t-il dit. "Alors ce n’est pas seulement la guerre en Afghanistan, c’est la guerre au Yémen, en Somalie, au Mali. C’est la guerre sans limites." Paul a dit que quand le Congrès avait voté l’Autorisation d’utiliser la force suite au 11/9, ils avaient voté pour envahir l’Afghanistan pour attraper ceux qui nous avaient attaqués, pas pour autoriser une guerre tous azimut et sans fin, une guerre qui se propagerait jusque sur le sol étasunien.

Et il a reproché au Congrès d’avoir renoncé à la responsabilité de déclarer la guerre. "Si nous attachions de l’importance à notre prérogative de déclarer la guerre, nous reprendrions ce pouvoir," a-t-il dit.

Paul s’est demandé si les drones ne faisaient pas plus de mal que de bien et si les Etats-Unis pouvaient se permettre de faire perpétuellement la guerre. "Il faut trouver un moyen de mettre fin à la guerre," a-t-il dit.

Les progressistes ont toutes sortes de raisons de ne pas aimer les idées libertaires sur le moins d’état possible du Tea Party de Rand Paul, les assassinats par drones sont une question sur laquelle ils devraient s’allier avec Paul et ses supporters de plus en plus nombreux. Après tout, ce n’est pas le messager qui est important mais le message. Et comparé aux Sénateurs Démocrates qui sont, à quelques exceptions près, restés silencieux ou ont soutenu les assassinats ciblés du président Obama, Rand s’est comporté comme un héros. Les progressistes devraient lui exprimer leur gratitude en se tenant à ses côtés (*).

Medea Benjamin

Medea Benjamin (medea@globalexchange.org) est cofondatrice de CODEPINK : Women for Peace and Global Exchange.

Note
* Dans le texte : "Stand with Rand."

Pour consulter l’original : http://dissidentvoice.org/2013/03/rand-pauls-message-to-obama-dont-drone-me-bro/

Traduction : Dominique Muselet

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