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Le Qatar n’aime pas que la pierre de taille, aussi le terrorisme

La stratégie suicidaire de l’Arabie Saoudite qui, croyant réduire le Qatar l’a élevé au statut abusif de victime, a un effet sur ce monstre dont Bourdieu disait qu’il n’existe pas : l’opinion publique. Dans les chaumières certains esprits contrits imaginent le Qatar ravalé en Somalie ou Yémen où, pour survivre, il faut manger de l’herbe. Non, qu’on se rassure, inutile de lancer une quête pour un « SOS Qatar ». Si les choses de l’argent sont un peu plus difficiles, tout va bien. Mieux Erdogan et le Pakistan ont expédié des troupes pour défendre Doha… d’une offensive saoudienne qui restera imaginaire. Ne pleurez plus, le Qatar reste le bastion de l’islam le plus obscurantiste et radical, le wahhabisme, et son apparence de victime va conforter son activité messianique. Le 19 juin dernier, à Paris, le Centre International de Géopolitique et de Prospective Analytique (CIGPA) a tenu une cession consacrée aux différents aspects géopolitiques du Qatar. L’aide de Doha au terrorisme était au programme…

Le premier indice donné par le Qatar, afin de démontrer sa volonté politique majeure, celle de jouer un rôle décisif au Moyen Orient et même au-delà, dans une vision qui se voulait mondial, a été de donner refuge à tous les mouvements terroristes de la planète. A partir du moment où ils étaient d’essence sunnite et non hostiles aux Frères Musulmans.

Ainsi Doha est devenu un lieu étrange, un peu comparable -mais à rebours- à ce que fût Alger dans les années 60 qui servait alors de base pour l’organisation et l’expression de tous les mouvements marxistes de libérations de peuples. La comparaison s’arrête ici, mais le Qatar a ouvert à Doha des bureaux, avec le statut virtuel d’ambassade, à tous les prêcheurs de djihad, à ceux qui rêvent d’Etat islamique ou de Califat. Cet outil diplomatique, si atypique, est surveillé à la fois par le bureau de l’émir et par les Frères Musulmans qui, au Qatar, sont un état bis. Pour ne citer que les plus notables, rappelons que le Front Islamique du Salut, le parti des tueurs religieux dans la guerre civile de l’Algérie des années noires, est établi au Qatar. Comme les Talibans ou les Tchétchènes et maintenant les responsables des milices islamistes libyennes. Dès qu’ils sont accueillis à Doha en 2013, les Talibans n’hésitent pas à planter un grand drapeau, celui du noir djihad, dans les jardins qui entourent l’immeuble de leur « représentation ». Les Américains, qui utilisent la base al-Udaï à quelques kilomètres de là pour, entre autre, bombarder l’Afghanistan, interviennent afin que la bannière soit amenée. Le cas des tchétchènes est moins confortable et à Doha la vie n’est pas pour eux un fleuve tranquille. Après les attaques dans un théâtre de Moscou et celle contre une école à Beslan, le 13 février 2004 Poutine envoie en chasse des agents du FSB qui, à Doha, éliminent Zelimkhan Iandarbiev, le terroriste en chef, une bombe étant placée dans sa voiture. Paradoxalement c’est à la suite de cette liquidation que le Qatar va prendre une loi punissant, sur son territoire, le terrorisme.

Jusqu’en 2010, le Qatar continue cette politique de soutien aux djihadisme tout azimut. Dans un imaginaire non avoué le wahabbisme se veut le remplaçant du marxisme, celui de l’internationalisme des années 60 : Doha est le siège d’un « Kominterm islamiste ». Cette réalité est corroborée par Alain Chouet, un ancien responsable de la DGSE qui déclare en juillet 2012 :

« On ne saurait dire que la famille régnante qatarie véhicule une idéologie quelconque en dehors de la protection de ses propres intérêts. Mais comme il lui faut ravir à la famille Séoud son rôle moteur dans le contrôle de l’Islam sunnite à l’échelle mondiale, elle héberge volontiers les imams et prêcheurs de tous poils, comme Youssef Qardhawi, à condition qu’ils soient plus extrémistes que les oulémas saoudiens de façon à leur rendre des points. Et le Qatar finance partout et généreusement tous les acteurs politico-militaires salafistes, comme le groupe Ansar Dine, dont la branche la plus enragée des Frères Musulmans. Pour ces groupes, la condition du parrainage est de se déclarer hostiles à la famille al-Saoud, au chiisme, mais aussi aux régimes « laïcs » et nationalistes arabes ».

Le Qatar est donc décrit comme "Le Club Med des terroristes". Cette comparaison, employée par le « Courrier International », en dit long sur le doute raisonnable qui pèse sur ce pays quant à son soutien au terrorisme. Les puissances occidentales fermant les yeux sur tout cela afin de ne pas se mettre à dos un partenaire économique si puissant et utile.

Sur le terrain, c’est en Afrique que le Qatar se lance dans le support actif, autre que financier, au terrorisme. Disons que Doha met les mains dans le cambouis. La première cible est tout l’ouest du continent noir, où l’émir Al-Thani rêve de supplanter l’influence de Kadhafi. Dans le sud Niger, sous le masque d’aide humanitaire et de mise en place des organisations de villages, le Qatar aménage en fait un espace qui devient vite la base arrière de Boko Haram.

En mai 2012, Doha passe aisément du Niger au Mali. Alors que les djihadistes investissent le nord Mali, des équipes qataries, sous couvert d’ONG et du Croissant rouge, prêtent la main aux terroristes du MUJAO. Quelques heures avant l’arrivée des troupes françaises, venues officiellement pour « bloquer l’offensive djihadiste », sur l’aéroport de Gao des témoins peuvent voir décoller en urgence trois gros porteurs qataris. Selon le renseignement allemand ils évacuent des responsables et du matériel militaire.

Cette intervention, un peu trop visible, entraine les protestations plus ou moins hypocrites des Etats-Unis et de certains pays membres de l’OTAN. Mais l’émir Al-Thani jure n’avoir jamais apporté le moindre support au terrorisme...

Le roi de Doha - est-ce une mise en garde ? - va être trahi par ses amis étasuniens qui viennent contredire ses propos. En l’occurrence le Trésor des Etats-Unis qui s’en vient dire : « Oui l’argent du Qatar a bien abondé État Islamique ! » Ainsi, un certain Tariq Al-Harzi, cheville ouvrière de l’accueil des djihadistes étrangers dans une zone frontalière turco-syrienne, a touché au moins deux millions de dollars d’un intermédiaire financier basé à Doha. C’est Al-Harzi qui a recruté des centaines de guerriers de Daech en Syrie. Lorsque ce front s’ouvre peu de temps après celui du Mali et qu’oubliant son amitié avec Bachar Al Assad, Al Thani veut maintenant la peau de son ancien intime.

Selon les agents du renseignement américain et britannique c’est en milliards de dollars que l’on compte l’aide de Doha au djihad. S’exprimant dans le Daily Telegraph, un diplomate occidental révèle des chiffres qui tuent : « Entre huit et douze personnalités éminentes au Qatar ont récolté des millions de dollars pour les djihadistes. Et ils ne s’en cachent guère ». Et un rapport du Département d’Etat américain sur le terrorisme précise que Doha ne « prête aucune vigilance » à ce flot d’argent mortifère. Pris la main dans le sac l’émir Al Thani poursuit sa stratégie de défense, pourtant peu crédible : « On ne peut empêcher nos proches, nos amis de pratiquer la Zakat... Parfois ils se font abuser... » . La zakat, la charité islamique qui fait obligation de donner une partie de ses revenus (autour de 10%), à des mouvements luttant pour le bien et l’islam.

La vérité aujourd’hui est la suivante : sans le financement important que l’Etat Islamique a reçu de certains qatariens, il n’y aurait pas eu une telle guerre en Syrie et en Libye. Au Royaume-Uni, Djihad John, l’homme avec un fort accent britannique présent sur trois vidéos où l’on voit des otages assassinés, incarne maintenant l’Etat Islamique aux yeux de l’opinion publique britannique. Sans s’attirer les foudres du Département d’Etat américain, fidèle à son profil bas face au Qatar, le Département du Trésor apportait, lui, la première preuve que l’argent de Doha avait bien permis à Djihad John et à d’autres Britanniques, de rejoindre la Syrie. Tariq Al-Harzi, encore lui, se décrivant cette fois ouvertement comme « l’émir de la région » turco- syrienne, en responsable du recrutement des combattants étrangers, mettait un soin particulier à bien traiter les candidats britanniques, dont le célèbre djihad John.

Seul résultat, bien timoré, de cette mise au jour du rôle joué par le Qatar dans le djihad mondialisé, l’édiction par l’émir de lois « réprimant le blanchiment d’argent et le financement des organisations terroristes »... Un vœu resté très pieux. Et le point de vue d’Hillary Clinton, alors Secrétaire d’Etat indique alors la vraie tendance. Elle écrit dans un mail : le Qatar « fournit un soutien financier et logistique clandestin à l’Etat Islamique »...

Observons que, dans son aide au djihad, le Qatar est œcuménique. Vieux fidèle d’Al Qaïda, Doha sait étendre le champ de sa générosité vers l’Etat Islamique. Disons que l’émir donne sa priorité aux groupes qui ne sont pas financés par l’ennemi saoudien. On constate que les financiers du Qatar, et leur zakat, ont d’abord privilégié le Front Al-Nosra, la filiale d’Al-Qaïda en Syrie. Et l’argent a continué d’arriver massivement, même, quand pour un temps, Al-Nosra et l’Etat Islamique ont officiellement fusionné et mis en commun leurs combattants et leur matériel. Ainsi, décembre 2013, le gouvernement américain ajoute un certain Abd Al-Rahman ben Umayr Al-Nuaymi à sa liste de « terroristes recherchés ». Selon cette source officielle, Nuaymi à lui seul, aurait « ordonné le transfert de près de 600 000 dollars à Al-Nosra en Syrie ». Quand Al Nosra et l’Etat Islamique décident d’une scission, le Qatar change de cheval et privilégie Daesch plutôt que son ancien partenaire Al Nosra-Al Qaïda. La raison ? Faire un choix contraire à celui de Riyad...

Encore récemment Nuaymi avait le titre de « Conseiller auprès du gouvernement du Qatar » et celui de membre fondateur d’une grande organisation caritative liée à la famille royale, la Fondation du cheik Eid ben Mohammed Al-Thani. Depuis 2012, un homme répondant au nom de Hajjaj Al-Ajmi, qui vit au Koweït mais séjourne régulièrement au Qatar, est lui aussi dans les radars des services américains pour un rôle comparable à celui de Nuaymi. Sur des vidéos en ligne, on peut voir Ajmi déclarant devant un public qatari conquis, « que l’aide humanitaire en Syrie est importante » mais que la priorité est de « soutenir les djihadistes et de les armer »... Il insiste : « Donnez votre argent à ceux qui vont le dépenser pour la guerre sainte plutôt que dans l’humanitaire. »

Un autre exemple est celui de Mohammed Al-Arifi, imam aujourd’hui interdit de séjour au Royaume-Uni, après avoir préparé de jeunes Gallois au djihad. Cet homme a été invité deux fois à Doha par le gouvernement qatari. Et Arifi est encore revenu au Qatar après son expulsion par Londres lors d’une fête du Ramadan où étaient présents un grand nombre de supporters du djihad. Lors de cette fête un autre interdit de séjour en Angleterre était là aussi : Wagdy Ghoneim qui considère Oussama Ben Laden comme un « héros » et un « martyr ».

L’engagement du Qatar auprès des extrémistes est sans doute l’expression d’un aspect paradoxal de ce pays, si petit sur le plan territorial qu’il cherche à multiplier les alliances pour constituer un grand état virtuel, alliance donc des Talibans à Israël. Puisque le Qatar est le seul pays du Golfe à entretenir des relations commerciales et même un peu plus avec l’état hébreu.

Après les défaites d’Alep, Mossoul et bientôt Raqqa, quelle sera la position de Doha ? Certainement celle de soutenir tout ce qui peut nuire à l’Arabie, aux Emirats Arabes Unis et leurs alliés de Turquie, Egypte ou Pakistan. Peu importe ce choix pour Washington puisque les Etats-Unis sont les principaux bénéficiaires de l’essor économique du Qatar. Qui est toujours un joker utile. Par ailleurs l’engagement pris en 1995 par l’émir Al Thani face à Clinton implique la priorité d’une alliance entre Tel Aviv et Doha, un pacte qui est une assurance vie pour le clan de l’émir.

Ainsi, on l’a observé lors des « Printemps arabes », les Etats-Unis laissent le Qatar mener son propre jeu. En Tunisie par exemple, la Banque nationale du Qatar (QNB), l’une des plus importantes banque du Moyen-Orient, est soupçonnée de flirter avec le terrorisme. On remarque ce choix à propos de l’assassinat du député anti-islamiste Chokri Belaïd. Wahid Brahmi, un militant tunisien, a révélé que la direction locale de cette banque est gérée directement par le Qatar State Security (QSS), le Service des renseignements de la monarchie à Doha : « La plupart des opérations de blanchiment d’argent, les transactions corrompues et suspectes en Tunisie sont signé sous la couverture de la banque (QNB) » ajoute-t-il. Dans ce dossier, celui de l’assassinat de l’opposant, différentes enquêtes mettent en cause un homme chargé de basses besognes par le Qatar, le djihadiste libyen Abdelhakim Belhadj qui navigue aujourd’hui entre son « poste » de « maire » de Tripoli et celui d’aiguilleur du djihad auprès d’Erdogan en Turquie.

A propos de l’avatar libyen on doit s’interroger sur l’action prépondérante du Qatar dans la guerre contre Kadhafi. En armant et finançant les islamistes de Benghazi, le Qatar participait-il a une chasse au dictateur, ou bien suivait-il son propre agenda, celui du djihad, aidé en cela par Sarkozy ? Un plan qui, ici les détails ne sont pas accessoires, visait à prendre en main les réseaux du Colonel en Afrique, à prendre la gestion du pétrole libyen et enfin, à soutirer quelques-uns des 170 milliards de dollars libyens camouflés par Kadhafi dans différentes banques de la planète ; à commencer par 50 milliards abrités à Doha.

Lors de l’offensive libyenne Mahmoud Jibril, le premier ministre de transition, s’est un jour alarmé, très étonné que la « révolution » faite, le Qatar soit toujours en train d’armer des groupes extrémistes contre lui, Jibril ? Visiblement le nouveau chef du gouvernement n’avait rien compris à la théorie du djihad.

Jacques-Marie BOURGET

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