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Mariela Castro, la bonne fée des homosexuels cubains (Le Temps)

Mariela Castro : « Je veux porter sur le terrain de la sexualité la révolution que Fidel et Raúl ont faite il y a 50 ans. » (Béatrice Devènes)

Fille du président Raúl, Mariela Castro évoque son combat en faveur des droits des gays. Et l’avenir du socialisme au pays de Fidel

Mariela Castro Espà­n, fille du président Raúl Castro, s’engage pour que les patos (gays, littéralement « canards ») ne soient plus considérés comme des citoyens de deuxième zone et obtiennent le droit de s’unir sur le plan civil. « Je veux porter sur le terrain de la sexualité la révolution que Fidel et Raúl ont faite il y a 50 ans », résume la directrice du Centre national d’éducation sexuelle (Cenesex), mariée et mère de trois enfants.

La nièce du Lider maximo (ENCORE ce terme cliché ! - Note du Grand Soir), 48 ans, a été invitée en Suisse par plusieurs associations pour présenter son action. Avant de donner une conférence à Neuchâtel"‰*, la seule à se dérouler en Suisse romande, elle nous a reçus dans un salon cossu de l’ambassade de Cuba à Berne. Habillée simplement d’un jean et d’un pull en laine - « il fait froid par ici » - elle se livre avec une spontanéité toute latine.

Le Temps : Depuis plusieurs années, vous tentez de modifier le code de la famille pour garantir la libre orientation sexuelle des Cubains. Quand allez-vous arriver à vos fins ?

Mariela Castro Espà­n : Depuis 15 ans, nous participons en tant qu’institution au combat de la Fédération des femmes cubaines pour transformer le code la famille. L’idée est de mieux garantir les droits de la femme, mais aussi celui des enfants, des handicapés et des personnes âgées. Dans la même logique, le Cenesex propose d’introduire un nouvel article qui introduit la liberté de l’orientation sexuelle et de l’identité des genres. Cette proposition sera débattue en 2011 par le parlement cubain. Pour nous, c’est une très bonne nouvelle.

- Bénéficiez-vous du soutien de Raúl sur ce point ?

- Il nous soutient depuis le début, en sa qualité de Deuxième secrétaire du Parti communiste. Fort de son expérience, il m’a conseillé d’avancer pas à pas, pour convaincre la population avant de présenter une proposition législative qui risquerait d’échouer. Les mentalités commencent à changer, comme on a pu s’en rendre compte lors des débats que nous avons organisés ces derniers mois. De plus en plus de Cubains acceptent la différence. Mais rien n’est gagné. Les médias évitent de parler d’homosexualité, en prétextant que cela dérange la population. Le parti et le gouvernement reçoivent des lettres de citoyens fâchés qui exigent que nos propositions soient rejetées.

- Le mariage des homosexuels reste un sujet tabou dans de nombreux pays. Y êtes-vous favorable ?

- Le mot mariage fait peur à tous les Cubains. Les avocats se plaignent d’ailleurs de leur manque d’entrain à se marier. Pour les homosexuels, c’est encore plus compliqué. Quand nous avons proposé de leur ouvrir les portes du mariage en modifiant le code de la famille, les églises ont protesté. Il y a aussi eu d’importantes réticences dans la population et dans les milieux juridiques. Nous avons finalement décidé de changer le nom dans notre projet : le mariage reste réservé aux hétérosexuels ; on parle d’union légale pour les personnes de même genre.

- Pourquoi vous investissez-vous autant pour les droits des homosexuels et pas pour améliorer la liberté d’expression, par exemple ?

- Simplement parce que nous n’avons pas de problème avec la liberté d’expression. Personne ne peut faire taire les Cubains. Nous sommes un peuple très spontané, très libre dans ses propos. En revanche, nous avons des difficultés avec la liberté de la presse. Comme partout, la limite de ce qui peut être dit est fixée par le pouvoir politique et par les propriétaires des médias. A Cuba, le propriétaire, c’est le peuple. C’est donc à nous, citoyens, d’exprimer les changements que nous souhaitons voir apparaître. Personnellement, je souhaiterais avoir une presse plus critique, qui fasse un vrai travail d’enquête pour nous permettre de savoir ce qui se passe vraiment dans notre pays. Mais attention, critiquer ne veut pas dire manquer de respect. Il faut le faire en respectant l’éthique journalistique.

- Votre père a promis des changements socio-économiques « pas à pas » (LT du 25.08.2010) et un « perfectionnement du socialisme ». Qu’entend-il par là ?

- Beaucoup de choses doivent être réinventées. Le socialisme reste une hypothèse théorique et scientifique récente sur le plan historique. Jusqu’ici, la plupart des expériences ont été désastreuses. Il faut en tirer les leçons. Ce n’est pas facile, car le socialisme ne peut pas être mondialisé comme on l’a fait avec le capitalisme. Chaque pays dont inventer son propre socialisme, selon ses caractéristiques culturelles et historiques. C’est pourquoi nous ne supportons pas que l’Union européenne nous dise ce que nous devons faire. Elle souligne constamment que Cuba doit aller vers le changement. Son seul objectif est de nous faire quitter le chemin du socialisme pour adopter le capitalisme. C’est une idée fixe qui n’a rien à voir avec le désir de rendre le peuple cubain plus libre. Que l’UE balaie devant sa porte et nous laisse développer nos idéaux d’égalité sociale, d’équité et de solidarité. Ce sont eux qui nous ont permis de garantir notre souveraineté.

- L’élection de Barack Obama a suscité beaucoup d’espoirs à Cuba. Quel bilan en tirez-vous ?

- Nous nous faisions des illusions. Malgré les promesses, il n’a pas fait grand-chose. Seule avancée : sa décision de lever la décision perverse de l’administration Bush de limiter la visite des expatriés cubains tous les trois ans et de limiter l’apport d’argent à 300 dollars par an. Il n’a en revanche rien fait pour assouplir le blocus et n’a pas répondu à l’invitation au dialogue émise par notre président. Nous attendons pour voir.

- La fin de l’embargo économique imposé par les Etats-Unis constituerait un risque pour l’équilibre intérieur de Cuba. Êtes-vous prête à le prendre ?

- Dans la vie, il y a toujours des risques. Ce que je souhaite en priorité, c’est la prospérité pour tous les Cubains avec un socialisme qui se perfectionne et qui prospère. Pour cela, nous devons résoudre certains problèmes intérieurs, mais aussi et surtout obtenir la levée du blocus. C’est le plus grand obstacle à notre développement économique et la plus grande atteinte aux droits de l’homme jamais commise contre Cuba. On apprendra à vivre sans lui, je vous le promets.

- La libération de 52 opposants politiques, mi-juillet, constitue-t-elle un signal d’ouverture de Raúl en direction de la communauté internationale ?

- Ce n’est pas la première fois que Cuba fait preuve de souplesse face à l’hostilité du monde dans le but de renouer le dialogue. Je constate, à ce stade, qu’il n’y a pas de réponse. Les Américains n’ont pas libéré les cinq prisonniers cubains qu’ils détiennent en toute illégalité après qu’ils ont infiltré le mouvement anti-cubain. Cela n’en fait pas des espions à l’encontre du gouvernement des Etats-Unis. Plusieurs voix se sont élevées là -bas pour le dire, même au sein du FBI. Il s’agit d’une action de haine politique. Nous continuerons à lutter sans relâche pour leur libération et leur retour sur le territoire cubain.

- Après trois ans d’éclipse, Fidel vient de faire un retour remarqué sur le devant de la scène. Est-ce une façon de rappeler à Raúl qu’il est encore là , en pleine forme ?

- Pour son âge, il est en pleine forme. Mais ce n’est plus le même Fidel. Auparavant, c’était un ouragan. Il était omniprésent, plein d’énergie. Aujourd’hui, il continue à réfléchir et à écrire. C’est notre sage le plus respectable. Il n’est plus président, mais il n’est pas à la retraite. Il reste le Lider maximo du Parti communiste. A ce titre, il rencontre Raúl tous les jours pour évoquer les grands dossiers politiques. Ils s’entendent bien. Ils se sont toujours compris et ont su surmonter leurs divergences, que ce soit comme frères ou comme responsables politiques.

- Vos rapports avec Raúl ont-ils changé depuis son accession au pouvoir ?

- Il a beaucoup moins de temps pour lui. Nous avons donc moins de temps pour nous voir. Mais il est resté fidèle à lui-même. Quand nous nous voyons, nous en profitons pour nous retrouver tout simplement en famille.

- Il a bientôt 80 ans. Envisagez-vous de prendre sa succession ?

- Non, cela ne m’intéresse pas. Je ne suis pas du tout tentée par l’accession à de telles responsabilités.

- Comment voyez-vous Cuba dans quinze ans ?

- J’espère que les journalistes du monde entier se déplaceront pour nous demander comment nous avons fait pour que le socialisme cubain devienne un modèle à suivre pour ceux qui souhaitent emprunter cette voie.

Propos recueillis par Pierre-Emmanuel Buss

© 2009 Le Temps SA

EN COMPLEMENT

CUBA ET L’HOMOSEXUALITE : http://viktor.dedaj.perso.neuf.fr/spip.php?mot17

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