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Pourquoi la Chine ne fait pas la guerre

La politique des États-Unis est faite de provocations calculées qui visent à faire monter les tensions tout en décriant aussitôt les réactions légitimes de la puissance provoquée. La Chine, elle, a besoin d’un monde en paix pour poursuivre son développement et améliorer les conditions d’existence du peuple chinois. Nul doute qu’elle saura résister à la tentation que lui offre l’impérialisme, ce tigre de papier, qui recevra un coup sur le museau le moment venu, comme en Corée, au Vietnam, en Irak, en Afghanistan, et bientôt en Ukraine.

Les Occidentaux sont tellement habitués à faire la guerre chez les autres qu’ils la font presque sans le savoir en se prévalant toujours de nobles idéaux destinés à préserver leur conscience immaculée. Mais cet auto-aveuglement en cache un autre : la guerre étant chez eux comme une seconde nature, ils peinent aussi à se représenter une grande puissance qui y répugne. En attendant, les faits parlent d’eux-mêmes : les États-Unis et leurs alliés ont multiplié les guerres et les massacres au cours des quatre dernières décennies, tandis que la Chine s’en est soigneusement abstenue.

Un cliché médiatique occidental incrimine le pays du milieu pour la soi-disant « brutalité » de son rapport aux autres, mais on se demande sur quels faits s’appuie une telle interprétation. Encore un effort de leur part pour nous enfumer, et ces journalistes à la déontologie irréprochable nous feraient presque oublier que les Somaliens, les Serbes, les Afghans, les Irakiens, les Soudanais, les Libyens et les Syriens n’ont jamais reçu de bombes chinoises sur la tête. Vivant dans le monde merveilleux de l’Occident bienfaiteur qui dispense sa lumière aux peuples ébahis, de tels « experts » sont surtout experts en affabulation, et si l’on n’y prenait garde, on prendrait des vessies pour des lanternes.

Rappeler ce que représente réellement la Chine dans son rapport au monde n’est donc pas un exercice inutile, tant les faussaires patentés qui peuplent les médias occidentaux mettent de soin à égarer l’opinion en l’abreuvant de sornettes sur la « domination chinoise », ce nouvel avatar de la « barbarie asiatique » et du « péril jaune ». Une accusation grossière, qui s’ajoute à toutes ces âneries qui passent d’autant plus facilement la rampe médiatique que la ficelle est plus grosse, à l’instar de la fable grotesque inventée par Washington sur le prétendu « génocide » des Ouïghours. Autant de billevesées sur lesquelles on hésite à s’esclaffer de rire tant l’affaire est sérieuse, s’agissant tout de même de la deuxième – et peut-être même première – puissance économique du monde.

A l’égard de ces racontars, il est plus que jamais nécessaire d’appliquer la seule méthode rationnelle : lorsque l’interprétation est démentie par les faits eux-mêmes, ce ne sont pas les faits qu’il faut changer mais l’interprétation. Il va donc falloir en prendre son parti : non, la Chine n’est pas ce que raconte une bande d’escrocs médiatiques et de politiciens écervelés. Et si sa montée en puissance dans l’espace mondial est spectaculaire, elle n’entre nullement dans les catégories frelatées auxquelles se cramponne désespérément une poignée de charlatans pour tenter de la discréditer.

« LA CHINE EST UN ÉTAT SOUVERAIN QUI VEILLE JALOUSEMENT SUR SON INDÉPENDANCE ET ENVOIE DANS LES CORDES TOUS CEUX QUI AURAIENT LA TENTATION DE VOULOIR ROGNER SON INTÉGRITÉ TERRITORIALE »

Certes, on admettra avec les réalistes que la Chine n’est pas une association philanthropique et qu’elle défend âprement ses intérêts nationaux. Et alors ? Comment pourrait-on le lui reprocher ? C’est ce que font tous les États dignes de ce nom et il y a peu de chance qu’il en soit autrement à l’avenir. La Chine est un État souverain qui veille jalousement sur son indépendance et envoie dans les cordes tous ceux qui auraient la tentation de vouloir rogner son intégrité territoriale, comme l’illustre parfaitement sa position constante sur le sort de sa province taïwanaise provisoirement séparée de la Mère-Patrie. Elle a beau être dictée par le bon sens et se montrer fidèle à une conception respectable de la souveraineté, cette allergie aux ingérences extérieures participe d’un être-au-monde que la sinologie de plateau-télé fait mine de ne pas comprendre.

Par paresse intellectuelle et conformisme idéologique, le commentaire dominant préfère accréditer une narration fantaisiste où Pékin apparaît toujours sous les traits d’un vilain croquemitaine. Mais peu importe : on ne changera pas de sitôt les habitudes d’un quarteron de « spécialistes » en service commandé dont l’honnêteté intellectuelle et la probité scientifique ont été dévoyés depuis longtemps par les financements généreux du Quai d’Orsay, de l’UE et de l’OTAN. Afin de gagner du temps, livrons pour de bon leurs œuvres complètes à ce que Marx appelait la « critique rongeuse des souris ». Abandonnant cette Chine fantasmatique forgée par la mentalité de guerre froide, faisons plutôt l’effort de comprendre la genèse de la puissance chinoise en exposant les principes auxquels elle s’ordonne. De ce point de vue, nous ne manquons pas de pièces à inscrire au dossier, et nous verrons que la pratique est loin de contredire la théorie.

Comme il se trouve que les Chinois ne ratent jamais une occasion de le rappeler, sans doute faut-il commencer par indiquer ce qui constitue le fondement même de la politique extérieure de la République populaire de Chine. Or ce fondement historique, jusqu’à présent inébranlable, n’est autre que le respect des « principes de la coexistence pacifique ». On dit parfois que la Chine depuis Mao Zedong s’est voulue fidèle à l’héritage de l’esprit de la célèbre conférence de Bandung (1955), où les nations du Tiers Monde avaient jeté les bases du Mouvement des non-alignés. Ce n’est pas faux, mais les « Cinq principes de la Coexistence pacifique » ont été définis un an plus tôt, lors de la rencontre entre l’Inde, la Chine et la Birmanie.

Ce n’est donc pas la Conférence de Bandung qui a accouché des principes de la coexistence pacifique, mais la coexistence pacifique dont le paradigme, largement inspiré par Pékin en général et Zhou Enlai en particulier, a nourri la Conférence de Bandung. Formulant une véritable éthique des relations internationales, ces fameux cinq principes sont explicites : « le respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, la non-agression mutuelle, la non-ingérence mutuelle dans les affaires intérieures, l’égalité et les avantages réciproques ».

En somme, la politique du « gagnant-gagnant » chère à Xi Jinping ne date pas d’hier, et il est frappant de voir qu’en octobre 2022 son rapport au XXe congrès du PCC s’inspire toujours de ces principes : « La Chine poursuit depuis toujours une politique extérieure ayant pour but la préservation de la paix mondiale et la promotion du développement commun, et s’engage dans la construction d’une communauté de destin pour l’humanité 人类命运共同体 rénlèi mìngyùn gòngtóngtǐ ».

« La Chine respectera la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les États, ainsi que les voies de développement et les systèmes sociaux choisis en toute indépendance par leurs peuples ».

La Chine s’efforcera aussi de promouvoir « l’égalité entre les pays, quelles que soient leur taille, leur puissance et leur richesse ; s’opposera fermement à l’hégémonisme et à la politique du plus fort sous toutes leurs formes ; et rejettera la mentalité de guerre froide, les ingérences dans les affaires intérieures d’autres pays et le « deux poids, deux mesures ». Enfin, « la Chine appliquera une politique de défense nationale à caractère défensif, et son développement permettra aux forces en faveur de la paix dans le monde de gagner du terrain. Elle ne prétendra jamais à l’hégémonie ni à l’expansion, quel que soit son niveau de développement ».

C’est pourquoi, loin d’afficher un relativisme qui se prévaudrait des spécificités chinoises pour nier les valeurs communes de l’humanité, la politique étrangère de la Chine se réclame d’un universalisme inclusif, et non exclusif : « Nous appelons sincèrement tous les pays du monde à promouvoir les valeurs communes de toute l’humanité, telles que la paix, le développement, l’équité, la justice, la démocratie et la liberté » 和平、发展、公平、正义、民主、自由hépíng, fāzhǎn, gōngpíng, zhèngyì, mínzhǔ, zìyóu. Avec de telles formules, la Chine entend affirmer que l’humanité est bel et bien dépositaire d’un patrimoine commun, mais qu’aucune puissance ne détient le monopole de son interprétation.

Entre l’universel et le particulier, la circulation est descendante et non ascendante : chaque pays adhère à l’idée universelle de liberté ou de démocratie, mais il lui appartient d’en fixer les termes en toute souveraineté, et aucune injonction particulière d’un autre État n’est fondée à lui dicter son propre rapport à l’universel. Dans une telle perspective, il est clair que l’universalité humaine est compatible avec les particularités nationales, puisque la définition même de l’universel inclut la légitimité des interprétations particulières. Tandis que l’Occident s’érige volontiers en dépositaire exclusif de l’universel et prétend ainsi universaliser sa propre particularité, l’approche chinoise fonde un véritable universalisme, fondamentalement pluraliste et respectueux des différences.

De Mao Zedong à Deng Xiaoping et à Xi Jinping, évidemment, la politique étrangère chinoise a connu bien des péripéties. Avec Mao, la Chine a été unifiée et libérée de l’occupation étrangère. Elle a conquis son autonomie stratégique avec la détention de l’arme nucléaire en 1964 et elle a fait son entrée au Conseil de sécurité de l’ONU en 1971. C’est un bilan considérable, et il ne viendrait à l’esprit d’aucun Chinois de le remettre en question. Le rétablissement de relations normales avec le monde occidental est également une initiative de Mao Zedong, qui a compris que la Chine en aurait besoin afin de poursuivre son développement.

Remis en selle par Mao dès 1973, Deng Xiaoping recueille à partir de 1978 l’héritage de la dernière phase de la période maoïste, tout en adoptant un « profil bas » en politique étrangère : la Chine veut surtout s’insérer dans les flux mondiaux afin de capter les technologies du monde développé et accélérer son propre développement. La politique étrangère de Deng Xiaoping et de ses successeurs privilégie alors l’ouverture de l’économie chinoise et l’abstention de toute initiative qui pourrait contrarier l’Occident. C’est cette politique conciliante qui culmine avec l’adhésion de la Chine à l’OMC en 2001, à la demande des pays occidentaux qui s’imaginent alors qu’ils vont convertir Pékin au libéralisme.

« NOUS NE SUIVONS PAS L’ANCIENNE ROUTE EMPRUNTÉE PAR CERTAINS PAYS POUR RÉALISER LEUR MODERNISATION A TRAVERS LA GUERRE, LA COLONISATION ET LE PILLAGE » (XI JINPING)

Mais cette politique du « profil bas » cède bientôt la place à une politique beaucoup plus ambitieuse. Parmi les facteurs qui vont contribuer à ce changement de paradigme en matière de politique étrangère, deux phénomènes revêtent une importance particulière : le succès impressionnant de la modernisation chinoise et la rivalité croissante avec les États-Unis. En un sens, le profil bas est victime de son succès. C’est parce que la Chine a réussi sa modernisation qu’elle occupe une place grandissante sur la scène mondiale, et c’est pour la même raison que les États-Unis vont finalement tenter d’enrayer son ascension. Poussée par ses propres succès et par l’hostilité des EU, la politique étrangère de la Chine revoit peu à peu ses ambitions à la hausse. Renonce-telle pour autant à la coexistence pacifique, c’est-à-dire à ce que la diplomatie chinoise a aujourd’hui coutume d’appeler le « multilatéralisme » ?

Il semble que non. Depuis dix ans, en effet, la Chine continue d’affirmer invariablement aux yeux du monde qu’elle a une politique étrangère pacifique 和平外交政策 hépíng wàijiāo zhèngcè. Simultanément, elle affirme aussi avec Xi Jinping qu’il faut « avoir confiance en soi et compter sur ses propres forces » 自力更生 zìlìgēngshēng, reprenant telle quelle une formule empruntée à la période maoïste. Et surtout, elle se fixe désormais un objectif ambitieux : comme l’affirme Xi Jinping devant le XXe congrès : « Après avoir vécu de profondes souffrances durant l’époque moderne, la nation chinoise et le peuple chinois se dirigent vers un avenir radieux : le grand renouveau national » 中华民族伟大 复兴 zhōnghuá mínzú wěidà fùxīng.

Dans cette dernière formulation, nombreux sont les commentateurs occidentaux, on s’en doute, à voir une « affirmation de puissance » et une « volonté hégémonique », voire le projet d’une véritable « domination mondiale ». Mais ce procès intenté à la Chine ne correspond ni à ce que pensent les Chinois, ni à ce qu’ils font. A leurs yeux, cette affirmation de puissance ne reflète aucun projet de conquête et n’est nullement comparable à un avatar de l’impérialisme. Au contraire, le rapport de Xi Jinping au XXe Congrès du PCC insiste sur la singularité de la voie chinoise : « La modernisation chinoise se caractérise par la poursuite de la voie du développement pacifique ».

C’est pourquoi, précise Xi Jinping, « nous ne suivons pas l’ancienne route empruntée par certains pays pour réaliser leur modernisation à travers la guerre, la colonisation et le pillage ; cette route, qui servait les intérêts de certains tout en nuisant aux autres, était celle des crimes sanglants et abominables dont ont profondément souffert et souffrent encore les peuples des pays en voie de développement. Nous avons choisi d’être du bon côté de l’histoire, c’est-à-dire du côté du progrès de la civilisation humaine. Nous devons arborer l’étendard de la paix, du développement, de la coopération et du principe gagnant-gagnant, et veiller à ce que la sauvegarde de la paix et du développement dans le monde permette d’assurer le développement de la Chine, et que le développement de la Chine profite, à son tour, à la sauvegarde de la paix et du développement dans le monde ».

Or cette invocation de l’histoire, pour le secrétaire général du PCC, correspond à une ligne politique qui a été fermement tenue : « Nous avons préservé fermement l’équité et la justice internationales, et préconisé un véritable multilatéralisme tout en le mettant nous-même en pratique. Nous nous sommes opposés sans équivoque à l’hégémonisme et à la politique du plus fort sous toutes leurs formes, et nous avons lutté inébranlablement contre tous les actes d’unilatéralisme, de protectionnisme et d’intimidation ». Héritière du discours sur la coexistence pacifique, cette référence constante au multilatéralisme est-elle seulement un discours, comme l’affirment les adversaires de la Chine ?

Assurément non. La Chine n’a effectivement participé à aucun conflit armé depuis 45 ans et refuse toute forme d’alliance militaire, y compris avec ses partenaires les plus proches. Ce grand pays n’a qu’une base militaire à l’étranger quand les États-Unis en ont plus de 700. La Chine pourrait-elle créer de nouvelles bases et concurrencer le dispositif militaire adverse ? Elle en a les moyens et elle trouverait sans peine des pays amis pour accueillir ses troupes. Si elle ne le fait pas, c’est qu’elle ne le veut pas. A l’évidence, un tel refus montre que la projection de puissance chinoise est tout sauf militaire et exclut par principe le recours à la force loin des frontières nationales.

De même, Pékin a favorisé la naissance d’organismes de coopération avec des pays partenaires comme l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) et les BRICS, mais ces organismes n’imposent guère d’obligations aux pays-membres et sont davantage des plate-formes d’échange et de travail en commun. Ceci explique sans doute cela : véritable coalition internationale pour le développement et la coopération pacifique, le succès des BRICS est tel qu’aujourd’hui 18 pays sont candidats à l’adhésion.

C’est tout sauf un pacte de défense mutuelle, en tout cas, et on relèvera au passage que le traité bilatéral avec la Russie, non plus, n’est pas une alliance militaire, contrairement à ce que prétendent certains commentateurs. Certes, la Chine a accompli depuis dix ans un effort considérable de modernisation de son armée, mais son budget militaire est très loin d’atteindre les hauteurs vertigineuses de l’hégémon occidental : avec 260 milliards contre 840 milliards pour les EU, le pays du milieu dépense 13 fois moins par habitant, pour son armée, que son rival thalassocratique. On dit parfois que les chiffres disent ce qu’on veut leur faire dire, mais en l’occurrence, ils sont suffisamment éloquents.

Inutile de préciser, bien sûr, que la Chine n’inflige pas de mesures punitives et unilatérales à des pays souverains et ne pratique aucun changement de régime (« regime change »), contrairement aux EU qui imposent des mesures illégales et mortifères à quarante pays et ne cessent de s’ingérer dans les affaires intérieures d’États-membres des Nations Unis, dont la Chine. Il est vrai que, sur ce chapitre, Washington est mal inspiré. Car si la Chine ne s’immisce jamais dans les affaires des autres, elle ne tolère aucune ingérence étrangère dans ses affaires intérieures, que ce soit à Hong Kong, au Tibet, au Xinjiang ou sur la question des droits de l’homme.

Concernant sa province insulaire de Taïwan, la Chine préconise une réunification pacifique 和平统一 hépíng tǒngyī qui préluderait à l’instauration d’un régime spécial : « un pays, deux systèmes » 一国两制 yīguóliǎngzhì analogue à celui de Hong Kong, tout en n’excluant pas la possibilité du recours à la force en cas de provocation séparatiste. Outre qu’il réunira les deux rives du détroit de Formose et achèvera l’unification du pays, cet aboutissement inéluctable de la crise taïwanaise mettra fin à l’absurdité de la situation actuelle, où cette entité qui n’est pas un État internationalement reconnu se voit surarmé par un protecteur étasunien qui ne le reconnaît pas.

De même, en mer de Chine méridionale, si la Chine affirme ses prétentions dans cet espace maritime d’une importance stratégique pour sa sécurité et son commerce, elle se montre disposée à la négociation et prend soin d’éviter tout dérapage militaire avec les pays voisins. La Chine, le Vietnam, les Philippines, Brunei et la Malaisie n’ont pas la même vision de leurs intérêts dans cette zone maritime stratégique, mais ces pays ne sont pas en guerre et n’en prennent pas le chemin en dépit de leurs différends. L’obstination de Washington à vouloir attiser les tensions dans la région pour « endiguer la Chine » se heurte à la perception rationnelle par les acteurs régionaux, et notamment par la Chine, de leurs propres intérêts.

« AU LIEU DE CONJURER LA CHINE DE FAIRE PRESSION SUR LA RUSSIE, LES OCCIDENTAUX DEVRAIENT SE DEMANDER QUELLE EST LEUR CONTRIBUTION A LA PAIX LORSQU’ILS LIVRENT DES ARMES QUI TUENT DES CIVILS RUSSES »

Dans la crise russo-ukrainienne, le commentaire dominant en Occident perd de vue, sans doute délibérément, ce qui constitue le fondement de la position chinoise. La Chine n’a jamais dit qu’elle a approuvait l’intervention russe, et elle s’est abstenue à l’Assemblée générale lors du vote des résolutions occidentales condamnant la Russie. En outre, comme comme beaucoup de pays du Sud, elle refuse de sanctionner la Russie, car elle juge l’OTAN responsable de cette guerre. Et contrairement aux pays occidentaux, la Chine ne livre des armes à aucun belligérant, elle a proposé un plan de paix, et elle réclame un cessez-le-feu destiné à mettre fin aux souffrances des populations civiles. Au lieu de conjurer la Chine de « faire pression » sur la Russie, les Occidentaux feraient mieux de se demander quelle est leur contribution à la paix lorsqu’ils livrent à l’Ukraine des armes qui tuent des civils russes.

Si la politique étrangère chinoise est pacifique, reste alors à se demander quels sont ses objectifs à long terme et comment elle s’y prend pour les atteindre. L’incompréhension de la présence chinoise au monde, en effet, vient du refus d’estimer à sa juste valeur sa politique de coopération économique à dimension planétaire. Avec l’Initiative « La ceinture et la route » lancée en 2013, la Chine poursuit la voie d’un développement pacifique fondé sur la coopération avec les différents pays du monde. Pour les dirigeants chinois, la Chine s’est développée en inventant un modèle original, et c’est cette réussite qui fonde son rayonnement international. Comme le rappelle Xi Jinping, la Chine est prête à « assumer davantage ses responsabilités internationales, mais tout en renforçant la capacité des autres pays à se développer par eux-mêmes, en toute souveraineté et selon le modèle de leur choix ». Son objectif principal, c’est de promouvoir une coopération « gagnant-gagnant » où chaque partenaire tire bénéfice du travail commun.

Or l’Initiative « La ceinture et la route » vise précisément à « promouvoir la coopération économique internationale en valorisant l’esprit des anciennes routes de la soie, afin de construire une communauté de destin ». C’est un beau programme, mais ce discours est-il conforme à la réalité ? Jugeons plutôt. Qu’on le veuille ou non, l’Initiative « La ceinture et la route » est devenue une gigantesque plate-forme d’échanges favorisant la connexion des infrastructures et l’essor du commerce international. Avec 3 000 projets d’investissements dans les infrastructures, 153 pays impliqués et une participation financière chinoise qui dépasse les 900 Mds de dollars en dix ans, l’Initiative lancée en 2013 est devenue le plus grand dispositif de coopération économique existant à l’échelle mondiale.

Cette vaste entreprise relève-t-elle d’un « nouvel impérialisme », comme le disent les détracteurs de la politique chinoise ? Cette accusation semble largement infondée, dans la mesure où la Chine, comme toujours, applique le principe de non-ingérence qui est au fondement de sa diplomatie. En coopérant avec les autres pays, la Chine respecte le droit des peuples à choisir leur voie en toute indépendance et n’impose aucune norme de politique économique, contrairement aux bailleurs de fonds occidentaux qui imposent le « consensus néolibéral » (privatisations, déréglementation, baisse des impôts, etc..) en contrepartie des prêts consentis.

Même si elle est parfois critiquée (y compris dans les pays du sud), cette politique de coopération internationale fait l’objet d’une large adhésion au plan mondial. Certains projets sont controversés, il y a parfois des désaccords sur les modalités de mise en œuvre, mais personne ne conteste que le bilan de « La ceinture et la route » est largement positif et témoigne de l’engagement de la Chine au côté des pays partenaires. Le partenariat entre la Chine et l’Afrique, par exemple, s’est traduit par des constructions d’infrastructures modernes : en dix ans, les entreprises chinoises et leurs partenaires locaux ont construit 10 000 km de routes, 6 000 km de voies ferrées, 30 ports, 20 aéroports, 80 centrales électriques, 140 établissements scolaires, 45 stades, etc.

Jamais à court de polémiques stériles, certains pays occidentaux accusent alors la Chine d’avoir jeté les pays les plus pauvres dans « le piège de la dette » pour conquérir des parts de marché. Selon la Banque mondiale, pourtant, la dette extérieure publique des 82 pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire inférieur est détenue à 40% par des créanciers commerciaux privés, à 34% par des créanciers multilatéraux (principalement occidentaux et japonais) et à 26% par des créanciers bilatéraux, dont 10% seulement pour la Chine. Même si, en Afrique, la part des créances chinoises s’élève à 18% du total, dire que la nouvelle crise de la dette est imputable à la rapacité chinoise est une imposture, surtout après que la Chine ait annulé de manière unilatérale de nombreuses dettes contractées par les pays les plus pauvres.

Aujourd’hui, les événements se précipitent et le basculement du monde de l’Ouest vers l’Est vient de connaître un soudain changement de rythme. Plus le rôle de la Chine sur la scène internationale s’accroît, plus la critique se fait systématique, virulente et hargneuse. Elle jette sur la réalité chinoise un écran de fumée d’autant plus dévastateur que le monolithisme de la presse occidentale interdit le débat et exclut les opinions dissidentes. Or il y a urgence, pour homo occidentalis, à convertir son regard sur le pays du milieu, à tenter de comprendre un peu mieux la Chine et sa présence au monde. Il est temps de prendre un peu de hauteur et de se demander, au fond, si l’attitude de la Chine sur la scène internationale n’est pas l’expression d’un être-au-monde qui plonge ses racines dans une histoire ancestrale.

« CETTE CONCEPTION TRADITIONNELLE VA DE PAIR AVEC LA REPRÉSENTATION D’UN MONDE PLURIEL ET D’UNE HUMANITÉ COMPOSITE, DONT AUCUNE PUISSANCE N’EST EN DROIT DE REVENDIQUER LA DIRECTION HÉGÉMONIQUE »

L’immensité de l’espace chinois a favorisé en effet, depuis la haute Antiquité, une représentation de la Chine comme terre du milieu, lieu spécifique doté de caractéristiques originales en raison de sa situation centrale. Caractéristique assez banale en définitive, et la Chine n’y fait pas exception. Toute civilisation a une perspective singulière sur le reste du monde, et ce regard exprime surtout l’idée qu’elle se fait d’elle-même. Mais contrairement à ce qu’affirme la doxa occidentale, cette centralité imaginaire ne fonde aucune statut d’exception et ne légitime aucune prétention à la suprématie.

Cette conception traditionnelle, au contraire, va de pair avec la représentation d’un monde pluriel et d’une humanité composite, dont aucune puissance n’est en droit de revendiquer la direction hégémonique. C’est cette vision du monde qui explique la position de la Chine sur la scène internationale : affirmation de sa propre souveraineté nationale, refus de toute forme d’ingérence dans les affaires des autres pays, et promotion d’une approche multilatérale des problèmes du monde.

Si la Chine est aujourd’hui une puissance pacifique, ce n’est pas seulement par choix politique, ses dirigeants ayant fait le choix du développement et proscrit l’aventure extérieure, mais aussi pour des raisons plus profondes. C’est parce que la centralité symbolique de l’empire l’a voué à s’occuper d’abord de ses sujets avant de s’intéresser au reste du monde. Recevant en priorité l’influence bénéfique du ciel, le pays du milieu n’est-il pas situé au centre du monde par un décret intemporel ? Cette situation privilégiée le voue à la gestion d’un vaste territoire qui est déjà une lourde tâche. Si la Chine ne pratique aujourd’hui ni la guerre ni l’ingérence à l’extérieur de ses frontières, c’est en vertu d’un statut cosmologique dont le privilège s’accompagne d’une promesse de paix à l’égard des autres nations.

Ce que montre l’histoire chinoise, c’est que la Chine n’a jamais cherché à se bâtir un empire colonial au-delà des mers et qu’elle n’a jamais étendu son autorité au-delà de son aire civilisationnelle. Si la Chine est pacifique, c’est parce que son équation originelle lui interdit un impérialisme dont les puissances occidentales sont coutumières. Clef de voûte du monde habité, l’empire du milieu se condamnerait à la décomposition s’il se dispersait aux marges. Il courrait le risque de se dissoudre dans l’informe s’il renonçait aux dividendes d’une paix chèrement acquise. Une représentation de soi qui n’est pas seulement mentale, mais qui définit un véritable être-au-monde. Transposée dans l’action, elle génère un rapport aux autres que les donneurs de leçons habituels en Occident devraient méditer.

On dira alors que la Chine au cours de son histoire n’a cessé d’être en guerre, et cette affirmation est exacte. Durant deux mille ans, la survie et la grandeur de l’empire sont passés par l’affrontement aux frontières, constamment menacées par les peuples de la périphérie (Mongols, Turcs, Tibétains, etc..). La Chine fut loin d’être un « empire immobile », comme les Européens le croyaient encore au XIXe siècle. Constamment remise à l’ouvrage, souvent chaotique, l’unification de l’empire chinois a duré plus de 2000 ans et elle a souvent eu recours à la force des armes pour affronter envahisseurs et rebelles de toutes sortes.

Dans ce processus d’unification, l’empire chinois s’est souvent trouvé sur la défensive, notamment face aux cavaliers nomades qui ont déferlé de la steppe mongole par vagues successives. Lorsque la Chine s’est décidée à passer à l’offensive pour reprendre les territoires perdus ou repousser les frontières de l’empire, deux caractéristiques sont significatives. D’abord, l’expansion chinoise n’a jamais dépassé les limites de son aire civilisationnelle, en sorte que la conquête chinoise visait d’abord à unifier l’espace chinois, comme l’ont fait les Han, les Tang ou les Ming. Et lorsqu’elle a débordé de l’espace chinois proprement dit, cette politique de conquête fut menée à l’initiative des deux grandes dynasties étrangères, les Yuan (mongols) et les Qing (mandchous).

Au XXe siècle, la République populaire de Chine a fait la guerre à trois reprises : en 1950-53 en Corée, en 1962 contre l’Inde, en 1979 contre le Vietnam. Déclenchée par une tentative d’unification qui aurait abouti si les EU n’étaient pas massivement intervenus en faveur de la droite sud-coréenne, la guerre de Corée n’ a jamais été voulue par la Chine. Inévitable à partir d’octobre 1950, l’intervention chinoise dans la péninsule visait à chasser les troupes étasuniennes que leur offensive avait menées jusqu’à la frontière chinoise. Guerre défensive, mais aussi guerre coûteuse en vies humaines, elle a fixé les forces ennemies sur le 38e parallèle et fait la démonstration que l’armée révolutionnaire d’un pays en voie de développement pouvait repousser les forces militaires de la première puissance mondiale.

Le conflit avec l’Inde en 1962 est directement lié à la question tibétaine, aggravée par le contentieux frontalier hérité de la colonisation britannique. Gagnée haut la main par la Chine, cette courte guerre a incontestablement laissé des traces. C’est la Chine qui est passée à l’offensive et sa victoire a été rapide. En fait, ce conflit faisait suite à un premier accrochage en août 1959, quelques mois après le soulèvement tibétain et la fuite du dalaï-lama. Le soutien de Nehru au séparatisme tibétain a poussé la Chine à faire cette démonstration de force. Après avoir vaincu l’armée indienne, elle a proclamé un cessez-le-feu unilatéral et retiré ses troupes des zones contestées. Comme l’intervention en Corée (mais infiniment moins meurtrière), cette opération militaire aux frontières de la Chine visait à sécuriser ses frontières en dissuadant l’adversaire de poursuivre des activités jugées menaçantes.

Un troisième conflit a opposé la Chine au Vietnam en 1979. Brève sans être décisive, l’intervention militaire à la frontière sino-vietnamienne visait à donner une leçon aux dirigeants de Hanoi à la suite de l’invasion vietnamienne du Cambodge. Mitigé sur le plan militaire, le résultat de cette expédition punitive fut quasiment nul sur le plan politique. Pékin n’a pas obtenu le retrait vietnamien du Cambodge, où les troupes de Hanoi ont libéré Phnom Penh et repoussé les Khmers Rouges dans la jungle, d’où ils vont poursuivre leur guérilla anti-vietnamienne avec le soutien occidental jusqu’en 1991. Comme la guerre de Corée ou le conflit avec l’Inde, cet affrontement visait à neutraliser un adversaire dont la politique aux frontières chinoises était jugée néfaste à l’intérêt national. Des trois conflits, ce fut le moins opportun, et son échec a sans doute contribué à vacciner Pékin contre ce genre d’initiative.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Prétendre que la Chine veut coloniser le monde, comme le répètent aujourd’hui certains Occidentaux, est aussi absurde que de lui reprocher de vouloir imposer ses valeurs. Dans leurs rêves de grandeur, les Chinois ne conçoivent nullement une sorte de « pax sinica » imposant ses conditions au reste de l’humanité. A l’évidence, ils n’ont aucune velléité de projeter leur puissance en quadrillant des régions entières ou de bâtir des colonies destinées à faire rayonner leur prétendu modèle. Mais ce pacifisme ne dissuade nullement les adversaires congénitaux de la République populaire de Chine de faire monter les enchères en accusant Pékin des pires horreurs, en radicalisant la lutte contre « l’hégémon chinois » au nom des droits de l’homme, en faisant de leur croisade personnelle une guerre de civilisation, comme si le reste du monde était encore dupe de l’idéologie droit-de-l’hommiste occidentale et de ses compromissions répétées avec une ingérence étrangère dont elle est le faux-nez.

Car les peuples du Sud savent bien que, contrairement aux États-Unis, la Chine n’est pas cette formidable machine de guerre portée par une dynamique d’expansion impérialiste qui entend plier le reste du monde aux us et coutumes de l’empire. Certes, la Chine défend âprement ses intérêts lorsqu’ils sont menacés et elle veille jalousement à la sécurité de ses frontières. S’il faut faire la guerre pour préserver la sécurité nationale ou résister à l’agression étrangère, les Chinois n’hésiteront pas une seconde à porter les armes. Mais ce sera une guerre défensive, et non offensive. La Chine, par exemple, ne se jettera pas tête baissée dans un conflit de haute intensité pour récupérer Taïwan, et il est probable qu’elle saura soigneusement doser sa riposte à la mesure exacte des provocations ennemies.

Empire sans impérialisme, la Chine ne fait la guerre que si elle y est forcée par une agression extérieure ou une menace directe. La guerre de conquête ne fait pas partie de son ADN historique, et on aurait tort de ne pas prendre au sérieux le pacifisme chinois. La flotte de guerre étasunienne, par exemple, multiplie en mer de Chine méridionale des incursions dont l’équivalent ne serait pas toléré si elles étaient effectuées par un rival stratégique au large de la Floride ou de la Californie. La politique des EU est faite de ces provocations calculées qui visent à faire monter les tensions tout en décriant aussitôt les réactions légitimes de la puissance provoquée. La Chine, elle, a besoin d’un monde en paix pour poursuivre son développement, améliorer les conditions d’existence du peuple chinois, faire du commerce et asseoir ses positions. Nul doute qu’elle saura résister à la tentation que lui offre l’impérialisme, ce tigre de papier qui se prendra un bon coup sur le museau, le moment venu, comme en Corée, au Vietnam, en Irak, en Afghanistan, et bientôt en Ukraine.

Depuis l’époque impériale, la Chine est animée d’une idée fixe : maintenir en sécurité ses frontières extérieures, renforcer sa cohésion intérieure et soumettre le territoire chinois à une autorité indivise. Son obsession, c’est d’exercer une souveraineté incontestée à l’intérieur de son périmètre civilisationnel, d’en protéger l’accès par un système de glacis (Tibet, Xinjiang), d’en prévenir la dissolution en construisant une « Grande Muraille » aussi protectrice que possible contre les invasions barbares. Sans doute s’agit-il aussi aujourd’hui, en mer de Chine méridionale, de protéger le flanc sud de l’empire en contrôlant autant que possible cette vaste zone frontalière maritime qui est à la fois l’objet de toutes les convoitises et le prétexte fallacieux à l’ingérence impérialiste.

COMMENTAIRES  

27/04/2023 09:17 par Xiao Pignouf

Deux choses :

Historiquement, en tout cas dans la deuxième moitié du 20ème siècle et le quart de siècle qui a suivi, si la Russie et la Chine sont entrées dans des conflits divers, c’est souvent (j’ai envie de dire « toujours » mais je me retiens) du fait de déstabilisations ou de conflits eux-mêmes provoqués par l’impérialisme et l’atlantisme anglo-saxon (Corée, Vietnam, Afghanistan, Georgie, Syrie, Ukraine... la liste est longue)

Non seulement la Chine ne fait pas la guerre, mais elle répand la paix.

27/04/2023 09:40 par irae

L’effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels.
Montesquieu.

27/04/2023 17:12 par Palamède Singouin

@irae
"Le doux commerce" cher à Montesquieu...En Europe il a surtout donné lieu à des guerres à n’en plus finir jusqu’à l’apothéose du colonialisme et de l’impérialisme.

27/04/2023 23:26 par koursk

La très grande majorité des 8 milliards d’habitants de la terre est convaicue que les états russe et chinois représentent l’intérêt général, et que la jetset et ses multimilliardaires qui règnent économiquement, et donc politiquement et médiatiquement sur l’otaneuro zone sont des voyous, qui n’hésitent pas à marcher sur des cadavres pour faire fructifier leurs intérêts particuliers *** Pour pouvoir faire face aux malversations de la grosse mafia otanienne, les états russe et chinois ont l’obligation d’être des puissances publiques économiques, financières et géostratégiques, ne laissant place à aucune corruption *** C’est par un usage massif du capitalisme d’état et de la géostratégie que la Russie et la Chine parviendront à ruiner la pègre otanienne et démanteler ses bazars, une condition indispensable pour avoir la paix sur la planète.

29/04/2023 05:30 par Cesar

*** Pour pouvoir faire face aux malversations de la grosse mafia otanienne, les états russe et chinois ont l’obligation d’être des puissances publiques économiques, financières et géostratégiques, ne laissant place à aucune corruption ***

Très drôle, aucune corruption, parlez-en aux Russes et Chinois. Aucune mafia non plus dans ces deux pays...

Ce genre de manichéïsme ne mène à ríen. Mais on se cherche les mondes idéaux que l’on peut, à défaut de pouvoir combattre la corruption dans l’UE et particulièrement en France avec nos parrains multimiliardaires qui font la politique et font ou défont les politocs.

Big Pharma occidentale dont l’institut Pasteur a effectivement rythmé la danse covidienne, ses compositeurs arment leurs prochains instruments en voulant imposer Urbi et Orbi l’OMS comme arbitre de notre santé. Et ça, ça ne plait pas du tout aux Chinois et Russes, entre autres, pour lesquels la santé c’est sacré.

Se regarder dans le miroirs des autres, c’est la déformation garantie. Sinon en général j’apprécie vos messages télégraphiques.

29/04/2023 07:38 par Xiao Pignouf

@Cesar

Big Pharma occidentale dont l’institut Pasteur a effectivement rythmé la danse covidienne, ses compositeurs arment leurs prochains instruments en voulant imposer Urbi et Orbi l’OMS comme arbitre de notre santé.

C’est bizarre. Il me semble que l’OMS a eu plutôt tendance à suivre les recommandations chinoises en matière de gestion du covid, ce qui lui a d’ailleurs été reproché.

Et ça, ça ne plait pas du tout aux Chinois et Russes, entre autres, pour lesquels la santé c’est sacré.

Je ne suis pas sûr que vous auriez été d’accord avec la façon qu’on eue les Chinois de gérer la pandémie.

29/04/2023 16:53 par sixiangjiaoyu

Faut-il invoquer un "statut cosmologique" privilégié pour rendre compte du fait que la Chine ne pratique aujourd’hui ni la guerre, ni l’ingérence ? La Chine est-elle pacifique parce que son "équation originelle" lui défend d’être impérialiste ?
L’essentialisation de l’opposition Chine-Occident conduit presque toujours à la caricature, que l’on parle de mode de vie, d’organisation sociale ou de pratiques culturelles. De la même façon que soutenir que LA peinture chinoise se caractérise par l’utilisation du vide par rapport à LA peinture occidentale obsédée par le plein, la mise en avant d’un "être-au-monde" de la Chine qui la destinerait par la vertu de son "ADN historique" au pacifisme aussi sûrement que les "gènes culturels occidentaux" les voueraient à la guerre et au pillage permet des exposés qui éblouissent mais qui n’apportent en définitive que peu de lumière.
La Chine a des raisons de s’en tenir au pacifisme et elles sont excellentes. Est-il pour autant nécessaire de souscrire à la mythologie Tianxia d’un empire dont la "centralité imaginaire ne fonde aucune statut d’exception et ne légitime aucune prétention à la suprématie" ? A quoi cela sert-il d’affirmer que la Chine ne fait pas la guerre sauf quand elle la fait et qu’alors, c’est purement défensif ou parce que des "dynasties étrangères" la dévoient hors de son "aire civilisationnelle" ? Quand les Tang perdent la bataille de Talas en 751 dans le sud de l’actuel Kazakhstan, doit-on considérer qu’ils n’étaient pas chinois, que l’aire civilisationnelle chinoise s’étendait jusqu’à l’Asie centrale ou qu’ils étaient victimes d’une agression des Abbassides ?
Plutôt que d’attribuer le pacifisme chinois à un hypothétique "être-au-monde", il est peut-être judicieux de prendre un peu moins de hauteur. Une très bonne raison chinoise de ne pas chercher la confrontation est qu’à notre époque plus que jamais, les aventures militaires, quand elles impliquent des grandes puissances, donnent la certitude de souffrances incalculables pour des gains très hasardeux. L’armée américaine est puissante. L’armée chinoise l’est aussi. Cela devrait suffire à incliner tout le monde à la recherche de solutions pacifiques sans se raconter d’histoire sur son excellence et sur la vilenie de l’autre.

29/04/2023 23:25 par Xiao Pignouf

@sixiangjiaoyu

À quel moment dans ce texte lisez-vous que l’auteur invoque un quelconque « statut cosmologique » de la Chine ?

A quoi cela sert-il d’affirmer que la Chine ne fait pas la guerre sauf quand elle la fait et qu’alors, c’est purement défensif ou parce que des "dynasties étrangères" la dévoient hors de son "aire civilisationnelle" ?

À plusieurs reprises dans ce texte, Bruno Guigue indique qu’il parle de la Chine des 45 dernières années, car il sait, comme vous et moi qu’avant cela elle a été directement ou indirectement impliquée dans différents conflits. Point n’est donc besoin de remonter mille ans en arrière pour nous démontrer quelque chose que nous savons déjà, à savoir que la Chine s’est construite, comme beaucoup de nations, par la guerre. Rien que le nom des « Royaumes combattants » parle pour lui-même.

30/04/2023 10:18 par Sam

En France, pays de l’extrême-droite médiatique officielle et de la droite extrême au pouvoir, même la gauche est persuadée que Poutine est un dictateur, la Chine un camp de concentration, les Ukrainiens les victimes pantelantes de l’agression "soviétique" et les USA toujours le porteur du modèle moral de l’Occident. Je n’ai pas raté l’éructation de Melenchon contre l’invasion de l’Ukraine, pas plus que sa confession sur le Quai d’Orsay où il compte nbe d’amis et de souvenirs. L’atlantisme est l’impensé de la gauche comme de la droite française, et de l’extrême-droite dont la bêtise proverbiale associe la Russie toujours aux "rouges", qu’on déteste parce qu’il sonf finalement communistes, sans se rendre compte qu’on défend la liberté liberale du Marché de nous esclavagiser et de nous piller.
La Chine est prise comme la Russie dans cette toile d’araignée de connivences, de corruption sans doute, et de déni total. C’est pour ça qu’on va dans le mur et qu’il n’y a aucune chance que la France s’en sorte bien, déjà qu’elle est à moitié noyée sous l’ère du fasciste Macron.

Remarque. " refuse toute forme d’alliance militaire, y compris avec ses partenaires les plus proches". Le minsitre de la Défense chinois a rencontré le ministre Shoïgu - pas sûr des titres, mais tous deux exercent le plus haut niveau de responsabilité dans la défense de leurs pays. Si ce n’est pas pour préparer une alliance miltaire, c’est pour quoi ? Il faudrait qu’ils soient fous pour ne pas le faire, vu que les cinglés du sous-sol iront au bout de leur logique cinglée...

30/04/2023 10:38 par sixiangjiaoyu

Le statut cosmologique est invoqué au troisième paragraphe de la dernière section : "Si la Chine ne pratique aujourd’hui ni la guerre ni l’ingérence à l’extérieur de ses frontières, c’est en vertu d’un statut cosmologique dont le privilège s’accompagne d’une promesse de paix à l’égard des autres nations." Bruno Guigue s’inspire du philosophe Zhao Tingyang et de son livre Tianxia.

30/04/2023 19:06 par ALAMUT

Depuis quelques heures le champion du monde d’Echecs est chinois.Ding Liren a vaincu le russe Ian Nepomniachtchi à Astana (Kazakhstan).Ainsi,même en ce domaine les "couronnes de laurier" sont en transfert !

Dominico Losurdo l’a bien souligné de 1850 à 1950 la Chine a connu bien des erres,massacres,famines,invasions comme par exemple le révolte des Taiping (1851-1864) d’inspiration messianique chrétienne avec pour solde terrible 20 à 30 millions de morts.
Les chinois ont une forte mémoire historique alors que la nôtre a du mal à renaître de ses cendres !(Les médias,terrible broyeur de cerveaux).

La culture chinoise s’est perpétué depuis l’antiquité (Syncrétisme ou pas de confucianisme,taoisme,bouddhisme...) avec des haut et bas suivant les époques mais elle est toujours vivante donc....invisible pour nous !Aujourd’hui la "famille" de Confucius comprend 2 millions de membres sur 83 générations.On peut sourire mais il y a aussi la réouverture des temples taoïstes et une pratique bouddhiste comptant environ 150 millions de membres.

Chez nous,nous assistons à un véritable effondrement culturel le relais américain depuis 1945 apparaissant maintenant comme clairement idéologique.Leur miroir est devenu opaque.

Le rappel par JL Mélenchon de 1793 a-t-il été vain ? Quelque chose bouge dans la profondeur des consciences,les situation nationale et internationale le favorisant.A suivre...

Je termine par quelques lignes de "fuir l’histoire" de Losurdo (p.188-189) au sujet de la Chine :

"Nous voyons que le Grand bond en avant et la Révolution culturelle représentent une rupture de courte durée dans le cadre d’un processus caractérisé par ailleurs par une continuité substantielle [...] Nous sommes (maintenant) en présence d’un processus de longue durée et en plein développement ;ce dernier a déjà atteint des résultats extraordinaires,mais ses développements ultérieurs sont imprévisibles."

30/04/2023 19:50 par Xiao Pignouf

@sixiangjiaoyu

D’accord, mais dans ce cas, ne serait-ce pas plutôt un statut « cosmogonique » et non « cosmologique » qui n’a guère de sens ?

01/05/2023 12:08 par sixiangjiaoyu

Les expressions "statut cosmologique" ou "équation originelle" que Bruno Guigue utilise en parallèle à "être-au-monde" renvoient toute à l’idée d’une exceptionnalité de la civilisation chinoise envisagée comme un tout cohérent et continu depuis des millénaires. La référence philosophique de M.Guigue (qu’il ne cite pas ici, mais qu’il a déjà mentionné dans d’autres articles) est le livre de Zhao Tingyang "Tianxia". L’idée sous-jacente est que le pacifisme chinois ne dérive pas seulement d’une vision pragmatique de la réalité contemporaine (le monde dans lequel nous vivons est composé de plusieurs superpuissances et un conflit entre elles conduirait vraisemblablement à des désastres inouïs) mais s’enracine dans le passé de la Chine qui aurait développé (avec le système du tribut) un prototype d’un possible futur ordre international plus juste. C’est une conception qui n’a pas de fondement historique et qui est du même ordre que celle qui veut que les institutions modernes de pays comme la France où les États-Unis, voire d’une organisation comme l’Union Européenne auraient un rapport profond avec celles d’une cité-état de la Méditerranée antique (qui reposait sur l’esclavage).

01/05/2023 15:49 par Ilnyapasdalternative

Ils ne font pas la guerre car ils ont un champion du monde d’échecs. :)
Ding Liren.
https://www.lemonde.fr/sport/article/2023/04/30/le-chinois-ding-liren-nouveau-champion-du-monde-d-echecs_6171607_3242.html
Ils vont dans l’espace.
Ils dépassent les Etats-Unis dans bien des domaines et ils ont le champion du monde d’échecs.
Je suis morte de rire !

01/05/2023 19:34 par sixiangjiaoyu

Oh, ils n’ont pas que le champion du monde. Ils ont aussi la championne...
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Ju_Wenjun

02/05/2023 02:37 par SHAO Liang

@sixiangjiaoyu
A votre question "Faut-il invoquer un "statut cosmologique" (ou plutot de cosmogonie selon @Xiao Pignouf) privilégié pour rendre compte "...", j’en pose une autre :

Peut-on comprendre sa propre culture et celles des autres, sans tenir compte des mythes fondateurs correspondants - religion y comprise ? Par exemples, le mot proxelytisme, pourquoi n’existe-il pas dans la langue chinoise (classique) ? Et dans une autre mesure, pourquoi le mouvement religieux "mission civilisatrice" ainsi que les guerres qui les accompagnent, n’ont jamais eu lieu dans la civilisation chinoise ? Pouquoi les sept expéditions maritimes sous la dynatie Ming n’ont pas donné lieu aux conquettes de territoire, au pillage, au génocide ?

Vous reprochez à Bruno Guigue d’utiliser une approche de “l’essentialisation de l’opposition Chine-Occident”, puis vous citez la source dont s’inspire l’auteur, la théorie politique de Zhao Tingyang, “Tiaxia, tous sous un meme ciel” ( Je donne ici la référence, https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/18406/tianxia-tout-sous-un-meme-ciel . Les lecteurs peuvent eux-même se faire une idée). In fine, avec le mot, essentialisation, vous rejetez l’article et la philosophie politique de Zhao Tingyang. Ce rejet est confirmé par votre dernier commentaire.

Vous servez de l’exemple de la bataille de Talas en 751 pour ramener l’emprie chinoise au même niveau que les autres empires, sur le plan de l’expansion territoriale. Selon vous, sur le plan colonial, aussi ? Mais sachez que, pour cette période de l’expansion islamique, et, tenant compte du rapport partciluer et complexe de suzeraineté entre le Xiyue (région à de l’ouest de la Pleine Centrale, composés de nombreux royaumes) et le pouvoir central de Tang, les historiens de différents pays, ne sont pas de même avis, ni sur la cause , ni sur le sens, de cette bataille, perdue par l’armée des alliés regroupés sous le commandement d’un général de Tang. Certains voient une bataille décisive entre l’Empire arabe d’Abbasside et la dynastie Tang, d’autres voient une dêfaite de la mission protectrice à la demande des pays suzerains de Tang. Etc.

Les conditions humaines, non uniformes sur Terre, ont fait naitre différentes civilisations. La diversité culturelle, ne serait-ce que par l’existence des différentes langues ainsi que le probleme de traduction, est un fait. Chercher à comprendre cette diversité est un exercice intellectuel exigeant et enrichissant. Tel qu’illustré par le “dictionnaire des introduisibles” de Barbara Cassin : même au sein de la même aire culturelle, en l’occurence en Occident, les concepts des anciens grecques, n’ont pas evolué de la même façon dans les différentes langues européennes.

Chaque civilisation vivante est etayée par des matériaux solides et constitue, chacune à sa façon, une expérience humaine singulière. Chercher à comprendre les singularités en revenant au “urform” de ces materiaux civilisationnels, aux concepts de bases, tel que ce qui se pratiquait dans les mouvements intellectuels en Europe durant la Renaissance et le premier siècle des Lumières, afin de comprendre la diversité, de mieux se comprendre les uns les autres, et de proposer au monde des univeraux compossibles pour un monde compossible, n’est pas l’essentialisation d’une civilisation, ni l’essentialisation d’une opposition Occident-Orient dans le cas présent.

Votre qualification ou catégorisation du présent article et la théorie Tianxia de Zhao Tingyang, “essentialisation” ( donc, irrecevavle ), est fausse.

Pour revenir à la théorie de philosophie politique de Zhao Tingyang, je constate que, en Allemagne, la parution du livre “Tianxi, tous sous un meme ciel” a suscité un débat argumenté. Aux USA, aussi. Un auteur americain a meme proposé une theorie alternative, un Tianxia Américain.

Dans le numéro 251 du septembre 2022 de la revue anglaise China Quaterly de Cambridge University Press, K.O. Thompson a publié une revue du livre de Zhao Tingyang ( https://www.cambridge.org/core/journals/china-quarterly/article/abs/all-under-heaven-the-tianxia-system-for-a-possible-world-order-zhao-tingyang-translated-by-joseph-e-harroff-oakland-university-of-california-press-2021-xxviii-301-pp-8500-isbn-9780520325005/7E5A04A50010C7CB533A16163FE04A38 ). L’auteur est enseignant à l’université nationale de Taïwan, spécialisé dans la philosophie chinoise et s’intéresse aux problèmes de traduction.

L’article-revue de Thompson commence par ces mots :
“tous sous le meme ciel est un texte de référence (landmark text, en anglais) en matière de philosophie politique mondiale...“

Il se termine par :
“tous sous le meme ciel est un chef-d’œuvre intellectuel stimulant. Pour certains, l’attrait du système du monde réside dans le fait qu’il apparaît comme une conséquence naturelle des tendances contemporaines à la mondialisation et à l’accélération. L’auteur remet habilement en question bon nombre des idéaux politiques chers à nos sciences humaines et propose audacieusement une nouvelle politique mondiale fondée sur la priorité du tout, nous obligeant ainsi à repenser nos hypothèses. Il ouvre au lecteur de nouveaux horizons de réflexion. Je recommande ce livre précisément parce qu’il pose un défi ontologique et ouvre une fenêtre futuriste sur la Chine d’aujourd’hui.”

En France, mis à part un concours de dénigrement par des spécialistes, j’ai retennu seulement quelques mots pronnoncés par Régis Debray lors de sa présentation du livre Tianxia et son auteur à Science Po Paris, qui se résument à : En Chine, dans le monde de pensée, ils sont encore capable de penser l’Utopie ; en France, non.

02/05/2023 09:28 par Rachid Zani

Très intéressants les commentaires à propos du Tanxia et son auteur Zhao Tingyang. Merci à sixiangjiaoyu et surtout à Shao Liang de nous avoir éclairé et j’espère que Bruno Guigue nous en donnera un avis après ce brillant plaidoyer.

" Pour imaginer ce que pourrait être une gouvernance mondiale à l’heure chinoise, Zhao Tingyang y exhumait une notion formulée au cours du premier millénaire avant notre ère, celle de Tianxia, littéralement «  tout ce qui est sous le ciel  », concept précieux qui permettrait de penser aujourd’hui une souveraineté mondiale. Présent tout au long de l’histoire chinoise, le Tianxia est bien difficile à définir tant son sens a changé au cours des époques, sinon à dire qu’il évoque l’idée d’une unité ou d’unification du monde sublunaire. Dans Tianxia, sous un même ciel, son livre aujourd’hui traduit en français, ce philosophe à la mode – y compris en France où il a dialogué avec Régis Debray dans Du ciel à la terre (Les Arènes, 2014) – poursuit sa réflexion : si la Grèce a inventé la Cité, la Chine n’est pas en reste, elle qui a forgé l’idée du Tianxia.
Le Tianxia interprété par Zhao Tingyang lui permet d’ailleurs de discuter avec une tradition occidentale, à ses yeux déficiente. Pour lui, il est en effet évident que l’Europe n’est pas parvenue à penser cette unité inclusive malgré trois modèles qui s’apparentent de loin au «  système Tianxia  » : celui de l’Empire romain, basé sur la puissance militaire, celui de l’universalisme chrétien, qui, selon lui, a provoqué «  une guerre spirituelle mondiale  » en cherchant à unifier le monde, et celui de la paix perpétuelle prônée par Kant, qui, toutefois, «  ne constitue pas un système d’intérêts communs dépassant les intérêts nationaux  ». Bref, «  le monde d’aujourd’hui reste un “non-monde”, il n’existe que géographiquement, mais non politiquement  ». https://www.philomag.com/livres/tianxia-tout-sous-un-meme-ciel
Mais alors ce n’est pas la fin de l’histoire M.Fukuyama !

Et de me souvenir du verset qui suit :

48- "Si Allah avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes cœvres. C’est vers Allah qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez." Sourate 5 - La table servie

02/05/2023 10:00 par sixiangjiaoyu

Cher Shaoliang,

Je suis ravi que vous ayez pris le temps de critiquer mes commentaires et d’avancer une série d’exemples et d’arguments pour soutenir la thèse que Bruno Guigue reprend à Zhao Tingyang et à tous les intellectuels chinois qui se sont emparés de la notion de Tianxia pour en faire un modèle alternatif à celui qui régit actuellement les relations internationales.
Vous avez parfaitement raison quand vous dites que je rejette cette thèse ou plus exactement la partie de celle-ci qui cherche à s’enraciner dans l’histoire chinoise. Je n’ai rien contre la partie proprement utopique de l’idée, à savoir que le monde devrait vivre en paix et en harmonie et que nous devrions nous respecter. En revanche, je pense que l’hypothèse que ce futur ordre harmonieux aurait été en germe dans la réalité passée de la Chine et que, pour reprendre une expression que vous utilisez, la "urform" de la civilisation chinoise serait le pacifisme est exagérément complaisante et relève d’une construction idéologique aussi fausse que celle qui fait remonter les institutions occidentales à la Grèce antique.
Il y a, d’ailleurs, à mon avis, un paradoxe à ce que vous incitiez à découvrir la "urform" ou, pour le dire autrement, l’archétype des autres civilisations et que vous contestiez dans le même temps que cette façon de penser revient à essentialiser les différences entre civilisations.
Bruno Guigue, suivant Zhao Tingyan, écrit que la "conception traditionnelle [de la centralité chinoise] va de pair avec la représentation d’un monde pluriel et d’une humanité composite, dont aucune puissance n’est en droit de revendiquer la direction hégémonique. " Mon opinion est que nous avons affaire ici à une présentation de la position contemporaine et respectable de la Chine affublée d’un costume antique, non à un compte-rendu réaliste de la représentation du monde qu’impliquait le concept de Tianxia et encore moins de la diversité de la réalité historique.
Banalement, la conception chinoise traditionnelle s’accompagne évidemment de l’idée d’une supériorité du centre sur les périphéries et de la civilisation sur les barbares, avec éventuellement la nécessité d’intervenir pour remettre de l’ordre ou pour protéger les vassaux des agressions extérieures.
Ceci ne doit pas nous faire préjuger que le pacifisme de la Chine contemporaine ne doit pas être pris au sérieux. Simplement, le passé ancien de la Chine, son "statut cosmologique", son "équation originelle", son "être-au-monde", son "urform" ou, pour le dire clairement son essence de civilisation qui se caractériserait par le pacifisme, le respect de la différence et la conscience de l’unité du monde ne font pas partie des raisons pour lesquelles il doit être pris au sérieux. L’histoire récente et la situation contemporaine (dans laquelle les affrontements entre superpuissances débouchent potentiellement sur la destruction générale et où la non-coopération conduit à coup sûr à des désastres du même genre même sans guerre) sont les éléments pertinents dans cette discussion et non, la concurrence des "urformen".
Soutenir que la Chine serait "civilisationellement" pacifique est non seulement inutile et faux, mais de surcroît, expose au risque de croire que les dérives militaristes et la tentation du recours à la force y sont impossibles, par définition.
C’est la raison pour laquelle je suis opposé de manière déterminée à ce genre de conception qui ne font aucun bien en plus de ne pas correspondre à la réalité.
Au plaisir de vous lire.

03/05/2023 02:54 par SHAO Liang

@sixiangjiaoyu,

Je vous remercie d’avoir fait connaitre ZHao Tingyang aux lecteurs du site. J’ai donne la reference du livre. Les lecteurs se feront une idee, par eux-meme.

Vous avez une curieuse interpretation et utilisation du mot Urform.

Comme K.O. Thompson le dit, c’est un defi ontologique, le mot Urform que je utilise est introduit par Goethe en épistémologie, qui designe "une forme originelle réelle à partir de laquelle d’autres formes biologiques se sont développées. ". Il est etroitement lie a Urphänomen ( phénomène originel), selon wikipedia allemand :
Le phénomène originel devait permettre de visualiser les rapports d’essence du monde sous une forme pure et représentait pour Goethe la limite extrême de la connaissance humaine.

Cette conception reflétait la philosophie transcendantale d’Emmanuel Kant, avec laquelle il était entré en contact par l’intermédiaire de Friedrich Schiller. Contrairement à l’approche de Kant centrée sur le sujet (catégories et formes de l’intuition), il mettait davantage l’accent sur le côté objectif des phénomènes

Cordialement,

03/05/2023 15:13 par Shao liang

Aux administrateurs du site :

Merci de ne pas publier mes deux derniers commentaire, ils n’amènent rien de plus par rapport à ce que j’ai déjà dit.

Bien cordialement,
Shao liang

03/05/2023 22:17 par sixiangjiaoyu

Bonjour Shaoliang,

Si je comprends bien votre dernière remarque, vous me faites observer qu’il ne faut pas confondre "essence" avec "forme originelle". Au fond, si je vous suis bien (je ne suis malheureusement pas germaniste), vous me dites qu’il ne faut pas confondre la graine et l’arbre. Vous indiquez également que Tianxia est un concept de base de la civilisation chinoise et que, comme chaque civilisation est unique, elle a des concepts de base uniques qui traduisent sa vision du monde unique. Est-ce que c’est là ce qu’il faut comprendre ?
J’espère que vous aurez le temps de répondre car la discussion m’intéresse.

05/05/2023 02:21 par SHAO Liang

@sixiangjiaoyu

Urform ou Urphanomen, utilise indifferement par Goethe, dans ma comprehension, il decrit les choses (ou etats des choses selon d’autres) du monde, dans son etat primodial (form, ou, phe-), perceptible, observable, connaissable par les humains.

Pour tenter de palier les malentendus culturels, contribuer a resoudre le probleme de traduction, une des methodes possibles, je crois, c’est de comparer les concepts equivalents ou correspondants entre les langues, par archeologie ou anthropologie dans le sens de Foucauld, a partir de "urform des choses". Et examinier, l’adequation entre les mots et les choses.

Dans le cas de theorie philosophie politique Tianxia, la chose en question est Paix mondiale, son le conept est Tianxia. C’est un concept clef de la civilisation chinoise. Il est le concept le plus ancien en pensee politique chinoise concerant le monde (ce que les chinois le croyaient).

L’equivalent en Occident est Pax. Le corps incarnant, ici c’est Empire, en Chine, il est plus souvent appele Tianxia qu’Empire.

Zhao Tingyang fait une archelogie du concept, puis, tenant compte de l’etat actuel du monde et les philosophies politiques existantes, elabore une nouvelle philosophie du politique du monde. Elle est basee sur la rationalite relationnelle dans sa resolution confuceenne pour la co-existence de differents pays, et, les theories des jeux avec l’introduction de l’Optimum de Confucius. Zhao Tingyang dit que l’ideal Tianxia issu de Zhou n’a jamais ete theorise, ni vraiment exister. Seulement quequels expemples historiques peuvent donner des elements comme resultat de l’application. Dans un interview, il cite la dynastie Tang comme une realisation plus ou moins reussie de l’ideal Tianxia de l’epoque. Et, Zhao Tingyang en projette une utopie, un monde possible.

Tout critique base sur la rationalite individuelle, par exemple l’accusation de l’outil puissant du nationalisme chinois, notamment celui du sinologue en France Ji Zhe - repetee par Anne Cheng, est epistemologiquement faux.

05/05/2023 16:47 par sixiangjiaoyu

Cher Shaoliang,

Si je comprends bien votre explication, le concept de Tianxia tel quel l’analyse Zhao Tingyang est un idéal dont l’histoire ne montre que des réalisations plus ou moins réussies.
Il ne s’agit pas d’une description réelle de l’histoire chinoise, mais d’une utopie.
Par ailleurs, vous dites aussi que le concept de Tianxia comme équivalent approximatif de "paix mondiale" n’a jamais vraiment été théorisé de cette façon dans l’histoire de la pensée chinoise jusqu’à une époque récente.
Par conséquent, est-ce que vous pensez que ce concept, auquel Bruno Guigue fait vraisemblablement référence en parlant de "centralité symbolique" ou de "statut cosmologique", permet d’expliquer le pacifisme chinois ?
Si l’idéal Tianxia n’a été mis en pratique que de manière épisodique dans l’histoire chinoise et si son élaboration théorique est récente, est-ce qu’il peut être utiliser pour expliquer le pacifisme actuel ? Est-ce qu’il signifie autre chose que la Chine contemporaine aspire à la paix, à l’émergence pacifique et à des relations internationales basées sur la coopération, le respect de la souveraineté, la tolérance et l’ouverture à la différence ? Je suis d’accord pour qu’on utilise un nom antique pour baptiser une chose moderne. Je n’ai pas de problème à ce qu’une sonde lunaire porte le nom de la Déesse de la Lune mais, j’aurais des objections à ce qu’on me dise "la sonde lunaire est la Déesse" ou "la sonde lunaire s’inspire de la Déesse". Or, dans le cas de Tianxia, la distinction entre "l’utopie contemporaine" et la "conception traditionnelle" n’est pas faite de manière claire.
Le concept de Tianxia n’a pas joué dans l’histoire chinoise de rôle concret, on a rarement cherché à le mettre en application et comme vision de "paix mondiale", il renvoyait à une situation très différente de celle que nous connaissons actuellement, dans lequel la prééminence chinoise ne pouvait pas être sérieusement remise en question.
Si vous me dites que par ce concept, il faut entendre la manière dont la Chine voit ce que devrait être l’organisation des relations internationales aujourd’hui, je veux bien l’accepter mais, comme j’accepte que la sonde lunaire porte un nom mythologique. La tentation de faire de Tianxia, quelque chose comme la "urform" de la civilisation chinoise (et je m’excuse mais tout de même, ce mot est fréquemment traduit par archétype et même si Goethe l’utilise au sens de "état primordiale des choses", je ne suis pas convaincu que cela change grand chose en l’occurrence), cette tentation me parait être une idéalisation exagérée de cette civilisation.
Toujours content de discuter avec vous.

06/05/2023 13:47 par Shao liang

Bonjour @sixiangjiaoyu

Je vous fais remarquer trois choses.

1) un mythe n’a aucune réalité physique, contrairement à la notion Tianxia.

2)Comme vous l’avez mentionné, la démocratie d’Athène n’a pas grand chose à voir avec celle d’aujourd’hui, pourtant, nous utilisons encore ce terme.

3)La philosophie politique de Tianxia de Zhao Tingyang est l’œuvre d’un philosophe chinois, elle n’est pas la philosophie de la Chine.

Sur ce, je vous laisse dans votre jeu de construction de l’homme de paille.

Cordialement,

07/05/2023 14:26 par sixiangjiaoyu

Bonjour Shaoliang,

A la réflexion, je me demande si j’ai eu raison d’invoquer Zhao Tingyang au sujet de l’article de Bruno Guigue.
Je suis en désaccord avec l’idée avancée par M.Guigue que la raison profonde pour laquelle la Chine ne fait pas la guerre est à chercher dans la conception traditionnelle de sa place dans l’univers.
Les passages que je critique sont les suivants :

"L’immensité de l’espace chinois a favorisé en effet, depuis la haute Antiquité, une représentation de la Chine comme terre du milieu, lieu spécifique doté de caractéristiques originales en raison de sa situation centrale.[...] contrairement à ce qu’affirme la doxa occidentale, cette centralité imaginaire ne fonde aucune statut d’exception et ne légitime aucune prétention à la suprématie.

Cette conception traditionnelle, au contraire, va de pair avec la représentation d’un monde pluriel et d’une humanité composite, dont aucune puissance n’est en droit de revendiquer la direction hégémonique. C’est cette vision du monde qui explique la position de la Chine sur la scène internationale.

Si la Chine est aujourd’hui une puissance pacifique, ce n’est pas seulement par choix politique, ses dirigeants ayant fait le choix du développement et proscrit l’aventure extérieure, mais aussi pour des raisons plus profondes. C’est parce que la centralité symbolique de l’empire l’a voué à s’occuper d’abord de ses sujets avant de s’intéresser au reste du monde. Recevant en priorité l’influence bénéfique du ciel, le pays du milieu n’est-il pas situé au centre du monde par un décret intemporel ? Cette situation privilégiée le voue à la gestion d’un vaste territoire qui est déjà une lourde tâche. Si la Chine ne pratique aujourd’hui ni la guerre ni l’ingérence à l’extérieur de ses frontières, c’est en vertu d’un statut cosmologique dont le privilège s’accompagne d’une promesse de paix à l’égard des autres nations."

Je pense que la lecture de Zhao Tingyang a en partie inspiré à Bruno Guigue, qui le cite à l’occasion, ces considérations. Elles me semblent fausses en ce qu’elles tendent à donner à la position contemporaine de la Chine en ce qui regarde les relations internationales une patine antique. Bruno Guigue soutient que le pacifisme chinois n’est pas seulement un "choix politique", mais qu’il est lié à une "conception traditionnelle" (Centralité de la Chine- Représentation d’un monde pluriel - aucun statut d’exception pour le centre). Mais, outre que la nature de cette "conception traditionnelle" est sujette à la discussion (Est-il vrai que la centralité de la Chine exclut tout statut d’exception pour le centre ? Est-ce réellement "la" façon traditionnelle de voir la place de la Chine dans le monde ? ou n’est-ce qu’une manière de voir les choses parmi d’autres ?), le principal problème est pour moi d’affirmer que cet "être-au-monde" joue un rôle effectif dans la prise de décision en matière de politique étrangère.

Je voudrais poser trois questions relatives à vos remarques

1) si le mot "mythe" n’est peut-être pas approprié pour parler du "Tianxia", ne peut-on pas dire que "sa réalité physique" est en grande partie un produit de l’imagination de lettrés confucéens ? La situation de la dynastie Zhou est-elle vraiment comparable à la situation de la Chine dans le monde d’aujourd’hui ? Peut-on vraiment la décrire comme une situation de "nature mondiale" ?

2) Il est exact que l’on utilise le terme "démocratie" à l’heure actuelle et que beaucoup de gens ont la mauvaise habitude de vouloir voir dans les institutions contemporaines se revendiquant de ce concept une filiation. Mais faut-il cautionner cette habitude ? Au moins d’un point de vue historique, elle est parfaitement absurde. Le concept contemporain de "démocratie" est surement lié à la représentation que certains penseurs du 18ème, du 19ème ou du 20ème siècle se faisaient de la réalité antique, mais il n’y a pas de lien direct et les parallèles entre la situation qui prévalait en Méditerranée dans l’Antiquité et celle d’aujourd’hui sont plutôt bancals.
De la même façon, l’utilisation du concept de "Tianxia" comme une forme d’hommage à la tradition chinoise (à la façon dont on baptise un robot lunaire du nom de "lapin de jade") est tout à fait compréhensible mais je pense qu’elle expose à la tentation de voir davantage que cela : une continuité conceptuelle ininterrompue depuis l’époque du duc de Zhou.

3) Vous avez raison de dire que la philosophie politique de Tianxia est l’oeuvre d’un penseur particulier et qu’il ne faut pas en faire la "philosophie de la Chine". Néanmoins, ne doit-on pas considérer que ce concept connait une certaine vogue en Chine et qu’il n’est pas non plus limité aux analyses du seul Zhao ?

J’espère que vous ne vous formaliserez pas du plaisir que je prends à discuter avec vous. Je ne prends pas en mauvaise part le fait que vous voyez dans mes commentaires "un jeu de l’homme de paille". Je suis vraiment content de pouvoir parler de ces sujets et d’avoir un interlocuteur prêt à répondre. Cela n’arrive pas tous les jours.

10/05/2023 17:53 par Bostephbesac

Iran, regardez : nous achetions le gaz et le pétrole Russe, et Renaut/Dacia avait son 3ème marché en Russie - en développant Lada, notamment . Et bien, vous pouvez juger de la situation, aujourd’ hui.

12/05/2023 00:00 par Bostephbesac

Je m’ adressais à Iran, plus précisément.

12/05/2023 09:51 par Bostephbesac

Iraë . Décidément, mon portable me joue des tours !

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