RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher
17 

Pourquoi Sarkozy inquiète son propre camp

En chute libre dans les sondages, la popularité de Sarkozy avoisine celles des présidents et premiers ministres du passé dans les moments les plus tourmentés de leurs mandats. Derrière cet effondrement, il y a tout d’abord la désillusion chez tous ceux qui, aux présidentielles, ont écouté les sirènes de la presse et de l’industrie audiovisuelle, et comprennent qu’ils se sont fait avoir. Mais il y a un élément de ce retournement qui mérite d’être examiné de plus près. A peine moins d’un an après son élection, les mêmes journaux, les mêmes magazines, les mêmes journalistes de télévision qui formaient un vaste orchestre de propagande en sa faveur - l’accablent désormais de critiques, s’offusquent de son comportement, l’affublent de surnoms, le ridiculisent même. Ceci est très significatif. Cela indique que la classe capitaliste, qui voyait en Sarkozy son champion, est aujourd’hui profondément inquiète des possibles conséquences de son comportement.

Le magazine allemand Der Spiegel du 27 janvier se demandait « si le président français est assez mûr pour diriger l’une des grandes nations nucléaires de la planète ». Le gouvernement passe d’une crise à l’autre. Les ministres se contredisent entre eux et se contredisent eux-mêmes. Pratiquement chaque discours donne lieu à des polémiques, à des démentis et des « recadrages ». Les individus qui écrivent les discours de Sarkozy - Henri Guaino, Emmanuelle Mignon, etc. - s’en vantent ouvertement à la télévision, expliquant pourquoi ils ont mis telle ou telle phrase dans sa bouche. Et la presse reproche à ces mêmes scribes d’abuser d’un président trop influençable ! Même les députés UMP n’hésitent plus à proférer des remarques acides à l’encontre de leur chef suprême. Ils redoutent que l’arrogance, les provocations et le côté « m’as-tu-vu » du président ne finissent par réveiller dans la conscience populaire un ressentiment capable, dans certaines circonstances, de se transformer en une force irrésistible et qui les emportera tous.

Quand les médias capitalistes essaient de mettre le président en garde contre l’étalage sans vergogne de sa fortune, de sa vie de luxe, des largesses dont il bénéficie auprès de ses « amis » et « frères » milliardaires, de la cour qui s’agite sans cesse autour de lui, Sarkozy répond qu’il fait au grand jour ce que d’autres faisaient et font encore en cachette. Justement ! On voit bien là toute la myopie et toute la bêtise de ce parvenu tonitruant. Si la classe capitaliste « ne parle pas argent », ne se vante pas de sa richesse, de ses châteaux, de ses hôtels particuliers et « propriétés » à n’en plus finir, de ses hélicoptères, de ses jets privés et de tous les autres attributs d’une vie gagnée sur l’exploitation des autres, c’est pour une très bonne raison. Le « charme discret de la bourgeoisie » repose sur la conscience de la précarité de sa position. Il ne faut pas provoquer ceux qui n’ont rien, ceux qui triment pour simplement tenir la tête hors de l’eau, qui subissent l’humiliation quotidienne du chômage, des conditions de logement abominables, de la discrimination raciale. Sarkozy, lui, est visiblement insensible à cette considération, qui n’est pourtant pas un détail dans le maintien de « l’ordre établi ».

L’inquiétude de la classe dirigeante est d’autant plus forte qu’elle sait pertinemment, au-delà de la propagande gouvernementale, quelles sont les véritables perspectives économiques - et donc sociales - pour la France. La croissance du PIB, déjà très faible en 2007, le sera encore plus en 2008. Le chômage et la pauvreté s’aggravent dans les faits, malgré le trucage des statistiques. Le pouvoir d’achat se dégrade pour la vaste majorité de la population. Le gouvernement n’a aucune réponse à ces problèmes. Sa politique tend à les accentuer, au contraire. Son seul recours consiste à multiplier les fausses promesses, les diversions et les subterfuges. C’est l’acharnement contre les travailleurs étrangers, contre les chômeurs. C’est aussi le spectacle de la cour élyséenne. Pour ne pas qu’ils regardent autour d’eux, il faut attirer l’attention des travailleurs vers le haut, là où il « se passe toujours quelque chose » - des vacances, un mariage, une annonce surprise. Il faut distraire, gagner du temps.

La diversion permanente, la cacophonie, l’instabilité au sommet de l’Etat, la volatilité de l’opinion, la déception profonde de ceux qui croyaient en Sarkozy, l’hostilité croissante de ceux qui n’y ont jamais cru, la dégradation constante des conditions de vie des travailleurs, des chômeurs, des retraités, la multiplication de grèves dans le public et le privé - ce sont autant de signes précurseurs des grands événements qui nous attendent.

D’ores et déjà , les mobilisations contre le patronat et le gouvernement seraient bien plus importantes si les organisations syndicales et les partis de gauche ne se trouvaient pas dans un état d’impréparation totale. La situation actuelle exige autre chose que des politiciens pantouflards, craintifs, tellement modérés et responsables qu’ils ont renoncé une fois pour toutes à la lutte pour le socialisme. Nous avons besoin de dirigeants combatifs, courageux, aussi déterminés et implacables que nos adversaires au gouvernement et au MEDEF. Le coeur du problème, c’est la propriété capitaliste des banques et des grands moyens de production. Le dirigeant de « gauche » qui n’ose pas y toucher se condamne à l’impuissance, se condamne à trahir. Le grand défi des années à venir, c’est le réarmement politique des travailleurs. Tel est le sens de notre combat.

La Riposte,
publication : lundi 25 février 2008.

»» http://www.lariposte.com/
URL de cet article 6085
  

Même Thème
DE QUOI SARKOZY EST-IL LE NOM ?
Alain BADIOU
« Entre nous, ce n’est pas parce qu’un président est élu que, pour des gens d’expérience comme nous, il se passe quelque chose. » C’est dans ces termes - souverains - qu’Alain Badiou commente, auprès de son auditoire de l’École normale supérieure, les résultats d’une élection qui désorientent passablement celui-ci, s’ils ne le découragent pas. Autrement dit, une élection même présidentielle n’est plus en mesure de faire que quelque chose se passe - de constituer un événement (tout au plus une « circonstance », (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

L’abstrait n’a pas d’image, c’est son défaut ontologique. Seul le réel est filmable. Pas la réalité.

Ignacio Ramonet

La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
"Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux" (Republik)
Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique - et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur (...)
11 
L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
19 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.