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Quand tombe le masque.

Quand tombe le masque.

Que serait l’histoire, si l’aventure humaine demeurait un exposé des derniers arrivés sur la scène des civilisations ? Le monde perdrait de belles pages de son parcours. La culture actuelle, benjamine de la série, ambitionnerait d’obscurcir ses aînées. Survenue dans le sang et sous les décombres d’un monde surpris, les soubresauts de ses victimes teintèrent longtemps le sol. Dans la Caraïbe, sa victoire semble si évidente que ses dépositaires avancent comme un pachyderme dans un champ de porcelaine. Le dix-sept décembre deux mille un, le patriarche de la caste dominante invite le plus illustre des Martiniquais, selon ses dires, à planter l’arbre de la fraternité. Germée quelques siècles plus tôt cette concorde aurait évité des rivières de sang et des montagnes de cadavres. Ceci dit, dans cette île caribéenne qui se cherche, quel dessein se dissimule sous cette démarche insolite ? Quel mobile poussa le leader nationaliste à accepter l’invitation ? Doit-on nourrir des inquiétudes au sujet de l’auteur du discours sur le colonialisme au crépuscule de sa vie ? Dans ce décor stressant aux airs de négation du passé qui sera le dindon de la farce ?

Quelles sont les motivations réelles de cette mise en scène aux allures macabres ? En effet, du coté de l’habitation, on semble préparer un enterrement. Si Pandore céda à la curiosité en ouvrant la jarre en dépit de l’interdiction de Zeus, le colon arriva démuni et sans boite. L’aventurier trouva la poule aux œufs d’or dans cette terre promise à sa civilisation. Rhum, sucre, café, cacao, indigo et autres créèrent des richesses inépuisables à travers les siècles et le sang des damnés de la terre gava la divinité bienfaitrice. Une fortune réalisée sans frais, cela se protège et se transmet aux générations à venir. Le but de l’action se profile, la préservation du patrimoine, la volonté de faire perdurer à tout jamais une entreprise lucrative dans une Martinique à la mine de belle époque infinie. Cependant, le tonnerre gronde de temps à autre et pourrait grossir des torrents inattendus. Mais l’histoire vient à la rescousse du forban en clignotant sur le coup de l’abolition. Un tour de passe-passe qui permit de retrouver son personnel et de ramasser une formidable plus-value. En transformant la colonie en pseudo-département français d’outremer, le boucanier moderne acquiert d’autres perspectives grâce à l’import-export et élargit son appareil productif. Le loup, sous des airs de berger, émerveille son troupeau d’anciens captifs en créant l’illusion tout azimut afin d’assurer la sécurité de ses affaires. Ce fut une étape réussie, en observant la surface. Le fond l’intéresse moyennement, cependant, il n’en est nullement dupe. Le succès de l’étape nécessite quelques retouches. Une fois de plus, en prestidigitateur aguerri, le rusé a recours à la duperie. Cette fois, celle de la fraternité en véhiculant le « tous créoles », une négation moderne de l’appartenance à l’Afrique qui assure la prééminence du colon. En gommant le terme colonie dans le vocabulaire en usage dans l’île, le melting-pot prendra. Nous formerons un seul peuple. Toutefois, les bijoux de famille sont bien gardés. L’appareil productif et les terres sont à l’abri. Les jours heureux depuis Colbert et la compagnie française des indes occidentales continuent de défiler. Le tour est reparti pour des siècles, le troupeau est sous bonne garde.

L’observateur peut comprendre la détermination de l’accapareur. Ce dernier œuvre à la préservation de ses intérêts. Cependant, que penser de son partenaire ? Celui-ci se présente, sourire aux lèvres à son invitation.

« Monsieur est le plus illustre des Martiniquais. Il fait partie de notre patrimoine. L’habitation Clément se veut également être la mémoire de notre histoire. Les deux appartiennent donc à la Martinique et nous souhaitons depuis très longtemps qu’une action fut menée en vue d’avoir un souvenir de lui ». D’un coup de patte, le roi des félins brisa la colonne vertébrale du buffle. Mais revenons à la symbolique du geste. A l’invitation de son hôte, l’illustre se rend sur la commune du François et y plante un arbre, le courbaril. Ce feuillu posséderait « la démarche lente mais résolue vers l’avenir ». Autre attribut, le végétal, l’un des plus beaux du pays serait en voie de disparition. Une plante agonisante ! En effet, le symbole demeure fort. Cela étant, l’hôte serait tombé sous le charme du renommé et conquis par l’humanisme de ce dernier. L’humanisme, une disposition équivalente au titre de chevalier de la Légion d’honneur, est souvent attribué aux promoteurs de l’occident, aux organisateurs du capitalisme et aux inspirateurs du colonialisme. Ce constat, certes, démarre sur un mauvais pied pour notre champion de l’autonomie. Bref, l’histoire peut présenter des imperfections. Qui était, en ce début du siècle actuel, l’homme arrivant sur l’habitation Clément ? L’ancien chef de la magistrature municipale durant plus de soixante ans, demeure un produit de la culture coloniale, un intégré. Son cheminement en témoigne. Toutefois, comment insérer le discours sur le colonialisme dans ce contexte particulier ? Que penser de son bref passage au parti communiste, de ses harangues sur l’autonomie et de son alerte au génocide par substitution de personnes ? Le lettré affirmait qu’une utopie s’avérait nécessaire pour maintenir un peuple à flot. Sans nul doute, cet être possédait des talents mystifiants. L’éminent réalise un parcours de député et de maire français tout en dénonçant les méfaits du colonialisme. Quelque chose interpelle dans son itinéraire politique. On ne peut être du milieu, sans être avec ceux du milieu ! Ce politicien tenait un langage ambigu. Son destinataire ? Le peuple, qu’il trahit d’un coup de moratoire sur l’autonomie un jour radieux de 1981. Quand débuta son abjuration ? Vers le milieu des années soixante, le reconnu internationalement, devise au pied de la réplique de la porte du tricentenaire en compagnie de responsables colons.

Les années se succèdent, les îles de la Caraïbe accèdent à la souveraineté. Rien de significatif ne se profile à l’horizon du pays, sauf le revirement sur l’autonomie. En conséquence, c’est un disciple qui se présente à la convocation de son mentor. Le nationalisme foyalais se révélait un paratonnerre dont la fonction consistait à détourner les frustrations populaires. Doit-on qualifier cette parade de facéties de dramaturge, de dévoiement inéluctable du populisme ? L’histoire tranchera. Tout bien considéré, son moratoire sur l’autonomie demeurera un morceau choisi. Quelles sont les répercussions de son geste concernant le futur de son « peuple » comme il qualifiait la population ? Cette dernière, restera-t-elle l’inévitable dindon de la farce ? La réalité du pays, nous la connaissons : l’île se délabre à l’image de sa capitale, la démographie décline, la jeunesse s’exile et se voit remplacée par une immigration venue du dit vieux continent. Le chômage poursuit son développement, le génie du peuple est absent des instances économiques.

« En plantant le courbaril dans cette terre gorgée d’histoire, mon prédécesseur enfouissait les probables racines d’une conquête, celle de la fraternité, en fait celle de la solidarité pour un mieux développement ». Nous oublierons les invites, à partager le soleil de la Caraïbe de façon pérenne, parues dans certains périodiques en France à l’initiative des colons. Cela étant, la fraternité ne s’improvise point. L’union se prépare par une demande publique de pardon. Peut-on conserver la main-mise sur le système productif en évoquant la fraternité ? Cette conduite s’apparenterait à un marché de dupes. Le colonialisme, proche de la féodalité par son fonctionnement, accepterait-il de remettre son titre au peuple souverain ? Que nenni ! En 1804, lors de l’indépendance haïtienne, la France exigea l’indemnisation des colons. La revendication semble au commun des mortels, surréaliste. Comme qui dirait, le trait d’une époque révolue, certainement. Toutefois, cette exigence ruina la république naissante et ses initiateurs en profitèrent pour l’ériger en rempart contre l’indépendance des dernières colonies d’Amérique. Pourtant, dans le droit français, le prix de la douleur existe. Il appartiendra au peuple martiniquais de déterminer le sens de ce prix et de fixer son montant. La vraie fraternité débute par là, puisque l’histoire reste un livre ouvert avec ses bons, ses mauvais moments et ses erreurs. Celle de l’abolition clignote, le félon l’ignore pour mieux huiler les rouages de son système en proposant une nouvelle étape. Dans la démarche du forban, ne se profile aucune remise en cause du passé, du présent et du futur pressenti.

Loin d’être un geste de réconciliation, cet acte s’apparente à une capitulation de l’élite créolisée. Elle collabore à l’éviction ad vitam æternam du peuple des affaires du pays, en aidant le colon à poursuivre son forfait. L’échec, déploré en matière de développement par l’homme de la rue, demeure illégitime. Le système économique en vigueur est excellent si on se positionne du coté de ses initiateurs. Le peuple doit saisir les raisons de ses déboires, c’est-à-dire, son absence sur la scène. Tant qu’il ne façonnera point son pays, aucune perspective heureuse ne surviendra. Quand cesseras-tu d’être un jouet au carnaval des autres ? Pensait, sûrement, le jardinier de circonstance en plantant l’arbre de la fourberie. L’histoire nous sert, parfois, des séquences ironiques et surtout amères.

« Cet arbre a été planté sur une ligne de fracture : celle d’une douleur fondatrice ». Quand, a eut lieu cette faille ? Notre présence sur ce sol résulte d’une série de crimes commis par une entité à notre détriment. Nulle union parfaite ne scella notre mixité. Que fonde une douleur dans ce contexte, sinon exprimer une réparation ? Peut-on se complaire dans une perception abstraite, dépourvue de sens, conduisant au naufrage ? Nous glissons vers le négationnisme et c’est la raison d’être de ce simulacre de fraternisation.

L’inspirateur de la rencontre ne se trompait point, son invité demeurait un patrimoine commun. En effet, la bourgeoisie créolisée, donc servile, a toujours soutenu la colonisation. Ceci dit, comme la fraternité, la réconciliation ne s’improvise nullement, car le fait génère des enjeux cruciaux pour l’avenir. Ainsi, les intéressés doivent regarder la plaie laissée en héritage par l’histoire. Qu’on le veuille ou pas, notre peuple fut victime de crimes. S’il y a crime, il y a, coupable, et ce dernier doit payer ! Saupoudrer le passé de farine ne résoudra aucunement le problème, c’est-à-dire, la décolonisation. Le patrimoine commun, c’est l’appareil de production des richesses qui doit être restitué à ses légitimes propriétaires.

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