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Refus de visa

Le 15 avril dernier, le Dr. Oumar Mariko, Secrétaire général du parti Sadi, et Mme Aminata Traoré, ancienne Ministre de la Culture se sont vus refuser l’entrée dans l’espace Schengen. Tous deux étaient invités à se rendre à Berlin pour participer à une conférence organisée par l’association AfricAvenir, le journal Prokla et la fondation Rosa Luxemburg.

Le thème de la conférence était : « Le Mali à la croisée des chemins : après l’intervention militaire et avant les élections ». Le 16 avril, le Dr Oumar Mariko aurait dû s’exprimer devant le parlement européen à Bruxelles pour présenter son analyse sur la sortie de crise au Mali.

En réponse à une demande d’explication, le Consulat de France à Bamako, campé sur sa position de maître d’œuvre de la reconquête du Nord du Mali et de la lutte contre AQMI et ses acolytes, n’a tout simplement, pas jugé utile de justifier son refus d’accorder le visa. Ce sera dans le cadre d’une seconde démarche auprès du Consulat d’Allemagne à Bamako et qui, à son tour, leur a refusé le visa, qu’ils auront connaissance des motifs de ces refus.

Le refus du consulat d’Allemagne était formulé dans les termes suivants : « Présente un danger pour l’ordre public, la sécurité nationale, la santé publique ou pour les relations internationales avec un ou plusieurs États membres de l’UE et ne peut convaincre de sa disponibilité à quitter l’espace européen avant l’expiration de son visa ».

Outre que cette énumération de motifs de refus ressemble à une liste surréaliste « à la Prévert » ou encore digne de Lautréamont et des Chants de Maldoror, il ressort clairement que c’est à la demande de la France que l’Allemagne a rejeté la demande de visa. Comme déjà une première fois, la France était intervenue pour refuser l’embarquement du Dr Oumar Mariko dans un avion à destination des États-Unis alors qu’il se trouvait en transit à l’aéroport Charles De Gaulle. À la demande de la France, les États-Unis ont entériné ce refus sur la base de cette fameuse liste informelle et Madame Rokia Sanogo, porte parole des femmes au sein du bureau politique du Sadi et présidente du MP22 (Mouvement Populaire du 22 mars) a également essuyé un refus à sa demande de visa d’entrée sur le territoire des États-Unis.

Depuis 1945, date anniversaire du début du cycle économique et historique actuel, de Sétif à Madagascar, de la guerre d’Indochine à la guerre d’Algérie les services de renseignements et de contre-espionnage en tous genres de l’État français ont exercé leurs talents pour lutter tour-à-tour contre les mouvements de libération nationale, contre les mouvements et organisations anti-impérialistes, contre le « bloc communiste » et l’expansionnisme soviétique, concept inventé par la CIA. Notons que le Parti Socialiste a tout autant contribué à l’élaboration de cette stratégie que tous les partis et hommes politiques de Droite qui se sont succédés au pouvoir depuis cette même date de 1945.

Depuis l’effondrement de l’Union Soviétique et sa liquidation par Gorbatchev, l’ennemi officiellement déclaré a changé de visage et de caractéristiques. Cet ennemi est musulman et il est en guerre contre le monde occidental. Il porte le nom d’Al-Qaïda. Pour lutter contre cet ennemi, le gouvernement des États-Unis et les Services de Sécurité ont établi des listes de personnalités et organisations considérées comme ayant des liens, à un titre ou à un autre, avec Al-Qaïda ou une organisation intégriste qui lui est affiliée.

La « liste informelle » qui serait établie par le gouvernement français citée par le Consulat d’Allemagne pourrait sembler « gagne-petit » en comparaison des motivations et justifications juridiques sur lesquelles sont établies les listes américaines. Cela pourrait même porter à sourire tant les motivations françaises sont ridicules et sans fondement juridique solide. Malheureusement cela ne doit pas être le cas. L’État français désigne par cette procédure un nouvel ennemi à la vindicte populaire et aux autres nations du bloc occidental.

Ce n’est pas la première fois que le Consulat de France à Bamako fait état de cette réglementation pour refuser un visa d’entrée provisoire sur le territoire français à un ressortissant malien militant du parti SADI (Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance). En juin de l’année passée, un militant du parti SADI avait fait l’objet d’un refus justifié dans les mêmes termes. Ce militant, par ailleurs enseignant dans une université privée de Bamako, avait fait plusieurs années d’études en France et l’État ne l’avait alors pas considéré comme dangereux. Il lui avait même été proposé de prendre la nationalité française pour poursuivre des recherches dans son domaine de compétence. Relevant le caractère grotesque de la décision, ce refus n’a pas fait, à l’époque, l’objet d’une dénonciation publique.

Il apparaît au travers de cette succession de refus de visa que le gouvernement de Nicolas Sarkozy a été le premier gouvernement français à désigner le parti SADI et son secrétaire général comme « ennemi » des intérêts français et de la France. Le gouvernement de François Hollande ne fait que lui emboîter le pas. Compte tenu de la procédure employée, on ne peut parler d’adversaire car on ne nie pas le droit à la parole à un adversaire politique. Il y a donc lieu de considérer que, vu de Paris, il ne saurait être question d’adversaire mais bien d’ennemi.

Il n ’est pas permis de mettre en doute que ce refus systématique de la part de la France relève d’une stratégie politique définie et appliquée au plus haut niveau de l’État. Ce même État qui ne cesse de se réfugier derrière le principes de respect du Droit quand il ne cesse de détourner ce même principe. Cette décision de refus d’accorder un visa sur la base d’une liste informelle est en totale infraction avec les principes inscrits dans la Charte des Nations Unies.

Déclaration universelle des Droits de l’Homme (1948)

Art. 2 : Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion publique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.

De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.

Art. 10 :Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.

Lorsque l’on sait que le Docteur Oumar Mariko a, non seulement, été précédemment élu député à l’Assemblée nationale malienne mais qu’il a aussi été candidat aux élections présidentielles antérieures dans son pays, comment justifier que l’Etat français le traite comme s’il s’agissait d’un maffiosi international ou d’un sympathisant ou d’un membre présumé d’une organisation militaire intégriste ? Nous sommes donc bien loin du cas de figure de la lutte contre une organisation islamiste armée. Encore une fois, le gouvernement Hollande s’inscrit dans la continuité du gouvernement précédent et s’autorise lois, décrets et décisions arbitraires lui semblant convenir aux intérêts qu’il prétend défendre. Or, si il existe des divergences profondes concernant le Mali et la crise malienne entre le parti SADI et le gouvernement français, celles-ci relèvent d’analyses et de démarches politiques parfaitement légales. La justification ridicule consistant à dire que la France ne peut recevoir un « pro-putschiste » qui soutient le capitaine Sanogo n’est qu’un mauvais prétexte et une mauvaise justification de la politique gouvernementale. Si le critère employé et imposé par la France à l’Allemagne pour refuser son l’attribution d’un visa à un homme politique étranger devait recueillir la moindre valeur juridique, immanquablement, il faut se poser la question suivante : qu’attend la justice française pour engager une procédure à l’encontre de tous les présidents de la République Française complices ou commanditaires de putschs ayant portés des dictateurs au pouvoir en Afrique ?

Pour ce qui relève des jeux et enjeux politiques au Mali, cette décision française s’inscrit dans le cadre d’une tentative d’exclure la gauche progressiste malienne du débat nécessaire pour sortir du conflit et tourner la page de l’occupation du Nord du pays. Au travers de cette décision la France de François Hollande s’ingère dans les affaires intérieures du Mali pour venir au secours de son allié traditionnel, le parti ADEMA. Parti déjà majoritairement aux côtés du président Amadou Toumani Touré et de ce fait co-responsable de l’effondrement de l’État et qui entend revenir au pouvoir avec la bénédiction du gouvernement Hollande, du Parti Socialiste français et de l’Internationale Socialiste. La perspective : mener une politique quasi identique à celle qui l’a précédée pour la sauvegarde des intérêts de la France et de ses grandes entreprises.

Vouloir mettre hors jeu le parti SADI et son secrétaire général signifie vouloir éluder tous les problèmes de fond qui se posent au Mali pour ne se préoccuper que des enjeux et intérêts propres à la France et aux investisseurs internationaux. Cette politique ne peut que mener à l’échec de la reconstruction du pays.

Pour ce qui relève de la France et de l’Europe, il faut replacer cette décision dans son contexte. Le mur de Berlin n’est plus, le rideau de fer, non plus. Pour ceux qui ont vécu cette période, il n’y avait jamais de mots assez forts pour dénoncer cette entrave à la liberté de circulation des peuples. Aujourd’hui les nations européennes considèrent comme démocratiques les conditions imposées aux peuples non-européens désirant se rendre en Europe. D’espace Schengen en Conventions européennes, il n’existera bientôt plus aucun espace ouvert au débat politique critique en Europe. Toute opinion qui ne sera pas le reflet de l’idéologie du pouvoir ou l’approbation de la société pensée et conçue par la bourgeoisie déchaînera l’opprobre du pouvoir et des médias.

La France a accepté d’extrader des militants allemands, Sonja Suder, âgée de 80 ans aujourd’hui, et Christian Gauger, 71 ans et gravement malade du cœur, réfugiés en France depuis bientôt trente ans pour être jugés pour des faits remontant à une quarantaine d’années. Non seulement l’état « démocratique » allemand se refuse à recourir à une amnistie, mais la justice allemande refuse également à prononcer un non-lieu alors que l’accusation repose sur les accusations d’un repenti dont les affabulations ont été démontrées plusieurs fois et sur des déclarations recueillies à l’époque par la police dans des conditions effroyables. Ces déclarations sont celles d’Hermann Feiling, militant dans les années 70 d’une organisation politique allemande RZ, pour Cellules Révolutionnaires. Hermann Feiling a perdu la vue et a été amputé des deux jambes suite à l’explosion prématurée d’un engin explosif qu’il destinait au Consulat d’Argentine pour protester contre la tenue de la Coupe du Monde de football en Argentine sous la dictature du général Videla. Dès le lendemain de l’opération au cours de laquelle il a été amputé des deux jambes, la police allemande l’a placé en isolement total et interrogé sans relâche pendant quatre mois. [1]

La justice française avait rejeté la demande d’extradition de l’Allemagne de Sonja Suder et Christian Gauger en 2000 pour l’accepter en 2007, suite à l’entrée en vigueur du mandat européen. Le procès se poursuit au nom de la justice et des droits de l’Homme, tandis que dans les rues, en Allemagne, les organisations et groupuscules nazis s’apprêtent à défiler en toute légalité pour le 1er mai.

Dans le même temps, en France, Georges Ibrahim Abdallah est toujours détenu dans les geôles françaises. La Ministre de la justice, Christiane Taubira a été désavouée pour avoir accordé son autorisation à la demande de libération conditionnelle. C’est le Ministre de l’intérieur, Emmanuel Valls qui s’est chargé des basses œuvres pour annuler cette décision. Pour que Ibrahim Abdallah soit libéré, une des conditions posées était qu’il soit extradé vers son pays d’origine. Pour qu’il soit extrader, il faut que le Ministre de l’intérieur formalise cette extradition avec un arrêté d’expulsion. Le ministre dont c’est la charge et responsabilité, refuse de signer cet arrêté pour complaire aux États-Unis et à Israël qui exigent l’application de la peine de perpétuité réelle qui existe dans leurs législations mais pas dans la législation française. Par conséquent, puisque l’arrêté d’expulsion n’a pas pu être présenté aux juges, et pour cause, la libération conditionnelle est annulée.

C’est pourquoi, c’est au regard de l’évolution du Droit et des législations européennes qu’il convient d’apprécier ce refus d’accorder des visas car, pendant ce temps, la classe politique française rejoue un mauvais « remake » des années 30 dans lequel tôt ou tard on verra la droite dite républicaine s’associer avec l’extrême-droite, la pseudo gauche socialiste appeler au secours le Front de Gauche et le Parti communiste pour, dira-t-on, faire échec à la réaction. Alors, il s’en trouvera plus d’un qui posera la question : mais comment avons-nous pu en arriver là ? Le refus d’accorder les visas n’est qu’un petit pas mais un petit pas supplémentaire vers de nouveaux désastres. Voilà pourquoi il est important de ne pas laisser permettre l’exercice du bon vouloir du prince, soit-il élu.

Pierre Banzet

correspondant radio Kayira

[1Pour plus d’informations voir le blog : linter.over-blog.com


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