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REVUE (TRÈS) CRADE du 1er juin 2016 ou revue des « blogs sujos » brésiliens, ces « blogs sales », comme les appellent les médias dominants.

Si le Brésil m’était traduit... passe en revue les événements de ces derniers mois au Brésil, traités par la blogosphère brésilienne d’information alternative. Comme la presse dominante a nommé cette blogosphère les blogs sujos, ces « saletés de blogs, cette blogosphère dégueulasse et cradoque », j’ai choisi d’appeler cette revue la Revue crade ; et étant donné les événements actuels, elle s’appellera aujourd’hui la REVUE (TRÈS) CRADE.

Cette REVUE (TRÈS) CRADE est longue. Il ne pouvait en être autrement. Et pourtant elle est très partielle, car la blogosphère brésilienne est très riche, et les événements des derniers mois, qui ont abouti au coup d’État, ont été très nombreux, chaotiques, irrationnels et calculés, incroyables, scandaleux et ne cesseront pas de troubler tout observateur raisonnable.

J’ai choisi également de ne couvrir que le coup d’État et ses prémisses, étant donné l’importance de cet événement et les conséquences incalculables qu’il aura sur le peuple brésilien. Il peut y avoir quelques erreurs, bien que j’ai cherché à confirmer toutes les informations données.

En résumé, par cette REVUE, j’ai cherché à transmettre une information donnée par les brésiliens eux-mêmes, dans leur lutte pour la démocratie. C’est ma petite contribution à ce pays que j’aime, et qui me le rend bien.

REVUE (TRÈS) CRADE du 1er juin 2016.

Voilà, c’est fait. Depuis le 12 mai 2016, un coup d’État institutionnel, ratifié dans une parodie de légalité par le vote du Sénat, a écarté du pouvoir la Présidente Dilma Rousseff, pour une durée maximum de 180 jours. Pendant cette période aura lieu au Sénat le procès proprement dit de sa destitution, dirigé par le Président de la Cour Suprême, Ricardo Lewandowski.

Le vice-président, Michel Temer, devenu président par intérim, a constitué un nouveau gouvernement, et se dirige résolument vers une voie néo-libérale et profondément conservatrice, pour ne pas dire fascisante.

Avant de faire le tour d’horizon du traitement donné par la blogosphère brésilienne d’information alternative aux événements des derniers mois, qui ont débouché sur le coup d’État, j’aimerais faire quelques commentaires sur la nature et la place de cette blogosphère (appelée blogosphère par commodité, puisque cet ensemble de plate-formes digitales, comprenant aussi bien évidemment des sites internets ou des comptes de réseaux sociaux, est appelée par ses détracteurs les blogs sujos).

Il faut d’abord situer cette blogosphère par rapport aux médias dominants brésiliens, qui sont TRÈS dominants, c’est-à-dire qu’ils appartiennent à quelques familles qui se partagent la presse écrite, les radios et le réseau hertzien.

Le paragraphe 5 de l’article 220 de la Constitution stipule que les médias ne peuvent pas, directement ou indirectement, faire l’objet d’un monopole ou d’un oligopole. L’incise I de l’article 221 dit que la préférence en matière de radiodiffusion doit être donnée à des fins éducatives, artistiques, culturelles et d’information. Deux termes de la Constitution qui sont absolument bafoués par la réalité des médias brésiliens. En outre, les concessions des principaux diffuseurs de télévision, dans tout le Brésil, sont aux mains des politiciens, ce qui représente une autre illégalité.

Comme l’écrivait Wadih Damous, Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme de l’OAB (Ordre des Avocats du Brésil) dans un article de Carta Maior en juillet 2014 « Nous avons mis en place dans le pays un véritable « colonellisme électronique », qui a succédé aux « colonellisme » de l’Ancienne République ». [1]

Les oligopoles dominent donc la production, la circulation et la consommation des informations, un privilège qui leur permet de modeler des stratégies de désinformation à l’échelle industrielle, dont on a vu l’efficacité ces six derniers mois dans la manipulation de l’opinion publique en faveur de l’impeachment de Dilma Rousseff.

Peu après sa réélection, la Présidente avait abordé la nécessité pour le Brésil de débattre et éventuellement de sanctionner un cadre juridique pour une nouvelle organisation des médias. Afin de consolider la démocratie, il était indispensable de modifier les conditions de production du champ de l’information, ce qui impliquait le démontage des structures concentrées, et l’intégration de nouveaux acteurs à travers les moyens publics avec un financement conséquent. On a vu que les événements, provoqués et amplifiés par ces mêmes médias, ont empêché cette restructuration indispensable.

Dans ce cadre, l’existence d’une blogosphère d’information alternative au Brésil représente un contre-pouvoir médiatique fondamental, dans un pays où le système étatique et public est peu concurrentiel (c’est le moins qu’on puisse dire, quand on considère la BBC anglaise ou la RAI italienne) face aux entreprises privées.

C’est David contre Goliath, mais un David extrêmement motivé et combatif. [2]

Le coup d’État qui vient d’avoir lieu au Brésil a mis la blogosphère d’information alternative dans une position qu’elle n’avait jamais rencontrée depuis sa création, celle d’opposant au pouvoir en place.

Auparavant, elle se plaçait surtout en opposition aux médias dominants, mais ses différents acteurs représentaient (et représentent toujours) des courants politiques qui peuvent être très différents. Certains sont proches du PT et soutenaient sans faille les gouvernements de Lula et de Dilma Rousseff, d’autres étaient franchement critiques ou opposés à leur politique économique. Les finalités des blogs divergent également. Certains sont éminemment politiques. Ils sont animés par des militants du PT (comme Dória, du Blog de um sem-midia [3]) ou du PcdoB (Parti Communiste du Brésil, appartenant à la base alliée des gouvernements pétistes, tel Altamiro Borges, journaliste et militant, du Blog do Miro. [4]. Le PcdoB ne doit pas être confondu avec le PCB – Parti Communiste Brésilien, très critique des gouvernements du PT, et qui maintient également un site internet [5]). D’autres blogs sont animés par des journalistes, qui sont souvent passés par les grands médias, comme les journaux O Globo, la Folha de São Paulo ou O Estado de São Paulo, qu’ils connaissent bien. C’est le cas de Paulo Henrique Amorim, ancien de O Globo, de Conversa Afiada [6], ou de Tereza Cruvinel, qui écrit sur la plate-forme Brasil 247 [7]. Cette dernière a travaillé longtemps au journal O Globo, avant d’être appelée en 2007 par Lula pour devenir la Présidente de l’EBC (Empresa Brasileira de Comunicaçao – Entreprise Brésilienne de Comunication) jusqu’en 2011, et créer en particulier la télévision publique TV Brasil [8].

D’autres sites ou blogs sont animés par des professionnels divers, avocats, juges, fonctionnaires ou simples citoyens, souhaitant simplement participer ou relayer cette information alternative. À cet égard, la position de Siro Darlan, Desembargador (juge d’instance supérieure) à Rio de Janeiro, est exemplaire. Dans son bureau où trône une énorme affiche du Che, il a dénoncé sans équivoque le coup d’État, soutient et visite les nombreuses (70) écoles secondaires occupées à Rio, et continue contre vents et marées, ses efforts pour améliorer la Justice au Brésil, ce qui, par les temps qui courent, n’est pas une mince affaire. [9]

À côté de ces plate-formes d’information viennent les sites d’associations, de militants d’une cause particulière, et des organisations sociales, Ainsi, par exemple, As Blogueiras Negras (Les Blogueuses noires [10] donnent plus de visibilité aux femmes noires au Brésil ; Escreva Lola Escreva, de Lola Abramovitch [11], sert la cause féministe par de longs articles ou par de nombreux Guest Posts, témoignages toujours intéressants de situations vécues par de jeunes femmes au Brésil. Il y a aussi le Movimento dos Atingidos pelas Barragens (Mouvement des Atteints par les Barrages [12], qui rend compte des préjudices et des luttes des populations atteints par la construction de barrages ; ou par les accidents, nombreux, les concernant, comme la rupture du barrage de Mariana, dans le Minas Gerais, en novembre dernier, où une gigantesque vague de boues toxiques a fait de nombreux morts et pollué pour des années le fleuve Rio Doce et son estuaire. [13]

Viennent enfin les sites ou blogs d’organisations sociales, dont les membres payent malheureusement régulièrement de leur vie leurs actions aux avant-postes des luttes citoyennes : ce sont, entre autres, le MST (Mouvement des Sans-Terre [14], le MTST (Mouvement des Travailleurs Sans-Toit [15], ou les organisations catholiques extrêmement progressistes comme la Pastoral da Terre (Pastorale de la Terre [16], ou la CIMI (Conselho Indigenista Missionário – Conseil Indigéniste Missionnaire [17], ces deux dernières liées au CNBB (Conferêcia Nacional dos Bispos do Brasil – Conférence Nationale des Évêques du Brésil). Ces organisations œuvrent dans les campagnes, avec énorme difficulté face aux barons de l’agro-industrie, à l’application de la réforme agraire, à la démarcation des terres indigènes et à la protection des paysans pauvres.

Tout ceci forme une blogosphère très active, face aux médias dominants, journaux, télévisions, sites internet et réseaux sociaux.

En ce qui concerne la REVUE CRADE d’aujourd’hui, je la ferai remonter à la veille de la première phase du coup d’État, qu’a consisté le vote scandaleux de la Chambre des Députés du 17 avril dernier, validant l’ouverture du procès de destitution de la Présidente.

Revenons rapidement sur les événements qui ont conduit au coup d’État :

- octobre 2014 : Dilma Rousseff est réélu avec 54.483.045 voix, soit 51,65% des suffrages (une victoire à l’arrachée, selon les médias français, mais qui ne l’était pas pour Hollande, vainqueur avec 51,64% des votes) ;

- dès le lendemain, Aécio Neves, le candidat battu, et son parti, le PSDB, nie la victoire de la Présidente, et demande la recompte des votes. Ce qui sera fait, sans modification du résultat :

- l’opposition dépose alors plusieurs recours auprès du Tribunal Électoral Supérieur contre la Présidente élue, pour irrégularités dans ses comptes de campagne. Les comptes, après plusieurs péripéties (orchestrées par Gilmar Mendes, membre du Tribunal et soutien fervent de l’opposition) sont validés par les juges. Nous noterons que les comptes de campagne de Geraldo Alckmin, Gouverneur de l’État de Sao Paulo, élu lors des mêmes élections, ont été rejetés par le Tribunal Électoral de Sao Paulo, sans qu’il n’ait été inquiété. Mais il est vrai que Alckmin est membre de l’opposition.

Il faut savoir néanmoins que quatre autres plaintes ont été déposées au Tribunal Supérieur Électoral par le PSDB, et qui n’ont pas encore été jugées. Elles ont leur importance pour la suite du mandat de Dilma Rousseff et de Michel Temer, qui sont jugés ensemble.

EDUARDO CUNHA ET LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS

Nous savons que la course à l’impeachment a vraiment commencé lors du coup de force du député fédéral Eduardo Cunha, qui a réussi à se faire élire Président de la Chambre des Députés, en février 2015. Nous avions vu, lors de la dernière Revue Crade, comment le décrivaient deux blogueurs, Nassif et Alberto Dines :

(...) le pire exemple des vices parlementaires (...) Führer typique, déterminé, idole des médiocres (...) actuellement le politicien le plus puissant du pays (...) plus malin et plus intelligent que le président d’honneur de son parti et vice-président de la République [Michel Temer] (...) Il préside la Chambre, mais n’arrive pas à cacher sa forte vocation pour un pouvoir fort et autoritaire et un goût pour l’exercice du pouvoir absolu (...) [18]

J’avais aussi lu quelque part « En passant de Député d’État (à Rio) à Député Fédéral (à Brasilia), Eduardo Cunha n’a fait que troquer son bazooka pour un fusil à lunette ».

À partir de son élection, Cunha, qui détenait par son poste de Président de la Chambre le pouvoir de juger recevables ou non les requêtes d’ouverture d’un procès d’impeachment de la Présidente, et qui pleuvaient littéralement (12 requêtes), a commencé à faire du chantage au gouvernement.

À force de souffler le chaud et le froid, de tenter d’imposer des pauta-bomba au gouvernement fragilisé (des projets de loi déstabilisateurs - de vraies bombes), de manipuler la Commission d’Éthique mise en place pour juger ses agissements et ses manipulations en tant que Président de la Chambre, de zigzaguer entre les accusations de corruption qui pesaient sur lui, Cunha a fini par arriver à son but : faire voter la recevabilité du procès de destitution de la Présidente du Brésil.

En juillet 2015 Pragmatismo Político écrivait :

« Après avoir été accusé par l’ex-consultant de la Toyo Setal, Júlio Camargo [lors de l’Opération Lava Jato], d’avoir reçu 5 millions de dollars de pots de vin pour rendre viable des contrats avec la Petrobras, Le Président de la Chambre, Eduardo Cunha, prépare un « projet-bombastique » pour déranger le Palais du Planalto (de la Présidence NdT) (...)

Parmi les thèmes dérangeants pour le gouvernement sont : la création de Commissions d’enquête parlementaires sur le BNDS (Banque de Développement) et les Fonds de Pension, le vote de validation des comptes des gouvernements précédents encore en suspens, afin de pouvoir arriver à ceux du gouvernement Dilma de l’année précédente, l’analyse des vétos présidentiels à des projets approuvés par la Chambre, comme celui qui change la règle des retraites.(...) [19]

La saga de Cunha à la Tête de la Chambre des Députés, qui s’est terminée le 5 mai dernier par sa mise à l’écart (et non sa cassation) de la Présidence par la Cour Suprême, est pourtant loin d’être terminée.

De nombreux blogueurs ont questionné la date à laquelle la Cour Suprême a jugé Cunha. En effet, le Procureur de la République avait déposé sa plainte en décembre 2015, et Cunha a été écarté le 5 mai 2016, soit 5 mois plus tard, mais après avoir parfaitement rempli sa tâche : faire voter la recevabilité du procès d’Impeachment de la Présidente.

Le 29 avril 2016, Jefferson Miola écrivait :

« Dans sa pétition à la Cour Suprême, le Procureur Général avait averti que ’Eduardo Cunha utitliserait sa charge pour son propre bénéfice et pour celui de son groupe criminel (sic) dans le but de l’obstruction et du dérangement des investigations (...) il est impérieux que la Cour Suprême garantisse le fonctionnement régulier des institutions, ce qui ne sera possible que si est adoptée la mesure d’éloignement du député Eduardo Cunha’ » [20]

Dans l’arrêt de la Cour Suprême, du 5 mai, on peut lire la liste des motifs de l’écartement de Cunha de la Présidence de la Chambre. Elle est impressionnante :

« Pressions dans les différentes commissions d’enquête de la Chambre en échange de pots de vin des entreprises concernées.

Intimidations, menaces. Beatriz Catta Preta, avocate de plusieurs mis en examen dans l’Opération Lava Jato, a fini par jeter l’éponge et déménager à Miami avec sa famille.

L’engagement, pour 1 million de reals, d’une entreprise de renseignements pour trouver des moyens de compromettre les dénonciations de l’Opération Lava Jato.

Pressions diverses et intimidations à la Commission parlementaires d’enquête sur la Petrobras.

Manœuvres pour rendre viables des projets de loi qui pouvaient éviter sa propre incrimination.

Représailles contre ceux qui contrarient ses intérêts, comme le licenciement du directeur du secteur informatique de la Chambre, d’un parti politique opposé à lui.

Approbation de mesures provisoires (au moins 10) dans l’intérêt d’une banque, dont il aurait reçu des pots de vin.

Manœuvres pour éviter les punitions du Conseil d’Éthique de la Chambre (démarrer les sessions sans le quorum, recours infinis déposés par les députés acquis à sa cause...)

Offre de pots de vin et menaces contre le rapporteur de son procès de cassation au Conseil d’Éthique. Le rapporteur et sa famille ont souffert des menaces et ce dernier a donné sa démission du poste. » [21]

Le spectacle offert par la Chambre des Députés est loin d’être terminé. Les brésiliens ont eu droit, après le lamentable spectacle du vote de la Chambre le 17 avril dernier, et sa succession de déclarations d’intention scandaleuses [22], à un nouveau chapitre de la « telenovela », qui a été l’épisode Maranhão. Cunha, en effet, écarté du pouvoir, avait été remplacé par le vice-président de la Chambre, un député du Parti des Travailleurs, Waldir Maranhão. Celui-ci, conseillé par le gouverneur de son État, le Maranhão, et très justement, étant donné les nombreuses irrégularités qui avaient précédé le vote (comme les consignes de vote, expressément interdites par la Constitution en cas d’impeachment, et que plusieurs députés avaient déclaré avoir suivies), annula le vote de la Chambre des Députés. Par cette annulation, la validation du procès de destitution n’était plus valable et tout était à recommencer pour les putschistes.

Mais c’était sans compter sur la rouerie d’Eduardo Cunha, qui tirait (et qui tire toujours) les ficelles de la Chambre. Car Maranhão avait deux points faibles : il était (comme tout le monde) cité dans une dénonciation de l’Opération Lava Jato, et son fils émargeait à deux Cours des Comptes, celle de São Paulo et celle de São Luis du Maranhão. L’un des deux emplois était fictif, et on eut vite fait de le faire remarquer au père. Quant à la Lava Jato, quelque soit son niveau d’implication dans la corruption, et si même il était impliqué, on fit également comprendre à Maranhão que le juge Moro pouvait très bien décider de s’occuper de lui de manière prioritaire. Maranhão, qui s’était attaqué à beaucoup plus fort que lui, annula sa sentence et le procès pu suivre son cours au Sénat, avec les conséquences que l’on sait.

Mais le feuilleton n’est pas fini. La succession de Cunha est loin d’être réglée car, comme le note Tereza Cruvinel sur son blog, il ne peut y avoir d’élection pour un nouveau président de la Chambre qu’en cas de décès, de cassation ou de renonciation. Cunha n’est pas mort, il ne renoncera pas et Temer n’osera pas le casser car il redoute les représailles de son sulfureux allié. La seule solution semble un putsch à l’intérieur de la Chambre, ce qui est fort possible car pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? [23]

(Cunha et le Congrès National)

LA CONNEXION INTERNATIONALE DU COUP D’ÉTAT

Dès le départ, les blogueurs ont soulevé la connexion internationale du coup d’État.

Pedro Marin, le 11 mai, sur le site Outras Palavras, s’étonne de la soudaine activité de groupuscules sortis de rien qui, du jour au lendemain, « mènent la rue » contre le gouvernement Dilma.

En voici quelques extraits :

« Des auditoriums remplis, des camions de son, des bureaux. Des organisations comme Instituto Millenium, Movimento Brasil Livre (MBL - Mouvement Brésil Libre), Instituto Liberal, Instituto Ludwig Von Mises et Estudantes pela Liberdade (Étudiants pour la Liberté), comme par magie ont surgi dans le décor politique brésilien, en publiant des livres et en réalisant des manifestations avec d’énormes structures, des formations et des conférences – un processus qui é rencontré un terrain fertile dans le pays, avec la crise mondiale et l’Opération Lava Jato. (...)

Pedro Marin cite Atlas Network, think-tank américain qui finance les activités de la droite dans plus de 90 pays, avec un budget annuel de 11,5 millions de dollars. Atlas Network est le principal soutien financier de Estudante pela Liberdade, qui est également aidé par l’organisation allemande Friederich Naumann, qui paye un certain nombre de ses dépenses.

En 2014, Atlas a distribué 984.000 dollars (sur 4,5 millions) en Amérique Latine, à des organisations qui suivent la pensée de libéraix comme Milton Friedman, Hayek et Mises, et qui s’opposent aux gouvernements progressistes de la région. Atlas Natwork est elle-même aussi financée par Google, Exxon Mobil et des organisations comme DonorsTrust, State Policy Network, créée par Tom Roe, conseiller de Ronald Reagan, ainsi que par la Charles G. Koch Foundation, liée aux Industries Koch (les frêres Koch, comme Soros, étant connus pour financer des institutions et des révolutions colorées dans le monde).

Pedro Marin relève aussi qu’en 2009, le juge Moro avait fait un cours pour « dirigeants potentiels ». Il trouve étrange aussi que dans l’Opération Lava Jato, seules des entreprises brésiliennes soient concernées, alors que beaucoup de dénonciations portent sur des noms d’entreprises et de cadres étrangers. Plus étrange encore : juste après le vote des députés, le 17 avril, le Sénateur Aloysio Nunes (Je veux la saigner » avait-il dit de Dilma), voyagea à Washington pour rencontrer l’ex-ambassadeur au Brésil et « numéro trois » au Département d’État, Thomas Shannon. Ce manque de discrétion de la pat de ce haut fonctionnaire du Département d’État en a surpris plus d’un. [24]

Le 13 mai dernier, Paulo Henrique Amorim, sur son blog Conversa Afiada, rappelle les liens de l’actuel président intérimaire Michel Temer avec les américains. Comme l’a révélé Wikileaks il y a peu, Temer rencontra en 2006 le consul américain à Brasilia et lui fit part longuement de sa vision de la politique au Brésil, de la faiblesse du PT (dont son parti, le PMDB, était l’allié le plus important au Congrès), et de son vœu avoué de s’en débarrasser aux élections suivantes. Le déballage est tel que le fonctionnaire américain écrit « whith allies like this... » (Avec des alliés comme ça...) [25]

De nombreux blogueurs questionnèrent aussi les agissements de l’ambassadrice américaine au Brésil, qui vient d’être rappelée à Washington. Altamiro Borges pose la question : « Les USA rappellent leur ambassadrice. Mission accomplie ? ».

En août 2014, Liliana Ayalde remplaça au Brésil l’ambassadeur Thomas Shannon. Et sa biographie alluma tous les signaux d’alarme chez les progressistes brésiliens.

(...) Diplomate de carrière, Ayalde avait servi au Nicaragua (1997-1999), en Bolívie (1999-2005), en Colombie (2005-2008) et au Paraguai (2008-2011, quelques mois avant le coup d’État contre Fernando Lugo) – des pays qui sont le théâtre de fortes tensions politiques et qui font l’objet d’un grand intérêt de la part des USA.

Pendant 24 ans, elle travailla à l’Usaid – l’agence américaine « d’aide internationale », accusée d’être le principal bras droit de la CIA et de servir de façade à des opérations de corruption et d’espionnage. Cet organisme fut très actif au Brésil pendant la dictature militaire, finançant de nombreux projets de « coopération ». En avril 2015, le gouvernement d’Evo Morales expulsa les agents de l’Usaid de Bolivie, les accusant « d’ingérence politique ».

Dans un rapport au Département d’État, daté du 25 août 2009 – un an après l’arrivée à la présidence de Lugo au Paraguay, elle écrivait : « le contrôle politique de la Cour Suprême est crucial pour garantir l’impunité des crimes commis par des hommes politiques habiles. Avoir des amis à la Cour Suprême est de l’or pur (...) La présidence et la vice-présidence sont pour garantir le contrôle politique, et les colorados (parti d’opposition à Lugo, celui-ci ayant mis fin à 60 ans de son pouvoir, et auquel avait appartenu le dictateur Alfredo Stressner) contrôlent ces postes depuis 2004. Depuis 5 ans, ils contrôlent aussi la Chambre Constitutionnelle de la Chambre ».(...)[26]

Tereza Cruvinel revient aussi sur le rôle de l’ambassadrice américaine...

« (...) Ce qu’on a jamais dit, c’est que la propre présidente Dilma, en apprenant les rencontres d’Ayalde avec des membres de l’opposition au Congrès, envoya un émissaire lui signaler qu’elle en était très préoccupée. Les rencontres cessèrent, au moins ostensiblement (...) »

et sur celui de José Serra, actuel ministre des relations étrangères :

(...) Wikipeaks révélait un télégramme diplomatique racontant la promesse du candidat José Serra (à l’époque – 2010 - à la présidence) fait à un cadre de Chevron, selon laquelle, une fois élu, il changerait le modèle de partage dans l’exploitation du pré-sal fixé par le gouvernement Lula (la Petrobras comme exploitante unique ; participation obligatoire de 30% dans chaque champ d’exploitation et l’exclusivité nationale des équipements). Les compagnies pétrolières américaines n’ont jamais accepté ce système et veulent le champ libre comme en Irak. (...) [27]

LE GOUVERNEMENT INTÉRIMAIRE DE MICHEL TEMER

Dès le lendemain (et même avant) le vote du Sénat validant le procès d’impeachment de la Présidente et écartant cette dernière du pouvoir, Michel Temer, président par intérim, commença à prendre des mesures pour son nouveau mandat. Il annonça très vite la formation de son nouveau gouvernement, qui éclata comme une vraie bombe.

Plusieurs blogueurs et des politiques questionnèrent la possibilité, pour un gouvernement intérimaire, de faire des modifications si extensives. On compara la situation avec l’impeachment de Fernando Collor, en 1992, durant laquelle le vice-président, Itamar Franco, se contenta de régler les affaires courantes. Les situations sont pourtant différentes. Collor était un pur produit de l’oligarchie du pays et ne dérangeait pas les élites (ni les États-Unis). Ses différents plans (I,II III) prévoyaient une privatisation massive des entreprises publiques. Son impeachment était lié à une accusation de corruption personnelle et non à sa politique économique ou à son autonomie géopolitique.

Pour revenir au nouveau gouvernement intérimaire de Michel Temer, celui-ci eut l’imprudence de déclarer que son gouvernement comprendrait des personnes « notables ». Le terme fut évidemment relevé quand on connu les noms des ministres, dont la plupart sont effectivement des corrompus « notables ».

Altamiro Borges passa en revue les ministres et leurs caractéristiques « notables » :

1- Eliseu Padilha (Ministère de l’Intérieur)

Intime de Temer. A fait l’objet d’enquêtes pour occultation de biens, association de malfaiteurs, corruption passive, détournement de fonds, improbité administrative... En 2014, il fut à nouveau poursuivi en justice sous l’accusation d’avoir causé un préjudice au trésor public en en passant des accords au nom d’un département du gouvernement, supprimé depuis. Eliseu Padilha est aussi la cible d’actions au Superior Tribunal de Justiça (STJ – Tribunal Supérieur de Justice) et à la Cour Suprême, outre d’autres Tribunaux régionaux.

2- Geddel Vieira Lima (Secrétariat du Gouvernement)

Fut accusé en 1993 de manipuler des amendements dans le but de détourner de l’argent par le biais de sociétés fictives.

3- Henrique Eduardo Alves (Tourisme)

Cible d’une action civile pour improbité administrative et enrichissement illicite. Fait l’objet d’une enquête dans l’Opération Lava Jato et dans ce cadre a vu son appartement perquisitionné. A fait l’objet d’une autre enquête, pendant deux ans, de la Cour des Comptes de l’Union - Tribunal de Contas da União (TCU) où il était suspecté d’utiliser son poste de président de la Chambre des Députés pour obtenir des contrats avec des organismes publics et des entreprises d’état.

4- Moreira Franco (Coordination de l’Infrastructure)

Accusé de frauder les élections à Rio de Janeiro en 1982.

5- Romero Jucá (Plan)

Son casier est lourd : achat de votes, détournement de fonds, prêts illégaux de banques publiques. Le sénateur du Roraima est formellement mis en examen dans l’Opération Lava Jato. Son nom apparaît dans des dénonciations de cadres d’entreprises qui l’accusent d’avoir reçu des pots de vin et des donations électorales pour intervenir dans des contrats de l’Eletronorte et de l’Eletronuclear. Il est aussi accusé dans l’Opération Zelotes, accusé par un lobuyste d’avoir reçu 15 millions de reals pour approuver des amendements en faveur du secteur automobile. En tant que président de la Funai (Fundação Nacional do Índio - Fondation Nationale de l’Indien), Romero Jucá fit l’objet d’une enquête, soupçonné de recevoir des pots de vin en échange d’autorisations d’exploiter illégalement du bois dans des terres indiennes.

(Entretemps, Romero Jucá, impliqué dans un scandale d’écoute téléphonique, a été exonéré par Temer)

6- Alexandre Moraes (Justiça)

Alexandre Moraes est resté célèbre par sa gestion très violente des occupations d’école à São Paulo, quand il y occupait le poste de Secrétaire à la Sécurité. À São Paulo, Il fut aussi l’avocat dans 123 procès contre l’entreprise Transcooper, accusée de blanchiment d’argent pour le compte de l’organisation criminelle PCC. A aussi été l’avocat d’un ex-directeur de Siemens impliqué dans le scandale des cartels des trains à São Paulo, le fameux « trensalão ».

7- José Serra (Affaires Étrangères)

Éternel perdant des élections présidentielles, le nom de José Serra est apparu dans de nombreux cas de corruption. Pendant le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso, il fut le mentor du processus de privatisation des entreprises publiques. Le livre "A privataria tucana", du journaliste Amaury Ribeiro Jr., documente longuement le détournement de fonds publics vers des paradis fiscaux. La fille, le gendre et d’autres parents de José Serra ont profité de la vente du patrimoine public. C’est lui qui débuta les négociations avec les multinationales du secteur de transport à São Paulo, dans le sacndale connu comme le « trensalão tucano »’.

8- Bruno Araújo (Cidades)

Est cité dans l’Opération Lava Jato.

9- Blairo Maggi (Agriculture)

Sénateur de l’État agricole du Mato Grosso, surnommé le « roi du soja », a reçu le prix de la « tronçonneuse d’or » pour ses pratiques de déforestation illégale. D’après Greenpeace, il a été, entre 2003 et 2004, responsable au moins de la moitié de la dévastation écologique brésilienne. L’Institut National de la Réforme Agraire (Instituto Nacional de Reforma Agrária - Incra) indique que Blairo Maggi et sa famille concentrent 45.115 hectares de terre, dispersés sur 29 propriétés. Il fait également l’objet de poursuites en justice, entre autres pour blanchiment d’argent.

10- Maurício Quintella Lessa (Transports)

Condamné pour improbité administrative et enrichissement illicite. En tant que Secrétaire à l’Éducation de l’État d’Alagoas, il participait à un système de fraude d’appels d’offre pour les repas et le transport scolaires.

11- Mendonça Filho (Education et Culture)

Entre temps, le Ministère de la Culture, qui avait été supprimé, a été créé à nouveau.

Mendonça Filho figure sur la liste de l’Entreprise Odebrecht, dans le cadre de l’Opération Lava Jato, qui cite les hommes politiques ayant reçu des donations pour les élections de 2014. Mendonça Filho, en tant que président du parti DEM pour l’État du Pernambouco, est aussi poursuivi au Tribunal Électoral de l’État pour irrégularités dans les comptes de campagne.

12- Osmar Terra (Developpement Sociel et Agraire)

A répondu devant la Cour des Comptes de l’État du Rio Grande do Sul pour irrégularités dans sa gestion du Secrétariat à la Santé et à la Mairie de Santa Rosa..Il a aussi fait l’objet d’une enquête à la Cour Suprême, suspecté de faire disparaître des documents. Il est également cité dans l’Opération Lava Jato.

13- Ricardo Barros (Santé)

Fait l’objet d’une enquête à la Cour Suprême pour manipulation d’appel d’offre.

14- Sarney Filho (Environnement)

Fils de l’ex-président José Sarney, Sarnéy Filho fait l’objet d’une enquête du Ministère Public pour avoir utilisé des billets d’avion payés par la Chambre lors de voyages à l’étranger avec sa femme et son fils. Il est entré dans le cadre de la loi « Ficha Limpa » (« Casier vierge » qui empêche les politiciens condamnés de se présenter aux élections), mais il a réussi à se faire élire à la Chambre. [28]

Mais la nouvelle la plus surprenante est venue du Tribunal Électoral de São Paulo qui, début mai, a condamné le président par intérim pour avoir fait des donations de campagnes électorales supérieures à la limite fixée par la loi. Cette condamnation place Temer sous le coup de la loi dite « Ficha Limpa » (du casier judiciaire vierge) qui interdit au hommes politiques condamnés de se présenter à des élections. Mais cette décision, rendue avant le vote du Sénat, n’a eu l’air de gêner personne, et surtout pas la Cour Suprême. Temer n’aura pas droit (théoriquement) de se présenter aux prochaines élections présidentielles (s’il y en a) mais peut remplacer Dilma Rousseff, qui n’a jamais été poursuivie en justice pour quoique ce soit, et qui a été écarté du pouvoir sans qu’il ait été prouvé la moindre responsabilité de sa part. [29]

Cette nomination de ministres mis en examen dans le nouveau gouvernement intérimaire, a été dénoncé par Paulo Pimenta, député de l’État du Rio Grande do Sul.

Brasil 247 écrit :

« Le député a déposé un recours de la décision du Ministère Public qui n’a pas considéré que la nomination, par le président intérimaire Michel Temer, de ministres mis examen soit une obstruction à la justice. Pour Pimenta, Le Ministère Public n’adopte pas les mêmes critères que ceux qu’il a adoptés en relation à l’ex-président Lula, qui a vu sa nomination au gouvernement Dilma suspendue (...) Pimenta avait déposé le 14 mai une demande de suspension nomination des ministres poursuivis, pour détournement de but (pour obtenir l’immunité ministérielle). Le 24 mai, Le Ministère Public avait archivé la demande (...) » [30]

LE PROGRAMME DU GOUVERNEMENT INTÉRIMAIRE

Le programme présenté par le gouvernement intérimaire est durement critiqué par la blogosphère progressiste, qui compte de nombreux économistes. Ce programme a été présenté toutefois comme un « projet » car les élus putschistes ont terriblement peur du verdict des urnes d’octobre prochain, quand auront lieu les municipales. Or les derniers sondages ont montré que ce gouvernement (et par conséquent son programme) n’a aucune popularité et qu’il est probable que cela se répercutera aux élections.

Ce programme se base sur un projet nommé « Pont pour le Futur » (Ponte para o Futuro) lequel, très rapidement a été renommé « Pont vers le Passé », et que de nombreux observateurs voient comme une énorme régression, en particulier en ce qui concerne les acquis sociaux.

Jeferson Miolo,dans son article « Un recul de 50 ans en 5 jours », a bien exprimé la révolte des progressistes devant l’annonce du gouvernement intérimaire.

(...) le gouvernement intérimaire de Michel Temer

- a supprimé le Ministère du Développement Agraire, responsable des politiques publiques spécifiques [crédit, assistance technique, innovation, commercialisation, droits civils] à l’agriculture familiale et à la réforme agraire, qui produisent environ 70% des aliments consommés par la population brésilienne, outre d’autres produits agricoles d’exportation ;

- a supprimé le Ministère des Femmes, de l’Égalité Sociale et des Droits Humains, organe axé vers le développement de politiques affirmatives de l’identité historique et sociale de millions de brésiliennes et de brésiliens qui furent maintenus invisibles et bâillonnées pendant plusieurs siècles d’oppression et de domination capitaliste ;

- a supprimé le Ministère de la Culture, responsable de la conduite de politiques traduisant la diversité et la pluralité culturelle qui singularisent le Brésil dans le monde (Temer cherche désespérément une femme pour occuper le poste de Secrétaire à la Culture ; il a déjà essuyé quatre refus, accompagnés le plus souvent de tonitruants « Je ne participe pas à un gouvernement putschiste ! » NdT) ;

- a nommé aux postes les plus importants des hommes blancs, riches, tous représentants exclusifs de la bourgeoisie agraire, commerciale, industrielle, immobilière et financière et, en plus, impliqués dans la corruption – 16 des 24 ministres sont cités ou font l’objet d’une mise en examen dans l’Opération Lava Jato (procès jugeant la corruption dans les activités de la Petrobras, transformé en chasse aux sorcières contre le Parti des Travailleurs au pouvoir jusqu’au coup d’État, bien que des politiciens de tous les partis politiques y soient cités ou mis en examen NdT) ou dans d’autres crimes : c’est un gouvernement à 75% Lava Jato ;

- souhaite supprimer les pourcentages minimum d’application dans la santé et dans l’éducation, et pour ce faire, transférera plus de 200 milliards de reals par an de ces domaines essentiels pour les appliquer sur le marché financier international sous forme d’intérêts ou de prêts indécents ;

- a annoncé la fin du financement du SUS (Sistema Unico de Saude – Système Unique de Santé, équivalent de la couverture universelle), qui deviendra un système restreint et non plus universel, laissant l’immense majorité de la population sans défense devant la privatisation qu’il promeut pour la santé ;

- prétend éliminer presque 4 millions de bénéficiaires de la « Bourse Famille » et réduire tous les projets et les importantes politiques sociales en cours ;

- a annoncé une réforme des droits du travail et des retraites qui séquestre les droits conquis historiquement par la classe des travailleurs ;

- annonce la libération des jeux de hasard – bingo, jogo do bicho (loterie des animaux), casinos – qui sont la cause de la destruction de personnes et de familles entières viciées par le jeu, et confortable base pour le blanchiment d’argent ; et sans augmenter les recettes fiscales ;

- prétend revoir les démarcations des terres de la réforme agraire et des populations indigènes pour préserver la concentration et la spéculation foncières des grands propriétaires terriens ;

- promet de remettre le pré-sal et la Petrobras aux sociétés pétrolières étrangères et prétend démanteler toute la chaîne nationale de gaz et de pétrole ;

- s’engage à réaliser un processus sauvage de privatisations, comme l’a déclaré le conspirateur Michel Temer qui souhaite « privatiser tout ce qui est privatisable ».

- attaque les pays voisins et de la région qui condamnent le coup d’État, abandonnera les Brics et fermera des ambassades stratégiques pour faire régresser le pays à la logique colonisée de l’alignement subordonné aux puissances stratégiques, et spécialement aux États-Unis ;

- menace d’adopter la méthode du PSDB (du temps du PSDB au pouvoir avec le Président Fernando Henrique Cardoso, dont le Procureur de la République est resté fameux par sa capacité à enterrer les enquêtes gênantes NdT) de nommer à la tête du Ministère Public Fédéral des procureurs serviles qui mettront dans les tiroirs les procès et cacheront les tripatouillages et les vols qu’ils pratiqueront au gouvernement ;

- promeut l’esprit partisan et la mise en coupe serrée de l’État : ils utilisent jusqu’au garçon qui sert le café au Palais du Planalto (de la Présidence. Le garçon qui y travaillait depuis 8 ans a été licencié sous l’accusation d’être « pétiste » NdT) pour nommer les protégés du gouvernement usurpateur – c’est la restauration des capitaineries héréditaires. (...) [31]

Tereza Cruvinel, détaillant les quatre principales propositions économiques, finit par poser la question : « Et pourquoi pas un quota d’extermination, pendant qu’on y est ? »

(...) 1) Désindexation des dépenses liées à l’éducation et à la santé des recettes et établissement d’un plafond pour ces deux secteurs. Cela signifie régresser et perdre les progrès faits pour le secteur et liquider le Plan Nationale de l’Éducation (Plano Nacional de Educação), approuvé après avoir été discuté longuement avec tout le pays.

2) Autorisation pour que les accords syndicaux prévalent sur la loi du travail. Cela signifie que les patrons peuvent imposer, spécialement sur les travailleurs des catégories les plus faibles, les règles qu’ils veulent, même si elles sont en désaccord avec la loi.

3) Désindexation des bénéfices sociaux du salaire minimum. Cela signifie que, dans peu de temps, les millions de retraité de l’INSS qui gagnent un salaire minimum gagneront moins que ce plancher.

4) Définition de l’âge minimum pour la retraite. Cela signifie que tous pourront prendre leur retraite à 65 ans. Dont les femmes, avec les double journées qu’elles endurent. Si cette règle est imposée à ceux qui sont déjà dans le système, elle lésera les droits et les expectatives gérées par les années de contribution faites dans la certitude que la retraite viendrait plus tôt. (...)

Les deux pôles de l’alliance qui commande le bal du gouvernement bicéphale, ont une tête au service du marché et l’autre au service de la ’majorité parlementaire’. L’une servant l’autre, comme cette nuit où la majorité a passé le bulldozer à la Chambre en approuvant l’anti-mesure fiscale de 170 milliards de reals de déficit, la plus violente proposition d’austérité sociale défendue par un gouvernement. Les décrets d’austérité salariale de Delfim Neto, pendant la dictature, sont vraiment pâles devant l’idée de limiter l’augmentation de la dépense publique à l’inflation de l’année antérieure.

Une telle proposition part de l’idée que la population n’augmente pas, pourtant davantage d’enfants arrivent à l’âge de la scolarisation, exigeant plus de dépenses avec l’éducation, davantage de gens ont besoin de services de santé, davantage de personnes âgées sans retraite ont besoin des services du BPC (benefício de prestação continuada da assistência social - bénéfice de prestation continue de l’assistance sociale) et ainsi de suite.

Si la dépense ne peut pas croître, il faut avoir un contrôle démographique. Pourquoi pas un quota d’extermination pour que le peuple tienne dans le PIB et dans le budget ? [32]

Le 20 mai le gouvernement fédéral a annoncé qu’il allait demander au Congrès l’autorisation de terminer l’année avec un déficit de 170,5 milliards de reals. Le projet envoyé par le gouvernement de Dilma Rousseff, il y a deux mois, prévoyait un déficit de 96,7 milliards de reals. Initialement, le gouvernement travaillait avec un superavit (argent restant après avoir payé les dépenses, à l’exception des intérêts de la dette publique) de 24 milliards de reals.

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. Fernando Brito, sur son blog Tijolaço (« parpaing ») écrit :

(...) Il est difficile d’expliquer l’augmentation stupéfiante d’au moins 66 milliards de reals dans les dépenses programmées pour l’année (...)

Le gouvernement n’a pas seulement recalculé à la hausse les dépenses obligatoires - salaires, retraites et bénéfices sociaux par exemple, mais il a aussi décidé d’élever les dépenses sur lesquelles il a un pouvoir de décision, comme l’entretien et les travaux d’infrastructure.

Rien de ceci va arriver. Tout ceci est là seulement pour dire que le décor est infiniment pire que ce que le Gouvernement Dilma l’admettait.

Faites les comptes et vous verrez que, sans ses 66 milliards, le déficit se maintient autour des 100 milliards déjà prévus.

Voilà ce qu’ont été les débuts de Henrique Meireles et de son équipe dans le domaine de la ’comptabilité créative’ qu’il ont tant utilisé contre le gouvernement : fabriquer des comptes de manière à ce qu’il servent des buts politiques.

Et le but politique est clair : faire du chantage à la société et dévorrer ses droits. (...) [33]

Marcus Vinicius, sur son blog, résume assez bien la situation :

« Le gouvernement intérimaire (et putschiste) du vice(président Michel Temer est un festival de mauvaises nouvelles. Rien que cette semaine il a dû exonérer un ministre (Romero Jucă, du Plan), censurer les ministres de la Santé Ricardo Barros, des Villes (Bruno Amaral, de la Justice (Alexandre Moraes, qui ont fait des déclarations polémiques comme la fin du SUS (Système Unique de Santé – équivalent de la Couverture Universelle NdT) la suppression du programme Ma Vie Ma Maison et la réduction du pouvoir du Ministère Public Fédéral. (...) »

Puis il poursuit :

- Extinction puis résurrection du MinC (Ministère de la Culture) provoque des protestations et des occupations dans tout le pays.

- Cinq femmes refusent de participer au gouvernement (...)

- Publication d’enregistrements de conversations téléphoniques du Ministre de la Justice, Alexandre de Moeais, avec l’entreprise Transcooper, dont il a été l’avocat dans 123 actions en justice, et que l’on soupçonne d’être liée au PCC (organisation de trafiquants à São Paulo)

- Le nouveau dirigeant de la Chambre des Députés, André Moura (protégé de Cunha) est accusé dans un procès pour tentative de meurtre.

- Le Ministre de l’Intérieur, Alexandre Padilha, est accusé dans un procès à la Cour Suprême, pour détournement de 2 millions de réals lorsqu’il travaillait pour le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso.

- L’avocat de Eduardo Cunha assume le poste de sous-chef des Affaires Juridiques du Ministère de l’Intérieur.

- Un protégé de Cunha de la TV Câmara (TV de la Chambre) est nommé à la tête de l’EBC (Empresa Brasil de Comunicação) qui contrôle la TV Brasil (la seule télévision publique indépendante du pays NdT).

- Des dialogues entre Roméro Jucá (Ministre du Plan) et l’ex-président de la Transpetro Sérgio Machado montrent que le coup d’État a été perpétré pour arrêter l’Opération Lava Jato et sauver de la prison les caciques du PMDB (parti de Temer, Cunha, Renan Calheiro, Président du Sénat). Jucă démissionne. » [34]

Ce dernier point est un des plus récents parmi les nombreux scandales qui entachent le gouvernement intérimaire.

Le 23 mai dernier furent divulgués des enregistrements, datant du mois de mars (c’est-à-dire avant le vote de la Chambre du 17 avril), entre Romero Jucá, Ministre au Plan (qui a été exonéré depuis) et Sérgio Machado, ex-président de la Transpetro, filiale de la Petrobras. Il ressortait de cette enregistrement qu’il fallait à tout prix faire sauter Dilma Rousseff pour mettre Temer au gouvernement afin d’arrêter l’hémorragie des dénonciations de l’Opération Lava Jato, qui commençait à se rapprocher dangereusement des cercles conservateurs du Congrès. Jucá évoquait même un « accord » avec la Cour Suprême, évocation qui a mis celle-ci sur la sellette, ce qu’elle ne souhaitait pas, étant donné ses errements, oublis, abandons, regards en l’air et plus dont elle était (et est encore) accusée (voir plus loin).

Portal Vermelho reproduit l’intégralité de l’enregistrement, dont voici des extraits :

« Romero, cité dans des dénonciation (dans l’Opération Lava Jato), en vient à dire : ’Avec Dilma, ça ne va pas’. Et les deux sont catégoriques ’il doit y avoir un impeachment’ ’Il faut changer le gouvernement pour pour pouvoir arrêter cette hémorragie’ affirme Juca.

Plus loin, le dialogue entre les deux est encore plus révélateur. Machado affirme : ’mon vieux, la solution la plus simple était de mettre Michel [Temer]. (...) Et un accord, mettre Michel et faire un accord au niveau national’. Jucá renchérit et ajoute la Cour Suprême dans l’accord. ’Avec la Cour Suprème, avec tout le monde”. Et Machado conclut : Avec tout le monde, et là on arrête tout’ »

À propos de l’Affaire Lava Jato qui lessive maintenant dans beaucoup trop de directions, et non plus uniquement vers le PT, comme cela était le cas les premiers mois, un policier, membre de l’Opération Lava Jato, a déposé une plainte en Justice qui a éveillé la curiosité de Carta Campinas.

Dans la plainte rédigée contre le journaliste Luis Nassif, et l’un de ses articles, écrit au mois de février 2015, on peut lire

« L’attitude de l’accusé est immorale, de vouloir imputer à l’auteur [de la plainte] des conduites criminelles par le seul fait que celui-ci est inspecteur de l’Opération Lava Jato, Opération qui s’est montrée le bourreau du gouvernement et du Parti des Travailleurs, justement le parti que l’accusé défend ».

C’est-à-dire que l’inspecteur révèle dans l’action en Justice l’information selon laquelle l’Opération Lava Jato s’est montrée le bourreau du gouvernement et du Parti des Travailleurs.

Et il conclut :

« La vision de l’inspecteur sur les positions de Nassiff montre la dualité qui a permis le coup d’État contre Dilma Rousseff. Toute critique de la Lava Jato et du juge Sérgio Moro serait le fait de « pétistes ». C’est-à-dire que l’inspecteur montre qu’il a lui aussi divisé le Brésil en deux groupes. Critiquer la Lava Jato c’est être « pétiste ». [35]

Juarez Guimarães, dans son article Um Supremo Tribunal da Farsa ? (Une Cour Suprême de farceurs ?) sur Carta Maior, revient sur l’Opération Lava Jato et surtout sur les différentes décisions de la Cour Suprême, à qui il pose les questions suivantes :

(...) - Un juge fédéral peut-il décréter des emprisonnements en série à durée indéterminée, d’accusés, avant leur jugement, passant outre la présomption d’innocence, le droit à la défense, la charge de la preuve, ou des raisons exceptionnelles et légitimes qui justifieraient la prison préventive ?

[le juge fédéral en question est le juge Sérgio Moro, de l’opération Lava Jato]

- Un juge fédéral ou des procureurs fédéraux peuvent-ils diriger un processus d’accusation qui viole quotidiennement le secret de la justice prévu par la loi, qui font ’fuiter’ de manière sélective et politiquement orientée vers des médias partisans des dénonciations issues d’accords judiciaires ?

[Toujours l’opération Lava Jato]

- Un juge fédéral et un procureur général de la République peuvent-ils transmettre à un média des enregistrements téléphoniques criminels, obtenues sans autorisation, de la présidente de la République ?

[Toujours dans le cadre de l’opération Lava Jato, le juge Moro a transmis à la presse l’enregistrement d’une conversation entre Lula et Dilma Rousseff]

- Un juge fédéral peut-il faire des écoutes téléphoniques d’un cabinet d’avocats qui défend des accusés dans un procès qu’il dirige ?

[Lava Jato encore]

- Un juge fédéral peut-il, de manière répétée, et de manière volontairement médiatisée, imposer une déposition coercitive à un ex-président de la république à et des personnes qui ne sont pas mises en examen mais qui sont disposées à venir déposer si on le leur demande ?

[Le juge Moro a pris l’habitude d’envoyer la Police Fédérale emmener de force des personnes pour faire des dépositions, ce qui est interdit par le Code Pénal. Celui-ci n’autorise la condução coercitiva que dans le cas de refus de déposer ou de fuite]

- Des agents de la Police Fédérale, responsables de la direction d’investigations, d’un impact politique profond, peuvent-ils publiquement mener des campagnes de diffamation contre la Présidente de la République ?

[Ce fut le cas de plusieurs inspecteurs de la Police Fédérale qui lors de la dernière campagne présidentielle, ont fait une propagande féroce, avec caricatures et termes injurieux, contre Dilma Rousseff]

- Un membre de la Cour Suprême peut-il émettre des jugements partisans, rencontrer secrètement et promouvoir des séminaires avec des dirigeants politiques qui l’indiquèrent pour sa nomination, défendre et scandaleusement violer le principe de l’impartialité dans des jugements en faveur de son parti ?

[allusion à Gilmar Mendes, notoirement hostile au Parti des Travailleurs, qui a organisé le mois dernier un séminaire à Lisbonne où sont intervenus tous les caciques du PSDB]

- Un ministre de la Cour Suprême notoirement lié à un parti politique, émettant des jugements partisans, peut-il présider un Tribunal Supérieur Électoral ?

[Gilmar Mendes est aussi président du Tribunal Supérieur Électoral, où attendent encore de nombreuses actions contre les comptes de campane de la Présidente]

- Une Cour Suprême peut-elle interdire la prise de poste ministériel, par une décision monocratique d’un citoyen ex-président, non inculpé ni même accusé, et juste après, permettre que neuf ministres poursuivis pour corruption assument leur poste dans un nouveau gouvernement illégitime ?

- Des ministres de la Cour Suprême peuvent-ils systématiquement omettre des jugements antérieurs aux procès qu’ils jugeront, sans l’examen qualifié des raisons qui peuvent les justifier ?

- Le Procureur Général de la République peut-il faire ’fuiter’ criminellement des extraits de dénonciations issues d’accords judiciaires, sous le secret de la justice, d’un sénateur qui accuse la présidente Dilma et l’ex-président Lula pour justifier médiatiquement sa mise en accusation ?

[Allusion au Sénateur Delcidio do Amaral, ancien dirigeant du groupe parlementaire du Parti des Travailleurs au Sénat qui, après un accord judiciaire, a fait une dénonciation extensive contre le Parti des Travailleurs, contant des faits dont on attend toujours les preuves.]

- La Cour Suprême peut-elle, de manière casuistique et sans support légal, décréter la prison d’un sénateur enregistré sans autorisation judiciaire, enregistrement dans lequel il manifeste son intention d’influencer des ministres de la Cour Suprême, et ensuite ne rien décider sur un autre sénateur, président d’un parti, ministre et connu pour être l’un des principaux artisans du coup d’État parlementaire, qui déclare [dans un autre enregistrement] avoir conspiré avec des ministres de la Cour Suprême pour étouffer les enquêtes contre a corruption ?

[Allusion à Delcidio do Amaral, déjà cité, et à la conversation enregistrée entre Romero Jucá et Sérgio Machado, citée plus haut]

- La Cour Suprême peut-elle permettre qu’un président de la Chambre des Députés, dénoncé, preuves à l’appui, pour corruption systématique, dirige et organise le procès d’impeachment d’une Présidente sur laquelle ne pèse aucune accusation ?

[Allusion à Eduardo Cunha, cité plus haut] (...) [36]

Laymert Garcia, professeur à l’Unicamp (Université de Campinas) voit dans cette dégradation des institutions judiciaires une similitude avec la chute de la République de Weimar et la montée du nazisme. Sa conclusion est sombre :

(...) le Brésil ne passe pas seulement par un coup d’État, mais connaît déjà un État d’Exception qui est une période qui ressemble beaucoup à la chute de la République de Weimar et à l’ascension du nazisme.

Une des caractéristiques importante de cette implosion des institutions, dans les années 20-30, en Allemagne, est la manière dont les juges violaient la loi et la Constitution, et c’est ce que nous sommes en train de voir ici (...)

Dans ce sens, le Brésil vit déjà dans un État d’Exception. Si les garanties constitutionnelles sont suspendues au point, par exemple, de voir une instance inférieur de la Justice autoriser les écoutes et la divulgation d’enregistrements de la présidente de la République, cela signifie que la Constitution ne vaut pas pour elle. Et si elle ne vaut pas pour la présidente de la République, elle vaudra pour qui ? (...)

Je pense que la situation va être chaotique. Elle va être chaotique mais, du point de vue des intérêts étrangers, qui a l’œil sur le pré-sal, sur la question de l’énergie nucléaire, enfin, sur ce qui les intéresse, si vient le chaos, c’est ce que sont eux qui l’auront instauré, le chaos n’est pas étranger au programme. D’ailleurs, ce ne sera pas le premier pays à entrer dans une situation de chaos programmé. [37]

LES RÉACTIONS

Évidemment, le coup d’État a provoqué beaucoup de protestations, et pas que du côté de la blogosphère. Avec le gouvernement intérimaire de Temer, blanc, riche, corrompu, sans noir et sans femme (Temer, ensuite, a tenté de réparer sa bourde - pour les femmes, pas pour les noirs - mais jusqu’à présent, aucune femme n’a accepté de poste dans le gouvernement) beaucoup de brésiliens se sont rendus compte de la vraie finalité du coup d’État, en tout cas du point de vue politique : remettre l’oligarchie corrompue au pouvoir. Du coup, la cote de confiance de Dilma est remontée de 18% à 33%. [38]

Du côté des organisations sociales, deux groupes se sont formés, Frente Brasil Popular et Frente Povo Sem Medo, qui regroupent des centaines d’associations. Le MTST bloque régulièrement des artères centrales de São Paulo et de Rio de Janeiro, entre autres, et les Sans-Terre du MST intensifient leur occupations. Les travailleurs du pétrole ont annoncé une grève générale pour le 10 juin. Mais pas de grosses manifestations contre le gouvernement n’ont été vues, à part 20.000 (certains disent 40.000) personnes venues soutenir Dilma qui a participé au BlogProg, réunion des blogueurs progressistes à Belo Horizonte, le 18 mai dernier.

Les actions contre la télévision Globo se sont multipliées et ses cameramen ont beaucoup de mal à tourner en direct. On ne compte plus les plans où apparaissent quelqu’un faisant un doigt ou portant un petit écriteau Fora Temer (Temer Dehors !). Les agressions dont souffraient ceux qui sortaient dans la rue avec une chemise rouge ont baissé. Par contre, les politiques se font de plus en plus traiter de golpista ! (putschiste !) dans la rue ou dans les aéroports. L’épisode le plus récent a eu lieu à Rio de Janeiro, sur la plage d’Ipanema, où Aécio Neves (candidat contre Dilma Rousseff au deuxième tour des élections présidentielles) s’est fait traiter de Golpista par une baigneuse.

La protestation la plus visible est certainement l’occupation des différentes antennes régionales du Ministère de la Culture.

Le 13 mai, après l’annonce du gouvernement intérimaire, qui voyait la disparition du Ministère de la Culture, le premier édifice est occupé à Curitiba. Il y a maintenant des occupations dans 21 villes de tout le pays.

(...) Avec l’intensification des protestations, Michel Temer a reculé et a re-créé le MinC (Ministère de la Culture). Mais les manifestants ne se sont pas retirés et exigent le départ de Temer.

L’extinction du MinC signifie et symbolise non seulement la perte des droits des travailleurs de la Culture, mais aussi la perte des droits de citoyenneté du peuple brésilien. Il ne s’agit pas de garantir seulement la survie du secteur (...) Nous n’acceptons pas de négociation avec des colonels du vingtième siècle. À l’heure actuelle, le vrai gouvernement est dehors. (...) [39]

Depuis le 30 mai, l’antenne régionale du Ministère de la Santé à Salvador de Bahia, est également occupé.

QUEL FUTUR ?

Le gouvernement intérimaire de Michel Temer, aux casseroles innombrables et qui connaît scandale sur scandale, est sur la sellette. Le tout est de savoir jusqu’à quand les intérêts divers en jeu souhaiteront le maintenir au pouvoir. Car la Constitution stipule que si un président tombe dans les deux années suivant son élection, il doit y avoir des élections directes. Ainsi, si Temer quitte la présidence avant la fin de l’année (dans les deux ans de l’élection de Dilma Rousseff), des élections directes seront organisées.

Étant donné le peu de popularité de l’opposition putschiste actuellement artificiellement au pouvoir, il est probable que Temer soit porté sur son brancard jusqu’à la fin de l’année, afin de ne pas connaître le verdict du peuple, et organiser des élections indirectes l’année prochaine. Alors nous assisterons un peu plus au grotesque et lamentable spectacle des combinaisons, alliances, coups fourrés, trahisons entre partis politiques qui s’entre-déchireront pour arriver au pouvoir.

Mais l’année prochaine est loin.

Romulus, sur son blog de la plate-forme GGN, est extrêmement pessimiste. Dans son article « Golpe usa tática de provocação orquestrada ? (Le coup d’État utilise-t-il une tactique de provocation orchestrée ?), il pense, comme le professeur Laymert Garcia que le chaos est peut-être orchestré volontairement.

Il paraît certain que le consortium putschiste a adopté délibérément une tactique de provocation, visant à l’exacerbation de la polarisation et de la radicalisation dans la société (...)

La prudence politico-diplomatique recommanderait que les américains repoussent l’échange des ambassadeurs de façon à éviter que l’on pense qu’ils voient comme possible développement l’insurrection ouverte et le durcissement du régime avec une réponse répressive (...)

Comme si les actions administratives polarisatrices du ’golperno’ (gouvernement putschiste) et les réactions de la société elles-mêmes ne provoquaient déjà pas déjà une tension suffisante, la dernière semaine a été marquée chaque jour par de nouvelles ’bombes’ (les enregistrements de Roméro Jucá, entre autres), quand ce n’est pas chaque heure (...)

En fait, nous sommes devant le tableau suivant :

- une ambassadrice, présente lors de déstabilisations de gouvernement de gauche suivies de prise de pouvoir par des vice-présidents de droite, s’en va ;

- arrive un autre ambassadeur, avec une grande expérience de lieux de conflits et d’insurrections (il a été en poste au Proche Orient et en Afghanistan) ;

- un gouvernement faible adopte clairement des actions provocatrices ;

- un général – ligne dure – assure les arrières :

- le vacarme des écoutes téléphoniques ne s’arrête plus ;

- et les jeux Olympiques approchent.... (...)

(Le général en question est le Général Etchegoyen qui, installé dans son bureau du Service National de Renseignement ressuscité, sous les portraits de son père et de son oncle, tous deux piliers de la dictature militaire, a sûrement son idée sur la manière d’en finir avec le chaos.) [40]

Sem mais,

C’est tout pour aujourd’hui.

REVUE (TRÈS) CRADE du 1er juin 2016, compilée, traduite et commentée par Lucien, de Si le Brésil m’était traduit...

»» http://lebresilentraduction.tumblr.com/post/145251254507/revue-tr%C3%A...


Notes :

[1] http://lebresilentraduction.tumblr.com/post/100301212237/le-colonellisme-%C3%A9lectronique-et-la-libert%C3%A9 fr

[2] Présentation des blogs sujos fr

[3] Blog de Um Sem-Mídia

[4] Blog do Miro

[5] Partido Comunista Brasileiro

[6] Conversa Afiada

[7] Brasil 247

[8] TV Brasil

[9] Siro Darlan dénonce le Coup d’État


Blog du
desembargador Siro Darlan

Par des actions plutôt folkloriques, Siro Darlan est aussi resté fameux en tant que juge pour enfants, lorsqu’il faisait du Tai Qi avec ses jeunes délinquants dans le patio du Tribunal (il trouvait qu’ils arrivaient trop stressés au Tribunal), ou quand, chargé de donner un nom aux enfants trouvés, il choisissait systématiquement le nom d’un chanteur ou d’une personnalité connue, suivi de Do Céu (du Ciel) comme nom de famille. Grâce à lui, les orphelinats de Rio sont remplis de petits Michael Jackson Do Céu, de Franck Sinatra Do Céu, de Tina Turner Do Céu, ou d’une Francisca Buarque Mangueira Do Céu, bébé trouvé près de l’école de Samba Mangueira l’année où celle-ci rendait hommage au chanteur Chico (Francisco) Buarque.


[10] As Blogueiras Negras (Les Blogueuses noires)


[11] Escreva Lola Escreva

[12] Movimento dos Atingidos pelas Barragens (Mouvement des Atteints par les Barrages)


[13] Deux articles de Une Saison en Guyane sur la tragédie de Mariana

http://www.une-saison-en-guyane.com/breves/journal-des-guyanes/minas-gerais-la-catastrophe-de-mariana-nest-pas-arrivee-par-hasard/ et http://www.une-saison-en-guyane.com/breves/journal-des-guyanes/bresil-catastrophe-miniere-de-mariana-enieme-episode-dune-tragedie-sociale-et-environnementale/ fr


[14] MST (Mouvement des Sans-Terre)


[15] MTST (Mouvement des Travailleurs Sans-Toit)


[16] Pastoral da Terre (Pastorale de la Terre)


[17] CIMI (Conselho Indigenista Missionário – Conseil Indigéniste Missionnaire)

[18] Revue Crade des Printemps et des Automnes (21 mars 2015) fr


[19] Eduardo Cunha monta pauta-bomba para se vingar do governo

[20] O STF na engrenagem golpista

[21] Os motivos para o afastamento de Cunha

[22] Vote du 17 avril Florilège fr

[23] Nova eleição na Camara : golpe dentro do golpe


[24] Golpe no Brasil : a conexão internacional Por Pedro Marin


[25] Temer foi informante da ambaixada americana


[26] EUA retiram embaixadora. Missão cumprida ?

[27] Anatomia do golpe : as pegadas americanas


[28] O ministério de notáveis corruptos


[29] Ficha suja assalta o Palacio do Planalto


[30] Pimenta recorre à PGR contra nomeação de ministros investidagos


[31] Un recul de 50 ans en 5 jours fr


[32] Que tal uma cota de exterminação ?


[33] Temer piorou contas


[34] Governo Temer : um festival de escandalos

[35] http://cartacampinas.com.br/2016/05/delegado-confessa-em-acao-
que-lava-jato-se-mostrou-algoz-do-pt-e-do-governo/

[36] Um Supremo Tribunal da Farsa ?

[37] Para professor da Unicamp, já vivemos num estado de exceção semelhante ao nazismo

[38] Dilma sobe no Ibope

[39] Artistas divulgam video contra o governo interino de Temer

[40] Golpe usa tática de provocação orquestrada ?


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Vive le Che !
Jean ORTIZ
Comment expliquer en 2017 le prestige têtu de Che Guevarra, la fascination qu’il exerce encore et toujours ? Le nouvel ouvrage de Jean Ortiz propose une analyse et un point de vue fournis et argumentés, à contre-courant des poncifs et des contre-vérités qui ne manqueront pas de ressurgir en ce cinquantième anniversaire de son assassinat. Il est évident que se joue sur cette figure du combat anticapitaliste comme dans son legs au mouvement pour l’émancipation humaine, une bataille toujours aussi (...)
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"Au Salvador, les escadrons de la mort ne tuent pas simplement les gens. On les décapite, on place leurs têtes sur des piques et on garnit ainsi le paysage. La police salvadorienne ne tuait pas seulement les hommes, elle coupait leurs parties génitales et les fourrait dans leurs bouches. Non seulement la Garde nationale violait les femmes salvadoriennes, mais elle arrachait leur utérus et leur en recouvrait le visage. Il ne suffisait pas d’assassiner leurs enfants, on les accrochait à des barbelés jusqu’à ce que la chair se sépare des os, et les parents étaient forcés de garder."

Daniel Santiago,prêtre salvadorien
cité dans "What Uncle Sam Really Wants", Noam Chomsky, 1993

Commandos supervisés par Steve Casteel, ancien fonctionnaire de la DEA qui fut ensuite envoyé en Irak pour recommencer le travail.

Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
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Médias et Information : il est temps de tourner la page.
« La réalité est ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est ce que nous croyons. Ce que nous croyons est fondé sur nos perceptions. Ce que nous percevons dépend de ce que nous recherchons. Ce que nous recherchons dépend de ce que nous pensons. Ce que nous pensons dépend de ce que nous percevons. Ce que nous percevons détermine ce que nous croyons. Ce que nous croyons détermine ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est notre réalité. » (...)
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Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
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