Vous n’êtes pas un homme seul, M. Cahuzac.

Dans un communiqué, il se dit "dévasté par le remords" et demande pardon pour "une faute inqualifiable".
Il s’en est fallu d’un cheveu...

Le plus accablant n’est pas qu’un fraudeur soit devenu Ministre du budget, non !

Ce qui choque, c’est que cette affaire revête un tel caractère de singularité aux yeux du monde politique et médiatique.

La surprise générale affichée n’a d’égale que l’hypocrisie de tout les beaux parleurs.

Combien de Cahuzac évoluent-ils dans ces sphères ? Sans parler des malhonnêtes de tout poil qui hantent celle de l’économie et du profit proprement dit.

Non, le plus accablant c’est qu’il a fallu un extraordinaire concours de circonstances pour que ce poisson d’avril se retrouve le ventre en l’air à la surface.

Premièrement que le citoyen mis en examen soit préalablement passé de la condition de capilliculteur à celle de Ministre du budget.

Deuxièmement, qu’un répondeur téléphonique ait malencontreusement enregistré à l’insu du plein gré de l’intéressé une conversation compromettante.

Troisièmement, que le possesseur de cet enregistrement ait eu la constance de le garder au frais pendant une dizaines d’années.

Quatrièmement, qu’il l’envoie après ce long délai à qui il fallait précisément le communiquer : Mediapart, Journal en ligne d’information généraliste, s’adressant à une clientèle que ni l’offre papier existante ni l’offre en ligne ne satisfont aujourd’hui.

Cinquièmement, que ce journal consacre de longs efforts à une investigation difficile.

Sixièmement, que contre vents et marées il soutienne si fortement les conclusions auxquelles il avait abouti.

Septièmement, que la Justice se saisisse enfin de l’affaire.

Pour un poisson crevé qui attire tous les regards aujourd’hui, combien de prédateurs évoluent-ils en eaux profondes, qui jamais ne seront découverts ?

Et que penser des responsables politiques les plus hauts placés qui se sont durablement laissé rouler dans la farine avant d’ouvrir aujourd’hui des yeux de merlans frits ?

Il faut craindre que nombreux seront leurs électeurs qui à l’avenir préfèreront la pêche à la ligne à l’accomplissement de leur devoir civique.

COMMENTAIRES  

04/04/2013 09:19 par babelouest

Ne nous leurrons pas.

Dans les hautes sphères politiciennes, les "blancs comme neige" doivent être aussi rares que les cafés glaciers du côté de Tombouctou. Il faut dire que les tentations doivent être quotidiennes, et que celui qui n’y met qu’un ongle finit par y passer tout entier. Comme le concluait Beaumarchais, "Qui diable y résisterait ?", malheureusement.

Dans le milieu des "issus de Grandes Écoles", l’esprit de corps est tel que nécessairement on se passe des tuyaux, et nécessairement la "discrétion" est de mise. Même ceux qui n’ont pas suivi la filière peuvent, en fonction d’amitiés diverses, y être introduits. Entre cette oligarchie de fait et le reste de la population, le hiatus est total, le mur opaque, l’incompréhension réciproque, le mépris, voire la haine, la règle.

On ne pourra sortir d’une telle situation sans issue, que par une mise à l’écart de tous ces personnages, et la mise en place de représentants récusables à tout moment, donc par l’écriture collective d’une nouvelle Constitution balayant tous les accords précédents sans exception, et repartant sur de nouvelles bases : il faut créer des principes moins viciés encore que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, critiquée vertement par Robespierre en raison de la grande place accordée à la notion de propriété privée. La tâche est lourde, mais nécessaire.

De temps en temps, des citoyens tentent de mettre sur pied cette écriture d’une nouvelle Constitution, à l’écart des institutions actuelles pour qu’elles n’y imposent pas des conditions rendant tout ce travail inutile. Ainsi, en 2011 Caleb Irri avait lancé un tel défi : j’y ai répondu, mais fort peu d’internautes ont donné suite, et on n’en parle plus guère. C’est profondément dommage.

Les Français seraient-ils donc vraiment "des veaux" ?

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