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Fidel et ce qu’il représente (1ère partie)

Photo : le 4 mars 1960, le cargo français « La Coubre » explosait dans le Port de La Havane. L’explosion fit plus d’une centaine de morts (dont 6 français, membres de l’équipage du navire) et 200 blessés. Il s’agit de l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’Histoire de Cuba !

J’ai envoyé au Temps des Cerises voilà une vingtaine de jours un ouvrage intitulé « Quand Obama s’adresse aux Cubains. Remarques à ses remarks », qui commente, paragraphe par paragraphe, l’allocution qu’Obama a prononcée le 22 mars dernier à La Havane. J’espère que l’éditeur le publiera. En attendant, comme le monde entier (progressiste et révolutionnaire) fête les quatre-vingt-dix ans de Fidel, mon idée est de vous envoyer, sous forme de « bonnes feuilles », certains passages ayant directement trait à Fidel. Le premier concerne le terrorisme, un thème, hélas, on ne peut plus d’actualité. Le début de l’extrait, bien entendu, est le texte même des remarks d’Obama

Avant de commencer, permettez-moi. Je voudrais faire quelques commentaires sur les attaques terroristes qui ont eu lieu à Bruxelles. Les pensées et les prières du peuple étasunien vont au peuple belge. Nous en sommes solidaires pour condamner ces attaques criminelles contre des innocents. Nous ferons tout ce qu’il faut pour appuyer notre amie et alliée, la Belgique, pour traduire les responsables en justice. Et c’est là un nouveau rappel que le monde doit être uni, que nous devons être ensemble, indépendamment de la nationalité, de la race, de la foi, pour combattre ce fléau du terrorisme. Nous pouvons vaincre – et nous vaincrons – ceux qui menacent la sécurité et la vie des personnes dans le monde entier. (B. Obama)

Les attentats terroristes à Bruxelles ont eu lieu la veille même de son arrivée. Il est donc on ne peut plus normal qu’Obama sente le besoin de s’exprimer à leur sujet, puisque c’est la première fois qu’il en a l’occasion (j’ignore s’il a improvisé ou si la Maison-Blanche avait eu déjà l’occasion de rédiger quelque chose). Il aurait pu même demander une minute de silence que personne n’y aurait trouvé à redire. Bravo.

Mais quelle fantastique occasion gâchée de sa part ! Comment ! Il s’adresse à un auditoire cubain dans un théâtre cubain et, par médias interposés, au peuple cubain tout entier et il n’a même pas un mot, en de pareilles circonstances, pour les victimes cubaines d’attentats terroristes ! Pas cent trente comme à Paris, pas une trentaine comme à Bruxelles, mais, selon les calculs très précis de la Révolution cubaine : 3 478 tués et 2 099 personnes rendues invalides en quarante ans (1959-1999).

[Soit dit en passant, même dans ce terrible domaine, Premier monde et Tiers-monde ne sont pas sur un pied d’égalité : des attentats à Paris, à Bruxelles, à Nice, et le monde est bouleversé, les Grands de ce monde réagissent, les gouvernements font des communiqués. Que plus de deux cents personnes perdent la vie dans un attentat à Bagdad début juillet, pour ne citer que ce seul exemple, aucune commotion de ce genre ne se transmet au reste de la « communauté internationale » : ce sont les morts anonymes que le Tiers-monde génère si souvent que nul dans le Premier monde ne s’en émeut ! Et à quoi bon parler des quatre mille immigrés noyés en Méditerranée durant le seul premier semestre de 2016, sur les dizaines de milliers qui fuient les guerres « par procuration » (j’utilise cette expression parce qu’Obama l’utilise un peu plus loin dans son discours dans le cas de Cuba) que l’OTAN livre au Proche-Orient ?]

Ces chiffres apparaissent dans la « Demande du peuple cubain contre le gouvernement des États-Unis pour pertes humaines », présentée devant le Tribunal populaire provincial de La Havane le 3 janvier 2000 par les organisations de ce qu’on appelle aujourd’hui la « société civile » (un concept auquel Obama se réfère souvent, on le verra, dans ses différentes interventions), autrement dit la Centrale des travailleurs de Cuba (CTC), l’Association nationale des petits agriculteurs (ANAP), la Fédération des femmes cubaines (FMC), la Fédération des étudiants (FEU), la Fédération des élèves de l’enseignement secondaire (FEEM), l’Organisation des Pionniers José Martí (OPJM), les Comité de défense de la Révolution (CDR) et l’Association des combattants de la révolution cubaine (ACRC), soit l’ensemble de la société cubaine. Le motif en était le suivant : « Pendant plus de quarante ans, le peuple cubain a été en butte à une politique brutale d’hostilités et d’agressions de toutes sortes par le gouvernement des États-Unis, dont l’objectif stratégique… a été la liquidation de la Révolution cubaine et la destruction du système politique, économique et social mis en place et développé librement par le peuple cubain dans le pleine exercice de sa souveraineté et de son droit à l’autodétermination. » Tel est le premier paragraphe, qui résume exactement la façon dont le peuple cubain a vécu ses relations avec les différentes administrations étasuniennes.

Les audiences débutent le 5 juillet 1999 dans l’ancienne salle de la Cour suprême, siège actuel du Conseil d’État, et sont transmises en direct par la télévision nationale pendant les treize jours qu’elles durent, jusqu’au 21 juillet.

Pourquoi cette année-là, et pas avant ? Parce que, sans doute, la coupe est pleine ; parce que, deux ans avant, une nouvelle vague d’attentats terroristes avait visé différents hôtels de La Havane, causant mort d’homme (un jeune touriste italien), afin d’effrayer les visiteurs et d’empêcher un tourisme qui était alors en plein essor et constituait la branche économique la plus dynamique pour permettre au pays de sortir enfin du trou profond où l’avaient plongé l’effondrement du camp socialiste en Europe et la désintégration de l’Union soviétique. Mais aussi parce qu’en 1998, l’administration étasunienne a été contrainte de déclassifier des documents secrets qui prouvent que, derrière le terrorisme, il y a les EU. Autre chose est savoir par confession de terroristes pris la main dans le sac et analyses de renseignement que les EU participent, autre chose est de disposer de documents provenant du malfaiteur en personne, et contenant des détails concrets sur des actes de terrorisme qu’il a appuyés.

Le dossier constate : « L’instruction menée a démontré que le gouvernement des États-Unis a participé directement à la promotion, à la direction, à l’organisation, au financement et à l’équipement des agents terroristes et des bandes mercenaires qui ont exécuté nombre des plans d’agression conçus par ledit gouvernement et ses agences de renseignement spécialisées contre notre pays… Cette politique d’agressions suivie par le gouvernement des États-Unis contre Cuba a causé d’énormes pertes matérielles et la destruction d’une partie significative de la richesse nationale, ce qui a entravé et continue d’entraver sévèrement les possibilités de développement économique et le bien-être de la nation cubaine. »

Les modalités du terrorisme utilisé contre Cuba selon la Demande, ont été essentiellement le sabotage ou la destruction d’objectifs civils dans le pays, des attaques-pirate contre des installations côtières, des cargos, des bateaux de pêche, ou encore des attentats contre des installations et des personnels cubains à l’étranger, dont des sièges diplomatiques (avec envois de colis piégés qui firent plusieurs morts à différentes reprises), des bureaux de compagnies aériennes et des avions.

Mais la guerre bactériologique a fait aussi partie de la panoplie d’armes employées contre Cuba : ainsi, l’épidémie de dengue hémorragique introduit délibérément par des agents au service des États-Unis – le virus porteur n’existant alors nulle part dans les Amériques – et ayant frappé en quelques semaines 344 203 personnes et causé la mort de 158 personnes, dont 101 enfants. Selon la commission de spécialistes cubains et étrangers qui étudièrent cette épidémie, avec rapports de centaines d’experts, l’armée étasunienne et la CIA possédaient déjà à l’époque les capacités techniques pour utiliser ce virus à des fins militaires.

Faut-il évoquer les centaines de tentatives d’attentats contre Fidel, désamorcées par les services secrets cubains, et contre de hauts dirigeants de la Révolution, et révélées en très minime partie, soit dit en passant, par la Commission Church, du Sénat des États-Unis, chargée d’enquêter en 1975 sur les « tentatives d’assassinat visant prétendument des dirigeants étrangers » ?

Oui, quarante ans de terrorisme en qualité de victime, et c’est pourtant Cuba que le département d’État inscrit sur sa liste des États parrainant le terrorisme international !

Je ne vais pas faire l’inventaire complet des actes de terrorisme derrière lesquels on trouve toujours, directement ou indirectement, les autorités étasuniennes, parce que ce serait interminable et qu’ils sont largement documentés dans de nombreux livres et articles, et me contenterai de rappeler le pire de tous : le sabotage à l’explosif en plein vol, le 6 octobre 1976, quelques minutes après son décollage de la Barbade, d’un avion civil qui s’abîme en mer, entraînant la mort de ses soixante-treize passagers, parce que, cinquante ans après, les plaies n’ont pas encore été bridées et que son auteur, connu et reconnu, coule de beaux jours en Floride ! Ce fut d’ailleurs une première en matière de terrorisme : jamais avant aucune bombe n’avait été posée dans un avion…

73 morts ! 57 Cubains. 11 Guyanais. 5 Coréens. Parmi les Cubains assassinés, une vingtaine de jeunes, membres de l’équipe nationale d’escrime junior qui venait de remporter quelques heures avant le championnat d’Amérique centrale et des Caraïbes. Six des onze jeunes Guyanais assassinés venaient faire des études de médecine après avoir obtenu une bourse du gouvernement cubain. Les cinq Coréens assassinés faisaient partie d’une délégation culturelle qui s’était rendue au Guyana.

Les auteurs du crime ? Intellectuels : Luis Posada Carriles et Orlando Bosch, deux terroristes nés à Cuba ; directs : Hernán Ricardo et Freddy Lugo, Vénézuéliens.

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Orlando Bosch

Orlando Bosch, incarcéré au Venezuela pour cet attentat, fut libéré en 1988 avec l’aide d’Otto Reich, à l’époque ambassadeur des États-Unis au Venezuela. Il entra illégalement aux États-Unis et fut arrêté, puis gracié par George Bush père en 1990 et bénéficia du droit de séjour dans le pays, bien que le département de Justice eût jugé le 23 juin 1989 qu’il devait être extradé à cause de son passé terroriste, dont trente actes de sabotage aux États-Unis même, à Porto Rico et Panama entre 1961 et 1968, ainsi qu’une tentative d’assassinat en 1975 de l’ambassadeur cubain en Argentine. Il ne fut plus jamais inquiété par la justice étasunienne jusqu’à sa mort récente à Miami. Il avait d’ailleurs osé affirmer haut et clair, après le sabotage de l’avion civil en 1976, quelque chose comme : « Tant pis pour les trois ou quatre négrillonnes à la solde de Castro », autrement dit les jeunes escrimeuses de l’équipe nationale junior…

Quant à Luis Posada Carriles, son itinéraire est encore plus sinistre et son dossier plus copieux. Arrêté au Venezuela pour l’attentat de la Barbade, il fit une fugue avec l’aide de la CIA alors que le procès était en cours et travailla aussitôt pour celle-ci sur la base militaire d’Ilopango, en El Salvador, dans le cadre de l’opération (connue ensuite comme Iran-contras) menée par le gouvernement étasunien contre la Révolution sandiniste et consistant en l’envoi d’armes aux contras. C’est lui qu’on retrouve derrière la vague d’attentats terroristes visant des hôtels de La Havane en 1997. Arrêté de nouveau en 2000, mais cette fois au Panama, pour une tentative d’assassinat de Fidel Castro (plasticage du grand amphi de l’Université où il devait prononcer une allocution) et condamné à plusieurs années de prison, il fut gracié quelques mois après par la présidente panaméenne Mireya Moscoso en fin de mandat. Rentré clandestinement aux EU en 2005, il ne fut jamais accusé pour terrorisme par l’administration Bush, et continue de filer des jours paisibles à Miami grâce à la protection que lui offre à son tour l’administration Obama, bien que le Venezuela n’ait cessé de réclamer son extradition au motif qu’il a commis des crimes aussi dans ce pays comme membre de la police politique. Le prix de son absolution : l’individu impliqué dans tous les sales coups (dont, vraisemblablement, l’assassinat de Kennedy) qui ont jalonné le long itinéraire de la lutte des États-Unis contre la Révolution cubaine menacerait, s’il était accusé, d’en dire trop sur ses propres agissements au service de la CIA et sur ceux des autorités étasuniennes. Les preuves contre lui ne manquent pourtant pas, notamment des documents déclassés, d’autant que, dans une fameuse interview au New York Times, il avouait sans pudeur avoir été l’auteur de l’attentat contre l’avion de passagers cubain en 1976 et confirmait : « La CIA nous a tout appris, à manier les explosifs, à tuer, à poser des bombes, elle nous a entraîné aux sabotages. »

Pour la Révolution cubaine, comme l’affirmait son représentant devant le Conseil de sécurité le 22 mai 2007, le silence et l’inaction des administrations étasuniennes face à un terroriste avéré comme Posada Carriles s’expliquent aisément : « Il s’agissait d’empêcher que Posada Carriles parle des actions terroristes qu’il a commises contre Cuba, contre le Venezuela et d’autres pays quand il agissait sous les ordres de l’Agence centrale de renseignement, en particulier quand celle-ci était dirigée par le père du président actuel en 1975 et 1976, période durant laquelle les action terroristes contre Cuba furent plus violentes et impitoyables que jamais, et quand il exerçait comme vice-président des États-Unis dans les années 80, au moment de la sale guerre contre le Nicaragua. »

Quand, après avoir été gracié par la présidente panaméenne, il entra clandestinement aux États-Unis en 2005 avec l’aide de la mafia terroriste de Miami, les autorités étasuniennes firent semblant de n’en rien savoir et c’est uniquement à la suite de la campagne de dénonciation menée directement par Fidel et de la conférence de presse (rien moins) qu’osa donner le criminel qu’elles décidèrent finalement de l’arrêter bien des mois plus tard. Chef d’accusation : avoir fraudé et menti devant les services d’immigration lors de sa demande de naturalisation ! De terrorisme, pas question. Le procès que le ministère de la Justice lui intenta pour ce délit mineur à partir du 11 janvier 2007 fut si « mou » et l’action du procureur fut si complaisante envers l’accusé, et les manigances de son avocat écoutées avec tant d’empressement que Posada Carriles bénéficia d’un non-lieu le 8 mai 2007. Nous étions, je le rappelle, sous Bush Junior… et alors que le Patriot Act en pleine vigueur obligeait (section 412) l’administration à reconnaître que la libération de Posada Carriles « menaçait la sécurité nationale des États-Unis ou la sécurité de la communauté ou de n’importe quelle personne », puisque, le 5 octobre 2006, l’U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE), du département de la Sécurité intérieure des États-Unis avait informé Posada Carriles qu’il resterait sous surveillance fédérale parce que son passé d’activités criminelles le liait à des individus et à des organisations ayant promu et utilisé la violence terroriste.

Obama, à la Maison-Blanche depuis presque huit ans, n’a absolument rien fait de son côté, alors que les preuves abondent.

Si je me suis étendu sur le cas de sinistre personnage, c’est qu’il est en quelque sorte symptomatique de l’appui inconditionnel dont n’ont cessé de bénéficier tous les terroristes « anticastristes » de Miami et de la complaisance à leur égard de toutes les administrations étasuniennes. À Miami, même si vous arrête à bord d’une vedette rapide bourrée d’armes de guerre de dernière génération, il vous suffit de dire que c’était pour faire un attentat contre Fidel Castro, et l’on vous relâche aussitôt ou presque. Ça, c’est du bon terrorisme ! Et nos terroristes à nous, nous ne les arrêtons pas… Je n’invente pas ni n’écris un mauvais roman d’espionnage à la James Bond : le 27 octobre 1997, quatre terroristes sont arrêtés dans les eaux de Porto Rico sur un yacht appartenant à un des dirigeants de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA) et ayant à bord des armes de guerre de gros calibre. Leur destination : l’île Margarita où doit se tenir le Septième Sommet ibéro-américain et où il est prévu qu’ils participent à un attentat contre Fidel que prépare Posada Carriles. Ils avouent tout tranquillement leur intention aux enquêteurs étasuniens. Le procureur, un type honnête, les accuse de tentative d’assassinat, mais un juge estime début 1998 que les preuves ne tiennent pas et le procureur doit se contenter d’un délit mineur : non-déclaration d’armes, faux témoignage et importation d’armes illégale. Les avocats de la défense obtiennent des procès séparés. Les terroristes sont finalement jugés et acquittés « faute de preuves ».

Mais ce n’est pas la première fois que le président Obama rate l’occasion de faire, pour ainsi dire, amende honorable face au peuple auquel il s’adresse enfin en direct et qui a subi quarante années durant le terrorisme made in USA, et d’accompagner ses toutes nouvelles preuves d’ « amitié » par des faits et gestes concrets. C’était (ou ç’aurait été) en 2009, donc avant qu’il ne finisse par comprendre que la Révolution cubaine ne viendrait pas à résipiscence : je veux parler du cas des Cinq Cubains faussement accusés d’espionnage et d’atteinte à la sécurité nationale des États-Unis et dont la libération (du moins des trois derniers toujours incarcérés) fit partie des négociations ayant conduit à la décision de renouer les relations diplomatiques en décembre 2014.

[…]

Alors oui, je le répète : puisque l’actualité obligeait Obama à mentionner les attentats de Bruxelles, il aurait pu et dû, par simple fair play, en profiter pour demander pardon au peuple cubain ou, du moins, présenter des excuses pour les quarante ans de terrorisme étasunien et ses 5 577 victimes cubaines, entre morts et blessés. Ça, oui, ça aurait fait de lui l’ « ami » qu’il prétendait être et sous les traits duquel il s’était affiché dès avant son arrivée à La Havane. S’il ne l’a pas fait, c’est parce que ce n’était pas écrit dans le scénario absolument rigoureux (quoique voulant se faire passer pour « bon enfant ») que ses conseillers et experts avaient écrit pour lui : il est hors de question, monsieur le président, que vous abordiez un seul des points litigieux de nos relations avec Cuba. Là- dessus, votre consigne est : silence, pas un mot !

Soit dit en passant, demander pardon pour les crimes commis ne semble pas du tout du goût ni dans les mœurs des locataires de la Maison-Blanche. L’actuel aime bien parader et se démarquer de ses prédécesseurs en posant des « premières » : ainsi, il a tenu à être le premier président étasunien à se rendre à Cuba, et il sera le premier à se rendre à Hiroshima pour l’anniversaire de cette épouvantable hécatombe. Mais la White House a annoncé dans la foulée, le 12 mai 2016, qu’il n’était pas question qu’Obama demande pardon aux Japonais et aux habitants de la ville !

[Quand il a fini par y aller, le 27 mai 2106, il s’en est tenu à ce scénario et a même eu le front de prôner le désarmement nucléaire alors que les États-Unis, non contents d’être le pays qui possède le plus d’ogives atomiques, sont en train de mettre au point une nouvelle génération d’armes de destruction massive ! Les galipettes d’Obama sur des sujets aussi graves sont pour le moins étonnantes ! Obama est fâché avec l’Histoire, on le sait, mais quand même… Quelques jours avant son départ, il affirmait : « C’est le rôle des historiens de poser des questions et de les examiner. » Et celui des rédacteurs de ses discours, de les occulter. Apparemment, ce sont des Martiens ou des chérubins qui ont lancé les deux bombes atomiques sur deux villes sans objectifs militaires : « Voilà soixante-et-onze ans, par une brillante matinée sans nuages, la mort tomba du ciel et le monde en fut changé. Un éclair de lumière et une muraille de feu détruisirent une ville et prouvèrent que l’humanité avait les moyens de s’autodétruire. » Saint Jean dans l’Apocalypse n’a pas fait mieux ! Quant à l’excuse qu’il ne pouvait pas demander pardon parce que cela aurait obligé le Japon à faire de même pour les atrocités commises par ses armées d’occupation contre les Chinois, les Vietnamiens et les Coréens, qu’on me permette de la mettre en doute : ici, à La Havane, il n’a pas hésité à faire la leçon à ses hôtes et à leur dire des vérités qu’il jugeait bonnes à dire. C’est vrai aussi que le Japon est un allié, tandis que Cuba, malgré ses dénégations de bonne volonté, est un ennemi…]

Sur ce point, Fidel avait été un bien plus grand seigneur (son passé d’hidalgo espagnol, sans doute, même si son père était un paysan va-nu-pieds de Galice), bien plus élégant (car, homme public, il savait manier le panache, une vertu que les politiciens occidentaux ont bien oubliée), à l’occasion des attentats du 11 septembre 2001. Ce jour-là, par coïncidence, il doit prendre la parole pour la rentrée scolaire dans le cadre de la réinauguration d’une école dans la capitale, devant quelque douze mille personnes. Et il aborde les deux thèmes : la question scolaire et les attentats aux États-Unis, sans faire semblant, comme Obama à La Havane, d’ignorer les points épineux. Que fait-on lorsqu’on est le chef d’État d’un pays victime du terrorisme étasunien depuis quarante ans et que l’autre, qui vous traite en ennemi, en est victime à son tour ? Ne rien dire ? Ignorer les faits ? S’en réjouir puisque l’autre vit dans sa propre chair ce que vous avez vécu vous-même ? C’est mal le connaître. Ayant conclu le thème scolaire, Fidel passe à l’autre point (il parle d’abondance, au premier sens de cette locution, je tiens à le préciser, sans téléprompteur, disant d’un seul trait les sentiments qu’il a au cœur et les idées qu’il a à l’esprit) :

Les États-Unis vivent aujourd’hui une tragédie. Vous savez bien que nous n’avons jamais semé ici la haine du peuple étasunien. C’est peut-être justement grâce à sa culture et de son absence de complexes, parce qu’il se sent pleinement libre, parce qu’il a une patrie mais pas de maître, que nous sommes le pays où l’on respecte le plus les Étatsuniens. Nous n’avons jamais prêché les haines nationales, le fanatisme ni rien de semblable, et c’est bien ça qui fait notre force : notre conduite se base sur des principes et nous traitons avec beaucoup de respect – ils s’en rendent compte, d’ailleurs – chaque Étatsunien qui visite notre pays.

N’oublions pas non plus que le peuple étasunien a mis fin à la guerre génocide du Vietnam par son opposition énorme ; n’oublions pas que plus de 80% du peuple étasunien a appuyé le retour du petit Elián dans notre patrie (applaudissements) ; n’oublions pas combien il y a en lui d’idéalisme, dévié bien souvent par l’intoxication, parce que, comme je l’ai dit très souvent, pour qu’un Étatsunien appuie une cause injuste, une guerre injuste, il faut d’abord le tromper, et la méthode classique que cet énorme pays utilise en politique internationale, c’est tromper d’abord pour avoir ensuite l’appui de la population. Quand c’est l’inverse et que son peuple découvre que quelque chose est injuste, fort de sa tradition d’idéalisme il s’oppose à ce qu’il appuyait avant, à savoir bien souvent des causes très injustes parce qu’il était convaincu que ce qu’il appuyait était juste.

Voilà pourquoi, même si nous ne connaissons pas encore le nombre exact de victimes, mais nous avons vu des scènes de souffrances impressionnantes, nous avons éprouvé une profonde douleur et une grande tristesse pour le peuple étasunien, fidèles à la ligne que nous nous sommes toujours tracés.

Nous n’adulons pas des gouvernements, nous ne demandons pas qu’on nous pardonne ni qu’on nous fasse des faveurs, et nous n’avons pas un atome de crainte dans nos poitrines. La Révolution a prouvé tout au long de son histoire combien elle était capable de relever des défis, combien elle était capable de se battre, combien elle était capable de résister autant qu’il le faut, ce qui a fait de nous un peuple invincible. Voilà nos principes. Notre Révolution se fonde sur les idées, sur la persuasion, non sur la force. J’espère qu’il ne restera maintenant plus aucun fou au monde capable de dire que les 1 200 000 citoyens qui ont défilé sur l’avenue du bord de mer le 26 juillet dernier ont été obligés de le faire par la force !

Notre réaction a été celle que j’ai dite. Nous avons voulu que notre peuple voie ces scènes et contemple cette tragédie. Et nous n’avons pas hésité à exprimer nos sentiments en public. J’ai sous les yeux une déclaration élaborée dès que nous avons connu les faits et remise à la presse internationale vers trois heures de l’après-midi, tandis que notre télévision s’attachait à divulguer les évènements. Le journal télévisé du soir la fera connaître.

Je vais le précéder de quelques minutes pour vous lire la Déclaration officielle du gouvernement cubain sur les faits survenus aux États-Unis :

« Le gouvernement de la République de Cuba a appris avec douleur et tristesse que des attaques violentes avaient été réalisées par surprise ce matin contre des installations civiles et officielles de New York et de Washington, et qu’elles ont causé de nombreuses victimes.

« Tout le monde connaît la position de Cuba face à toute action terroriste. [Notre histoire le prouve ; tous ceux qui connaissent l’histoire de nos luttes révolutionnaires le savent.] On ne saurait oublier que notre peuple a été, pendant plus de quarante ans, victime d’actions de ce genre, fomentées depuis les États-Unis mêmes.

« Aussi bien pour des raisons historiques qu’en vertu de principes moraux, le gouvernement cubain repousse et condamne de toute son énergie les attaques perpétrées contre ces installations et exprime ses condoléances les plus sincères au peuple étasunien pour les pertes de vie douloureuses et injustifiables qu’elles ont causées.

« À cette heure amère pour le peuple étasunien, notre peuple se solidarise avec lui et exprime sa pleine disposition à coopérer dans la mesure de ses modestes possibilités avec les institutions sanitaires et toute autre institution de caractère médical ou humanitaire des États-Unis au traitement, aux soins et au rétablissement des victimes des faits survenus ce matin. » (Applaudissements.)

Cette déclaration, nous ne l’avons pas seulement rendue publique, nous l’avons aussi transmise par voie officielle dans l’après-midi, surtout quand on a vu apparaître des chiffres impressionnants de victimes éventuelles et que nous avons appris que les hôpitaux étaient pleins de blessés.

On ne sait s’ils sont cinq, ou dix, ou quinze ou vingt mille. On sait que rien que dans les avions qui se sont écrasées sur les tours ou sur le Pentagone, il y avait des centaines de passagers. Nous avons offert ce que nous pouvons offrir s’il le faut.

C’est un pays qui possède un grand développement scientifique, médical, qui a des ressources, mais il se peut qu’il faille à un moment donné du sang d’un groupe ou d’un autre, du plasma. N’importe quel produit que nous pourrions donner, nous le ferions avec plaisir, ou alors un appui médical, ou des personnels paramédicaux, parce que nous savons que de nombreux hôpitaux sont déficitaires en techniciens et spécialistes donnés. Bref, nous tenions à faire connaître notre attitude, notre disposition face à ces événements tragiques.

Il y a à ça des antécédents. J’ai dit que nous avions supporté plus de quarante ans de terrorisme ; mais il y a plus : à des moments donnés, nous avons même informé le gouvernement des États-Unis de risques importants que couraient des Étasuniens. J’en ai un exemple ici :

Dans les jours qui ont suivi les attaques terroristes commis contre nos hôtels par la mafia terroriste de la Floride, qui concevait et payait les attaques terroristes contre Cuba, ainsi que les dizaines de projets d’attentats contre moi chaque fois que je me rendais à l’étranger, le groupe en question, conduit par ce monstre de Posada Carriles, dont nous avions déjà capturé des complices qui étaient des mercenaires étrangers à leur entrée sur le territoire national équipés des moyens correspondants, avait prévu d’utiliser une méthode sophistiquée : des bombes dans des hôtels ou des endroits fréquentés par des touristes étrangers comme La Bodeguita del Medio, et préparées pour exploser jusqu’à 99 heures plus tard. Et son idée était d’attaquer des avions de cette manière : le terroriste prend l’avion, installe sa bombe, fait la fête pendant trois jours et peut rentrer chez lui avant que la bombe explose. Le mercenaire salvadorien avait l’intention de placer cinq bombes dans des hôtels et des lieux publics de la capitale et de les faire exploser presque simultanément, l’un après l’autre. Voyez un peu où ils en étaient arrivés !

Nous sommes entrés en contact plus d’une fois avec le gouvernement des États-Unis par des voies confidentielles, et j’ai là un des messages directs adressés à celui qui présidait le pays – des messages par des voies confidentielles, je ne vais pas dire comment, à travers des personnes de toute confiance, des amis à nous et à lui, auxquelles nous expliquions exactement ce que nous voulions faire savoir. J’ai déjà utilisé une fois une partie de ce document, mais je vais citer textuellement un exemple :

« Point important.

« Numéro un. Les plans d’activité terroriste contre Cuba, financés par la Fondation nationale cubano-américaine et recourant à des mercenaires centraméricains, se poursuivent. Deux nouvelles tentatives de faire exploser des bombes dans nos centres touristiques ont été faites, avant et après la visite du pape.

« Dans le premier cas, les responsables ont pu s’échapper et regagner l’Amérique centrale par avion sans avoir atteint leurs objectifs et laissant derrière eux les moyens techniques et les explosifs qui ont été récupérés.

« Lors de la deuxième tentative, trois mercenaires guatémaltèques ont été arrêtés, avec saisie des explosifs et d’autres moyens. Ils devaient toucher mille cinq cent dollars pour chaque bombe ayant explosé. » [C’étaient les premiers arrêtés, pas celui qui avait posé le plus grand nombre de bombes.]

« Dans les deux cas, ils ont été engagés et équipés par des agents du réseau créé par la Fondation nationale cubano-américaine. Celle-ci prévoit, et elle a déjà commencé, de faire exploser des bombes dans des avions des lignes aériennes cubaine ou dans ceux d’autres pays desservant Cuba et qui conduisent des touristes vers ou depuis des pays latino-américains.

« La méthode reste la même : cacher le petit artéfact dans l’avion, explosif puissant, détonateur contrôlé par horloge numérique qui peut être programmée jusqu’à 99 heures d’avance, abandonner l’avion à la destination prévue, l’explosion devant se produire ensuite à terre et en plein air. Des procédés vraiment diaboliques : des dispositifs faciles à monter, des éléments quasiment impossibles à découvrir, un entraînement minime, impunité quasi-totale, procédés extrêmement dangereux pour les lignes aériennes, les installations touristiques ou autres, des instruments utilisables pour des crimes et des délits très graves.

« Si ces possibilités finissent par se divulguer et se connaître [nous nous opposions à la divulgation de la technologie utilisée], elles peuvent se convertir en une épidémie, comme cela est arrivé autrefois lors des détournements d’avions. D’autres groupes extrémistes d’origine cubaine vivant aux USA commencent à marcher dans cette direction.

« Les services de police et de renseignement des États-Unis possèdent des informations fiables et suffisantes sur les principaux responsables. S’ils le veulent vraiment, ils peuvent avorter à temps cette nouvelle forme de terrorisme, mais il est impossible de la freiner si les États-Unis ne font pas leur devoir élémentaire de la combattre. On ne peut laisser cette responsabilité seulement à Cuba. N’importe quel pays du monde pourrait très vite être responsable de ces actes. »

Voilà ce que nous avons fait savoir, l’administration en question y a prêté attention au point qu’elle nous a demandé notre avis sur l’utilité d’en avertir les compagnies aériennes.

Elle nous a fait parvenir le texte qu’elle pensait envoyer aux compagnies aériennes : « Nous avons reçu une information non confirmée au sujet d’un complot consistant à poser des engins explosifs à bord d’avions civils opérant à Cuba et dans des pays latino-américains. Les gens impliqués prévoient de laisser un petit artéfact explosif à bord… » Bref, elle explique ce que nous lui avions transmis. « Nous ne pouvons pas écarter la possibilité que la menace puisse inclure des opérations de chargement aérien international à partir des États-Unis. Le gouvernement des États-Unis continue de chercher des informations supplémentaires pour préciser, vérifier ou réfuter cette menace. »

Nous lui avons fait savoir que nous nous opposions à la publication de cet avis, parce que justement un des objectifs que recherchaient ces individus, c’était de semer la panique, et nous lui avons expliqué qu’il existait d’autres méthodes, comme celle que nous utilisons nous-mêmes : nous montons la garde à chaque risque de bombe, nous contrôlons et nous savons quels sont ceux qui sont impliqués dans les plans et peuvent poser les bombes. Nous sommes vigilants, et c’est ce qu’il faut faire si vous ne voulez pas semer la panique, créer un scandale ou permettre aux malfaiteurs d’atteindre leur objectif : porter préjudice à l’économie du pays et semer la terreur.

Mais l’administration a publié finalement l’information. C’est son affaire. Mais nous, nous avions beaucoup renforcé nos mécanismes pour capturer les individus qui, depuis, n’ont plus pu poser une seule bombe. Nous maintenons la garde là où il le faut. Quand ils sont allés faire leur attentat au Panama, nous en savions plus sur leurs préparatifs qu’eux-mêmes. C’est très clair.

Maintenant, la mafia de Miami s’efforce de faire relâcher les terroristes surpris en flagrant délit et arrêtés au Panama. Elle a déjà des plans sur la façon de le faire, à travers quel pays les évacuer et comment, en passant pour des malades. Ces terroristes reçoivent librement des visites de gens de Miami et ils ont même participé à la préparation d’une infiltration armée à Cuba voilà quelques mois, du côté de Santa Clara.

C’est grâce à de nombreux amis que nous avons partout et à des hommes comme ceux qui sont là [les Cinq patriotes cubaines incarcérés à Miami pour avoir informé sur les plans terroristes contre Cuba] que le pays s’est défendu de ce terrorisme-là (applaudissements).

Je le signale parce que c’est un fait : j’ai ici des documents et des notes. Nous avons parfois envoyé des messages verbaux parfois des messages écrits, et l’un des arguments que nous avons utilisés est irréfutable : les États-Unis sont le pays où il existe la plus grande quantité de groupes extrémistes organisés, dont quatre cents sont armés.

Les détournements d’avion, une méthode qu’ils ont inventée contre Cuba, sont devenus un fléau universel, et c’est Cuba qui en fin de compte a réglé ce problème, quand, après des avertissements réitérés, nous avons renvoyé deux pirates aux États-Unis. Ç’a été douloureux, c’étaient des Cubains, mais nous avions averti : ils l’ont fait et nous les avons réexpédiés, tenant notre parole donnée en public. Là-bas, ils ne n’ont jamais plus donné aucune nouvelle d’eux pour leurs familles. Ils ont leur manière de faire à eux. Allez savoir. Je sais qu’ils les ont condamnés à quarante ans. En tout cas, c’est ça qui a mis fin aux détournements d’avions.

Ils ont là-bas huit cents groupes extrémistes. Des groupes qui se barricadent pour une raison ou pour une autre à un endroit donné, qui s’immolent par le feu, qui se suicident, beaucoup pour des raisons politiques, parfois pour des raisons religieuses, mais en tout cas des groupes violents, enclins à l’emploi de la force ou qui préparent des poisons, des produits pour agir contre les autorités de leur pays. Je ne parle pas de ceux de la mafia, je parle de centaines de groupes extrémistes organisés qui agissent aux États-Unis mêmes. Tout récemment, ils ont fait exploser l’édifice en Oklahoma.

Le pays le plus vulnérable au terrorisme, c’est les États-Unis, celui qui a le plus d’avions, le plus dépendant de ressources techniques, de voies électriques, de gazoducs, etc., etc. Et bien des membres de ces groupes sont fascistes, ils sont prêts à tuer ; mentalement, ils sont sans doute plus proches de la folie que d’une intelligence équilibrée. Nous avons dit aux autorités étasuniennes en guise d’argument : il faut empêcher que ces méthodes se divulguent, elles sont faciles à utiliser, c’est un danger pour vous.

Quand je suis arrivé ici, aucun élément ne permettait de savoir qui avait pu commettre ces attentats, parce que c’est peut-être une action conçue et exécuté par l’un de ces groupes, qui l’ont déjà fait comme à Oklahoma, ou alors des groupes étrangers. En tout cas, il est évident, si l’on en croit les détails déjà connus, que l’attentat a été organisé avec beaucoup d’efficacité, de synchronisation, typique de gens qui s’y connaissent, qui comptaient sur des pilotes capables de piloter des Boeing de grande taille, qui ont coordonné les moments exacts où ils devaient agir, qui ont détourné sans aucun doute l’avion sur la ligne qu’il desservait, avec des pilotes qui pouvaient guider ces avions directement sur une tour ou sur d’autres objectifs, sur une tour, puis sur l’autre en quelques minutes, et presque en même temps un autre visant le Pentagone.

Autrement dit, ce sont des gens ayant reçu une préparation technique, des gens organisés, et pas forcément des groupes très grands. Personne ne sait le mal que peuvent faire de petits groupes, vingt, vingt-cinq ou trente personnes fanatisées, ou attachées à des idées données. Et l’endroit où ils peuvent faire le plus de mal, c’est aux États-Unis. On voit qu’ils ont calculé l’heure où ils pouvaient y avoir le plus de gens dans les bureaux, vers neuf heures du matin, les dégâts qu’ils pouvaient faire, les milliers de victimes qu’ils pouvaient causer.

En fait, à ce moment, il faudra chercher des pistes, une piste, parce que cette action a des caractéristiques spéciales. Le devoir le plus important des dirigeants étasuniens, à mon avis, c’est de lutter contre le terrorisme. Ces tragédies sont en partie la conséquence du fait qu’ils ont recouru eux-mêmes à des méthodes terroristes contre Cuba, durant une foule d’années, et contre d’autres pays. Ils ont divulgué l’idée du terrorisme. Et aujourd’hui, il n’existe aucun pouvoir au monde, aussi grand qu’il soit, qui puisse éviter des faits de cette nature, parce qu’ils sont l’œuvre de fanatiques qui se fichent éperdument de la mort. Voilà pourquoi la lutte contre ces méthodes est difficile.

De tout ça, on peut en tirer une idée : aucun des problèmes actuels du monde ne peut se régler par la force. Il n’y a pas de pouvoir global, ni de pouvoir technologique, ni de pouvoir militaire qui puisse préserver l’immunité totale face à de tels faits, parce qu’ils peuvent être réalisés par des groupes réduits, difficiles à découvrir et, ce qui est plus compliqué, par des suicidaires. Si bien que la communauté internationale doit consacrer ses efforts à mettre fin à une série de conflits existant dans le monde, ou du moins sur ce terrain : mettre fin au terrorisme mondial (applaudissements), forger une conscience mondiale contre le terrorisme. Et je vous parle au nom d’un pays qui a vécu plus de quarante ans de Révolution et qui a acquis beaucoup d’expérience, qui est uni et qui possède une grande culture, qui n’est pas un peuple de fanatiques, qui n’a pas semé le fanatisme, mais des idées, des convictions, des principes.

Nous serions dans de meilleures conditions pour nous défendre, et nous l’avons démontré. Combien de vies n’avons-nous pas sauvées face à tant d’argent et à tant de ressources pour semer le terrorisme dans notre patrie ! Nous avons vécu quarante ans d’expérience. Nous sommes dix fois mieux préparés pour prévenir de tels actes que les États-Unis eux-mêmes.

Il est très important de savoir quelle sera la réaction du gouvernement étasunien. Il se peut que des jours dangereux arrivent pour le monde. Je ne parle pas de Cuba. Cuba est le pays qui peut être le plus tranquille au monde pour diverses raisons : pour notre politique, pour nos manières de lutter, pour notre doctrine, pour notre morale et en plus, compañeras y compañeros, pour notre absence de peur totale.

Rien ne nous inquiète, rien ne nous intimide. Il serait très difficile de fabriquer une calomnie contre Cuba, au point que même celui qui l’inventerait et la brevèterait n’y croirait même pas. C’est très difficile, et Cuba aujourd’hui n’est pas n’importe quoi dans le monde (applaudissements) : elle occupe une position morale très grande et une position politique très solide. Ça ne me vient même pas à l’idée, bien qu’un de ces crétins de la mafia ait commencé à jouer les intrigants, un de ces charlatans méprisables de la mafia, qui a mentionné le Venezuela et Cuba. Personne n’y prêtera attention. Mais il y aura une situation de tensions, de risques en fonction de la manière dont agira le gouvernement étasunien. Les prochains jours vont être tendus aux États-Unis et hors des États-Unis, allez savoir combien de gens vont commencer à donner leur opinion.

Chaque fois que survient une de ces tragédies, aussi difficile que ce soit parfois de l’éviter, je ne vois pas d’autre chemin. S’il m’était permis en une occasion pareille de faire une suggestion à l’adversaire – un adversaire qui a été dur contre nous pendant bien des années, mais qui sait que nous sommes durs nous aussi, qui sait que nous résistons, qui sait que nous ne sommes pas des sots, et qui peut même avoir un brin de respect pour notre pays – et bien qu’il y ait beaucoup de problèmes à beaucoup d’endroits – s’il m’était donc permis de suggérer quelque chose à l’adversaire en de pareilles circonstances, je suggérerais à ceux qui dirigent le puissant Empire, pour le bien-être du peuple étasunien, et à partir des arguments que j’ai exposés, d’être sereins, d’agir avec équanimité, de ne pas se laisser entraîner par des accès de colère ou de haine, de ne pas commencer à traquer des gens en larguant des bombes partout.

Je réitère qu’aucun des problèmes du monde, dont le terrorisme, ne peut se régler par la force, et que chaque action de force, chaque action insensée de recours à la force n’importe où les aggraverait sérieusement.

La voie n’est pas la force ni la guerre. Je le dis ici, fort de l’autorité que me donne le fait d’avoir toujours parlé honnêtement, de posséder des convictions solides et de l’expérience d’avoir vécu les années de lutte qu’a vécues Cuba. Seuls la raison, la politique intelligente consistant à recourir au consensus et l’opinion publique internationale peuvent extirper le problème à la racine. Je crois que ce fait si insolite devrait servir à lancer la lutte internationale contre le terrorisme. Mais la lutte internationale contre le terrorisme ne se règle pas en éliminant un terroriste par ci et un autre par là ; en tuant à droite et à gauche, en utilisant des méthodes similaires et en sacrifiant des vies innocentes. Il se règle en mettant fin, entre autres choses, au terrorisme d’État et à d’autres façons de tuer répugnantes (applaudissements), en mettant fin aux génocides, en suivant loyalement une politique de paix et de respect de normes morales et légales qui sont incontournables. Le monde ne se sauvera pas s’il ne suit pas une politique de paix et de coopération internationale.

Que personne n’aille croire que nous cherchons à acheter une tonne de quoi que ce soit sur le marché des États-Unis. Nous avons prouvé que nous pouvons survivre, vivre et progresser, et tout ce que nous voyons ici aujourd’hui est l’expression d’un progrès sans parallèle dans l’histoire (applaudissements). On ne progresse pas seulement en produisant des automobiles, on progresse en développant des intelligences, en inculquant des connaissances, en créant de la culture, en s’occupant des êtres humains de la façon dont on doit s’en occuper, ce qui est le secret de la force énorme de notre Révolution.

Le monde ne sauvera pas autrement, et je parle en l’occurrence des situations de violence. Qu’on cherche la paix partout pour protéger tous les peuples de cette plaie du terrorisme, car c’en est une (applaudissements), mais il existe aussi une autre plaie qui s’appelle, par exemple, le sida, il existe une autre plaie terrible qui tue des dizaines de millions d’enfants, d’adolescents et d’adultes dans le monde de faim, de maladies, de manque de soins et de médicaments.

Il y a sur le terrain politique des idées absolutistes, une pensée unique qu’on tente d’imposer au monde et qui provoque des rébellions et des irritations partout.

Le monde ne se sauvera pas – et ça, ça n’a rien à voir avec le terrorisme – si on continue de développer ou d’appliquer cet ordre économique et social injuste qui conduit le monde à la catastrophe dont ne réchapperont pas les six milliards deux cent millions d’habitants et leurs enfants futurs de notre planète qui est toujours de plus en plus détruite et poussée à la pauvreté, au chômage, à la faim et au désespoir. Les masses le prouvent à différents endroits devenus désormais historique : Seattle, Québec, Washington, Gênes.

Les plus puissants leaders de l’économie et de la politique mondiales ne peuvent presque plus se réunir désormais ; les gens ont de moins en moins peur, ils sont révoltés, comme on peut le constater partout. Je viens de rentrer de Durban, et j’y ai vu des milliers de personnes appartenant à des organisations non gouvernementales. On voit le mécontentement monter dans le monde comme le lait.

Voilà ! Je laisse le lecteur juge des deux approches… De quel côté est l’élégance, et duquel l’indifférence oublieuse (ou politicienne) ? Fidel oublie, lui, pour le bien commun des populations concernées, que les États-Unis ont été précisément le pays d’où sont venues les attaques terroristes, oublie les victimes innocentes, oublie que les administrations étasuniennes n’ont jamais rien fait pour mettre des groupes terroristes archiconnus, avec noms et adresses à Miami fournis par le gouvernement cubain, hors d’état de nuire, oublie que, pis encore, quand les services de renseignement cubains lui ont remis, parce que l’heure était grave, des centaines de documents sur ces groupes à la demande même du FBI et des autorités étasuniennes, et après rencontre à La Havane même entre les intéressés des deux parties, ce sont ceux qui ont permis de déjouer des attentats comme infiltrés dans les groupes terroristes que l’on arrêtera (je veux parler des Cinq), et non les criminels, Fidel donc oublie momentanément tout ce lourd passé d’agressions pour le bien commun ! Obama, lui aussi, oublie, mais du pire oubli : chez la victime, il ne se sent pas concerné et ne dit mot ! Alors qu’il évoque la souffrance de victimes situées à neuf heures d’avion…

Au fond, pourquoi s’en étonner ? Même lors du pire attentat terroriste, qui fut, je le répète, une première dans l’histoire de l’aviation civile, le plasticage de l’avion cubain au décollage de la Barbade en octobre 1976, l’administration étasunienne de l’époque n’a pas, que je sache, adressé au gouvernement cubain la moindre note de condoléances comme l’aurait voulu le simple décorum diplomatique. La Révolution cubaine, elle, à l’occasion du 11 septembre 2001, non seulement exprime ses condoléances aux victimes, mais propose même de l’aide aux autorités en cas de besoin. Oui, l’élégance est tout uniment d’un seul bord ! Et n’allons pas croire qu’il ne s’agissait que d’un beau geste sans conséquences : en général, la Révolution cubaine ne se paie pas de mots et fait ce qu’elle dit. Lors des terribles inondations causées à la Nouvelle-Orléans par le cyclone Katrina, face à la gabegie des autorités (in)compétentes, Cuba avait préparé en un temps record une brigade de personnels médicaux (25 août 2005) prête à se rendre sur place pour prêter main forte à des services de secours et d’urgences débordés devant l’ampleur de la catastrophe et l’avait mise à la disposition de l’administration Bush, pourtant alors l’ennemi plus que juré de la Révolution cubaine. Inutile de dire que jamais aucune réponse ne provint de la Maison-Blanche. Cuba avait d’ailleurs poussé l’élégance jusqu’à baptiser ce « Contingent international de médecins spécialisés en situations de catastrophe et de graves épidémies » du nom d’Henry Reeve, un Étatsunien qui s’était enrôlé à dix-neuf ans dans les rangs de l’Armée de libération cubaine pour participer à la première guerre d’indépendance (1868) et y périt le 3 août 1876 à la bataille de Yaguaramas avec le grade de général de brigade. Panache, vous dis-je !

En tout cas, je sais que si Bush fils avait suivi les conseils de Fidel, s’il n’avait pas lancé sa « guerre contre le terrorisme » dans les fameux « soixante trous perdus » de notre planète, celle-ci ne serait pas aussi martyrisée qu’elle est aujourd’hui et moins de millions de vies auraient été perdues ou bouleversées ! « Guerre contre le terrorisme » ! Peut-on trouver concept plus primaire, réaction plus idiote ? François Hollande et Manuel Valls qui ont aussi ces idées en tête feraient bien, eux aussi, de lire ce discours de Fidel ! Obama aussi d’ailleurs à qui s’adressait en perspective cette autre idée : « …la lutte internationale contre le terrorisme ne se règle pas en éliminant un terrorisme par ci et un autre par là ; en tuant à droite et à gauche, en utilisant des méthodes similaires et en sacrifiant des vies innocentes. » Quand on voit comment la Maison-Blanche célèbre comme de grandes victoires l’assassinat par drone interposé de tel ou tel chef ou sous-chef de mouvements terroristes, on se dit que non, vraiment, l’Empire n’apprend jamais rien : comme si les criminels ne trouveront pas un remplaçant à celui qu’on vient d’abattre !

Bref, constatant que d’entrée Obama faisait l’impasse sur un point extrêmement sensible – sans doute même le plus sensible – pour la population cubaine au sein de laquelle les plaies du terrorisme made in USA sont encore béantes, je me suis dit : « Ce discours, c’est mal barré ! »

Jacques-François Bonaldi
La Havane

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