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Thème : Islamophobie

France : l’avènement de la démocratie pour rire

Bruno GUIGUE

La querelle du burkini, c'est le saut qualitatif qui précipite la politique française dans le néant, le dernier accès d'auto-dérision qui lui porte le coup de grâce. De l'extrême-droite à l'extrême-gauche, toute la classe politique a joué sa partition dans cette cacophonie estivale. Gauche obsédée du foulard, revenants de la droite décomplexée, FN à l'affût, quelle belle unanimité ! A croire que le trouble identitaire est leur gagne-pain, le péril musulman leur fonds de commerce et la chasse au morceau de tissu intempestif leur priorité pour la France.

Crispation faciale à l'appui, le premier ministre fulmine contre le voile et fantasme sur les seins de Marianne. Le président des Républicains rêve d'une loi qui proscrive définitivement le voile et le burkini. Le vice-président du FN veut tout interdire, voile, croix et kippa confondus. Un candidat de la gauche de la gauche voit dans un maillot de bain une offensive salafiste. Leur mot d'ordre commun ? On le devine. C'est l'éradication, comme si supprimer les signes extérieurs de la diversité confessionnelle permettait de rendre la société homogène, oblitérant miraculeusement tout le reste. On aimerait sourire de cette surenchère, mais elle fait des dégâts. En caricaturant le débat d'idées, cette guerre picrocholine frappe d'inanité le jeu démocratique. Cette rixe estivale autour d'un maillot de bain ne se contente pas, en effet, de ridiculiser la classe politique. En l'incitant à pourchasser des fantômes, elle infantilise aussi le peuple, elle l'aliène, elle détourne son regard vers un théâtre (...) Lire la suite »

Valls et Sarko : même combat ? De l’instrumentalisation du « burkini » : « Le burkini et les bourricots ».

Jean ORTIZ

Jamais la France n’aura eu un premier ministre aussi provocateur, méprisant, matamoresque, cynique... Comme Sarko et le FN, il a décidé que les prochaines présidentielles porteraient sur « l’identité », la « sécurité », la « nation », à la sauce ultra réact, reléguant ainsi la question des questions : la « question sociale »...

La polémique sans cesse relancée, burinée, sur le « burkini » relève d’une offensive proche de la « révolution nationale » du bon maréchal. Bien qu’elle puisse apparaître burlesque, elle n’en est pas moins dangereuse, instrumentalisée de tout bord ; elle peut se terminer par la mise à mort de la République, alors que nous avons besoin d’une République et d’une laïcité ouvertes, intégratrices, d’inclusion. Mais ces hommes sont prêts à tout, à mettre la France à feu et à sang s’il le faut, comme ceux qu’ils dénoncent, pour asseoir leur ambition personnelle et surtout servir un capitalisme de plus en plus carnassier dont ils sont les hérauts besogneux. La France est menacée d’éclatement, de fragmentation, oui, par leur politique antisociale, leur inféodation à l’Union européenne et aux Etats-Unis, ravagée par une austérité létale, l’austérité pour « ceux d’en bas ». Ces politicards créent les conditions pour que des jeunes français, ne se sentant pas exister, se retournent criminellement contre leur pays. La révolte (...) Lire la suite »
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L’échec programmé de la lutte contre l’islamophobie

Fouad BENYEKHLEF

L’islamophobie est une réalité qu’il est vain de vouloir ignorer. Elle est au corps social ce que la tumeur maligne est au corps malade. Pourtant, cette notion a connu d’énormes difficultés à émerger sur la scène publique et à être reconnue comme catégorie spécifique par les acteurs mobilisés dans la lutte générale contre le racisme et l’antismétisme.

Aujourd’hui, un nombre grandissant d’organisations, pour la plupart musulmanes, se sont créées avec cette question à leur ordre du jour. Elles poursuivent pour objectif la lutte pour la défense et la protection des victimes et déploient des efforts importants en vue d’assurer une représentation institutionnalisée de ce combat auprès des pouvoirs publics. La création de ces structures, à côté des organisations anti-racistes historiques, est illustrative de la crise qu’a traversé l’antiracisme traditionnel dans notre pays. Le débat sémantique a longtemps été au cœur des réticences à admettre l’islamophobie comme terrain de combat spécifique. Le caractère polysémique ou prétendument inadapté du concept d’islamophobie a constitué la principale pierre d’achoppement. Du côté des victimes, l’islamophobie apparaissait en revanche comme un néologisme à la fois utile dans la mobilisation et politiquement efficace. Sans manquer véritablement de pertinence, les critiques concernant la qualification sémantique du racisme ciblant (...) Lire la suite »
A coups de marteaux et de pioches, des musulmans exaspérés transforment une mosquée salafiste qu’ils avaient eux-mêmes construite en salle des fêtes

Mayotte, flambée de violence contre une mosquée salafiste

Jacques-Marie BOURGET

L’information est passée inaperçue dans la presse. Vendredi 27 Février, sur l’île de Mayotte peuplée à 95% de musulmans, les habitants d’un village ont saccagé une mosquée pour protester contre des prêches intégristes.

Pendant que tous nos guides de la politique française s’échinent à domestiquer l’islam à leur guise, et que se met en route un bulldozer sacré piloté par Plenel et Ramadan afin de faire place nette à de nouvelles fondations du sacré, des citoyens français, eux, utilisent une méthode radicale : pour lutter contre l’intégrisme ils ont détruit une mosquée. Tout cela ne fait guère de bruit et ne mobilise pas les mouvements anti islamophobes… Explication : les éradicateurs sont eux-mêmes musulmans. Des prêcheurs radicaux "venus de l'extérieur" L’évènement s’est produit le 27 février sur l’île de Mayotte, 101e département français. L’attaque menaçait depuis longtemps. La colère est montée un certain vendredi quand des fidèles de M’Tsangamouji, qui se jour de prière désertent leur moussada, petite mosquée de quartier, pour une autre bien plus importante, ont découvert que, dans leurs dos, des prêcheurs radicaux l’utilisaient pour y diriger une prière du genre dur et radical. Des prêcheurs « venus de l’extérieur », (...) Lire la suite »

Israël contre les Juifs

Pierre STAMBUL

C’est un refrain bien établi. Vous critiquez Israël et le sionisme ? Vous êtes antisémite ! Un Juif français veut pouvoir « vivre son judaïsme » ? On l’invite à faire son « alyah » et à apporter sa pierre à la colonisation de la Palestine.

On essaie de nous marteler que l’histoire des Juifs s’est achevée et qu’Israël en est l’aboutissement. Israël fonctionne comme un effaceur de l’histoire, de la mémoire, des langues, des traditions et des identités juives. La politique israélienne n’est pas seulement criminelle contre le peuple palestinien. Elle se prétend l’héritière de l’histoire juive alors qu’elle la travestit et la trahit. Elle met sciemment en danger les Juifs, où qu’ils se trouvent. Et elle les transforme en robots sommés de justifier l’injustifiable Retour sur un passé récent L’histoire des Juifs français n’a strictement rien à voir avec Israël. Régulièrement spoliés, massacrés ou expulsés par différents rois très chrétiens, les Juifs ont acquis la citoyenneté française avec l’Abbé Grégoire pendant la Révolution. Ces deux derniers siècles ont été marqués par une quête de la citoyenneté et de l’égalité des droits. L’affaire Dreyfus a révélé que, si une partie de la société française était antisémite, une autre partie, finalement majoritaire, (...) Lire la suite »
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Charlie Hebdo : chercher à comprendre pour éviter les pièges

Grégoire LALIEU

Quel rapport entre la découverte du pétrole, le rire de Nasser, la guerre d’Algérie, la révolte des banlieues et l’attentat de Charlie Hebdo ? Aucun si l’on s’en tient au registre émotionnel et au discours sécuritaire qui ont fait suite à l’attaque du journal satirique. Pourtant, si l’on ne peut accepter que deux jeunes Français ayant sombré dans le fanatisme religieux assassinent des journalistes en plein Paris, il est nécessaire de s’interroger sur ce qui a rendu possible l’impensable.

Cette réflexion nous amène nécessairement à remonter le mal jusqu'à ses racines pour analyser ce qui s'est passé tant au Moyen-Orient qu'en France ces dernières décennies. Cet article porte donc davantage sur ces deux éléments que sur l'attentat du 7 janvier. Un exercice indispensable à l'heure où le drame qui a ébranlé la France est ramené à la seule dimension de la liberté d'expression. Un exercice indispensable à l'heure où une partie de la classe politique, dans l'impossibilité d'interroger ses responsabilités, propose d'adopter un Patriot Act français pour nous protéger de la menace terroriste. Un appel lancé depuis une marche pour... la liberté d'expression ! L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seul l’amour le peut. (Martin Luther King) Charlie Hebdo a fait rire. Charlie Hebdo a fait grincer des dents. Mercredi 7 janvier, Charlie Hebdo a, peut-être pour la première fois, fait pleurer. Deux individus lourdement armés ont pris (...) Lire la suite »

Les terroristes sont-ils tous des musulmans ? C’est bien loin d’être la réalité (The Daily Beast)

Dean OBEIDALLAH
Quel est le pourcentage d'attaques terroristes commis par des musulmans aux Etats- Unis et en Europe ? Devinez... Non... Devinez à nouveau... Encore... Combien de fois avez-vous entendu : " Tous les musulmans ne sont pas des terroristes, mais tous les terroristes sont musulmans” ? Bien sûr, nous avons entendu Brian Kilmeade (1) journaliste de Fox News le dire , mais pour moi, tout ça fait partie de la politique même de Fox News : crétiniser leurs téléspectateurs, chaîne qui d'ailleurs s'est brillamment illustré le week-end dernier, lorsque son "expert" sur le terrorisme Steve Emerson a été pris la main dans le sac en train de mentir sur la ville de Birmingham, en Angleterre, en disant qu'elle est fermée aux non-musulmans (4). Mais plus inquiétant encore est le fait que même des personnes raisonnables aient relayé cette déclaration mensongère. Et ce genre de commentaire est bien souvent suivie par la question : Pourquoi ne voyons-nous pas des terroristes chrétiens , bouddhistes ou juifs ? (...) Lire la suite »
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Je ne suis pas Charlie

Shlomo SAND

Shlomo Sand est un historien israélien (université de Tel-Aviv). Il a publié Comment le peuple juif fut inventé, une étude de la construction nationale israélienne par le mouvement sioniste. Il défend l’idée que cette construction s’est appuyée sur un récit fondateur mythique, faisant des populations juives un peuple, uni par une même origine et possédant une histoire nationale commune, remontant à la terre d’Israël. Sand nie la réalité de cette origine commune, mettant en avant l’importance des conversions dans la constitution des populations de confession juive. D’autre part, pour lui, jusqu’à l’avènement du sionisme, ces populations ne se définissaient qu’à travers leur appartenance religieuse en commun et ne se percevaient donc pas comme un peuple (Wikipedia).

LGS

Rien ne peut justifier un assassinat, a fortiori le meurtre de masse commis de sang-froid. Ce qui s’est passé à Paris, en ce début du mois de janvier constitue un crime absolument inexcusable. Dire cela n’a rien d’original : des millions de personnes pensent et le ressentent ainsi, à juste titre. Cependant, au vu de cette épouvantable tragédie, l’une des premières questions qui m’est venue à l’esprit est la suivante : le profond dégoût éprouvé face au meurtre doit-il obligatoirement conduire à s’identifier avec l’action des victimes ? Dois-je être Charlie parce que les victimes étaient l’incarnation suprême de la liberté d’expression, comme l’a déclaré le Président de la République ? Suis-je Charlie, non seulement parce que je suis un laïc athée, mais aussi du fait de mon antipathie fondamentale envers les bases oppressives des trois grandes religions monothéistes occidentales ? Certaines caricatures publiées dans Charlie Hebdo, que j’avais vues bien antérieurement, m’étaient apparues de mauvais goût ; seule une (...) Lire la suite »
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Affaires des caricatures ou la liberté de stigmatisation collective

Emrah KAYNAK
Partons d'abord d'un constat. Comme le souligne André Tosel, les conflits identitaires ont tendance de plus en plus à surdéterminer les conflits sociaux. Le dipôle civilisation/barbarie ou Occident/Islam, qui pose deux principes irréductibles, acquiert un pouvoir explicatif du monde intangible. L'autre, c'est le musulman, celui dont les traits divergent le plus du modèle-type capitalisto-occidental. Ce modèle conceptuel dualiste se retrouve aux antipodes de la thèse marxiste de la lutte des classes. Cette opposition « culturelle », au sens large du terme, où le religieux occupe une place centrale, supplante les dimensions économique et sociale de l'existence. La société n'est plus clivée verticalement par les différenciations idéologiques entre bourgeois et capitalistes mais par les particularismes ethnico-religieux. La question de la libre circulation des opinions et du droit à la satire est un sujet d'intérêt public qui fait l'objet de plusieurs interprétations. Certains estiment que la liberté (...) Lire la suite »