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C’ est une première : l’Équateur renonce à exploiter une partie de ses réserves pétrolières !












Photo : www.oilwatch.org







Photo : Santiago R. Ron








25 septembre 2007




Discours du Président de la République de l’Equateur, l’économiste Rafael Correa.



Dialogue de haut niveau sur le changement climatique de la 62ème assemblée générale des Nations Unies


New York, le 24 septembre 2007.

Monsieur le Président, Excellences :

Permettez-moi pour commencer, d’exprimer au nom du peuple de l’Equateur et de mon Gouvernement, notre satisfaction pour la réalisation de ce Dialogue de Haut Niveau sur le Changement climatique, et de souhaiter le meilleur des succès à tous les Etats Membres pour les conclusions qui seront adoptées au cours de cette rencontre si importante.

Le Dialogue qui nous réunit aujourd’hui est un signal clair que le changement climatique a cessé d’être une préoccupation d’initiés, pour devenir une préoccupation au plus haut niveau politique. Dans ce contexte, notre engagement pour contrer le changement climatique nous oblige à une réflexion sur le modèle actuel de développement.

Le changement climatique n’a pas de frontières ; cependant il faut souligner que sa distribution et ses impacts sont inéquitables. Tandis qu’un citoyen moyen des Etats-Unis génère 6 tonnes de carbone par an, ou un européen moyen environ 3 tonnes par an, la moyenne mondiale des émissions de carbone par personne est d’environ 1,3 tonnes annuelles, avec une grande asymétrie. Une réalité qui établit clairement où sont les plus importantes responsabilités dans l’atteinte à l’environnement et à la vie sur la planète.

Cette exposition des faits ne prétend pas ignorer les émissions croissantes de quelques pays en voie de développement, [1]mais de mettre en évidence que le modèle actuel de croissance, basé sur l’utilisation intensive des combustibles fossiles et dans la consommation excessive, est un modèle non durable, qui ne bénéficie qu’à une minorité "privilégiée" de la société moderne, mais qui nous affecte tous énormément.

Durant les dernières années, les désastres climatiques ont coûté la vie à plus de 3 millions de personnes dans le monde, ont affecté à 800 millions d’autres, avec des dommages immédiats qui dépassent les 23 milliards de dollars. De ces dommages, 90% se sont produit dans les pays en voie de développement.

Monsieur le Président,

L’Equateur est un pays marginal en termes d’émissions (moins de 1% du total mondial), mais dans lequel les conséquences du changement climatique pourraient occasionner la transformation graduelle des forêts tropicales par des savanes ; le remplacement de la végétation semi-aride par la végétation aride ; une perte significative de la biodiversité ; le recul des glaciers et des changements dans le régime de précipitations avec des impacts potentiels sur la disponibilité de l’eau pour la consommation humaine. (...)

Cependant, l’Equateur est disposé à de grands sacrifices, avec justice et créativité, pour contrer le réchauffement global. L’initiative du gouvernement équatorien de maintenir le pétrole du champ pétrolier ITT dans le sous-sol, - réserve qui se trouve dans une zone écologique hautement sensible appelée Yasunà­ -, signifie l’engagement de ne pas exploiter les près de 920 millions de barils de pétrole et, de cette façon, de conserver une des régions renfermant la plus grande biodiversité du monde. Cependant, cela impliquera de cesser de recevoir d’énormes investissements et près de 720 millions de dollars par an, quantité significative pour un petit pays de 13 millions d’habitants et près de 6 millions de pauvres. Nous sommes disposés à faire cet immense sacrifice, mais nous exigeons la co-responsabilité de la communauté internationale et une compensation minime pour le bien-être environnemental que nous générons, et duquel bénéficie toute la planète.

Le modèle Yasunà­-ITT, impulsé par le gouvernement équatorien, évitera l’émission de 111 millions de tonnes de carbone provenant de la combustion du pétrole. Le coût d’opportunité pour l’Equateur de ne pas exploiter le pétrole est d’au moins 10 à 15 dollars par baril. Cependant, l’Equateur demande au reste de l’Humanité une contribution de seulement 5 dollars par baril, pour conserver la biodiversité, protéger les peuples indigènes en isolement volontaire qui habitent là -bas et éviter les émissions de dioxyde de carbone. Le total de la compensation sollicitée auprès du reste de l’Humanité est d’environ 4,6 milliards de dollars. Cela serait un extraordinaire exemple d’action collective mondiale pour réduire le réchauffement global, pour le bénéfice de toute la planète.

Monsieur le Président,

Notre proposition prévoit de plus la création d’un Fond Fiduciaire Yasunà­-ITT, dans le cadre du Plan National de Développement, qui inclut, entre autres, la diversification des sources d’énergie, le développement de capacités et d’investissements en éco-tourisme, et l’application d’un agenda intégral qui comprend la santé, l’éducation, et la réhabilitation environnementale.

En plus du soutien technique et économique, la proposition équatorienne cherche à transformer les vieilles conceptions de l’économie et le concept de valeur. Dans le système de marché l’unique valeur possible est la valeur de change, le prix. Le projet Yasunà­-ITT se base surtout sur la reconnaissance des valeurs d’usage et de service, des valeurs non financières de la sécurité environnementale et du maintien de la diversité planétaire. Il s’agit d’inaugurer une nouvelle logique économique pour le XXIème siècle, dans lequel on compenserait la génération de valeur, et pas seulement la génération de marchandises.

Pour la première fois un pays pétrolier, l’Equateur, où un tiers des ressources de l’Etat dépend de l’exploitation de cette ressource, renonce à ces revenus pour le bien-être de toute l’humanité et invite le monde à se joindre à cet effort à travers une juste compensation, pour qu’ensemble nous asseyions les bases d’une civilisation plus humaine et plus juste.

Merci beaucoup.

Rafael Correa


- Source :
Yasunà­ por siemprewww.amazoniaporlavida.org/fr



Le parc naturel Yasunà­ a été reconnu par des scientifiques du monde entier comme étant la zone de plus grande biodiversité de la planète. Dans une hectare du parc Yasuni, on a pu distinguer 644 variétés d’arbres. Il y a autant de variétés d’arbres et d’arbustes dans un hectare du parc qu’il existe d’arbres autochtones dans toute l’Amérique du Nord. Ce parc a été déclaré Réserve Mondiale de la Biosphère par l’UNESCO .

La Réserve de la Biosphère est aussi le lieu de vie du peuple autochtone Huaorani et des peuples en isolement volontaire. Ce sont les derniers êtres libres de l’Equateur, d’authentiques guerriers, qui vivent dans ce qu’on appelle les "sociétés de l’abondance", car ils produisent le minimum suffisant pour satisfaire leurs besoins. (...)

Pour en savoir plus <BR>
Yasunà­ por siempre www.amazoniaporlavida.org/fr






L’Equateur retrouve une boussole, par Bénito Perez.

Equateur : une future Constitution arôme Correa, par Samuel Schellenberg.



Bagdad brûle, Calgary prospère, par Naomi Klein.

Le riche roule, le pauvre crève, la nature paie, par Léon Taniau.






[1L’asymétrie se constate en rapportant les émissions à la population des pays (per capita). Valeurs approximatives basées sur le AR4 IPCC IIIWG Technical summary : pays Annexe I : 4,2 tCO2eq/cap ; pays Annexe I : 16,1 tCO2eq ; Etats-Unis : plus de 25 tCO2 eq/cap ; Union Européenne : environ 14 tCO2 eq/cap ; Amérique Latine et Caraïbes (en moyenne) : environ 7 - 8 t CO2 eq/cap ; Asie du Sud (inclut l’Inde) : 2-3 tCO2 eq/cap). Noter qu’une tonne de carbone = 3.7 tonnes de CO2.


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