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Coup d’État au Venezuela, les États-Unis une nouvelle fois à la manœuvre ?

Au Venezuela, la tentative de coup d’État par le président du Parlement, Juan Guaidó, porte le sceau des États-Unis. Une habitude sur le continent.

Soutien américain

À peine s’était-il autoproclamé « président en exercice » que l’opposant à Nicolas Maduro, Juan Guaidó, était adoubé par Donald Trump. « Aujourd’hui, je reconnais officiellement le président de l’Assemblée nationale vénézuélienne, Juan Guaidó, comme président par intérim du Venezuela », a ainsi déclaré le président des États-Unis via un communiqué de presse publié mercredi 23 janvier.

« Le peuple du Venezuela a courageusement parlé contre Maduro, ainsi que son régime, et exigé la liberté et l’État de droit. Je continuerai à utiliser toute la puissance économique et diplomatique des États-Unis pour faire pression en faveur du rétablissement de la démocratie vénézuélienne », poursuit Donald Trump. Une prise de position attendue, le gouvernement américain « ne reconnaissant pas le régime de Maduro », qui laisse peu de doutes quant au véritable rôle joué par les États-Unis dans cette tentative de prise de pouvoir.

Le parcours politique de Juan Guaidó, « un gamin qui joue à la politique » selon, Nicolas Maduro, vient lui aussi corroborer cette hypothèse. Totalement inconnu il y a quelques mois, ce membre du parti Volonté populaire (VP) — la formation la plus à droite, la plus radicale, et qui prône une intervention armée pour se débarrasser du chavisme — a en effet été catapulté, le 5 janvier, président du Parlement, le plus jeune de l’histoire du pays, et s’est de facto imposé comme le principal adversaire du chef de l’État vénézuélien.

Une ascension politique fulgurante vraisemblablement rendue possible par des soutiens financiers, matériels et logistique américains. En témoignent les camions publicitaires qui ont circulé dans les rues de New York, quelques heures à peine après son auto-proclamation, évoquant la chute de l’« usurpateur Maduro », remplacé par le « président Guaidó ». Tout porte donc à croire que cette tentative de coup d’État a été fomentée depuis les États-Unis. Une véritable manie sur le continent.

« Pré-carré des États-Unis »

Renverser un gouvernement sud-américain est, depuis de nombreuses années, la marotte des États-Unis. De Jacobo Arbenz (Guatemala) à Salvador Allende (Chili) en passant par Joao Goular (Brésil), la liste des présidents terrassés par des coups d’État orchestrés par les Américains — et plus particulièrement leur bras armé rompu à l’exercice, la CIA — s’allonge année après année. À tel point que l’Amérique du Sud est surnommée par de nombreux experts le « pré-carré des États-Unis ».

L’interventionnisme du pays de l’oncle Sam dans la région, le plus souvent au nom de la lutte contre le communisme et du rétablissement de la démocratie, a créé un sentiment anti-américain sur le sous-continent et favorisé la création d’alliances inter-États ouvertement opposées aux États-Unis, comme l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), qui regroupe notamment Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et l’Équateur.

Mais pour un temps seulement. L’arrivée au pouvoir de gouvernements populistes en Amérique du Sud fait aujourd’hui le lit des États-Unis dans la région. En témoignent les soutiens apportés quasi instantanément par le président brésilien, Jair Bolsonaro, et son homologue colombien Ivan Duque, à M. Guaidó lors de son auto-proclamation.

Après avoir tenté de renverser Hugo Chavez en 2002 - des documents internes à la CIA publiés par l’avocate new-yorkaise Eva Golinger attestent de l’implication de l’agence -, sans succès, les États-Unis s’attaquent désormais, selon les mêmes méthodes, à son successeur. Mais le contexte de 2002 n’est pas celui d’aujourd’hui : le populisme en vigueur dans la région est plus que jamais favorable aux Américains. Une différence de taille, et dont les conséquences pourraient être terribles : aujourd’hui encore, le peuple chilien réclame la vérité sur les milliers de disparitions ayant eu lieu durant le règne sanglant du général Pinochet, installé au pouvoir… par les Américains.

Cautionnement européen

Au lendemain de l’auto-proclamation de Juan Guaidó, Emmanuel Macron s’est de son côté exprimé sur Twitter afin d’apporter son soutien à ceux qui, selon lui, « marchent pour leur liberté ». « Depuis l’élection illégitime de Nicolas Maduro en mai 2018, l’Europe soutient la restauration de la démocratie. Je salue le courage des centaines de milliers de Vénézuéliens qui marchent pour leur liberté », a déclaré le président français.

La France et l’Europe cautionnent ainsi l’ingérence des États-Unis au Venezuela, et s’en rendent complices. « Pour Macron, une élection démocratique est illégitime et un coup d’Etat d’extrême droite soutenu restaure la démocratie », a réagi Jean-Luc Mélenchon. Qui a qualifié la prise de pouvoir de M. Guaidó de « tentative de coup d’État en violation de tous les principes admis jusque-là dans le monde après une élection ».

« L’empressement de Trump à reconnaître celui qui s’est autoproclamé président du Venezuela montre d’où vient le coup. Ce n’est pas seulement la question du régime Maduro qui est en cause mais la souveraineté d’un état sud-américain face à l’ingérence des États-Unis », a pour sa part déclaré le député Insoumis de Seine-Saint-Denis, Eric Coquerel.

En adoubant Juan Guaidó, l’Europe cautionne la mise en place illégale d’un gouvernement populiste, alors qu’elle s’inquiète elle-même de la montée du populisme sur son territoire, Angela Merkel et Emmanuel Macron ayant d’ailleurs signé le 22 janvier dernier un nouveau traité « de coopération et d’intégration » destiné notamment à lutter contre cette mouvance. Un comble.

Lucien GIRON

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