Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher


Dix ans après la "Bataille de Seattle"

Il y a 10 ans, le monde entier découvrait avec surprise les manifestations de Seattle contre la rencontre ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ces "journées qui ont ému le monde" ont marqué l’émergence de ce qui allait être qualifié comme le "mouvement anti-mondialisation" . Elles ont inauguré un nouveau cycle
international de mobilisations axées sur la critique la globalisation néolibérale.

Avant Seattle

Seattle n’a pas surgi du néant. Les événement de novembre 1999 ont représenté, dans une certaine mesure, le sommet de tout un processus de gestation et de développement de luttes et de résistances contre la globalisation capitaliste initiées à partir du milieu des années ’90, avec comme acte de naissance symbolique le soulèvement zapatiste du 1er novembre 1994.

Depuis la deuxième moitié des années ’90, une série de campagnes internationales, de mobilisations et de rencontres - en articulation avec des luttes significatives à l’échelle de certains Etats - ont peu à peu mis en réseau un ensemble d’organisations et d’initiatives, dont la solidité et l’expérience ira en croissant. Rendue visible à Seattle pour l’ensemble de l’opinion publique, la critique de la globalisation venait donc pourtant de loin.

La "bataille de Seattle"

Les mobilisations de Seattle, où ont convergé un vaste spectre d’organisations et de réseaux de différents pays et des Etats-Unis, ont représenté un "avant et un après" dans la trajectoire du mouvement.

Le mélange entre la surprise causée par un rejet aussi affirmé qu’inespéré contre les fondements du capitalisme global au coeur même de la "bête", le radicalisme des formes de la mobilisation (particulièrement le blocage de la session inaugurale du sommet) et l’échec final des négociations officielles, tout cela explique l’énorme impact provoqué par la "bataille de Seattle".

L’explosion du mouvement

Seattle a été le point de départ d’une période de croissance rapide du mouvement, et cela jusqu’aux mobilisations contre le G8 à Gênes en juillet 2001 et les attentats du 11 septembre à New-York.

Ce furent des années de développement linéaire, semi-spontané et en "pilotage automatique" du mouvement. Des centaines de milliers de personnes se sont identifiées avec ces mobilisations et une grande diversité de collectifs de toute la planète ont eu la sensation de faire partie d’un même mouvement, de partager les mêmes objectifs et de se sentir comme participants d’un combat commun. Il semblait que de plus en plus de secteurs commençaient à voir leurs problèmes concrets à partir d’un point de vue global et à les percevoir, bien que de manière imprécise et diffuse, comme faisant partie d’un processus plus vaste. Le mouvement "anti-mondialisation" s’est rapidement configuré comme un mouvement porteur d’un rejet complet de la logique de la mondialisation néolibérale, synthétisé par ses slogans les plus connus tels que "Le monde n’est pas à vendre", "Mondialisons la résistance" et "Un autre monde est possible".

Après le 11 Septembre

La mobilisation à Gênes et les attentats du 11 septembre à New-York ont brutalement inauguré une nouvelle phase dans la trajectoire du mouvement altermondialiste. Au cours des premiers mois consécutifs au 11 Septembre, il a commencé a donner des signes d’essouflement et de perte de centralité politique et médiatique.

Cependant, cette situation de désorientation et d’incertitude initiale s’est rapidement dissipée et le mouvement à pu récupérer à nouveau une certaine capacité d’initiative à la faveur de la crise en Argentine et du scandale d’Enron. En janvier 2002, le succès du 2eme Forum social mondial de Porto Alegre démontrait que, loin d’avoir disparu, le mouvement se poursuivait avec vigueur.

En peu de temps, face à la stratégie de "guerre globale permanente" menée par l’administration Bush, la dénonciation de la guerre et de l’impérialisme ont pris une place centrale dans les activités d’un mouvement jusqu’alors centré sur les questions sociales et économiques. La guerre en Irak a déclenché une des plus importantes mobilisations internationales contre la guerre de l’histoire avec comme point d’orgue la journée mondiale du 15 février 2003, qui a amené le journal The New York Times (17/02/05) à affirmer qu’il "existe deux superpuissances planétaires, les Etats-Unis et l’opinion publique mondiale".

Perte de centralité

A partir de la fin 2003 et de 2004 une nouvelle étape commence avec une perte de visibilité des mobilisations internationales "anti-mondialisation", et de la capacité du mouvement à aglutiner de nouvelles forces, amenant une situation de plus grande dispersion, de régionalisation et de "nationalisation" des luttes sociales. L’image d’un mouvement international coordonné, qui agissait comme un pôle d’attraction et un référent symbolique, disparaissait. A partir de cette période ont commencé à dominer les tendances à la fragmentation et à la dispersion.

Depuis lors, bien que le contexte général a été marqué par l’augmentation des résistances, ces dernières ont été très inégales à travers le monde et ont connues des difficultés importantes en Europe et aux Etats-Unis, avec un caractère défensif accentué et très peu de victoires à la clé permettant de modifier le rapports de forces de manière solide. En Amérique latine, par contre, le modèle d’accumulation néolibéral a connu une crise profonde, faisant de ce continent, dix ans après Seattle, le principal bastion de la résistance.

De "l’anti-mondialisation" à l’anticapitalisme

L’éclatement de la Grande crise de 2008, avec l’effondrement de Wall Street et la crise financière et bancaire, a ouvert un nouvel espace pour les résistances à la globalisation. Malgré la rhétorique grandiloquente des sommets du G20 de Washington, Londres et Pittsburg, les mesures adoptées depuis un an ont avant tout cherché à faire payer les frais de la crise aux secteurs populaires et à bétonner les fondements du système économique dominant, sans mener aucun changement fondamental - au-delà de la correction apportée à certains "excès" négatifs du point de vue du fonctionnement de ce système lui-même.

L’incapacité à arracher des changements importants dans les politiques dominantes s’explique fondamentalement par la faiblesse des réactions collectives. Le décalage entre le malaise social et le discrédit du modèle économique actuel d’une part et leur traduction sur le terrain de la mobilisation sociale saute aux yeux.

La crise met donc en avant le double défi de rénover les perspectives stratégiques du mouvement et de donner une réponse à la montée du rejet du système économique dominant, mais aussi de résoudre cette difficulté à lancer la protestation sociale. "Changer le monde" s’avère ainsi une tâche bien plus difficile que ce qu’avait imaginé bon nombre des manifestants de Seattle.

Continuer à axer la critique sur le terrain de l’antinéolibéralisme ne suffit plus. Passer à l’étape d’un anticapitalisme conséquent apparaît aujourd’hui comme un développement stratégique nécessaire pour avancer vers cet "autre monde possible" dont le mouvement "anti-mondialisation" a fait sa référence principale.

Josep Maria Antentas et Esther Vivas

**Josep Maria Antentas et Esther Vivas sont membres de Izquierda Anticapitalista (Gauche anticapitaliste, Etat espagnol) et auteurs de "Resistencias Globales. De Seattle a la crisis de Wall Street" (Editorial Popular, 2009). Artà­cle publié dans Altermundo-Galicia Hoxe, 29/11/09, traduit de l’espagnol pour le site www.lcr-lagauche.be .

URL de cet article 9666
   
Guide du Paris rebelle
Ignacio RAMONET, Ramon CHAO
Mot de l’éditeur Organisé par arrondissement - chacun d’eux précédé d’un plan -, ce guide est une invitation à la découverte de personnages célèbres ou anonymes, français ou étrangers, que l’on peut qualifier de rebelles, tant par leur art, leur engagement social ou encore leur choix de vie. Depuis la Révolution française, Paris est la scène des manifestations populaires, des insurrections et des émeutes collectives. Toutes ayant eu un écho universel : la révolution de 1830, celle de 1848, la Commune, les (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Ne nous flattons pas trop de nos victoires sur la nature ; elle se venge de chacune d’elles.

Friedrich Engels


Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend.
Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi (...)
120 
Revolucionarios : "On ne nait pas révolutionnaire... on le devient."
Chères lectrices, cher lecteurs du Grand Soir Nous vous proposons à la diffusion un documentaire intitulé « Revolucionarios ». Durée 57 Min – Version VOSTFR. Ce film, le premier d’une série, c’est la révolution cubaine racontée par celles et ceux, souvent anonymes, qui y ont participé d’une manière ou d’une autre. Des témoignages qui permettront de comprendre la réalité de ce que vivait le peuple cubain avant l’insurrection, de découvrir les raisons de cet engagement dans la lutte et de voir comment chacun (...)
20 
Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
43 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.