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Fête de l’Huma 2004, par Viktor Dedaj, Maxime Vivas et Michel Collon.

Les Sans-Logis de la Lutte Finale

Par Viktor Dedaj

Bonjour,

Pourquoi nous ont-ils jeté à la rue ? Nous n’avons rien fait de mal. Toute notre vie, nous l’avons consacrée à défendre des causes où nos noms ne figuraient pas. Comme ils nous l’avaient appris. Certes, nous n’avons pas toujours été faciles à "gérer" comme on dit, mais globalement, nous avons été de bons élèves - je crois. Indisciplinés, mais studieux. Alors pourquoi nous ont-ils jeté à la rue ?

Pas facile d’être un révolutionnaire, trouvez-pas ? Oh, je ne parle pas des révolutionnaires en paillettes, qui tiennent le rôle du Ara (bavard coloré de grande taille - en trois lettres) sur le perchoir de quelque salon doré parisien, je parle de celui qui n’est jamais invité aux dîners exquisément subversifs de la gauche caviar. Personnellement, ça ne me gêne pas. De toutes façons, je préfère le saucisson.

Je ne suis pas sensible aux étiquettes. Mais lorsque j’entends le cliquetis couverts, les rires feutrés des convives, le brouhaha de la Gauche la Plus Conne de la Planète, les quelques banalités formulées sur les marches à la sortie devant un parte-terre de journalistes avides de petites-phrases et allergiques aux grandes pensées, j’ai parfois bien envie de me proclamer révolutionnaire-communiste-marxiste-léniniste-guévariste-castriste. Sans oublier de préciser "de gauche", évidemment. Un peu par provocation, un peu par hommage aux anciens.

Le mois de septembre à la fête de l’Humanité était notre rendez-vous incontournable, notre pèlerinage, notre tâche de rougeur dans un monde trop gris. Nous étions entre nous et ma foi assez contents de l’être.

Cette année, je suis retourné à la fête de l’Humanité pour la promotion d’un livre convulsif écrit dans l’urgence d’un élan de solidarité qui n’est pas près de s’éteindre. J’ai subi une mini-tornade et admiré des milliers de t-shirt mouillés. J’ai enduré les coupures de courant dans les stands, marché dans la boue, mangé de la charcuterie Corse qui chantait encore entre les deux tranches de pain.

Je me suis rendu à l’heure au mauvais endroit. Je me suis rendu au bon endroit mais à la mauvaise heure. J’étais enfin au bon endroit et à la bonne heure, mais les autres n’y étaient pas... J’ai distribué des tracts, avalé de la poussière, souffert de la constipation pendant deux jours.

Alors pourquoi nous ont-ils jeté à la rue ?

"Cuba est une île" (vous l’avez reconnu - de Danielle Bleitrach et Viktor Dedaj) fut interdit dans l’espace "in" de la Cité du Livre. Les auteurs d’abord, notre éditeur voulait nous placer dans la grande salle à côté de ses autres poulains : "ceux-là pas question !" lui fut-il répondu, alors les débats...

Nous avons été relegués dans un stand périphérique, cachés par une grande planche, pour nous découvrir fallait le vouloir. Les copropriétaires de la direction de l’humanité nous ont jetés à la rue comme des locataires indésirables en commençant par nous couper le gaz et l’électricité, mais nous avons bivouaqué et bien rigolé autour de notre camping gaz... A l’abri des averses derrière notre planche et les piles de nos livres... Nous, nous étions sous la pluie. J’ai entendu au loin le cliquetis des couverts et une voix du copropriétaire qui demandait que l’on débarrasse le salon de ces quelques trublions.

Parce que nous exclure ne leur a pas suffit, le livre au départ avait eu plus de chance que nous, comme tous les autres de notre éditeur il avait été placé sur un présentoir de l’espace in , mais dès le vendredi soir un grouillot est venu les rapporter en disant "de celui-là on n’en veut pas". Notre livre est venu rejoindre ses auteurs derrière la grande planche. Pourquoi pas ? Miracle : les foules nous ont découvert et les piles se sont mises à fondre...

Le lendemain dans l’Humanité, dans le compte-rendu des meilleures ventes de livres sur la Fête, ils se sont quand même sentis obligés de mentionner "un livre de Danielle Bleitrach sur l’Algérie". Vous avez bien lu.

A la direction de l’Humanité, on aime s’afficher comme "le journal de ceux qui luttent", mais pas question de laisser ne serait-ce qu’un coin de table aux voix discordantes. Discordantes par rapport à qui, au fait ? Pas par rapport aux communistes, en tous cas.

L’année dernière déjà , une pétition lancée en solidarité de Cuba s’était vu boycotter par pratiquement tous les "officiels" du communisme à la française. Une maigre poignée de militants a quand même réussit l’exploit de récolter plus de 5000 signatures en deux jours. Pas un mot dans l’Humanité, bien sûr.

Cette année Cuba était menacé du plus terrible des cyclones, pas un mot de solidarité sur la Grande scène, les copropriétaires du parti et de l’huma en avaient décidé ainsi même si les drapeaux cubains et les tee shirts à l’effigie du Che fleurissaient sous l’averse.

En quoi croient-ils encore, ces communistes festifs ? Se rappellent-ils encore de la signification du mot "solidarité" ou sont-ils juste capables de l’imprimer ? Pendant combien de temps encore feront-ils semblant ?

Nous n’étions pas les seuls exclus, les copropriétaires voulaient vendre cher le m2 et les pauvres Cubains les gênaient autant que les prolos qui s’obstinaient à faire passer dans leurs stands les chants révolutionnaires... Les vendeurs de vignette debouts comme de fières sentinelles cohabitaient avec des personnels de sociétés de sécurité en uniforme qui plaçaient des bracelets aux poignets...

J’ai longtemps cru que le cercle de La Gauche la Plus Conne de la Planète s’élargissait. A présent, je pense au contraire qu’il se contracte, en entraînant le PCF avec lui. Nous, nous sommes toujours là où on nous attend.

Pas bougé d’un poil.

A présent, je comprends. En fait, ils ne nous ont pas mis dehors. C’est eux qui ont déménagé les locaux, pendant la nuit. Sans prévenir, l’Humanité s’est délocalisé vers la droite en emmenant tous les meubles. Apparemment ils ont trouvé des co-locataires qui payent mieux.

Viktor Dedaj
"libre comme l’air"
sept. 2004


Cuba a disparu de la photo de la fête de l’Huma.


Par Maxime Vivas, 13 septembre 2004

Fête de l’Huma 2004. Je fais le tour de quatre stands des amis de Cuba : Granma, France Cuba, Ernesto Che Guevara, Cuba Si (où j’ai salué Wolinski et Charb qui a fait une affiche remarquée : « Je défends le peuple cubain et je t’emmerde »). Beaucoup de stands donc et beaucoup de monde. J’achète deux livres qui viennent de sortir : « Le dossier Robert Ménard. Pourquoi Reporters sans frontières s’acharne sur Cuba » de Jean-Guy Allard avec la collaboration de Marie-Dominique Bertuccioli et « Cuba est une île » de Danielle Bleitrach et Viktor Dedaj.

Ce lundi, je cherche si, dans ses 19 pages consacrées à la fête, l’Huma a imprimé une fois le mot Cuba.

Je lis des trucs sur les Quilapayun, sur Pablo Neruda, sur Salvador Allende, qui furent des amis de Cuba. Ah ! on parle de Nelson Mandela qui sait (et qui a su dire) ce que la fin de l’Apartheid doit aux barbudos caribéens. Je sens que je chauffe ! Tiens, un compte-rendu de débat sur le Venezuela et sur Hugo Chavez (ami de Castro). Là , je brûle, non ? Une page sur Jean Ferrat qui chanta la Révolution cubaine. Là , objectivement, je devrais cramer. En vérité, c’est la Sibérie.

Au bord du désespoir, je m’apprête à allumer la télé (TF1, au point où j’en suis) quand je tombe sur une page intitulée : « La voix de l’Amérique pour la paix. ». Des Américains sont venus témoigner contre la guerre. Pourquoi pas ? L’un d’eux raconte comment il a fait tirer sur une voiture de civils : trois morts. Il éprouve du remords, il l’a dit à l’Agora de la fête, « applaudi de longues minutes par le public ». Je rêve. Qu’un marine vienne en France témoigner contre la guerre, c’est tout bon. Mais qu’on applaudisse longuement son émotion rétrospective parce qu’il a tué des civils innocents dans un pays où il n’aurait jamais dû mettre les pieds, armé jusqu’aux dents, ça me troue. J’espère qu’un jour, dans un Irak libéré, une Justice digne de ce nom l’invitera à ruminer ses remords dans l’endroit adéquat : la prison.

Mais voici le plus beau : « Il faut sortir de cette guerre avant que Bush ne l’étende à la Colombie, à Cuba (Enfin, les quatre lettres fatidiques sont imprimées !), à l’Iran ou que sais-je encore. » Et qui dit ça ? un journaliste de l’Huma, un dirigeant du PCF, un débatteur communiste dans un forum ? Non, Michael Berg, père d’un Américain décapité en Irak. Il ne serait pas venu, on aurait parlé pendant trois jours de la superpuissance Américaine, de ses projets agressifs contre des petits pays sans que l’Huma consente à écrire C.U.B.A, pays omniprésent dans les allées, pays porté au coeur par le « petit peuple » de la fête. L’écrivain Arnaud Viviant, « invité de la semaine » (et donc libre de sa plume), sera le seul à avoir remarqué cette abondance de tee-shirts du Che portés par une nouvelle génération qui affiche son « communisme du coeur. » Et pas que du coeur, à mon avis (on me dit que c’est la belle tête du Che qu’on arbore. Il faudra m’expliquer alors pourquoi les tortionnaires, même beaux, ne sont pas sur les tee-shirts. Penser à cet officier argentin, gueule d’ange et roi de la torture, qui ne fera jamais une affiche pour chambre d’adolescent.)

Encore un mot : Je suis « monté » (à mes frais) à la fête pour signer mes livres et pour participer à la promotion d’un recueil « 36 nouvelles noires pour l’Humanité » où j’ai écrit un long texte qui m’a demandé des jours de travail (bénévole). C’est dire si je souhaite que l’Huma perdure. Mais je mentirais aujourd’hui si je disais que je vais l’acheter demain, ou après-demain, ou la semaine prochaine. En 2004 ? C’est à voir. En 2005 ? heu, oui (mais pas tous les jours).

L’ambiguïté de mes rapports avec ce journal est là  : depuis des années, je réponds à chacune de ses sollicitations, j’admets qu’il est indispensable, mais je supporte mal d’être traité comme un lecteur d’un d’une autre époque, celle des journaux aux photos retouchées.

Maxime Vivas, écrivain.


Un petit pas pour Dassault, un grand pas pour L’Humanité

Par Michel COLLON, 14 septembdre 2004

Surréaliste, la fête du journal communiste L’Humanité, où je me trouvais ce week-end à Paris. Quand vous aviez, de stand en stand, fait le plein de tracts appelant à la lutte ouvrière pour le progrès social, la justice et la paix, vous aviez la possibilité de rassembler ce lourd paquet dans un sac plastique. Généreusement offert par... la société française d’armement Dassault, sponsor officiel de la Fête ! Oui, un des hommes les plus riches de France. Qui pour mieux vendre ses canons, fait main basse sur tous les éditeurs et tous les médias français qu’il peut. Avec censure à la clé. Un petit pas publicitaire pour Dassault, un grand pas vers la chute finale pour L’Humanité.

Malencontreuse coïncidence ? Non, quand vous ouvrez le programme officiel de la fête, la première page qui se présente à vos yeux, c’est une pub pleine page pour une autre multinationale de l’armement : EADS. Avec les symboles de toutes ses armes qui ont déjà assassiné aux quatre coins de la planète : l’hélico de combat Eurocopter, l’avion de combat Eurofighter, le système d’espionnage Gladio, le missile Meteor. Sans oublier l’Airbus A400M, qui peut transporter des centaines de soldats français au coeur de l’Afrique afin que les multinationales y gardent leur pouvoir de piller ses richesses...

Bref, on se serait cru à un vulgaire Salon de l’armement, et on doute que les membres de base aient été consultés sur cette orientation. Triste pour un journal dont le fondateur Jean Jaurès disait à l’époque « Le capitalisme porte en lui la guerre, comme la nuée porte l’orage » !

Bientôt les images de ceci sur :www.michelcollon.info

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