RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

L’imposture du droit colonial de se défendre.

Les puissances coloniales revendiquent toujours le « droit de se défendre » contre les peuples qu’ils colonisent.

Des images et des statistiques déchirantes témoignent de la violence qui secoue actuellement le Moyen-Orient. Au moment où j’écris ces lignes, au moins 160 personnes, en grande majorité des Palestiniens, dont au moins 41 enfants – en grande majorité des Palestiniens – ont été tuées alors que l’armée israélienne mène des raids de bombardement dans la bande de Gaza densément peuplée et que des groupes de la résistance armée palestinienne lancent des roquettes sur les villes israéliennes. Entre-temps, des violences intercommunautaires ont éclaté dans tout Israël.

Les gouvernements occidentaux, conduits par le président des EU Joe Biden, se sont empressés de condamner les groupes palestiniens pour les tirs de roquettes, mais ils paraissent moins pressés de condamner l’attaque israélienne contre les civils palestiniens.

Ils ont exprimé du bout des lèvres leur "consternation" et leur "grave préoccupation" face à la mort de Palestiniens et ont surtout insisté sur leur "soutien indéfectible à la sécurité d’Israël et au droit légitime d’Israël à se défendre". Ils ont également lancé des appels à la "clarté morale", laissant entendre que les opérations de la résistance palestinienne, qui ne causent que très peu de morts contrairement aux massacres et destructions provoqués par les bombardements israéliens, étaient néanmoins beaucoup plus immorales.

Même si certains politiciens progressistes – comme Alexandria Ocasio-Cortez, membre du Congrès des EU – ont souligné l’hypocrisie de la déclaration convenue du droit israélien à l’autodéfense, ils ont malgré tout hésité à rejeter catégoriquement les justifications israéliennes.

Les occupants coloniaux ont toujours revendiqué un "droit" à se défendre contre la résistance des communautés autochtones, y compris en commettant des meurtres de masse. L’histoire de la colonisation africaine est jonchée de fosses communes et des cadavres de ceux qui ont osé résister aux Européens, militairement supérieurs.

Dans son livre intitulé The British Gulag, l’historienne Caroline Elkins décrit une "campagne meurtrière" menée par les Britanniques dans le Kenya colonial à la suite du soulèvement des paysans Mau Mau dans les années 1950, avec notamment la création de camps de concentration pour 1,5 million de civils kikuyus et un système brutal de camps de torture qui a peut-être coûté la vie à des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes soupçonnées de s’être engagées dans la rébellion.

L’idée que les impérialistes voleurs de terres ont le droit de terroriser, brutaliser, torturer et assassiner ceux qu’ils dépouillent, sous couvert de "légitime défense" va à l’encontre de la résolution 37/43 de 1982 de l’Assemblée générale des Nations unies, qui reconnaît "la légitimité de la lutte des peuples pour l’indépendance, l’intégrité territoriale, l’unité nationale et la libération de la domination et de l’occupation coloniales étrangères par tous les moyens disponibles, y compris la lutte armée". Cette résolution réaffirme spécifiquement ce droit dans le cas de la lutte palestinienne.

Ainsi, aujourd’hui, à Gaza, plutôt que de rechercher la "clarté morale", l’Occident pratique l’obscurcissement moral pour justifier l’attaque d’une population de réfugiés par une puissance coloniale qui les a expulsés de leurs terres, les enferme, par un blocus criminel, dans ce qui est, en substance, une prison à ciel ouvert, et ose ensuite réclamer le droit de faire tout cela dans la paix et la tranquillité.

Lorsque les médias occidentaux parlent d’un "cycle d’escalade", ils assimilent l’oppression à la résistance contre l’oppression, et présentent la violence comme un conflit entre deux parties ayant des droits égaux à la sécurité et à la terre. Ils font semblant d’ignorer que les Palestiniens sont engagés dans une lutte de libération nationale contre une occupation illégale et immorale qui dure depuis des décennies, et contre un régime de discrimination raciale et ethnique qui, selon Human Rights Watch, dans un rapport que les médias refusent catégoriquement d’évoquer, correspond à la définition du crime international d’apartheid.

Dans les interviews, les porte-parole israéliens soulignent encore et encore la difficulté pour l’armée israélienne, qui s’autoproclame "l’armée la plus morale du monde", de trouver et de tuer ceux qui sont en fait les chefs de la résistance palestinienne, parce que, selon l’armée, ils se cacheraient derrière des civils.

La presse occidentale s’empresse de répandre, à la suite d’Israël, l’idée que les dirigeants du Hamas et d’autres groupes sont des cibles légitimes, autrement dit, que, même si ses méthodes sont peu recommandables, Israël mène néanmoins une guerre légitime.

En se faisant les échos de la propagande israélienne, les médias occidentaux se rendent complices de la délégitimation de la résistance palestinienne qui lutte contre la domination coloniale et la dépossession des Palestiniens par l’État israélien.

Comme l’a souligné Ocasio-Cortez, répéter comme des perroquets qu’"Israël a le droit de se défendre" sans inclure le contexte d’oppression ne fait qu’excuser l’oppression et légitimer son escalade. Mais elle aurait dû aller plus loin. Si les médias, les politiciens et les diplomates occidentaux recherchaient vraiment la clarté morale, ils devraient considérer l’affirmation scandaleuse que les États coloniaux tels qu’Israël ont le droit de se défendre de ceux qu’ils oppriment, comme une forme particulièrement perverse de bourrage de crâne* et de fausse équivalence**, et ils devraient la rejeter catégoriquement.

Notes :

*Gaslighting : une technique de manipulation mentale qui consiste à faire douter sa victime de sa propre santé mentale

** Bothsidesism : Fausse équivalence.

Patrick Gathara est un consultant en communication, écrivain et caricaturiste politique primé basé à Nairobi.

Traduction : Dominique Muselet

»» https://www.chroniquepalestine.com/limposture-du-droit-colonial-de-se-defendre/
URL de cet article 37137
  

Même Thème
Enjeux politiques de l’histoire coloniale
Catherine COQUERY-VIDROVITCH
Notre patrimoine historique « national » doit-il inclure l’histoire de la colonisation et de l’esclavage colonial ? La réponse positive, de bon sens, ne fait pas l’unanimité : soit parce que parler sans tabou du domaine colonial serait « faire repentance », soit parce que l’ignorance ou la négligence entretenues depuis plusieurs générations font qu’il ne vient même pas à l’esprit de beaucoup de nos concitoyens que notre culture nationale héritée n’est pas seulement hexagonale. La culture française (que (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Lorsque l’on tente, comme ce fut le cas récemment en France, d’obliger une femme à quitter la Burqa plutôt que de créer les conditions où elle aurait le choix, ce n’est pas une question de libération mais de déshabillage. Cela devient un acte d’humiliation et d’impérialisme culturel. Ce n’est pas une question de Burqa. C’est une question de coercition. Contraindre une femme à quitter une Burqa est autant un acte de coercition que l’obliger à la porter. Considérer le genre sous cet angle, débarrassé de tout contexte social, politique ou économique, c’est le transformer en une question d’identité, une bataille d’accessoires et de costumes. C’est ce qui a permis au gouvernement des Etats-Unis de faire appel à des groupes féministes pour servir de caution morale à l’invasion de l’Afghanistan en 2001. Sous les Talibans, les femmes afghanes étaient (et sont) dans une situation très difficile. Mais larguer des "faucheuses de marguerites" (bombes particulièrement meurtrières) n’allait pas résoudre leurs problèmes.

Arundhati Roy - Capitalism : A Ghost Story (2014), p. 37

Analyse de la culture du mensonge et de la manipulation "à la Marie-Anne Boutoleau/Ornella Guyet" sur un site alter.
Question : Est-il possible de rédiger un article accusateur qui fait un buzz sur internet en fournissant des "sources" et des "documents" qui, une fois vérifiés, prouvent... le contraire de ce qui est affirmé ? Réponse : Oui, c’est possible. Question : Qui peut tomber dans un tel panneau ? Réponse : tout le monde - vous, par exemple. Question : Qui peut faire ça et comment font-ils ? Réponse : Marie-Anne Boutoleau, Article XI et CQFD, en comptant sur un phénomène connu : "l’inertie des (...)
93 
Le DECODEX Alternatif (méfiez-vous des imitations)
(mise à jour le 19/02/2017) Le Grand Soir, toujours à l’écoute de ses lecteurs (réguliers, occasionnels ou accidentels) vous offre le DECODEX ALTERNATIF, un vrai DECODEX rédigé par de vrais gens dotés d’une véritable expérience. Ces analyses ne sont basées ni sur une vague impression après un survol rapide, ni sur un coup de fil à « Conspiracywatch », mais sur l’expérience de militants/bénévoles chevronnés de « l’information alternative ». Contrairement à d’autres DECODEX de bas de gamme qui circulent sur le (...)
103 
Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.