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La parabole des singes jaunes

Alors voilà... Il existe quelque part au rebord d’une région inaccessible de notre planète nourricière une grande tribu de singes au pelage ocre jaune aussi épais que celui d’un ours et pourvus d’une crinière blanche qui leur vole au bas des reins, dont la marche dressée sur les pattes arrières quand ils descendent jouer et s’ébattre sur les glacis de neige de la montagne secrète où le froid demeure huit mois durant le maître architecte, les fait ressembler plus que tout autre créature à des hommes. Il y a quelques centaines d’années de ça les singes jaunes qui se sont réfugiés au delà de 4000 mètres d’altitude dans le giron protecteur de la Pacha Mama des glaciers et des volcans morts, s’élançant saupoudrés de givre comme des oiseaux libres et rieurs d’un arbre géant à l’autre, vivaient dans des contrées plus abondantes en fruits et en baies sauvages à hauteur d’hommes.

Mais la mort et ses attributs de toute puissance ont toujours été la passion des hommes dieux et il leur fallait sous la main un peuple de victimes qui ressemble le plus possible au leur. Les singes jaunes eux étaient de nature joyeuse et joueuse et au début de l’histoire ils ne se différenciaient des hommes que par leur inaptitude à se mesurer, à s’affronter et à se faire le guerre pour un oui pour un non. Ouais parce qu’avant la traque, les singes de cette région qui avaient vraiment l’apparence d’hommes cueillant et pêchant leur nourriture au plus facile se laissaient bercer au rythme lent de leurs rêves. Ils portaient le poil court et ne se doutaient pas qu’ils allaient bientôt devoir entreprendre la grande transhumance pour ne pas mourir de façon absurde pourchassés par ceux qui s’étaient mis à imiter les Dieux.

Les dieux avaient réussi alors à semer la zizanie dans l’âme sauvage des hommes ? Habiles ils ont suggéré aux uns d’asservir les plus crédules et de se débarrasser de ceux qui en dépit de leur ressemblance n’appartenaient pas au clan, ne songeant qu’à faire des galipettes aux étoiles, à s’empiffrer de jus sucré, à jouer, à roupiller et à se lécher mutuellement l’intérieur des oreilles. Ouais... selon toute apparence les singes hommes ravis de leur vie et avides d’envies gourmandes, d’aventures sans danger et de rêves diurnes facétieux continuant leurs rêves nocturnes audacieux, ont été chassés par les hommes dieux ayant évolué au point d’avoir perdu leur âme de singes. Privés de la nyama de toute créature de la terre vivante, ceux là se sont éloignés de la bienveillance de la Pacha Mama, nourrice généreuse en bienfaits et en songes fabuleux.

Les hommes dieux en s’attribuant le don de mort et en ramassant parmi les objets tombés de la montagne inconnue le tamis passeur de soleil qui renvoie dans chaque grain infime sa propre image, avaient bien l’intention de ne rien partager avec les autres créatures. Une fois que les hommes singes ont eu malgré quelques soubresauts digéré leur sort il leur restait à se défaire de ceux qui s’entêtaient à ne vouloir entrer dans aucune catégorie. La traque a duré des années, plusieurs siècles sans doute vers les pentes de la montagne où il n’est pas possible de marcher mais rien que de voler et en même temps il n’a fallu que quelques minutes pour que la tribu des singes jaunes comprenne son destin d’un seul coup et s’en empare. La fuite vers les hauteurs immobiles et silencieuses du monde est devenue leur unique sagesse et leur gourmande liberté. Le peuple des singes hommes a gravi la montagne aux glaciers brûlant de froid et personne ne sait ce qu’il est devenu après que d’un seul cri qu’on a du mal à imaginer il se soit costumé d’oubli.

Vloum ! Et voilà... c’est toutes les nuits comme ça... toutes les nuits d’écriture qui suivent une journée de fureur où le sommeil me rattrape à l’aube, je refais le rêve des singes jaunes. Mais au moment singulier du destin Vloum ! la porte la satanée porte du voisin d’en dessous qui part marner à 5 heures comme la plupart des gens de la cité ici ailleurs partout dans le petit monde des peuples laborieux me réveille et c’est fini... Fichue porte qui m’empêche de connaître la suite de mon histoire ! Car c’est bien là une histoire qu’on me raconte vu qu’il y a un récitant à la voix familière qui est celle de mon grand père, à qui je dois le pouvoir de faire resurgir quand je veux des grottes les plus lointaines de ma mémoire les fragments des récits populaires transmis de génération en génération par les conteurs.

Ouais... c’est à lui que je dois d’avoir appris la langue des chiens des rues, des vagabonds, des étrangers, des femmes des maisons bien closes, la langue des singes jaunes avant qu’on ne me colle comme tout le monde dessus les bancs des écoles où les portes se referment sur l’enfance fugueuse et où on sait aussitôt que c’est interdit de les franchir dans l’autre sens. C’est à lui que je dois ces morceaux de mémoire commune aux peuples laborieux qu’il a su et lui seul enchanter de signes poétiques particuliers. Ces signes qu’utilisent les griots et les jeli d’Afrique afin de faire entrer les récits quotidiens des villages et leurs maisons de banco aux murs frottés d’argile blanche dans l’épopée et dans la légende des hommes et des femmes grands. Vrai c’est à lui que je dois d’écrire avec la parole brute que s’envoient les singes jaunes à travers les sifflements, les appels et les chants qu’ils échangent d’une volée de branches grasse de résine et de givre à l’autre attrapée au vol.

C’est à lui que je dois encore de m’être toujours tenue à l’extérieur de l’histoire réchauffée par les hommes dieux dans les marmites énormes où bouillonne le sang noirci des peuples, alors que c’est leur histoire à eux les peuples qu’on efface des livres et dont seule la mémoire orale garde la trace. Mais comment peuvent ils ne pas voir les peuples que c’est la cruauté et l’instinct de mort des hommes dieux qui les tiennent captifs du récit d’un destin truqué déconnecté de leurs espoirs, de leurs quêtes et coupés de leurs jardins ! Ouaouf ! dans la fureur il n’est pas possible d’écrire mais il est encore possible d’aboyer. C’est tout ce que la stupeur autorise et c’est ce que je fais dans ces écritures du fracas. Répondre à la saga du Viva la Muerte qui a largement dépassé son temps par une chiennerie jubilatoire et farouche Ouaouf !

Il y a quelques jours de ça il n’était encore rien advenu et je prenais des notes rageuses sur mon Carnet de Bord. Dans les Carnets de Bord il n’y a pas de logique à l’écriture. Y a du quotidien qui éclate et forme de la mémoire aussitôt. De la mémoire brutale, de la mémoire populaire celle qui n’existe pas. Donc à 10 heures du matin ce mardi là il ne s’est encore rien passé qui éclaire mon lanterneau du jour Ouaouf !
Ouais voilà je sais que les mots sont indigents au bord du pire, de la fin pestilente qu’ils ont programmée pour nous parce que notre langue, la cachée, l’interdite, celle qui a les fusils du Potemkine, de Guernica, de la Moneda à Santiago dans la gorge nous l’avons échangée contre une prison de miroirs. La langue des chiens, la nôtre, la vagabonde, l’insaisissable, la libertaire, la solidaire, nous l’avons troquée au premier harangueur de foules venu contre la rengaine racoleuse de mort, rabotée, fraisée, calibrée aux mécaniques des écoles, ces chants guerriers des peuples coloniaux et aliénés.

Mais comment oh totems de tous les diables ! par quelle inversion des rôles, quel travestissement avons nous pu nous peuples de la terre et du grand panier rempli de mil et de fonio accroché suspendu aux quatre coins du cosmos, nous laisser enfermer au dehors de notre royaume, celui que la Pacha Mama nous a offert et dont nous nous continuons chaque jour à être dépossédés ? C’est bien ça, nous sommes enfermés au dedans et au dehors de nous mêmes et de notre tragi comédie humaine, deux fois enfermés ! D’abord au centre impensable de l’absurdité de notre mort et puis dans ce lieu situé hors de tout, celui de notre destin illisible, hébété, qui a fait de nous des vivants morts. Ouaouf !

Vloum ! Vloum ! Vloum !
Ouvre cette porte ! Ouvre cette porte !

C’est deux heures plus tard qu’un homme qu’on imagine complètement désespéré, parvenu au bout de son désir impuissant d’appartenir à la caste des hommes dieux, entreprend de faire descendre doucement, vertigineusement l’avion qu’il dirige et de le fracasser contre la montagne avec tous ses occupants. Lui du bon côté de la porte là où ne pénètrent que les héros et les dieux, personne ne lui retirera le pouvoir de mort qui l’anime, et si les places des dieux dans la tragédie sont forcément en nombre limité il reste celles des héros. Que ce soit le rôle de héros du mal ou celui de héros du bien ça n’a aucune importance. Au contraire celui qui ramène le malheur et la désolation avec lui, entraînant les peuples soumis à la résignation et à l’infortune vers un indicible chaos peut faire partie pour un temps de ces scories de la mémoire passagère que recouvrira l’herbe généreuse du premier printemps. C’est mieux que d’être rien comme eux les peuples des hommes singes hein ? Ouaouf !

Et puis d’ailleurs ils sont bien d’accord avec ça les peuples et bien méprisables en fait, comme ceux qu’il a derrière dans la carlingue de l’autre côté de la porte qui les sépare de lui pour toujours. Ouais c’est ça, ils font confiance à des êtres comme lui sans se douter de quelle promesse de trahison il alimente son désir de vengeance inassouvi depuis des mois. Ils ignorent dans quelle jubilation unique il se trouve à l’idée de leur incrédulité au moment où ils vont réaliser soudain que leur vie ne vaut pas même celle d’un cheval battu la nuit dans la rue enneigée d’hiver à Venise. Ce qu’ils vont faire ceux qu’il conduit à la mort là derrière la porte hein ? Il le sait ce qu’ils feront. Ils hurleront de peur et ils appelleront, ils supplieront “ Mon Dieu ! ” C’est ça elle ne vaut rien du tout leur vie dénuée d’idéal et de grandeur, leur vie sans épopée, sans conquêtes et sans utopies, sans aventure même. Et pas un d’entre eux ne se lèvera pour tenter inutilement de l’arrêter, ou peut être si un seul...

Celui là il n’a commis qu’une erreur dans sa trajectoire impeccable d’homme dieu volant, lui l’immortel, c’est de vouloir retourner chez les hommes singes, de préférer l’existence laborieuse des jardiniers et des forgerons, les odeurs montant des fours à pain et les parfums des rosiers fondant de givre le matin, à la quête du royaume d’Eldorado et de ses tamis grouillant de petits copeaux d’or. Ah ! Ah ! Ah ! Prométhée celui qui réfléchit avant, comment a t il pu se retrouver lui aussi enchaîné à son destin absurde alors qu’il avait tout entre les mains pour conquérir le pouvoir absolu ? L’idiot ! Maintenant le voilà seul à frapper contre la porte. Mais il ne pourra pas lui ravir le rôle du héros dans sa mission divine, il est l’invincible, l’innommable. Quant à l’autre il a choisi sa chute. Et qu’importe que ce monde décadent et grotesque, ce radeau à misère soit enfin réduit en poussières nébuleuses, lui qui a osé prédire et se faire l’oracle de la mort des dieux !

Vloum ! Vloum ! Vloum !
Ouvre la porte ! Ouvre la porte !

Bien sûr, je n’ai appris comme tout le monde que trois jours plus tard le récit de l’homme enfermé à l’extérieur du cercle des dieux sans bonté qui mènent le monde à sa déchéance finale. J’ai lu l’appel obstiné de celui qui a tenu à rester parmi les hommes et qui s’est rebellé contre l’absurdité d’être pris au piège d’une apothéose funeste mise au point par une créature avide de néant. J’ai songé au nada, à la trahison de l’esprit par l’esprit que rejette de toute sa vigueur l’Homme Révolté. Et quel autre combat pouvait il mener lui l’homme seul de l’autre côté de la porte sachant combien les dieux sont sans pitié entre les mains des hommes qui les agitent comme des marionnettes ? Parce qu’il faudrait enfin que les peuples veuillent refuser aux hommes dieux cette fascination dévorante qui les relie à eux et à leurs totems de pacotille Ouaouf !

C’est qu’ils ont tout tenté les peuples et frappé comme des déments avec la force des ours dressés dansant et malheureux afin qu’ils leur ouvrent cette satanée porte de leurs forteresses dévastées, où chaque mot factice et présomptueux a un prix et où chaque regard vaut son pesant d’or. Ils étaient sûrs les peuples qu’il existait un moyen de convaincre les hommes dieux de les laisser entrer tant leur projet d’appartenir au clan des héros impitoyables était légitime. Mais chacun de leurs mots les plus doux, les plus fous, les plus tendres, les plus forts, les plus clairvoyants, les plus impatients, les plus insoumis, les plus fraternels se sont fracassés contre la porte blindée d’acier gris de leur indigence et de leur mépris.

Alors maintenant voilà hein ? On y est arrivés à l’avoir en face des yeux toute entière l’image de ce qu’on n’a pas cessé de laisser construire avec les mots de la langue morte des capitaliseurs de charogne, des chevaliers à chemise blanche éradicateurs de princes d’Afrique, la langue pourrissante de tous ces héros à la cruauté limpide sans bavures Est ce qu’on va enfin se décider à aboyer, à hurler notre rage et notre refus d’un désespoir programmé ailleurs avec des mots impasses, des signes codés qui ont tout le poids obscène de l’imposture ?

Ouaouf ! Arrêtez tout ! Sortez les armes les lumineuses, les lactées, les ardentes et foncez sur la porte qui ne s’ouvrira pas jamais et défoncez là avec votre grandeur, votre bonté et votre conscience commune assumée. Avec vos mains nues de paysans, d’artisans, d’ouvriers, de poètes, de singes jaunes descendus de la plus haute montagne où il faisait si bon avoir l’oubli en partage hein ? Vloum ! Vloum ! Vloum !

Wer anderen ist mit mir ? Qui d’autre est avec moi ?

A chaque fois que je fais le rêve des singes jaunes c’est à Aguirre que je songe et à la mémoire que j’ai de ces images engrangées dans mon esprit d’enfant, j’étais jeune, j’avais 17 ans, rue de l’Ouest un cinoche Art et Essai passait le film d’Herzog en boucle et nous avons été des milliers d’enfants soleil fils et filles de prolos à hontes et à galères, humiliés et brutaux, à nous identifier à l’aventurier vêtu de plaques d’argent pur où la lumière se reflétait, dérivant sur le radeau prodigieux du fleuve Amazone recouvert de la fourrure adorable des singes jaunes. Kinski l’acteur ne joue pas Aguirre, il l’incarne dans la réalité de la vie même. Et il entraîne, embarque toute cette enfance dépouillée, dépossédée, désenchantée du rêve ouvrier et paysan de la grandeur des peuples unis et debout, née d’une guerre qui liquide tout ça, et une Allemagne réduite à ses haillons, à sa crasse sanglante, à sa boue grouillante de poux et d’affamés vers ce désir qui ne s’éteindra plus, ce sésame impeccable. Der Zorngottes La colère de Dieu.

Tout ça ouais qu’on songe un peu hein ? Cette Allemagne de Cranach, de Dürer, de Goethe, de Wagner, de Schiller et d’Hölderlin, de Mahler, de Thomas Mann, de Nietzsche, de Brecht et de Günter Grass, und so weiter et son peuple en déroute après le grand abattage. Mais on pourrait en dire autant des peuples de Russie après que le rêve d’une société sans classes ait sombré et des peuples d’Afrique dépossédés de leur combat anticolonialiste. Un peuple contraint à exister sans rêves est un peuple aliéné renouvelant sans cesse sa quête de dieux ou de héros d’apocalypse dans la cruauté absolue et la mort. Et tout ça en bout de piste ça fait des AL qui avec sa vision obsédante de lui même décidant du destin des hommes singes, est la reproduction minable exacte de ce que sont quelques milliers de pantins délirants qui ont “ vu des rayons briller dans la porte de Tannhäuser ”, et qui précipitent l’humanité à vitesse toujours plus grande contre la muraille du temple d’or de leur folie.

J’avais 17 ans, mais les images de der Zorngottes continuaient de me hanter avant que les faits ne surviennent parce qu’elles évoquaient à chaque nouveau rêve des singes jaunes que je traversais le choix qui n’est jamais simple de demeurer résolu et lucide de l’autre côté de la porte. Ces images de fuite sur la montagne sauvage sont la métaphore de notre situation d’esquive à nous autres qui avons refusé d’endosser le costume factice des héros de la création, des maîtres de la philosophie et de la politique, refusé de se gribouiller le faciès qui convient aux harangueurs de foules et aux orateurs de foire. Résister à la passion d’Aguirre que les petits singes jaunes indifférents regardent sans le voir sombrer dans le lent scintillement aveuglant de l’Amazone, c’est aussi s’engager sur la piste solitaire des voyageurs sans nom écrivant chaque nuit sur des ostraka de papier un rêve éperdu.

Après que ça soit arrivé, les images sont encore plus obsédantes tant l’illusion créatrice et le réel se recouvrent et s’inversent. Il y a la montagne secrète, la longue descente d’une foule à l’écart de sa destinée vers sa chute finale, la rivalité originelle des hommes entre eux qui les enferme dans l’impossibilité d’être heureux malgré l’imposture de la mort et qui les sépare pour longtemps de leur mémoire commune. Et ceux là qui regardent impassibles et embués d’une tristesse ordinaire le spectacle des peuples s’étripant et se laissant conduire au sacrifice. Après que ça soit arrivé, j’ai cherché en vain au cœur de récits familiers de ceux dont c’est le métier d’écrire des paroles qui redonnent sens à de l’insensé. Alors voilà... je me suis cognée contre les choix des uns et des autres de se réfugier dans la légende, la religion ou la philosophie, faisant de l’homme dieu du cockpit au choix, un sage visionnaire ou un fou voulant sauver les hommes de leur malheur quotidien, et de ceux là qu’il a menés à la mort des Sisyphe enfin délivrés de leur fardeau. Ouaouf !

C’est qu’il y a pire que cette mort fabriquée, épurée, ébavurée et étiquetée au sommet d’un tas d’or, pyramide immonde, totem des temps pourris braqués sur nous les peuples pleins feux, afin que nous perdions le peu de mémoire de notre réalité quotidienne que nous avons sauvée du vide. Il y a ce discours disponible, verrouillé de l’intérieur par les maîtres du désastre, ce collier de chien couchant qu’on nous passe au cou et sur lequel nous sommes quelques uns à tirer avec l’exigence brute de notre corps soleil esclave rompu et pourtant toujours vivant. Il y a les mots dévoyés, délavés par ceux qui se sont attribué la vertu des fossoyeurs du monde, bien trop petit bien trop humain avec son insouciance de pain frais et de jardins qui refont roses et parfums sans demander.

Ouaouf ! Ouaouf ! Oui je la réclame, nous la réclamons à grands aboiements, à grands hululements rebelles de la nuit où nos yeux d’hommes s’éclairent les uns les autres cette langue délivrée, déliée du poids atroce que font peser sur nous les peuples montés sans savoir à bord de l’histoire truquée. Débarrassée pour de bon notre langue dévergondée de l’instinct de mort, de la pulsion d’auto destruction que nous partageons à la table du festin honteux, validée par l’absurdité de notre condition humaine. La mort mise en scène et fricotée par la clique savante, arrogante, dégénérée, enfermée seule et rayonnante de sa toute puissance dans le cockpit et nous déniant le pouvoir de la ramener sauf pour crier de peur.

Ouaouf ! Non ! nous vous le disons nous ne monterons pas à l’intérieur de vos Oracles aux carapaces d’acier que vous avez affrétés spécialement à notre intention une fois encore comme à chacune de vos orgies gloutonnes devenues incessantes. Car c’est vous qui dirigez la dévoration de notre temps de jouer, de rire et de rêver et il n’existe pas de limites à votre désir d’Ogres, ni rien qui garantisse la fin du carnage que vous accomplirez jusqu’à notre anéantissement programmé par vos architectes, vos journalistes, vos écrivains, vos hommes politiques, vos guerriers, vos banquiers, vos bouffons, vos serviteurs innombrables.

Ouaouf ! Et nous voilà nous autres les voyageurs intrépides, les chiens des rues, les troupeaux quittant les drailles au premier cairn, les bergers inquiets de la bonne route menant la transhumance aux pentes d’herbe verte, les poètes jardiniers d’une histoire la nôtre qu’on se coltine à pleines mains avec les armes prêtes et chargées. Eh les peuples Hola ! Si vous voulez on veut aussi, avec les mots de la remontée en plein ciel, ils poussent, ils poussent de l’autre côté de la porte, ils sont des millions, ils sont un seul, le rebelle et le multiple, l’unique, et le chant de notre liberté reconquise ! Si vous voulez hein ? Ouaouf !

Une semaine après que ça soit arrivé j’ai refait le rêve des singes jaunes et cette fois aucune porte claquant à l’aube n’a interrompu le récit que la voix déjà lointaine de mon grand père a poursuivi, jusqu’à ce que je l’interrompe pour lui poser la question qui me hantait depuis sa mort quand j’avais douze ans. Alors ils m’avaient enfermée entre les murs d’un pensionnat religieux où j’ai pigé vite fait que d’un côté et de l’autre de la porte c’était les mêmes, les hommes dieux et les hommes singes répétant interminablement la même pantomime. C’est là qu’est survenu le songe des singes jaunes parce qu’il fallait bien que je m’enfuie pour échapper à leur folie. Ouaouf !

Mais est ce qu’un jour les singes jaunes n’auront plus peur de redescendre de la montagne ?

Alors voilà... une fois posé la question je me suis réveillée. J’ignore si le rêve des singes jaunes reviendra et il est encore trop tôt pour savoir de qui, entre celui qui a déterminé la mort des hommes et celui qui l’a subie à leur côté, notre mémoire choisira de retenir le nom. Mais ce que je sais avec certitude c’est qu’au moment où les singes jaunes décideront de descendre de la montagne alors enfin les dieux seront morts.

Dominique Le Boucher

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