La guerre d’agression, action chevaleresque pour préserver des populations d’un « génocide » ?

Le devoir de protéger et la prévention des génocides : Ces bonnes intentions qui pavent le chemin de la guerre. (Counterpunch)

S’opposer aux génocides est devenu une sorte de mini-industrie aux États-Unis.

Partout, des programmes «  d’études des génocides  » surgissent dans les universités. Il y a cinq ans, un improbable «  Groupe de Travail sur le Génocide  » fut créé, dirigé par l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Albright et l’ancien ministre de la défense William Cohen, tous deux anciens membres du gouvernement de Clinton.

La Bible de toute cette entreprise est le livre de Samantha Power, A Problem from Hell. La thèse de Mme Power est que le gouvernement des États-Unis, aussi bien intentionné soit-il, comme tout un chacun, est trop lent à intervenir pour «  empêcher les génocides  ». Une affirmation bien reçue par le gouvernement des États-Unis, au point d’avoir nommé Mme Power comme conseillère à la Maison Blanche.

Pourquoi le gouvernement des États-Unis s’est-il engagé avec un tel enthousiasme dans une croisade contre les «  génocides  »  ?

La raison en est claire. Depuis que l’Holocauste est devenu la référence historique la plus omniprésente dans les sociétés occidentales, le «  génocide  » passe facilement pour être la plus grande calamité que subit la planète. On le considère comme pire que la guerre.

C’est en cela que le concept est d’une grande utilité pour le complexe militaro-industriel US ainsi que pour ses stratèges à la recherche d’une justification de leurs interventions militaires partout dans le monde.

L’obsession du «  génocide  » en tant que principal enjeu humanitaire du monde moderne relativise la guerre. Elle renverse le jugement final prononcé par le Tribunal de Nuremberg  :

«  déclencher une guerre d’agression constitue non seulement un crime international, il constitue le crime international suprême et ne se distingue des autres crimes de guerre qu’uniquement par le fait qu’il porte en lui tout le mal accumulé de l’ensemble.  »

Oubliant tout cela, la guerre se voit transformée en une action chevaleresque destinée à secourir des populations entières d’un «  génocide  ».

Dans le même temps, la souveraineté nationale, érigée comme une barrière pour empêcher les nations puissantes d’envahir les nations plus faibles, c’est-à -dire, pour empêcher les agressions et le «  fléau de la guerre  », est réduite à une méprisable protection des dirigeants maléfiques («  dictateurs  ») dont la seule ambition est de «  massacrer leur propre peuple  ».

Cette construction idéologique constitue la base de la doctrine prônée par l’Occident, imposée à une ONU plus ou moins réticente, la «  responsabilité de protéger  », dont l’acronyme anglais R2P présente l’ambiguïté de pouvoir à la fois signifier le «  droit  » («  Right  ») et le «  devoir  » («  Responsibility  ») de protéger les peuples de leurs propres gouvernements.

Dans la pratique, cela peut aboutir à donner carte blanche aux puissances dominantes pour intervenir militairement contre des États plus faibles afin d’y soutenir n’importe quelle rébellion de leur choix.

Le R2P sert principalement à amener l’opinion publique à accepter une intervention des États-Unis et de l’OTAN dans d’autres pays. Il n’est pas destiné à autoriser les Russes ou les Chinois à intervenir, disons, pour empêcher les femmes de ménage en Arabie Saoudite d’être décapitées, et encore moins à autoriser les Cubains à fermer la base navale US à Guantanamo et à mettre fin aux violations états-uniennes des droits humains... en territoire cubain.

Exemple typique de cette campagne, la directrice d’un programme appelé «  Un Monde sans génocide » dans une petite faculté de droit de ma ville natale de Saint Paul dans le Minnesota a récemment publié un article dans le journal local qui répète les clichés habituels de cette campagne. L’article rejette la faute du «  génocide » sur la barrière érigée pour tenter d’empêcher les guerres : la souveraineté nationale. Son abolition est souhaitée comme étant un grand progrès humanitaire :

«  Depuis plus de 350 ans, le concept de "souveraineté nationale’ a primé sur celui de "souveraineté individuelle’. De fait, les gouvernements les gouvernements ont bénéficié d’une immunité quant à toute intervention extérieure malgré les violations des droits humains perpétrés à l’intérieur de leurs frontières. Le résultat a été un phénomène de génocides récurrents et sans fin depuis l’Holocauste, avec des millions de morts au Cambodge, en Bosnie, au Rwanda, au Congo, au Guatemala, en Argentine, au Timor Oriental - la liste est longue. »

Il est abusif d’appeler chaque massacre «  génocide », et il est complètement faux de les attribuer au respect de la souveraineté nationale.

En réalité, Hitler a déclenché la Deuxième Guerre mondiale en violation de la souveraineté nationale de la Tchécoslovaquie et de la Pologne, en partie, selon lui, pour mettre fin aux violations des droits prétendument infligée aux ressortissants germanophones. Ce fut précisément pour invalider ce prétexte et «  préserver les générations futures du fléau de la guerre  » que les Nations Unies furent fondées sur le principe du respect de la souveraineté nationale.

Bien-sûr, il n’y a aucune chance que les États-Unis abandonnent leur souveraineté nationale. Ce sont tous les autres pays qui sont invités à abandonner leur souveraineté nationale ... aux États-Unis.

Mais ce qu’il ne faut pas oublier c’est que les pires massacres - au Cambodge, au Rwanda et l’Holocauste lui-même - se sont produits aux cours de guerres ou comme conséquences de guerres.

Les rafles, déportations et meurtres systématiques de juifs européens ont eu lieu pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les Juifs furent dénoncés comme «  l’ennemi intérieur » de l’Allemagne. La guerre constitue le contexte parfait pour une telle paranoïa raciste. Après tout, même aux États-Unis, au cours de la Deuxième Guerre mondiale, des familles américaines d’origine japonaise furent dépossédées de leurs biens, raflées et placées dans des camps. Le résultat ne fut pas comparable, mais le prétexte avait été semblable.

Au Rwanda, les horribles tueries furent une réponse à une invasion de forces Tutsis depuis l’Ouganda voisin et l’assassinat du président du pays. Le contexte était une invasion et une guerre civile.

Le massacre au Cambodge ne fut certainement pas dû à un excès de «  souveraineté nationale  ». En fait, il fut précisément le résultat direct d’une violation par les États-Unis de la souveraineté nationale du Cambodge. Des années de bombardements clandestins des campagnes cambodgiennes par les États-Unis, suivies par le renversement du gouvernement cambodgien organisé par les États-Unis, ont ouvert la voie du pouvoir aux combattants Khmers Rouges qui exprimèrent leur forte rancoeur face à la dévastation des zones rurales, et qui se retournèrent contre les malheureuses populations urbaines, considérées comme complices de l’ennemi. Les massacres perpétrés par les Khmers Rouges eurent lieu après que les États-Unis eurent été vaincus par le Vietnam. Plus tard, lorsque les Vietnamiens, provoqués par des incursions armées, sont intervenus pour renverser les Khmers Rouges, ils furent condamnés aux Nations Unies par les États-Unis.

Certains événements des plus «  sanglants  » ne figurent pas dans la liste «  des génocides  » de Madame Kennedy que l’on déplore aux États-Unis. Il manque entre autres le massacre de plus d’un demi-million de membres du parti communiste indonésien en 1965 et 1966. Mais le dictateur responsable, Suharto, était «  un ami des États-Unis  » et les victimes étaient communistes.

Mais on est sûr de trouver la Bosnie sur une telle liste, surtout depuis que le Tribunal Pénal International, lié à l’OTAN, a jugé que le massacre de 1995 à Srebrenica était un «  génocide  ». Dans ce cas, l’estimation la plus haute du nombre de victimes est de 8000, tous des hommes en âge de combattre. Pour arriver à ce verdict, malgré le fait que les auteurs présumés aient épargné femmes et enfants, le Tribunal a trouvé un sociologue pour affirmer que, puisque la communauté musulmane de Srebrenica était patriarcale, l’assassinat des hommes constituait un «  génocide  », même s’il était commis dans une seule ville, puisque les femmes n’y retourneraient pas sans les hommes. Ce jugement tiré par les cheveux était nécessaire pour préserver «  la Bosnie  » comme principal argument en faveur de l’intervention militaire de l’OTAN.

On ignore généralement que Srebrenica était une ville garnison d’où les soldats musulmans lançaient, en 1995, des attaques contre les villages serbes environnants. Ils n’étaient pas tous originaires de cette ville jadis multi-ethnique, «  patriarcale » ou pas. Les médias occidentaux n’ont pas accordé non plus beaucoup d’attention aux témoignages de dirigeants musulmans de Srebrenica qui disaient avoir entendu le dirigeant du Parti Islamique, Alija Izetbegovic, confier que le président Clinton avait dit que le massacre d’au moins 5000 musulmans était nécessaire pour entraîner «  la communauté internationale  » dans la guerre civile bosniaque aux côtés des musulmans. Ces dirigeants musulmans en ont tiré la conviction qu’Izetbegovic avait délibérément laissé Srebrenica sans défense afin de préparer un massacre par les Serbes qui chercheraient à se venger.

Quelle que soit la vérité, cette histoire souligne le grave danger posé par le principe du R2P. Une fois la doctrine acceptée, elle peut inciter des chefs d’une opposition donnée à provoquer une répression gouvernementale pour pouvoir demander de la «  protection  ».

Izetbegovic était le dirigeant d’un parti qui cherchait de l’aide militaire de l’extérieur pour vaincre ses ennemis. Le monde ne manque pas de tels dirigeants de factions ethniques, religieuses ou politiques. S’ils savent que «  l’unique superpuissance au monde  » pourrait venir à leur secours à condition qu’ils puissent accuser le gouvernement en place de «  massacrer sa propre population  », ils seront hautement motivés pour provoquer ce gouvernement à commettre le massacre en question.

Plusieurs anciens membres des forces de paix de l’ONU ont témoigné du fait que les forces musulmanes en Bosnie menaient les ignobles « Bombardements des marchés » contre les civils de Sarajevo pour pouvoir accuser leurs ennemis serbes et obtenir un soutien international.

Comment ont-ils pu en arriver à des agissements aussi horribles ? Eh bien, si le dirigeant d’un pays est prêt à «  massacrer son propre peuple  », pourquoi le dirigeant d’un groupe rebelle ne laisserait-il pas massacrer quelques individus de «  son peuple » pour prendre le pouvoir ?

Un des principaux dangers de la doctrine R2P est qu’elle encourage les factions rebelles à provoquer la répression, ou prétendre à la persécution, uniquement pour provoquer une intervention armée étrangère en leur faveur. Déjà , à travers l ;a Fondation nationale pour la démocratie, le National Endowment for Democracy (NED), les États-Unis dépensent des millions de dollars pour entraîner les citoyens de pays de l’ancienne Union Soviétique, entre autres, aux techniques de provocation («  résistance non-violente »). Il est certain que les militants anti-Kadhafi ont grossièrement exagéré la menace de Kadhafi contre Benghazi pour provoquer la guerre de 2011 de l’OTAN, menée par la France, contre la Libye. La guerre au Mali est le résultat direct du renversement brutal de Kadhafi, qui représentait un facteur de stabilité majeur en Afrique.

Les interventions US ne sont pas connues pour leur «  protection  » des populations. Il est plus facile d’imaginer une intervention efficace là où aucune n’a été menée - au Rwanda par exemple - que d’en effectuer une dans le monde réel.

Malgré toute leur puissance militaire, les États-Unis sont incapables de remodeler le monde à leur goût. Ils ont échoué en Irak et en Afghanistan. La «  guerre du Kosovo  » de 1999 est présentée comme un succès, mais uniquement à condition d’ignorer soigneusement ce qui se déroule dans cette province depuis qu’elle a été arrachée à la Serbie par l’OTAN et remise aux clients albanais de Washington. Quant au «  succès  » en Libye, la vérité émerge bien plus vite.

Les partisans du R2P nous exhortent de ne «  plus jamais  » permettre un nouvel Holocauste. En réalité, il n’y a «  plus jamais  » eu d’Holocauste. L’Histoire produit des événements uniques qui défient toute attente.

Mais si un événement aussi terrible se produisait, me demande-t-on, faudrait-il que le monde reste les bras croisés ?

Que signifie «  le monde  » ? L’idéologie occidentale présume que le monde entier devrait se préoccuper des droits humains, mais qu’en réalité seule l’Occident s’en préoccupe réellement. Cette présomption est en train de creuser un fossé entre l’Occident et le reste du monde, qui ne voit pas les choses du même oeil. Dans la plus grande partie du monde, l’Occident est perçu comme une cause de désastres humanitaires, et non comme une solution.

La Libye fut un tournant, lorsque les puissances de l’OTAN ont appliqué leur doctrine R2P non pas pour protéger les populations libyennes de l’aviation de leur propre pays (l’idée à la base de la résolution de l’ONU sur les «  zones d’exclusion aérienne  »), mais pour bombarder eux-mêmes le pays afin de détruire le régime. Ce qui a convaincu les Russes et les Chinois, s’ils avaient encore des doutes, que le «  R2P  » est une arnaque, employée au service d’un projet de domination globale.

Et ils ne sont pas seuls et isolés. L’Occident s’isole lui-même dans sa propre bulle de propagande. Une bonne partie du monde, sinon la totalité, pense que les interventions occidentales sont motivées par leurs propres intérêts économiques, ou par les intérêts d’Israël. Le sentiment d’être menacé par la puissance US incite d’autres pays à renforcer leurs défenses militaires et à réprimer les militants d’opposition qui pourraient servir de prétexte à une intervention de l’extérieur.

En criant «  génocide  » lorsqu’il n’y a pas de génocide, les États-Unis crient au loup et perdent leur crédibilité. Ils détruisent la confiance et l’unité nécessaires à la mobilisation d’une action humanitaire internationale authentique, si jamais il y en avait vraiment besoin.

Diana Johnstone

http://www.counterpunch.org/2013/02/01/the-good-intentions-that-pave-the-road-to-war/

Traduction LGS revue et corrigée par l’auteure pour la version française

COMMENTAIRES  

04/02/2013 14:53 par Fethi GHARBI

Et sans crainte de lasser le public, le feuilleton entame son énième épisode au Mali...
Je vous invite à apprécier ce beau discours du député belge Laurent Louis, quelqu’un qui n’hésite pas à appeler un chat, un chat...

http://www.voltairenet.org/article1...

05/02/2013 15:43 par MarcusH

Diane Johnstone a tout à fait raison de dénoncer l’instrumentalisation qui est faite de la responsabilité de protéger. Concept bien commode en effet pour enfoncer un coin dans la souveraineté nationale des États qui n’ont pas l’heur de plaire à l’empereur. Pour autant, cela ne l’autorise pas à jeter le bébé avec l’eau du bain et, concernant les faits, à asséner des contre-vérités dangereuses faisant le lit de certains négationnismes.
Pour ce qui est du factuel, je m’en tiendrai à ce que je connais suffisamment précisément pour me permettre d’opiner, le génocide des Tutsi au Rwanda. C’est suffisamment grave, surtout ici en France pour que je réagisse à vos "erreurs". Vous écrivez en effet :

Au Rwanda, les horribles tueries furent une réponse à une invasion de forces Tutsis depuis l’Ouganda voisin et l’assassinat du président du pays. Le contexte était une invasion et une guerre civile.

Vous faîtes ici montre de toute votre ignorance sur l’histoire contemporaine du Rwanda et sur le processus génocidaire :
1/ quant à l’ "invasion de forces Tutsis" :
a/ pour votre gouverne, le front patriotique rwandais a toujours revendiqué son identité rwandaise à l’exclusion de toute ethnicité dont ne sait que trop qu’elle a été forgée par les colons "civilisateurs" placant souvent opportunément leur lecture raciale sur des réalités leur échappant par paresse et racisme précisément, les Tutsi, Hutu et Twa ne constituant originairement que des classes sociales (avec la possibilité de passer de l’une à l’autre d’ailleurs) ; sachez que ce mouvement a d’ailleurs été un temps dirigé par un...Hutu et que cette "ethnicité" fabriquée n’a jamais été un critère d’appartenance au mouvement.
b/ une invasion étrangère donc ? On retrouve là précisément le faux prétexte utilisé par les responsables négationnistes français, dont votre cher Dominique de Villepin (je fais référence ici à l’un de vos anciens articles) : l’attaque d’octobre 1990 et celles qui ont suivi sont le faits d’exilés historiques qui se sont toujours vu opposer tout droit au retour et c’est précisément cette volonté farouche et intransigeante du régime de leur nier ce droit qui les a fait prendre les armes dans les années 80. Les Français (enfin les responsables de l’exécutif français), qui n’ont jamais cessé d’intervenir, n’ont cessé de faire prévaloir l’agression extérieure pour justifier leur intervention. Mais on sait parfaitement que ce choix a été un choix politique d’opportunité : une note de l’ambassadeur sur place proposait à ces responsables les 2 options possibles : envisager cette attaque comme une agression extérieure pour conforter notre présence ou la présenter, cette attaque, pour ce qu’elle était : un acte relevant d’un conflit civil intérieur et datant de plusieurs décennies.

2/ le génocide, une réponse à l’assassinat du représentant du pays ? Décidément vous reprenez à votre compte tous les enfumages servant les thèses négationnistes (dont là encore celle de DdV qui n’hésitait pas à évoquer les génocides au Rwanda) : l’attentat contre le falcon d’Habyarimana, président dictateur, a été le déclencheur et certainement pas la cause du génocide. Un génocide, un vrai je veux dire, ça se planifie vous savez...Et la rapidité de la réaction après l’attentat ne laisse aucun doute à cet égard. Concernant les auteurs de cet attentat, et bien, c’est un fait positif et irréfutable, que la vérité progresse puisque désormais la thèse que cet attentat ait été perpétré par le camp du génocide, avec l’appui, voire l’initiative de la France, est la plus crédible (je vous renvoie aux enquêtes du juge Trévidic qui a repris l’enquête Bruguière à zéro tellement celle-ci était corrompue de bout en bout) précisément pour justifier ce qui allait être commis. De plus, à supposer que cet attentat ait été perpétré par le FPR, qui se serait donc introduit dans le saint des saints militaires les plus gardés qui soit (on sait maintenant avec une quasi certitude que les missiles ont été tiré depuis le camp de Kanombe, base des troupes d’élite, bataillon paracommando, garde présidentielle...), faudrait-il alors imputer la responsabilité du génocide, comme vous le laisser entendre implicitement, aux assaillants du FPR ? Là encore, un poncif de la propagande négationniste. C’est le gouvernement intérimaire rwandais formé en partie à l’ambassade de France le 8 avril 1994 qui a commis ce génocide. C’est un fait irréfutable. En outre, le FPR a été la seule force en présence à arrêter ce génocide au gré de son avancée. On ne peut pas en dire autant des Français présents sur place, notamment durant l’opération Turquoise menée sous mandat de l’ONU.

3/ Enfin, les "horribles tueries" comme vous les appelez est une expression noyant quelque peu la réalité des faits : il s’est agi de centaines de milliers de rwandais hutu allant au "travail" tous les jours, sous l’impulsion et la contrainte des milices paramilitaires du régime, pour aller découper des Tutsi à la machette. Souvent l’artillerie lourde de l’armée dégrossissait le travail. Le chiffrage le plus pertinent des victime de ce véritable génocide environ un million et demi de Tutsi morts. Le chiffre communément repris : 1 million. Le chiffre officiel (de l’ONU) : 800 000. Voilà pour ces "horribles tueries".

Ce rétablissement des faits a une incidence sur votre argumentaire au fond : c’est précisément parce que la communauté internationale a abandonné le Rwanda à son sort (comble du cynisme : quelques jours après le début du génocide l’effectif des casques bleus est passé de plus de 2000 à 250 hommes) et à celui de la France (sous mandat ONU pour la période "Turquoise") qu’il s’est passé ce qu’il s’est passé. Allez dire maintenant aux rescapés que la communauté internationale a bien fait de respecter la souveraineté nationale du pays des milles collines pendant le génocide...C’est pour ça que je dis qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain...La responsabilité de protéger peut être fondée. Et elle l’est en droit d’ailleurs, ce que vous ne relevez pas quand vous affirmez l’inexactitude suivante :

L’obsession du « génocide » en tant que principal enjeu humanitaire du monde moderne relativise la guerre. Elle renverse le jugement final prononcé par le Tribunal de Nuremberg.

« déclencher une guerre d’agression constitue non seulement un crime international, il constitue le crime international suprême et ne se distingue des autres crimes de guerre qu’uniquement par le fait qu’il porte en lui tout le mal accumulé de l’ensemble. »

Une guerre d’agression peut être le crime international suprême et le génocide le crime suprême tout court voyez-vous. "crime international" vise la catégorie des crimes commis entre nations. C’est un problème d’État à État. Le crime de génocide est toujours un crime d’État mais ne relève pas du tout nécessairement de la catégorie "crime international". De plus il ne fait aucun doute qu’en droit international, comme en droit interne pour les États ayant ratifié la convention de 1948 sur la répression du crime de génocide, que le génocide est le crime des crimes. Cela aurait été bien de le relever...

Bref, oui le génocide est instrumentalisé, ce qui le banalise et c’est hautement dommageable pour ceux et celles qui ont à en souffrir. A forcer de crier au loup n’est-ce pas...Mais ce n’est pas autant qu’il n’existe pas de contextes réellement génocidaires justifiant la plus immédiate des interventions violant la souveraineté nationale.

Maintenant sur le concept même de souveraineté nationale que vous défendez : c’est un rempart potentiellement utile en effet contre l’ingérence extérieure tous azimuts. Et je vous rejoindrais sur la Lybie par exemple où rien selon moi ne justifiait une telle ingérence. Je serais tenté de dire : idem au Mali. Mais c’est compliqué et long à expliquer. En tout cas, la souveraineté nationale n’en est pas moins le vecteur de moults oppressions internes. La concept de souveraineté nationale est par définition confiscatoire de la souveraineté du peuple dans la mesure où elle sert de justifications idéologiques aux systèmes représentatifs qui ne représentent plus grand chose sinon eux-mêmes. On oppose d’ailleurs souveraineté nationale et souveraineté populaire à cette fin de distinguer la vraie souveraineté du peuple de la fausse qu’on nous vend.

05/02/2013 16:24 par legrandsoir

à asséner des contre-vérités dangereuses faisant le lit de certains négationnismes

Et ce genre de phrase est devenu vraiment insupportable. Diana Johnstone parle bien de génocide. Vous exprimez un désaccord sur un contexte et les causes et vous trouvez le moyen de glisser les mots "négationnisme/négationniste". Vraiment ras-le-bol...

05/02/2013 19:00 par Fethi GHARBI

...Et je vous rejoindrais sur la Lybie par exemple où rien selon moi ne justifiait une telle ingérence. Je serais tenté de dire : idem au Mali. Mais c’est compliqué et long à expliquer. En tout cas, la souveraineté nationale n’en est pas moins le vecteur de moults oppressions internes. La concept de souveraineté nationale est par définition confiscatoire de la souveraineté du peuple...

Allez, puisque vous y êtes,faites encore un petit effort pour le Mali !

Tout à fait d’accord avec vous quant aux états-nations oppresseurs...C’est d’ailleurs pour cette noble raison que l’oncle Sam veillant au bonheur des peuples se fait aider par ses fidèles vassaux pour réduire tous les états-nations arabes et africains en poussière...

Mais faites bien attention, l’ogre, après avoir avalé le menu-fretin, passera sans nul doute au gros gibier ...la régionalisation est un phénomène qui se répand en Europe...

C’est peut-être mieux ainsi, surtout lorsque c’est pour le bien des peuples...

05/02/2013 20:14 par Bernard l'hermite

Bonjour,
Dommage que l’auteur, balaie toute une série de faits historiques en les simplifiant.
On ne pas mettre sur un même plan la Bosnie et le Kosovo.
Le massacre de milliers de Bosniaques est établi à Srebrenica. Et c’est plutôt de mauvais goût de remettre sur le tapis l’histoire du marché de Markale. Les nationalistes serbes étaient placés sur les hauteurs de Sarajevo et bombardaient les habitants pendant 4 ans (Serbes compris).

Par contre l’auteur dit très peu de choses sur le Kosovo, qui fut le champ d’expérimentation de Madeleine Allbright et de gens peu recommandables. Là on peut dire qu’il y a eu invention d’un génocide :
- multiplication du nombre de victimes par le facteur 100 (Tony Blair)
découverte de fosses communes imaginaires (Bernard Kouchner)
- Invention d’un plan de nettoyage (plan fer à cheval)
- propagande massive

Madeleine a d’ailleurs placé ses billes au Kosovo où elle dispose de bon amis (l’actuel président Thaci).
http://www.lesechos.fr/05/09/2012/lesechos.fr/0202250034208_madeleine-albright--candidate-au-rachat-des-telecoms-du-kosovo.htm

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