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Guerre d’Espagne

Le glas à Munich, la chute de la République et la victoire de la dictature

La victoire du Franquisme : c’est le triomphe de la « non intervention », elle a protégé Franco et gardera sa permanence jusqu’à sa mort

En France, en avril 1938, la chute du second cabinet Blum marque le décès officiel du Front Populaire. L’acheminement clandestin d’armes par les Pyrénées devient alors pratiquement impossible. Six mois plus tard, après l’échec de l’offensive républicaine de l’àˆbre, le président Juan Négrin propose à la S.D.N (Société des Nations, ancêtre des Nations Unies) le retrait des brigades internationales.

Le 28 octobre 1938 les internationaux défilent sur les Ramblas. Lle jeune andalou « guardia d’asalto » de la république Christobal Andrades témoigne : « Les yeux embués de larmes, les Brigades Internationales ne veulent pas laisser mourir cette fraternité qui les lie au peuple espagnol et avec qui ils ont défié les armées Fascistes et Nazies de l’Axe. L’espoir qui les animait : abattre la bête immonde avant qu’elle n’embrase le monde, ce n’était pas un « pis aller » ». De septembre 1938 à la conférence de Munich, les gouvernements de la Grande Bretagne (Chamberlin) et de la France (Daladier) acceptent les exigences de Mussolini et d’Hitler concernant leur renforcement vers l’Europe de l’Est. La Grande Bretagne et la France, après l’Autriche, abandonnent la Tchécoslovaquie, leur alliée, démembrée au profit du 3ème Reich.

Le 6 décembre 1938, les gouvernements français et allemands signent même une « Déclaration commune de bon voisinage ». Février 1939, chute de Barcelone, les gouvernements de Grande Bretagne, de France et des USA reconnaissent officiellement la junte de Franco comme gouvernement légitime. Ouf ! Il s’en est fallu de peu, la bourgeoisie européenne fidèle à elle-même respire. Pour elle, oui, c’est un « pis aller » : plutôt Franco que « el frente popular ». La « non-intervention » souhaitée par le Royaume-Uni et la France, relayée par les démocraties européennes, drapa l’Espagne d’un sordide linceul d’une bien étrange trahison. Suivra quatre décennies de dictature fasciste après une guerre d’un million de morts et d’un demi-million de réfugiés.

D’abord ils ont assassiné Lorca (1936), puis ils sont passés (1939), à présent ils vont gouverner (1939 /1975)

Qu’on ne s’y trompe pas, ma croisade c’est la résurrection du Bien contre le Mal, c’est une mission divine livrée dans un temps qui n’appartient qu’à dieu, qui subordonne à l’acte sacré tous les soldats du Christ Roi sans exception, leur ordonnant de mettre du coeur à l’ouvrage mais aussi les mains à la pâte - le temps de se laver les mains, d’essuyer les éclaboussures de sang sur les chaussures et sur le visage, et les experts en stratégie du chaos sont prêts pour traiter toutes les questions diverses sur les complexités de la guerre contre la chienlit de la terre soutenue par des démocrates cosmopolites et véreux -. Qui osera encore, après que notre victoire nous aura donné raison, prononcer encore le mot « communisme » !

C’est ce qu’aurait pu écrire Franco. Je doute que son intellect étroit et puritain lui ait un jour permis de sortir de cette analyse d’un prosaïsme aussi vulgaire. C’est une analyse en fil tendu qui ne lui permet pas de sortir de la parabole du bien et du mal qu’il affectionne comme une mission de Dieu. C’est d’ailleurs ce qu’il va focaliser pendant les longues années de son règne despotique aussi violant qu’aux premiers jours de son pouvoir et jusqu’à sa mort, parce qu’il aura gouverné une Espagne en équilibre constant sur le fil d’un rasoir.

Déclaration de principe d’un fascisme inouï

« Notre victoire signifie une restauration de l’unité nationale qui est menacée par des traîtres séparatistes… C’est la gloire des Espagnols de porter à la pointe de leurs baïonnettes la défense de la civilisation, de maintenir une culture chrétienne, de maintenir une foi catholique (…) La guerre d’Espagne n’est pas une chose artificielle ; c’est le couronnement d’un processus historique, c’est la lutte de la patrie contre l’anti patrie, de l’unité contre la sécession, de la morale contre le crime, de l’esprit contre le matérialisme, il n’y a pas d’autre solution que le triomphe des principes purs et éternels sur les bâtards et les anti-Espagnols. » (Déclaration à l’agence Havas le 27 juillet 1938)

La bataille décisive : L’Ebre

« Nous avions un moral de vainqueur, vouloir gagner la guerre engageait que vous ayez un moral supérieur » (François Mazou). Les forces de l’AXE sont largement supérieures en nombre et en armement. La république espagnole engage 80000 hommes de l’armée populaire.

Le 25 juillet 1938. Dès les premières heures du jour elle lance une offensive sur une ligne de front de 65 km, de Mequinenza à Bénifallet. Cette témérité fut immédiatement récompensée car les combattants de la république avaient réussi l’impossible, malgré sa faiblesse logistique : une percée en trois points distincts dans les lignes ennemies. « Ay Carmela », chanté dans toutes les langues du monde, retenti t alors, venant des zones de combat, les collines répercutaient l’écho : « El ejercito del Ebro, Rum balabum balabum bam bam, una noche el rio paso, Ay Carmela Ay Carmela… prometemos resistir, Ay Carmela Ay Carmela ». Il y a eu un vent de panique qui a parcouru les nationalistes. Dans une grande colère, Mussolini s’exclama : « Les rouges savent se battre, Franco non ! »

« Mais l’assaut fut donné par les franquistes, leur contre attaque va être redoutable. A Tortosa au sud, les républicains n’ont pu surprendre. Les premières lignes de la « commune de Paris » constituent une tête de pont avec des barques pour que l’ensemble des troupes puisse passer de l’autre coté du fleuve. Le courant est extrêmement fort et les brigadistes n’arrivent pas à maintenir la stabilité des barques pendant le passage des hommes. Les mitrailleuses ouvrent le feu pendant que les embarcations continuent le passage. De nombreuses barques chavirent et les soldats sont emportés par les flots. Les barques s’enfoncent les unes après les autres dans un déluge de feu sans que les républicains puissent porter secours à leurs camarades. (…) De l’autre coté du fleuve ils assistent à l’anéantissement de leurs amis. Les blessés s’accrochent aux roseaux, d’autres se jettent à l’eau « … (Extrait du livre « Un automne pour Madrid » histoire de Théo combattant pour la liberté. Christine Diger, Atlantica).

Theo Francos vit à Bayonne. Il cumule, avec la guerre d’Espagne la prison et la résistance, dix années d’absences et de combats. Il témoigne toujours et encore aujourd’hui d’une extraordinaire vivacité.

Theo Francos : un homme fraternel.

A 95 ans, Theo est miraculé des combats des brigades internationales et des missions de commandos sous les couleurs de la France Libre. Le temps n’a pas corrodé ses idéaux, il a gardé la témérité associée à une extrême gentillesse. Pourtant la vie n’a pas été toujours complaisante avec lui, même si elle a été pour lui une grande dame protectrice à qui il doit pour le moins 7 fois la vie.

« Ces blessures de guerre et cette balle logée dans le coeur depuis qu’il fut fusillé et jeté dans une fosse commune le 30 septembre 1944 à Amnem. Passeur de militants ouvriers rescapés de la révolte des mineurs d’Asturies écrasée par Franco en 1934 (3000 morts), il fut l’un des premiers engagés en 1936 dans le bataillon « la commune de Paris ». Il fut un héros des batailles de Madrid du Jarama, de Brunete, de Belchite, victime de la bestialité des camps et des prisons franquistes. En 1940 il rejoignit le général De Gaulle en Angleterre et fut dirigé sur l’école de parachutisme de Manchester, versé dans les commandos SAS anglais en liaison avec le B.C.R.A, formé aux missions de renseignements et de sabotages sous les ordres du capitaine Bienvenue. Il enchaîna alors les opérations de Narvik en Scandinavie puis dans le désert de Libye à Tobrouk. Dès 1942 en Belgique et en France, le parachutage à Bordeaux pour préparer le bombardement de la base sous-marine, en juillet 1943 les missions en Sicile, en mai 1944 au Monté Cassino, en août à Fréjus, en septembre à Amnem, en novembre à Colmar… Dix années tumultueuses d’un pacifiste bayonnais d’adoption né à Valladolid, qui termina la guerre le 6 mai 1945 avec un grade de sous lieutenant et une bonne dizaine de décorations.

Aujourd’hui il témoigne inlassablement pour ses compagnons disparus en Espagne et en France, malgré l’indifférence bureaucratique que lui accordent les autorités, avec une retraite modeste et tant de combats pour la France libre, il eut de multiples ennuis pour faire enregistrer sa véritable identité… et rester dans la clandestinité sous de multiples noms d’emprunt ! »

[Texte Christiane Abbadie Clerc pour l’exposition consacrée à la guerre d’Espagne et à la résistance espagnole dans le sud-ouest de la France du 1er avril au 3 mai 2004, réalisée par l’association Carl Einstein François Mazou, sous la direction de Christiane Abbadie Clerc, ex Conservateur en chef directrice de la Bibliothèque intercommunale de Pau Pyrénées * « La Commune de Paris » Bataillon des brigades internationale.]

Les Cent quatorze jours de La bataille de l’Ebre

Les belligérants laisseront sur le terrain et dans le fleuve 100 000 morts. Il est flagrant que dans cette dernière bataille, la démonstration est faite de la supériorité des fascistes en troupes et en armement. La guerre moderne était fin prête pour la deuxième guerre mondiale. Franco déclara la fin de la guerre le 31mars 1939 avec une victoire totale. Pétain est nommé depuis le 2 mars Ambassadeur de France à Madrid.

Le monde libre est une gageure de l’esprit

C’est une hérésie de penser que le monde libre existe en préambule des bombes qui tuent et détruisent en masse. C’est toujours avec la rhétorique du Terrorisme que l’ennemi est présenté. Qu’est-ce qu’un crime de guerre sinon un terrorisme institutionnalisé car il bénéficie d’un « honoris causa ». La guerre protège les hommes qui ont su se préserver des responsabilités en créant un label « permis de tuer » en quelque sorte. La société des Nations n’est pas très volubile sur ce sujet. Les crimes de masse se trouvent ainsi protégés par une légalisation du meurtre. Les exemples fusent depuis la première guerre mondiale. Le film de Stanley Kubrick « Les Sentiers de la Gloire » montre comment, pour une promotion, un général de l’armée française lance une offensive suicidaire en envoyant des hommes à l’assaut vers une mort certaine - pour lui, la vie comme la mort des soldats importe peu puisque les hommes sont tenus de respecter les ordres même les plus absurdes. En temps de guerre, un refus peut les amener devant un peloton d’exécution. Il est pratiquement impossible de se soustraire à la mort, même si ce n’est que pour la promotion d’un général pour qui un soldat n’est que de la « chaire à canon ». Toutes les guerres coloniales sont entachées de crimes de guerre. Ca n’a pas empêché les pays colonisateurs de parler de terrorisme quand il a s’agit de lutte de libération nationale.

La guerre est un spectacle où la mort se joue sur la même scène que la vie, où les puissants s’honorent de pratiquer une guerre juste, arguant la légitimité du monde libre face au terrorisme. C’est la concordance entre les politiques de la société civile et les militaires pour penser Guernica, Hiroshima, Nagasaki, Sabra et Chatila…

Et pourtant a-t-on déjà utilisé le mot « terroriste » pour les « expériences » précitées ? S’il y a un département d’Etat pour penser et mettre en place ces ignominies, ne pourrait-on pas l’appeler le « laboratoire en sciences humaines » au lieu de « défense » alors qu’il n’est qu’un Bureau des Affaires Criminelles. Les derniers conflits Israël/Gaza, Israël/Jenine, Israël/Liban, Usa/Iraq, Russie/Tchétchénie, Serbie/Bosnie/Kossovo, en sont les manifestations les plus démonstratives. L’acharnement à tuer le plus de civils possibles dans un temps record parait être le but à atteindre pour terroriser son adversaire : la victoire dépend aujourd’hui encore du rite barbare de la destruction des populations autochtones, de leurs infra et superstructures ainsi que leurs consciences sociétales. Les guerres nous feront de plus en plus penser à des poteaux d’exécutions et à des « serials killers », spécialistes en écocides, ethnocides, et génocides.

Les progrès de demain seront de plus en plus la capacité des armes à tuer plus vite et plus pour se « défendre » contre des pays dépourvus de forces armées. Soumis ou exclu, semble être la prochaine réalité humaine, celle où les fascistes italiens et Nazis allemands se sont engouffrés. Le paradoxe du terrorisme, c’est que les Nazis n’ont pas compris que c’était eux les terroristes puisqu’ils représentaient, selon leurs critères ethniques, la race supérieure. Et c’est la même chose pour toutes les armées d’occupation, comme la glorieuse Tsahal, l’armée de l’état israélien.

La cause morale d’une armée pure

Des généraux israéliens parlent dans "Tsahal", film réalisé par Claude Lanzmann : « Notre armée est pure (...), elle ne tue pas d’enfants. Nous avons une conscience et des valeurs et, à cause de notre morale, il y a peu de victimes [palestiniennes]. »

Claude Lanzmann déclarait que son intention était de présenter une armée juive pourvue, selon lui, de caractères moraux spécifiques par rapport aux autres armées. Israël bafouant toutes les conventions internationales qu’il a d’ailleurs signé, a avoué récemment qu’il a utilisé du phosphore à Gaza pour combattre le Hamas (et s’il n’y avait que le phosphore… il me semble que cette armée « modèle » oublie vite l’uranium appauvri). L’armée israélienne, selon ses sponsors, est « la plus morale au Monde »... Je vous laisse apprécier.

Quand l’Etat n’est plus à un mensonge près

L’Armée « la plus morale au Monde » est compromise dans une affaire des plus « sordides » en matière de morale. Un vaste marché d’organes humains prélevés sur des cadavres Palestiniens. Il va de soi qu’aucune autorisation ne leur a été donnée (quotidien Haaretz, article de Zvi Zrahiya et Jonathan Lis du 23 octobre 2006). Et puis ce n’est pas comme si on ne l’avait jamais vu à l’oeuvre, cette armée.

L’Armée « la plus morale au Monde » est compromise dans une affaire des plus « sordide » en matière de morale. Un vaste marché d’organes humains prélevés sur des cadavres Palestiniens. Il va de soi qu’aucune autorisation ne leur a été donnée (selon le quotidien Haaretz (article de Zvi Zrahiya et Jonathan Lis du 23 octobre 2006. Et puis ce n’est pas comme si on ne l’avait jamais vu à l’oeuvre, cette armée. Le mot morale pour les militaires est tout a fait inadapté et je me demande si Claude Lanzmann ne se fourvoie pas, par trop de complaisance avec ses propres désirs qu’il prend pour des réalités. Mais je reste cependant pour le moins curieux de découvrir le sens qu’une armée peut donner à des mots utilisés dans le film de Lanzmann comme, pure, enfants, conscience, des valeurs, notre morale, des mots que l’ont peut associer avec le précepte morale. Par contre, avec le mot mensonge, essayez d’y coller le mot morale, pour terminer sur un paradoxe. Pourquoi se donner tout ce mal, à détourner le sens des mots quand en tout état de cause nous ne voulons être comparés à des fascistes ? Alors quelle idée de se comporter comme tel...

Echo d’une Mémoire de la milicienne de la culture Carmen Lera née Andreu

« La guerre se termina avec la Junta de Casado à Madrid, qui trahit la république en se retournant contre les communistes. Les franquistes arrêtèrent Eugenio Meson secrétaire général des jeunesses communistes (mari de Juana Dona). Le cinq mars il sera fusillé. Nous avons alors décidé de fuir en camion, direction Valence, avec Tunon de Lara* et sa compagne. Tunon était très ami avec Jose Luis, mon compagnon. Tunon était à l’avant dans la cabine à coté du chauffeur avec ma fille sur ses genoux, elle avait six semaines, avec nous il y avait Juana Dona - son mari Eugenio Meson avait été fusillé. Arrivés à Valence nous dûmes partir vers Alicante en espérant trouver un bateau. Mais l’émissaire français (Bonnet) contrecarra cette fuite. Je revis Tunon seulement en 1987 pour le 50éme anniversaire de Valence capital de la République. Quand il eut fini la conférence nous nous étreignîmes très fort, vous vous rendez compte presque un demi-siècle après les premiers mots furent « tu te rappelles quand nous chantions » :

No quiero ir contigo a la guerra
que se come muy mal
y se duerme en la arena
Dormiré en la arena.
No, no, no no dormiras
que dormiras en un lecho de flores
con cuatro milicianas que te hablaran de amores

Il chanta « la chanson que nous chantions » dans notre fuite de Madrid à Valence. Il me donna son adresse à Bilbao. Il avait été vraiment très ami avec mon mari, décédé voilà 40ans. (Carmen Léra Andreu, témoignage - Les cahiers du CRIAR n° 15 publication, Université de Rouen - Echo d’une Mémoire de la milicienne de la culture)

Carmen Lera née Andreu

« J’étais milicienne de la Culture à Madrid dans l’hôpital « el Campesino », c’était en début 38, il y avait beaucoup d’analphabètes parmi les blessés qui venaient du front. Le travail était organisé par la République… Il y avait dans l’hôpital une cellule communiste, nous nous réunissions. L’hôpital vota pour que nous puissions - les membres de la culture - prendre un repas comme tous les employés parce que nous n’étions pas payés. » (Les cahiers du Criar, centre de recherches d’études ibériques et Ibéro-Américaines n° 15 Université de Rouen )

Elle obtient son diplôme d’institutrice par la République, le 10 avril 1936. Dès le déclenchement du conflit, les écoles ferment (le 17 juillet). Tous les enseignants iront travailler à l’hôpital de Lérida pour aider les personnels soignants car les blessés arrivaient déjà du front d’Aragon. Militante du JSU depuis 1934 et du « Secours Rouge », elle milite aussi à la Solidarité Politique avec les grévistes mineurs d’Asturies en prison (voir les nombreux ouvrages de Tunon de Lara, historien et universitaire), elle milite au sein de la FETE, Fédération des travailleurs de l’enseignement. Début 1938 elle rejoint Madrid avec son compagnon José Luis Lera qui doit assurer des fonctions au sein de l’école du parti communiste. « L’insurrection des Asturies en octobre 1934 fait 3000 morts, 7000 blessés, 40000 emprisonnements. Franco est déjà à la tête de cette répression innommable. » (Source : Pierre Brou, la Révolution Espagnole 1931 1939)

L’idéal de liberté, qui avait tant nourri le peuple espagnol dans sa lutte contre le fascisme et courroucé tant les gouvernements européens, indisposait à présent la France. Sans attendre, elle y dépêcha un émissaire taillé sur mesure, comme les aimait Franco. Bonnet était de ceux-là . Il arrêta le geste qui aurait pu sauver 12000 personnes sur le port d’Alicante qui attendaient leur évacuation.

Déclaration de zèle à la mode de la collaboration :

« La parole du généralissime est une garantie suffisante. Notre présence sur le terrain serait interprétée comme une insulte à la souveraineté de l’Espagne. Elle risquerait de froisser son nouveau maître et compromettrait nos futures bonnes relations avec lui. Les principes humanitaires sont une chose, la politique internationale en est une autre ». (Déclaration de Bonnet émissaire envoyé par la France)

Douze mille Républicains furent livrés avec le zèle que l’on remarquera peu de temps après sur fond de collaboration avec le gouvernement de Vichy. Deux jours après, Franco commença ses exécutions, au rythme de deux cents par jour. L’implacable dictature qui s’installa pour quarante longues années fut la prime accordée au généralissime pour avoir écrasé l’enthousiasme des travailleurs qui, en 1936, de Madrid à Paris, étaient bien disposés à changer le cours de l’Histoire. Le triomphe de la tradition contre l’Espagne « impie », la résurgence du mythe de la « Croisade », la défense de la foi et de son honneur pour la gloire éternelle du Christ Roi. Franco allait « karchériser » le pays pour un retour à l’Espagne des traditions.


Ah, l’Espagne sous Franco...

Le Franquisme, ce greffon du nazisme

Le franquisme survivra à la bête immonde. Malgré ses liens avérés avec l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, il sera volontairement épargné. La dictature semblait pourtant incompatible avec le nouvel ordre de la Libération en 1945. Cependant, ce bastion survivra contre le communisme et en toute quiétude continuera son oeuvre de mort.

Cara Al Sol ! (hymne de la phalange, consiste à regarder le soleil « droit dans les yeux » et droit dans ses bottes) Cruel dessein pour aveugler l’Espagne, rien ne pourra plus arrêter les bourreaux et rien ne leur manqua pour leur rédemption, ni prières, ni charniers, car tel était leur sinistre programme.

Le soleil d’Espagne en aveuglera bien d’autres. Ha ! Les plages de sable fin. Les vacances, pour toutes classes politiques et bourses confondues y compris les plus modestes, ont participé à déculpabiliser et à corrompre les touristes. Ce paradis économique pour aventuriers nouvelle formule (très loin de l’esprit des congés payés de 1936) représentait un nouveau souffle indispensable pour la survie de ce nouveau régime qui s’employait à cacher tout de la réalité politique de sa dictature.

La musique à tue tête comme « Arriba Espana », une chanson on ne peut plus idiote et pro franquiste, était dans les têtes les plus crédules au point que les touristes revenaient avec cette rengaine à deux sous et rien des prisons, des tortures, ni des exécutions - et il y en avait beaucoup pourtant. Etaient-ils choqués de passer des vacances dans un pays où des personnes se saluaient avec le bras tendu ? Combien de fois dans les années 50/60 sur mon lieu de travail la question m’a été posée : « Pourquoi tu ne vas jamais en vacances en Espagne ? »

Autant de fois je retenais mon souffle. Comme à 14 /15 ans quand, avec les copains, nous partagions les plaisirs de la baignade avec cependant une assez nette préférence pour le plongeon ! Nous plongions d’une bonne hauteur à partir des pontons d’amarrages en béton qui s’élevaient à 7 ou 8 mètres au-dessus de l’eau. Et comme ils jouxtaient le chemin de halage, l’habitude en avait fait pour nous un acquis. Patrimoine d’une époque où la Seine était la Reine du transport fluvial et maritime avec des kyrielles de péniches qui ravitaillaient la capitale, sans compter les bateaux à fort tonnage qui remontaient la Seine jusqu’à Rouen. Un port ouvert sur le monde, une porte sur l’Europe. Rouen était alors classée le 2ème ou le 3ème port de France, connu pour être le pays des remorqueurs pour son activité portuaire. Son existence remonte à 2000 ans, grâce aux forts tonnages qui transitaient par la capitale normande malgré sa position géographique qui la situait loin de la mer mais près de Paris, ce qui donnait à Rouen la maîtrise du fret entre Paris et le reste du monde (plusieurs lignes régulières avec l’Afrique).

Le fleuve grâce au chenal creusé pour les bateaux à fort tirant d’eau, était profond en marée haute comme en marée basse. La Seine fluctuait au rythme des marées inversant le sens et le mouvement du courant une fois vers la mer et l’autre en direction de la source. Cela lui conférait une certaine singularité d’insoumise pour nous accueillir dans son eau à la robe aux couleurs de vase. C’est là que, pour impressionner les passants, promeneurs ou les quelques badauds, nous nous jetions subrepticement du haut de ces croisillons de béton dans ce liquide que l’on nommait selon l’inspiration du moment la flotte, la baille, la gode, le jus, le sirop, le bouillon que charriait la Seine à Saint Etienne du Rouvray où nous résidions. Nous nous enfoncions profondément pour disparaître et réapparaître plus loin, une longue minute après. C’est pour ces loisirs/plaisirs que le fleuve nous offrait l’opacité de son eau rendue impénétrable à la lumière des rayons du soleil qui peinaient à percer ce magma composé de milliard de particules en suspension, glanées sur son parcours au long cours au gré des méandres et que le fleuve entraîne de la même façon qu’il charrie un peu de tout sur son passage. Tout un échantillonnage de rejets industriels. Une eau de source plus très claire née bien loin en amont dans des reliefs qui par dénivellation livrait à la mer cette manne qui a fait les beaux jours du capitalisme industriel. Ce qui peut paraître paradoxal c’est que tout ça se passait dans les années 50/60 au temps d’un syndicalisme de combat. Aujourd’hui l’activité du port a perdu ses dockers et les quartiers dans le vieux Rouen populaire ont remplacé leurs fleurons historiques par le bourgeois abyssal, spéculateur, affairiste « amoureux » de vieilles pierres et colombages.

Accrochées sur les rives à proximité du port qui aligne près de 10 km de quais, les usines ont prospéré sans se préoccuper de pollution. Tout y étaient jeté comme si le fleuve était un immense tapis roulant à disposition pour se débarrasser de tout jusqu’aux immondes produits chimiques que l’on « balance », « on ne veut pas le savoir », l’objectif c’est le profit « c’est tout bénef », çà ne vole pas plus haut que ça, non ! A ça venaient s’ajouter les ramifications des affluents et des confluents qui à leur tour déversaient leurs immondices industrielles réalisant des « performances artistiques » en donnant aux rivières, régulièrement et à heures fixes, les couleurs de l’arc-en-ciel suivi d’une procession de vertébrés aquatiques qui, l’oeil glauque, manifestant leur joie le ventre à l’air. Les RDV loisirs pour la jeunesse des quartiers populaires de l’après-guerre… C’est dans ce bouillon de culture que nous trempions nos âmes pour nous forger une conscience de futur prolétaire.

« Alors Luis, pourquoi tu ne vas jamais en Espagne ? » C’était dans une respiration contrariée que je formulais une réponse. Et quoi répondre, pour un fils de Républicains espagnols, sinon qu’il n’était pour moi pas question de m’abreuver dans le calice de ceux qui ont brisé les rêves de mon enfance et gommé tant de vies. Mais j’évitais une réponse trop ostentatoire comme j’en avais l’envie. Et dire qu’il n’y a pas de dignité à faire allégeance au régime fasciste, en fermant les yeux sur cette réalité que l’on avait déjà trop de collaboration passive et que le tourisme était une des formes la plus accomplie de la collaboration active. J’avais fais le serment de ne plus revenir en Espagne du vivant de Franco. Difficile d’en parler sans s’enfermer dans un monologue qui ne fait avancer personne.

Pourtant je fis un accro à cette règle que j’avais adoptée en 1947 à 7 ans quand, avec ma mère Carmen, mon père José Luis, mes deux soeurs Conchita et Carmen (8 mois), nous primes le chemin de l’exil. J’ai dérogé une seule fois à ce « contrat moral » quand, en 1964, j’ai effectué un voyage à travers l’Espagne pour présenter ma compagne à ma famille espagnole. Elle était la première non espagnole à intégrer celle-ci. A ma conscience, j’évoquais alors le cas de force majeure. J’ai toujours eu une respiration compliquée, surtout dans l’effort. Alors je me mets en apnée. Je n’ai jamais, ou rarement, une respiration apaisée. Ce qui me fait dire que je reporte ce problème à des symptômes liés à mon enfance comme par exemple l’exil, le suicide de mon père… Je me compare parfois à un poisson dépourvu de branchies qui va chercher son air entre deux eaux, mais qui ne le trouve pas…

Luis Lera

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