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Le grand historien et militant Pierre Broué nous a quittés ce mardi 26 juillet 2005, par Gérard Filoche.


Hommage a Pierre Broué au nom de tous les amis de D&S, qui fut sa revue.



Un grand hommage doit être rendu au remarquable historien, au militant, à l’homme Pierre Broué qui vient de disparaître, dans la nuit du lundi au mardi 26 juillet 2005, à l’âge de 79 ans.

Militant engagé, syndicaliste et politique, depuis la seconde guerre mondiale, longtemps membre de l’organisation communiste internationaliste, l’une des branches de la Quatrième internationale, exclu de fait en mai 1989, il avait alors travaillé, entre autres, avec les militants qui ont créé "démocratie et socialisme" revue à laquelle il a longtemps collaboré (de 1992 à 1999) et qui était, dés les origines jumelée à la sienne : "Le marxisme aujourd’hui".

Tout en ne cessant de travailler sur toutes les périodes noires et les crimes monstrueux du stalinisme, il suivait tous les événements actuels de la politique mondiale. Il écrivit des ouvrages sur le "putsch de Moscou" en 1991 - édité par D&S - sur "le Brésil de Color" et du Parti des travailleurs, sur l’ex-Urss, sur l’ex-mouvement communiste international, tel "Meurtres au maquis", livre sur l’assassinat de trotskistes dans les maquis de Haute Loire, par les staliniens français, écrit en collaboration avec notre camarade Raymond Vacheron, mais aussi au jour le jour sur la vie politique et sociale, du 21 avril 2002 au 29 mai 2005, sur la gauche, en France.

Ses contributions à l’histoire du mouvement ouvrier et socialiste compteront parmi les plus importantes de la seconde partie du 20° siècle. Sa mémoire, ses connaissances formidables, son opiniâtreté a faire éclater toujours la vérité, la précision historique, à redresser clichés, à détruire les calomnies, à rétablir les faits, son immense capacité de travail n’en faisaient pas seulement un militant précieux pour tout le mouvement social, mais aussi un homme, un compagnon extrêmement séduisant, tonifiant, vigilant, avec un sens permanent de l’enseignement de l’éducation, de la discussion théorique, historique, toujours lié à des expériences pratiques. D’ailleurs toute son oeuvre est là pour en témoigner, à commencer par sa magnifique biographie de Léon Trotski éditée chez Fayard en 1988.

Nous sommes tous profondément affecté par cette disparition, que nous venons à peine d’apprendre, brutalement, nous, tous, les animateurs et rédacteurs de la revue D&S qui était aussi un peu la sienne, nous qui l’avons côtoyé, notamment depuis la chute de mur de Berlin, car il nous a beaucoup appris, et nous l’avons beaucoup aimé.

Nous travaillerons à lui rendre hommage et à faire connaître son oeuvre car elle le mérite : on n’est rien sans histoire, sans mémoire, sans apprendre des expériences du mouvement social des 150 dernières années. Des générations nouvelles sauront, en lisant ses livres, apprendre ce qu’il leur faut savoir pour changer le monde, la vie, et construire vraiment le socialisme.

Gérard Filoche, le 26 juillet 2005 à 19 h pour Démocratie & Socialisme
www.democratie-socialisme.org

Salut Ami !
Ollivier


Pierre Broué, historien du communisme et militant trotskiste

Le Monde, 27 juillet 2005.


Historien de renom et militant politique infatigable, Pierre Broué est mort, mardi 26 juillet, à Grenoble (Isère). Il était âgé de 79 ans.

Spécialiste du mouvement communiste international, Pierre Broué n’aura jamais cessé d’explorer le devenir des révolutions européennes, non seulement pour en méditer la grandeur, mais aussi pour en éprouver toutes les déceptions.

Né en 1926 à Privas (Ardèche), le jeune Broué a grandi dans une famille de fonctionnaires profondément républicains. Frappé par l’écho des émeutes "ligueuses" du 6 février 1934, il naît très tôt à la révolte politique, dans un double élan de solidarité avec les grévistes de juin 1936, en France, et avec les combattants antifranquistes.

Mais c’est au contact d’un professeur d’histoire, Elie Reynier, que le collégien cerne peu à peu sa vocation. A l’été 1940, le vieux militant-pédagogue est assigné à résidence. Il invite le lycéen à piocher dans sa bibliothèque : spontanément, celui-ci s’empare de la collection des Annales comme des livres de Marc Bloch ou de Georges Lefebvre. Surtout, il se jette sur les quatre volumes rouge vif de l’Histoire de la Révolution russe signés Léon Trotski. Il a 14 ans.

Dans un premier temps, Pierre Broué va toutefois s’engager au sein des jeunesses du Parti communiste clandestin. Il en sera bientôt exclu, avec d’autres khâgneux du lycée Henri-IV, à Paris, où il était "monté" pour préparer Normale Sup’. Lui et ses camarades n’avaient-ils pas voulu organiser un travail d’agitation "internationaliste" auprès des soldats de la Wehrmacht ?

"Vous êtes des trotskistes", avaient tranché les responsables du Parti, sans que les jeunes bannis comprennent encore vraiment ce que cette étiquette désignait. C’est ainsi qu’en 1944 Pierre Broué va rencontrer la poignée de révolutionnaires qui prétendent perpétuer l’héritage de Léon Trotski, en se réclamant d’un marxisme antistalinien, fidèle à la mémoire "originelle" d’Octobre 1917.


MILITANT ET ÉRUDIT

Au sortir de la guerre, et comme en hommage à son vieux maître Elie Reynier, Pierre Broué décide d’être à la fois un militant et un érudit, indissociablement. D’abord enseignant en région parisienne, cet amoureux de l’archive sera nommé par la suite à l’Institut d’études politiques de Grenoble, au milieu des années 1960. Là , sa voix grave et son accent ensoleillé, autant que son ardeur au travail, ont enthousiasmé des générations d’étudiants.

Consacrés à l’Internationale communiste (Komintern), les travaux de Pierre Broué ont contribué à renouveler l’historiographie dans un pays où l’hégémonie idéologique du PCF a longtemps figé la vie intellectuelle. Ainsi, dès 1961, dans La Révolution et la guerre d’Espagne (avec Emile Témime, Ed. de Minuit), il brisait la légende de l’unité "antifranquiste" et sortait de l’ombre la chasse aux révolutionnaires à laquelle les hommes du Komintern s’étaient alors livrés. De même, dans Le Parti bolchevique (Ed. de Minuit, 1963), Pierre Broué décrivait la généalogie politique du stalinisme, pour comprendre comment le parti de Lénine avait fini par massacrer la génération d’Octobre dans sa quasi-totalité.

Aussi cet itinéraire de combat et d’idées est-il tout entier placé sous le signe du trotskisme. En janvier 1980, lorsque les archives de Trotski sont ouvertes, Broué est l’un des premiers à pénétrer dans la Hougthon Library de Harvard (Etats-Unis), où elles sont déposées. Trois ans auparavant, avec quelques amis, il avait fondé à Grenoble l’Institut Léon-Trotski, afin d’éditer les oeuvres complètes du fondateur de l’Armée rouge (27 tomes parus à ce jour), et de créer les Cahiers Léon Trotski, où ont été publiées de nombreuses études portant sur le mouvement révolutionnaire international.

De celui-ci, Pierre Broué aura finalement embrassé tous les combats, pour le meilleur et pour le pire. Jusqu’à en endurer lui-même les aspects les plus pénibles. Ainsi, lorsqu’en 1988 il publie sa biographie monumentale intitulée, sobrement, Trotski (Fayard), il est l’un des principaux dirigeants du Parti communiste internationaliste (PCI), la tendance dite "lambertiste" des trotskismes français.

En tant que tel, Pierre Broué a participé à toutes les guerres intestines qui ont rythmé l’histoire de ce courant. Il a accompagné bien des ruptures, oeuvré à quelques exclusions aussi.

Un an plus tard, il était à son tour poussé vers la sortie, après quatre décennies de luttes communes et d’espoirs partagés. Jamais peut-être les deux casquettes de Pierre Broué ne s’étaient à ce point confondues : d’un côté, l’historien sondait les ressorts du stalinisme ; de l’autre, le militant en expérimentait les avatars au sein de son propre mouvement.

Jean Birnbaum

Article paru dans l’édition du 28 juillet 2005
www.lemonde.fr


En hommage à Pierre Broué, par René Revol.

Hommage à Pierre Broué, par Jean-Pierre Juy.


Lire de Pierre Broué :


La leçon faite par Lionel Jospin.

Y a-t-il une révolution en marche en Ukraine ?

Le journal Le Monde fait la leçon à Chavez.

La liste LO-LCR : la fin d’un rêve éveillé

Aznar, un modèle défraîchi.

Espagne : Les « dérapages » du Monde.

Exclusions du P.T. brésilien.

Mystères des Caraïbes, par Michel Wattignies (Pierre Broué).


- Photo : La Riposte
www.lariposte.com



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