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Le guerrier néo-conservateur Elliott Abrams retourne au conflit - au Liban (Middle East Eye)

Mettre le Liban sur un pied d’égalité avec le Hezbollah n’est qu’un moyen d’excuser préventivement Israël pour les massacres imminents.

Dans un récent article pour Politico Magazine, Elliott Abrams - néocon extraordinaire, ancien membre des administrations de Ronald Reagan et George W Bush, et actuel senior fellow au Council on Foreign Relations à Washington, DC - prévient que "le Liban est en ébullition" et que "des milliers d’Américains pourraient être pris au milieu d’une guerre".

L’essentiel de l’article, co-écrit par le collègue d’Abrams, Zachary Shapiro, stipule que les États-Unis doivent formuler un plan d’évacuation complet pour leurs citoyens au Liban, en préparation de la prochaine confrontation apparemment inévitable avec Israël.

Pendant la guerre de 2006, au cours de laquelle Israël a tué environ 1 200 personnes sur le territoire libanais - dont la majorité étaient des civils - les États-Unis ont daigné évacuer quelque 15 000 citoyens, après avoir d’abord tenté de leur facturer ce privilège.

Le sous-secrétaire d’État américain aux affaires politiques a défendu la tentative de facturation au motif que le gouvernement avait dû "se mobliser d’urgence et louer des navires [d’évacuation]".

En revanche, l’expédition précipitée de bombes à l’armée israélienne n’était apparemment ni un gros tracas ni une grosse dépense. 

Diaboliser le Hezbollah

L’évacuation sera encore plus délicate lors de la prochaine guerre, affirment Abrams et Shapiro, car « tout indique qu’il s’agira d’un conflit plus féroce qu’en 2006 ». C’est probablement vrai, puisque les responsables israéliens ont passé la majeure partie des 12 dernières années à menacer de ne plus se retenir au Liban - comme s’ils l’avaient déjà fait.

Lors de diverses comparutions au cours des derniers mois devant les sous-comités du Congrès américain, Abrams a consciencieusement promu la narrative israélienne selon laquelle ’la distinction entre le Hezbollah et le Liban ne peut plus être faite’ et que ’le Hezbollah dirige tout simplement le pays’.

Le Hezbollah, bien sûr, doit être diabolisé à tout prix, compte tenu de sa capacité à contrecarrer les visées régionales prédatrices d’Israël.

Et si la réalité sur le terrain est évidemment un peu plus complexe que ’Liban = Hezbollah’, cette sorte d’hystérie réductionniste sert de moyen d’exonérer préventivement Israël pour les massacres imminents.

Cette approche a également été adoptée par toute une série de médias et de politiciens américains, qui contribuent littéralement à préparer le terrain pour d’autres attaques israéliennes contre les écoles, les hôpitaux et la société civile libanaise en général.

Dans un témoignage de novembre 2017 devant le Sous-comité sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Abrams a avancé le mythe de la retenue israélienne en 2006, affirmant que l’armée israélienne avait ’ fait un effort particulier pour éviter des dommages importants à l’infrastructure nationale libanaise ’ malgré la destruction de l’aéroport de Beyrouth.

Il s’est souvenu de sa propre visite à Beyrouth en temps de guerre - en sa qualité de conseiller adjoint à la sécurité nationale et d’assistant adjoint de Bush - lorsqu’il a pu s’émerveiller de la précision chirurgicale magique d’Israël face au phare du port de Beyrouth.

« Un missile israélien a traversé le sommet du phare et a éteint son projecteur », a-t-il dit. « Il n’y avait aucun dommage à la structure, de sorte qu’il suffisait d’un nouveau projecteur pour que le phare soit à nouveau opérationnel instantanément. »

Oubliés, la multitude de ponts, de voies de circulation et d’immeubles entiers qui furent également détruits par les projectiles israéliens pendant le conflit et qui se sont avérés plus difficiles à reconstituer. Ou le fait que les enfants libanais massacrés à bout portant par des hélicoptères israéliens ne pourront jamais être à nouveau ’opérationnels’.

Lorsque je me suis rendue au Sud-Liban peu après la fin de l’assaut de 2006, j’ai parlé à une famille avec trois enfants - tous citoyens américains - qui étaient restés dans le pays pendant toute la durée de la guerre, car leurs grands-parents non-citoyens n’étaient pas admissibles à l’évacuation.

Après avoir survécu pendant 10 jours au bombardement israélien de leur ville, la famille s’est enfuie vers le nord dans un convoi de véhicules brandissant des drapeaux blancs, dont le dernier véhicule fut détruit par un missile israélien.

Une histoire de bellicisme

En bref, Abrams peut parler tant qu’il veut de la nécessité d’un plan d’évacuation au Liban, mais une méthode plus simple pour assurer la sécurité des citoyens américains dans le pays serait de cesser de jeter des milliards de dollars en ’aide militaire’ annuelle à l’État d’Israël.

En attendant, aucune analyse du bellicisme actuel d’Abrams ne serait complète sans un coup d’œil à son CV, qui inclut une agitation fébrile au nom de ce bain de sang spectaculaire connu sous le nom d’invasion américaine de l’Irak, ainsi que l’implication dans une ’initiative secrète... pour provoquer une guerre civile palestinienne’, selon un article de Vanity Fair en 2008.

La biographie d’Abrams au Council on Foreign Relations énumère de nombreux détails de sa trajectoire professionnelle, dont un livre intitulé Faith or Fear : How Jews Can Survive in a Christian America. [Foi ou Frayeur : Comment les Juifs peuvent survivre dans une Amérique chrétienne]

Expurgé de son CV, par contre, est le service d’Abrams sous la direction de Ronald Reagan en tant qu’acteur principal dans le scandale Iran-Contra des années 1980, au cours desquelles les États-Unis ont vendu illégalement des armes à l’Iran et ont détourné les fonds vers les forces de droite de la Contra qui se sont employées à terroriser le Nicaragua.

Comme l’écrit Roxanne Dunbar-Ortiz dans Blood on the Border : A Memoir of the Contra War, la guerre en question « a coûté la vie à 50 000 Nicaraguayens sur une population de 3,5 millions d’habitants, avec des communautés entières anéanties, laissant 100 000 sans-abri et détruisant l’infrastructure du pays ».

Quant à l’opinion optimiste d’Abrams selon laquelle « quand l’histoire sera écrite, les Contras seront des héros populaires », Dunbar-Ortiz remarque : « Personne ne se souvient des Contras comme étant autre chose que des mercenaires des États-Unis, sauf peut-être Abrams et son petit cercle de néoconservateurs ».

La déstabilisation ne connaît pas de frontières

Abrams a ensuite été condamné, en 1991, pour avoir caché des informations au Congrès sur l’affaire Iran-Contra, ce qui a incité le New York Times à écrire que « peu de membres de l’équipage d’Iran-contra symbolisaient davantage les activités illégales de l’administration Reagan que M. Abrams ».

Il fut promptement gracié par le président George W Bush en 1992 - une preuve supplémentaire, peut-être, que la déstibilisation ne connaît pas de frontières dans la politique US.

En plus du projet Contra, Abrams a apporté diverses autres contributions aux efforts des États-Unis pendant la guerre froide pour aider à sauver des gens du communisme en les tuant. En tant que secrétaire adjoint de Reagan pour les droits de l’homme et les affaires humanitaires en 1983, par exemple, il a applaudi le dictateur guatémaltèque Efraín Ríos Montt, soutenu par les États-Unis, pour avoir prétendument « apporté des progrès considérables » dans le domaine des droits de l’homme - le même Ríos Montt qui a déjà été reconnu coupable de génocide pour son rôle dans une longue guerre qui a finalement éliminé plus de 200 000 vies.

Au Salvador, où les États-Unis avaient également l’habitude d’encourager les massacres de droite, Abrams nia le massacre, en décembre 1981, de plus de 800 personnes dans la ville d’El Mozote par des soldats salvadoriens formés et équipés par les États-Unis.

Son affirmation ultérieure selon laquelle « le bilan de l’administration sur El Salvador est une réussite fabuleuse » doit être comparée à des observations comme celle-ci du magazine The Atlantic : « Le succès de la politique américaine au Salvador... était basé sur 40.000 assassinats politiques ».

Faux plaidoyers pour la souveraineté libanaise

Retour au présent et à la mission belliciste d’Abrams au Liban : on ne peut que s’émerveiller de la facilité avec laquelle les criminels condamnés peuvent se recycler à des postes d’influence aux États-Unis.

Dans son témoignage devant le Congrès au mois de novembre, Abrams a approuvé l’approche nouvelle et plus dure de l’Arabie saoudite à l’égard du Liban, qu’il a qualifiée de « conforme, sans surprise, à la nouvelle approche israélienne ». Les deux approches, a-t-il insisté, étaient des « réactions à la réalité que le Hezbollah contrôle en fait le Liban ».

Mais alors qu’Abrams peut bêler sans cesse son soutien à la « souveraineté » libanaise, un Liban véritablement souverain est la dernière chose que désire le trio USA-Israël-Arabie Saoudite. En d’autres termes, il y a encore beaucoup de déstabilisation en vue.

Belen Fernandez

Belen Fernandez est l’auteure de The Imperial Messenger : Thomas Friedman at Work, publié par Verso. Elle est rédactrice en chef du magazine Jacobin.

Traduction "avec un oeil sur le Liban, l’autre sur la grève des cheminots" par Viktor Dedaj pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» http://www.middleeasteye.net/columns/elliott-abrams-returns-war-lebano...
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