Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Petites historiettes à faire fantasmer midinettes et supporters du PSG,

Le Qatar selon Bouvard et Pécuchet

Les éditeurs viennent de signer nombre de contrats pour des livres qui nous diront bientôt tout sur la guerre au Mali. Pour l’heure, l’avalanche commerciale concerne le petit émirat du Qatar, son immense fortune et ses facéties géopolitico-mondaines.

On nous propose trois catégories de produits : soit des publications directement achetées par le service communication de l’émirat comme – par exemple – la récente livraison d’une revue de géo-économie ; soit des mises en garde qui confondent délibérément toute espèce de critique de l’émirat avec des manifestations hystériques de l’islamophobie ambiante. Viennent ensuite des apologies du régime, faussement critiques et tant qu’à faire à l’avantage de Tamim – deuxième fils de l’émir et de sa seconde épouse Cheikha Moza –, le prince héritier qui succédera vraisemblablement à son père Hamad Ben Khalifa al-Thani. Mieux vaut investir dans les valeurs d’avenir…

Ainsi, dans la série « les coulisses de… » : Qatar ‑ Les secrets du coffre-fort, de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, nous promet les résultats d’une « longue enquête ». Et pour appâter le lecteur, les deux auteurs y auraient découvert « les raisons de leur libération d’Irak où ils étaient retenus en otages en 2004 », annonce la quatrième de couverture. Outre le fait que pas un mot ne concerne cette affaire éclaircie depuis longtemps, l’« enquête » annoncée tourne vite à la compilation d’idées reçues, entrelardée de quelques « confidences » recueillies auprès d’une série de diplomates désabusés, d’espions fatigués et, bien sûr, de sources devant conserver l’anonymat. La clef du livre est dévoilée dès la page 47 avec le portrait du premier ministre Hamad ben Jassem (HBJ) « qui commence à traîner quelques casseroles… » En revanche, Tamim est un « héritier prudent… décrit comme doté de nombreuses qualités ».

Après une série de petites historiettes à faire fantasmer midinettes et supporters du PSG, on touche – page 247 – à la morale de l’entreprise : le Qatar bashing (cogner sur le Qatar) ça suffit ! Étrangement, le même mot d’ordre est répété par quelques « chercheurs » utiles, dans plusieurs colloques organisés sur le thème dont le libellé est censé anticiper une question qu’il suffirait de poser en ces termes pour se couvrir de ridicule : « Faut-il avoir peur du Qatar ? » Sans surprise, il s’agit aussi du titre de la conclusion de notre « enquête ». Page 328 : « Le prince héritier semble parfaitement conscient des défis qui l’attendent et des excès de l’activisme de son père et du premier ministre HBJ. » Mais avant cette chute, qui vaudra, nous l’espérons, une belle reconnaissance à nos deux « enquêteurs », la leçon ultime est à découvrir page 297, après un long développement sur un Qatar, devenu phare de la diffusion planétaire de la culture universelle : « On peut s’en réjouir au nom de l’interaction du savoir et de la culture entre les peuples, on peut le critiquer ou le railler, mais c’est désormais une réalité. La montée en puissance du Qatar sur tous les fronts du soft power est clairement le signe de la construction d’un monde multipolaire. » (sic) C’est très exagéré, aurait écrit Mark Twain !

On ne va pas reprocher à nos deux « enquêteurs » d’être un peu mous du genou en économie politique, mais ne pas voir à ce point que les « réussites » du Qatar constituent l’un des symptômes les plus baroques d’un argent-roi qui canalise de plus en plus les relations internationales relève en effet de l’exploit… Cette toute-puissance de l’argent constitue, au contraire, le vecteur le plus destructeur et nivelateur de la diversité des pôles économico-politiques qui résistent à l’omnipotente logique financière néolibérale, morale et déterritorialisée de Londres et Wall Street.

Les trois questions essentielles posées par les ambitions du Qatar sont à peine effleurées : soutien aux factions armées les plus radicales de l’islamisme sunnite, très actives en Syrie et au Sahel (des côtes du Sénégal jusqu’à la Corne de l’Afrique) ; soutien à la confrérie des Frères musulmans et, notamment à l’un de ses prédicateurs vedettes, Youssef al-Qaradhawi, qui bénéficie d’une libre antenne sur la chaîne de télévision Al-Jazeera ; enfin, financement du terrorisme islamiste. Voilà vingt-cinq ans que cette dernière problématique mobilise les services spéciaux du monde entier sans que la coopération internationale n’ait enregistré le moindre progrès en la matière. Au contraire, la lutte contre le financement du terrorisme est en pleine régression, justement parce que des acteurs comme le Qatar et l’Arabie Saoudite ne cessent d’en rendre les filières plus indétectables dans le redéploiement continu, polymorphe et global de la finance internationale. Les monarchies pétrolières wahhabites et leurs investissements occidentaux constituent autant de paravents à des activités criminelles qui utilisent aussi désormais une myriade d’ONG et d’associations humanitaires, caritatives et culturelles. Ces trois questions méritent toujours de vraies enquêtes qui, à l’évidence, n’intéressent pas nos deux « enquêteurs ».

Avec Bouvard et Pécuchet (1881), Gustave Flaubert menait un implacable réquisitoire contre la bêtise savante et les idées reçues qui encombrent l’espace public et empêchent la réflexion critique et dialectique. Toujours inachevée, la tâche reste éternelle comme celle des laboureurs de la mer… Bref, laisser nos Bouvard et Pécuchet d’aujourd’hui à leurs tâches de copistes très conformes à l’idéologie conforme du moment… Heureusement, d’ici à la fin avril-début mai, on pourra lire, sur le même sujet, une vraie enquête, une vraie déconstruction géopolitique, un vrai livre sur ce « vilain petit Qatar »…

Richard Labévière

Et voir aussi (entre autres) http://www.legrandsoir.info/qatar-l-hyperpuissance.html

URL de cet article 20305
   
Israël/Palestine - Du refus d’être complice à l’engagement
Pierre STAMBUL
Entre Mer Méditerranée et Jourdain, Palestiniens et Israéliens sont en nombre sensiblement égal. Mais les Israéliens possèdent tout : les richesses, la terre, l’eau, les droits politiques. La Palestine est volontairement étranglée et sa société est détruite. L’inégalité est flagrante et institutionnelle. Il faut dire les mots pour décrire ce qui est à l’oeuvre : occupation, colonisation, apartheid, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, racisme. La majorité des Israéliens espèrent qu’à terme, les (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

2% de la population réfléchit.
3% croit qu’elle réfléchit.
Et 95% préférerait mourir plutôt que de réfléchir.

George Bernard Shaw


Analyse de la culture du mensonge et de la manipulation "à la Marie-Anne Boutoleau/Ornella Guyet" sur un site alter.
Question : Est-il possible de rédiger un article accusateur qui fait un buzz sur internet en fournissant des "sources" et des "documents" qui, une fois vérifiés, prouvent... le contraire de ce qui est affirmé ? Réponse : Oui, c’est possible. Question : Qui peut tomber dans un tel panneau ? Réponse : tout le monde - vous, par exemple. Question : Qui peut faire ça et comment font-ils ? Réponse : Marie-Anne Boutoleau, Article XI et CQFD, en comptant sur un phénomène connu : "l’inertie des (...)
91 
L’UNESCO et le «  symposium international sur la liberté d’expression » : entre instrumentalisation et nouvelle croisade (il fallait le voir pour le croire)
Le 26 janvier 2011, la presse Cubaine a annoncé l’homologation du premier vaccin thérapeutique au monde contre les stades avancés du cancer du poumon. Vous n’en avez pas entendu parler. Soit la presse cubaine ment, soit notre presse, jouissant de sa liberté d’expression légendaire, a décidé de ne pas vous en parler. (1) Le même jour, à l’initiative de la délégation suédoise à l’UNESCO, s’est tenu au siège de l’organisation à Paris un colloque international intitulé « Symposium international sur la liberté (...)
18 
« SIN EMBARGO » - Paroles cubaines sur le blocus (et le reste aussi) - Préambule - 1/13
PREAMBULE « Un microphone ? Hum... » Ca y’est, deux jours à la Havane et je commence à me sentir comme un fucking Chevalier de la Table Ronde à la recherche du Graal. Oui, j’ai besoin d’un microphone, avec une petite prise, pour le brancher là. « Tu veux acheter un microphone ? » Ben oui, à peine arrivé, le mien est tombé en panne, alors j’ai besoin d’un microphone. « Oui, oui, je comprends. Un microphone... ». Je suis dans un centre culturel. Un grand centre culturel. J’ai l’impression de voir des (...)
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.