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Lénine, un siècle après… « ringard » ou « visionnaire » ?

LUNITERRE

Écrit en 1916, un an avant les bouleversements révolutionnaires en Russie, et au cœur de la tourmente guerrière mondiale déclenchée en 1914, l’essai de Lénine sur le thème de l’impérialisme (*), pour bref qu’il soit, n’en continue pas moins de soulever des controverses, un siècle après...

Alors, "ringard" ou "visionnaire" ?

De quoi s’agit-il ? En 1914-1916, il est clair que la 1ère guerre mondiale, comme à la suite la seconde, parait avoir pour but, à première vue, l’expansion territoriale à grande échelle...

Pourtant Lénine, en allant aux racines de ce phénomène impérialiste utilisant désormais les moyens militaires produits par la grande industrie, nous met rapidement en garde contre cette lecture simpliste, et, progressivement, nous amène à comprendre les mécanismes financiers et économiques qui y président, en sous main.

Sur ce seul thème, l’histoire nous montre donc, malgré son décès prématuré en Janvier 1924, qu’il avait déjà plusieurs longueurs d’avance...

Lorsque cette guerre éclate, en 1914, les moyens industriels ne sont déjà plus essentiellement le produit de capitaines d’industrie ingénieux, capables de s’autofinancer par leur créativité, mais le résultat d’investissements colossaux de la part de groupes monopolistes déjà constitués et dominant les marchés.

Ces investissements nécessitent à la fois la concentration industrielle et la concentration bancaire, et leur interdépendance. Et pratiquement, à ce stade, leur "fusion".

Ce que Lénine, déjà, appelle la domination du capital financier.

C’est cette forme de développement du capitalisme qui ne peut plus se cantonner dans les limites étroites d’un territoire "national", aussi grand soit-il.

Il ne le peut, aussi bien pour des raisons d’expansion et de rentabilité, en termes de marchés, que pour des raisons d’appropriation et de concentration des ressources.

Vu sous cet angle, qui est à la base du livre, et dès les premiers chapitres, on ne peut que constater qu’il est, pour le moins, toujours d’actu...!

En réalité, cela nous amène à ce qui est, pour Lénine, la définition même de l’impérialisme.

Il ne s’agit déjà plus de contrôle territorial au premier degré, mais de contrôle économique, et surtout, financier.

Encore plus "rentable" que la mise en mouvement d’armées gigantesques et de divisions blindées, le concept de semi-colonie tel que déjà expliqué par Lénine constitue une anticipation manifeste du néocolonialisme actuel qui permet le maintien de la domination des groupes monopolistes sur les ressources de nombreux pays supposés "émergents", mais qu restent donc encore dominés, dans leur vie économique, pour la plupart.

Là encore, les principes fondamentaux qu’il nous montre en action n’ont pas pris une ride... hélas !

Ces pays dépendent économiquement de leurs exportations vers les métropoles impérialistes. Non seulement ils n’ont pas un développement suffisamment autonome et endogène, mais cette activité de production et d’exportation se fait le plus souvent, et précisément, sous le contrôle de capitaux venus de ces mêmes métropoles impérialistes, et qui sont donc davantage leurs maitres que leurs "clients"...

C’est pourquoi Lénine nous explique que la phase impérialiste du développement capitaliste se caractérise notamment par la prédominance de l’exportation de capitaux sur l’exportation de marchandise, qui a pourtant permis l’essor initial de ces groupes monopolistes.

A cet égard l’histoire comparée des USA et de l’Allemagne est parfaitement significative.

Les USA n’ont pas réellement colonisé de grandes étendues en dehors de leur territoire propre, mais ils ont toujours été présents financièrement là où l’avenir économique de la planète se jouait.

L’Allemagne a constamment déployé une grande puissance industrielle, et d’exportation de ses produits industriels, et elle a essayé à plusieurs reprises de la transformer en extension territoriale, alors qu’elle était devancé, sur ce terrain, c’est le cas de le dire, par l’Angleterre et la France...

Ces deux ex-"super-puissances" ont elle-même tardé à opérer le virage du colonialisme au néocolonialisme, et ont, de plus, perdu leur suprématie industrielle.

Résultat, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne restent des puissances importantes, mais très loin derrière les USA, qui continuent à dominer sur le plan financier...

Le cas du Japon, également, a suivi, on le voit bien, l’"exemple" allemand...

Là encore, d’après l’histoire et l’actu de tout ces pays, la "ringardisation" de Lénine, n’est pas, évidemment, pour demain !

Reste le cas de la Chine...

Apparemment "libérée" en 1949, elle semble avoir fait preuve d’indépendance, aussi bien à l’égard de l’URSS que des USA ...jusqu’en 1971, où le retournement apparemment "diplomatique" est en fait total, dès 1972, avec l’afflux des Dollars, via la bourse de Hong Kong ( 1 ). Alors commence un processus d’intégration de son économie aux flux de capitaux financiers internationaux, et principalement US.

C’est, dans les faits, exactement le processus de semi-colonisation tel que décrit dans le livre de Lénine, ...pour la Chine ! ( 2 )

Avec plus d’un demi-siècle de retard, pour le coup !

Aujourd’hui cette phase est à nouveau en voie d’évolution et de dépassement, avec le développement du capitalisme financier chinois.

Mais le processus de semi-compradorisation de l’économie chinoise est encore loin d’être surmonté, d’où l’interdépendance bien connue et très flagrante des économies occidentales avec les "exportations" chinoises...

Ces processus reflètent, encore plus que tous les autres, l’actualité de la pensée de Lénine, voire précisément, en l’occurrence son côté quasiment "visionnaire" !

Pourtant Lénine ne lisait pas dans le marc de café, mais simplement dans les ouvrages des économistes "bourgeois" de son époque, qu’il jugeait les plus avisés quant au sérieux de leur travaux, et qu’il réinterprétait, en fonction de la dialectique marxiste.

A moins d’une mauvaise foi extrême, mais que certains polémistes n’hésitent pas à déployer pour tenter de dénigrer son œuvre, on ne peut que constater à quel point le résultat est encore terriblement percutant.

Et il ne s’agit évidemment pas d’une série d’"anecdotes", même à grande échelle historique, qui pourraient n’être que le reflet d’un "hasard" aussi étrange qu’improbable, mais bien de la réalité vivante des principes d’analyse développés dans son livre.

En reprenant simplement sa méthodologie à propos du développement du "nouveau" capitalisme financier chinois, il était ainsi naturellement possible d’anticiper ( 3 ) sur l’éclatement de la "bulle" financière chronique qu’il constitue, avec des phases diverses, mais qui persiste et appelle à une dévaluation "progressive" du Yuan pour éventuellement être "résorbée" sans cataclysme financier majeur.

A défaut le "statuquo" est maintenu à grands risques, et au prix d’une fixation artificielle du cours du Yuan, "tolérée" par la force des choses jusqu’au FMI lui-même, en dépit de tous les "principes" de l’économie prétendument "libérale"... ( 4 )

La sauvegarde des intérêts US en la matière supporte aisément cette entorse...

C’est encore une preuve, et toute récente, de la vitalité de l’analyse léniniste au quotidien du 21ème siècle.

Pour autant, il ne s’agit toujours pas de prendre Lénine pour un substitut de Mme Soleil ou de Nostradamus... Pas plus que la tectonique des plaques ne permet de prévoir avec certitude la date, l’heure et le lieu précis d’un événement tellurique, comme un tremblement de terre, l’étude des forces économiques et sociales ne permet de dresser une carte de l’avenir politique de la planète.

Il s’agit néanmoins d’en comprendre les tendances profondes et éventuellement, d’agir en conséquence.

Lorsqu’il nous explique la mutation du capitalisme "classique" en impérialisme, Lénine nous parle d’un phénomène qui a déjà commencé à prendre forme au tournant du XIXème au XXème siècle...

A priori, la question de sa validité aujourd’hui est loin d’être forcément illégitime, mais c’est bien la réponse qui nous importe, en fait.

Les forces profondes, à l’heure de la "mondialisation", en sont-elles toujours à l’œuvre...?

"Mondialisation" : si le terme peut paraitre nouveau, la chose elle-même l’est moins...

"...en régime capitaliste, le marché intérieur est nécessairement lié au marché extérieur. Il y a longtemps que le capitalisme a créé le marché mondial." ( 5 )

Écrit déjà Lénine, en 1916 !

La domination du capital financier, encore en voie d’établissement à l’époque, n’a fait que prendre une tournure extrême, aujourd’hui.

On ne peut pas refaire, dans un simple article, l’histoire de la genèse du capital...

Si l’on voulait résumer à l’extrême l’idée de Lénine avec les mots d’aujourd’hui, on pourrait dire que « économie de casino » (le capital « spéculatif », disait déjà Lénine ( 5 )), et « économie réelle » sont toujours dans ce même rapport dialectique. Elles sont absolument inséparables parce qu’interdépendantes.

Le développement de « l’économie réelle » a besoin de la masse des capitaux « spéculatifs » en circulation pour ses mutations « à risques », mais dont une bonne partie génèrent les forces productives d’avenir, et le spéculatif n’a d’intérêt qu’en tentant de jouer « gagnant » sur ces mutations, au delà du boursicotage quotidien. ( 6 )

Après le stade monopoliste "primitif" de conquête "territoriale" et avec le stade impérialiste moderne, cette dialectique devient encore plus complexe, en liaison avec les phénomènes néo-coloniaux et l’émergence de bourgeoisies « nationales » nouvelles, qui ont vocation naturelle à devenir impérialistes à leur tour, comme nous le montre précisément l’exemple de la Chine.

Cela semble compliquer encore la dialectique du mouvement des capitaux, entre export de marchandises et export de capitaux, mais là encore l’exemple de la Chine nous ramène à ces processus fondamentaux.

Pour comprendre l’évolution actuelle du phénomène de "mondialisation", c’est à dire de l’impérialisme, en fait, il faut bien comprendre que s’il repose fondamentalement sur l’inégalité, qui lui est intrinsèque, de développement entre les pays et régions du monde, il n’est pas non plus uniforme dans le temps.

Ainsi, après les destructions massives opérées pendant les deux guerres mondiales, et surtout la seconde, les processus "classiques" générés par le capital productif ont provisoirement repris de la vigueur et apparemment occupé le devant de la scène, en termes de "croissance".

Pourtant, ce cycle, très bref en réalité, et abusivement baptisé "trente glorieuses" dans le jargon français, était donc déjà terminé sur la fin des années 60.

Si la crise majeure inaugurée par l’effondrement des accords de Bretton Woods n’a pas pris aussitôt un tour dramatique et spectaculaire, cela tient aussi aux nouvelles perspectives offertes à l’expansion du capitalisme financier via le retournement de la Chine maoïste, aux "bons soins" du Dr Kissinger...

On ne peut non plus, en quelques lignes, résumer l’histoire de la "guerre froide", mais chacun voit bien que le monde d’aujourd’hui en porte encore de lourdes séquelles.

Freiné un temps par ce contexte, l’expansion du capitalisme financier ne connait plus guère de limite et achève de ravager jusqu’au dernier coin de la planète.

Là encore Lénine a été le premier à en décrire l’aspect "parasitaire"( 7 ), et c’est pourquoi il nous parle de l’impérialisme comme un état de « putréfaction » ( 8 ) du capitalisme, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il puisse s’effondrer de lui-même, comme une lecture simpliste limitée au titre de son livre pourrait le faire penser...

Au contraire, il nous montre que cette putréfaction est un état de crise larvée, latente et permanente, où ce système économique malsain se « renouvelle » par la guerre et la destruction comme processus également à la fois larvaires et endémiques, mais toujours susceptibles de dégénérer en conflit mondial généralisé.

Ne nous parle-t-il pas, ainsi, de notre monde actuel ?

A l’heure où les foyers de tension internationale se multiplient, à l’heure où les conflits "locaux" déjà en cours s’internationalisent de plus en plus ouvertement et plongent à nouveau les populations civiles dans l’horreur, à l’heure où cette violence elle-même "s’exporte", via le terrorisme, dans les métropoles impérialistes, à l’heure où la "croissance" des pays "émergents", présentée un temps comme la roue de secours idéale du capitalisme, commence elle aussi à fléchir, et sans que ce processus soit prochainement réversible, le livre centenaire de Lénine est plus que jamais une clef de compréhension pour tout ces mécanismes déjà en train de nous broyer, et surtout, de compromettre l’avenir de nos enfants.

Luniterre

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**********************

Notes :

( * ) Toutes les référence de chapitres et paragraphes sont celles retenues dans l’e-édition de l’INEM de l’ouvrage de Lénine :

L’IMPÉRIALISME, STADE SUPRÊME DU CAPITALISME,

http://www.marx.be/fr/content/limp%C3%A9rialisme-stade-supr%C3%AAme-du-capitalisme-i-l%C3%A9nine

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( 1_ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2015/09/01/de-la-structuration-maoiste-de-la-bulle-chinoise/ )

( 2_ Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Chap VIII, §12

Voir également, sur TLM https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/03/08/en_relisant_lenine_qui_parlait_deja_de_chine/ )

( 3_ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2014/07/29/1385_chine_yuan_dollar_/

Écrit en 2014, extrait :

...les actions chinoises, prisonnières d’un marché fermé, sont probablement très largement surévaluées par les chinois eux-mêmes, car ils n’ont, pour la plupart des épargnants et investisseurs locaux, pas le choix d’aller voir ailleurs...

A savoir que contrairement à la France, par exemple, l’épargne, même populaire, joue un rôle de base dans les flux financiers intérieurs.

L’ouverture des marchés provoquera vraisemblablement une baisse des cours des valeurs chinoises, un appauvrissement des épargnants, et une ruée sur les valeurs étrangères. En somme, tous les ingrédients d’une crise sévère...

On comprend donc la prudence des réformateurs « libéraux », qui voudraient faire du Yuan une monnaie de réserve...

Officiellement, ils ont plutôt le soutien de leurs homologues américains et européens, mais je pense que c’est, de la part de ces hypocrites, un moyen de faire pression sur les « conservateurs » pour qu’ils réévaluent autoritairement le yuan à la hausse...

Le yuan convertible, lié à l’ouverture des marchés financiers chinois, et à leur « réajustement » brutal conséquent, aura plutôt tendance à dévisser carrément, dans un premier temps, qui peut être assez long, et en réalité, causer du tort à la finance US.

C’est pourquoi je pense qu’il y a une complicité objective entre les « conservateurs » chinois, protectionnistes, et les financiers US importants.

Le statuquo est leur intérêt commun :

_Pouvoir prolongé du dollar côté impérialistes US.

_Superprofits du « shadow-banking » côté bureaucrates chinois.

Bon, et la « voie chinoise au socialisme » là-dedans ?

...pour ceux qui veulent bien y croire !

(Dont je ne suis pas... !)

( 4_ https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/10/03/entree-historique-du-yuan-aux-dts-du-fmi-ou-le-bal-des-diables-boiteux/ )

( 5_ Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Chap V, §1 :

« Mais, en régime capitaliste, le marché intérieur est nécessairement lié au marché extérieur. Il y a longtemps que le capitalisme a créé le marché mondial. Et, au fur et à mesure que croissait l’exportation des capitaux et que s’étendaient, sous toutes les formes, les relations avec l’étranger et les colonies, ainsi que les « zones d’influence » des plus grands groupements monopolistes, les choses allaient « naturellement » vers une entente universelle de ces derniers, vers la formation de cartels internationaux. » )

( 6_ Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Chap I, § 30 :

« Traduit en clair, cela veut dire que le développement du capitalisme en est arrivé à un point où la production marchande, bien que continuant de « régner » et d’être considérée comme la base de toute l’économie, se trouve en fait ébranlée, et où le gros des bénéfices va aux « génies » des machinations financières. A la base de ces machinations et de ces tripotages, il y a la socialisation de la production ; mais l’immense progrès de l’humanité, qui s’est haussée jusqu’à cette socialisation, profite... aux spéculateurs. »

Et dans le texte original :

« ...к организаторски-спекулятивной. »

« ..., а спекулятивный гений (? !),... »

« ...но гигантский прогресс человечества, доработавшегося до этого обобществления, идёт на пользу... спекулянтам. »

Etc... (15 occurrences, repérées à partir du chap 1, déjà...)

( 7_ Ce que la dialectique et/ou le marxisme nous disent, et Lénine aussi, en conséquence, c’est que capital financier et capital productif, c’est évidemment à la fois la même chose, fondamentalement, et pas tout à fait, par certains aspects, et ce sont ces différences qui sont structurantes, dans les mutations de la société capitaliste, dans ses différentes formes, dans ses différents stades, dirait encore Lénine, et il aurait encore bien raison...

Ce que ses détracteurs contemporains ont encore du mal à comprendre...

Simple, pourtant...

Moins simple : décrypter ces mutations à l’œuvre dans la société capitaliste contemporaine...

Pour bien comprendre le bouquin de Lénine, nous devons déjà bien comprendre que le capital bancaire préexistait évidemment au capital industriel, et qu’il était déjà dans un rapport dialectique similaire, par bien des aspects, avec le capital commercial, puis manufacturier.

Attention : similaire par certains aspects ne veut pas dire identique. Se garder de tout raisonnement simpliste, de type comparatif/analogique.

( 8_ Dans le texte original :

VIII. Паразитизм и загнивание капитализма

19 occurrences repérées à partir du chap 8 )

( 9_ Dans le texte original :

17 occurrences repérées, autour de la racine du verbe гнить, pourrir, et de ses différentes formes (imperfectif, perfectif, adjectif, substantif, participes diverses, etc...) en Russe. )

Source de l’article : https://tribunemlreypa.wordpress.com/2016/10/11/lenine-1-siecle-apres-ringard-ou-visionnaire/

 https://tribunemlreypa.wordpress.com/

COMMENTAIRES  

18/10/2016 22:41 par Pierre M. Boriliens

Bonjour,

Vous savez, Lénine connaissait ses classiques, aussi (ça nous manque pas mal, aujourd’hui).

"La grande industrie a créé le marché mondial, préparé par la découverte de l’Amérique. Le marché mondial accéléra prodigieusement le développement du commerce, de la navigation, des voies de communication. Ce développement réagit à son tour sur l’extension de l’industrie ; et, au fur et a mesure que l’industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer se développaient, la bourgeoisie grandissait, décuplant ses capitaux et refoulant à l’arrière-plan les classes léguées par le moyen âge."

Marché mondial ? Ça date de 1847 ! C’est extrait du Manifeste du Parti Communiste, tout simplement.
Bien entendu, ce que Marx entrevoyait déjà comme développement inéluctable du capitalisme (concentration, apparition de monopoles, sur-accumulation de capital improductif puis financiarisation...) s’était bel et bien produit, en 1916.

Ça n’ôte évidemment rien à la pertinence de l’analyse de Lénine. Tout au contraire !

19/10/2016 01:37 par Dominique

Lénine n’est de loin pas le premier à avoir dénoncé le capitalisme financier. Caton l’Ancien chez les romains, dénonçait déjà, dans la langue de son époque, les usuriers comme étant des parasites qui, contrairement au travail, ne rapportent rien ni à l’économie ni à personne.

19/10/2016 13:21 par Pierre M. Boriliens

@Dominique
Attention aux anachronismes ! Le capitalisme est d’apparition récente. L’Antiquité n’est pas capitaliste. Ce qui n’empêche pas l’existence d’usuriers dénoncés par Caton (ou même déjà par Aristote, qui montre que le prêt à intérêts devrait conduire tôt ou tard à une impasse).

19/10/2016 15:05 par UVB-76 (УВБ76 en Russe)

" ...le concept de semi-colonie tel que déjà expliqué par Lénine constitue une anticipation manifeste du néocolonialisme actuel qui permet le maintien de la domination des groupes monopolistes sur les ressources de nombreux pays supposés "émergents", mais qu restent donc encore dominés, dans leur vie économique, pour la plupart. "

Exemple : Famille Rothschild en Afrique qui utilise " Le Sieur Bolloré " comme homme de paille au Cameroun...

19/10/2016 22:09 par Luniterre

Bonjour à tous,

Le capitalisme est un phénomène multiforme. Des formes primitives sont apparues de façon marginale dans divers types de sociétés dominées par d’autres modes de production.

L’usure est une des plus antiques, effectivement. Mais comparaison n’est pas raison, et il est ien précisé, en note (7) :

"Attention : similaire par certains aspects ne veut pas dire identique. Se garder de tout raisonnement simpliste, de type comparatif/analogique."

Cela vaut aussi pour ce cas, évidemment.

Marx a pu établir sa théorie d’abord sur la base du capitalisme industriel productif, dans la période de son plein essor, où le capitalisme bancaire était provisoirement passé à l’arrière plan.

C’est ce capitalisme industriel productif qui a véritablement transformé la société, en la faisant rentrer dans la modernité, de gré ou de force.

Mais le stade impérialiste, même à l’époque de Lénine, n’est pas un simple "retour de flamme" du capitalisme bancaire.

La "fusion" monopoliste finance-industrie est un phénomène réellement nouveau et typiquement dialectique, où chacun des deux aspects conserve des traits qui lui sont propres, mais où la "synergie" des deux, dirait-on aujourd’hui, donne à l’ensemble une force largement supérieure à la simple somme des deux.

En réalité, ce que Lénine souligne, c’est que cette force est une nécessité incontournable et même un besoin indispensable à la survie du système capitaliste.

C’est au cours de cette "fusion" que le capital financier a pris un rôle dominant nouveau, qui fait de tout ce processus le cas typique d’un développement dit "en spirale", du point de vue de la dialectique.

C’est néanmoins le rappel des formes antérieures qui nous permet précisément de le comprendre.

C’est aussi pourquoi il n’y a pas de retour en arrière vers un capitalisme à nouveau prétendument "productif pur", ou même "progressiste", selon certains, qui ne soit une illusion et en réalité, surtout, une illusion très réactionnaire.

Cette illusion est une des bases idéologiques du social-fascisme, comme de diverses formes d’opportunisme petit-bourgeois plus anciennes, que Lénine dénonce déjà, précisément, dans son bouquin.

Elles ont tendance à ressurgir également, de nos jour.

Luniterre

20/10/2016 10:50 par cunégonde godot

Luniterre :
C’est néanmoins le rappel des formes antérieures qui nous permet précisément de le comprendre.

C’est aussi pourquoi il n’y a pas de retour en arrière vers un capitalisme à nouveau prétendument "productif pur", ou même "progressiste", selon certains, qui ne soit une illusion et en réalité, surtout, une illusion très réactionnaire.

Cette illusion est une des bases idéologiques du social-fascisme, comme de diverses formes d’opportunisme petit-bourgeois plus anciennes, que Lénine dénonce déjà, précisément, dans son bouquin.

Elles ont tendance à ressurgir également, de nos jour.

Le capitalisme "productif pur" n’a pas disparu. Il est seulement malade de son cancer congénital : le capitalisme financier et ses métastases. Au regard de l’échec patent de la révolution marxiste au cours du siècle dernier et de sa métamorphose en capitalisme régulé – en Chine p.ex. – on ne peut que renoncer à la révolution de type marxiste. Il ne reste donc d’autre choix in concreto que l’involution "démocratique" à l’européenne, et particulièrement à partir de la seule révolution qui ait jamais réussie jusqu’à plus ample informé : la révolution française. Ou alors on reste dans la croyance et l’espérance de la religion marxiste, ce qui est intellectuellement assez confortable. Ça ne mange pas de pain comme on dit...

20/10/2016 12:47 par Luniterre

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"Les barricades n’ont que deux côtés." Elsa Triolet

Elsa Triolet, qui était d’origine russe, savait de quoi elle parlait...

Luniterre

20/10/2016 22:56 par Luniterre

.

Un complément de réponse utile, avec ce post quelque peu "expéditif"...

Marx au banc d’essai de l’Histoire

Contre la « wertkritik », 3 articles au sujet de l’économie politique du Socialisme

https://tribunemlreypa.files.wordpress.com/2016/09/marx-au-banc-dessai-de-lhistoire_vf.pdf

Luniterre

23/10/2016 04:03 par alain harrison

Bonjour.

Bien Lénine semblait voir claire.
Mais quelles solutions et quelle stratégie pour renverser la vapeur de la fusion industrie et bancaire ?
Mais.
Aujourd’hui, il faut sans doute compter avec la fusion industrie, bancaire et militaire.

Quelle stratégie ?

23/10/2016 23:50 par alain harrison

Sur le plan des idées et des solutions, nous pouvons constater que la droite hétéroclite, du libéralisme socialiste à la démocratie fasciste, en passant par les fascistes purs et durs de la finance, les récupèrent et les arrangent, comme l’araignée dans sa toile.

Marine Le Pen enjôle la clientèle féminine, à sa manière en visant les attentes. Toutes les niches sont exploitées par le capital, tout lui sert. Mais, ce qui marche le plus c’est le langage préparé depuis plusieurs décennies à coup de discours politiques, de conférences de toutes sortes (récupérant au passage les expérimentations en développement personnel...imaginez quelqu’un a breveté une séquence d’exercices de yoga, faut le faire...).... sans parler de la PUB, qui elle, ne cesse de tourner, qui a le même contenu. Une répétition de tout un amalgame bien étudié pour vendre un produit quelconque.
Je le redis, le chapitre 1 du livre de Jean-Marie Abgrall, tous manipulés tous manipulateurs. Élémentaire par les temps qui courent.
Pendant ce temps la gauche et les variantes du communisme se contentent de garder la même structure dialectique rigide. Bien que Lénine semble avoir une vision d’ensemble juste, ses apôtres ont soit trahis carrément ou rester dans la rigidité. De plus, il faut compter sur toutes leurs dissentions qui nourrit les tirs de la droite sur la gauche.

Vous laisser échapper les solutions, les idées, les niches.....
La seule chose à faire est de sortir des carcans et de se donner un vue d’ensemble, pas à travers une idéologie, mais dans les faits.
L’analyse de Marx, la vision de Lénine font parti de l’arsenal que nous devons développer, mais elles ont leur limite dont il faut bien comprendre les effets multiples sur la pensée sociale vouée à la pensée unique.
La question fondamentale est celle-ci : Qu’est-ce -que cela me rapporte, à moi, à ma famille, à mon milieu qui a des effets collatéraux sur ma vie et moi sur elle.
Tout part de nous.
Krishnamurti : le contenu est le.......

Le communisme implique ce qui est commun, il faut juste ne pas confondre ce qui est commun avec ce qui est singulier.
Attention avec la dictature prolétarienne, la dérive du communisme. Staline n’était pas Lénine.

Si vous ne faites pas le travail de base « multidimensionnel » auprès de la population impliquant la pédagogie de la vue d’ensemble et le questionnement, et appliquer votre idéologie aveuglément.....kaput.
Le question de la dialectique employée fait problème.
La droite emploi le langage déguisé et ça marche. Mais ça fait des décennies qu’elle s’emploi à investir toutes les niches. Elle a réussit à financiariser l’économie, coupant l’herbe sous le pied de la cotisation, par exemple.
Voilà un phénomène à prendre en compte.

Un article :

Appel : Tout le PIB pour la cotisation !
4 novembre 2012
La cotisation : un dangereux problème pour le capital, une solution efficace pour le salariat

« « La cotisation n’est pas un coût sur le travail, c’est une contribution décisive au PIB qui change le sens du travail.
Le taux de cotisation est passé de 0% du salaire brut plafonné dans les années 1920 à 16% dans les années 1930, après la législation sur les assurances sociales et sur les allocations familiales et à 32% en 1945 avec la sécurité sociale. Les luttes salariales ont permis d’imposer à nouveau son doublement entre 1945 et le milieu des années 1990, où il atteint 66% du salaire brut total (22% de cotisations dites « salarié » et 44% de cotisations dites « patronales »). La sécurité sociale n’est pas une « dépense publique » financée par un « prélèvement obligatoire » : c’est une production publique qui génère un ajout de valeur anticapitaliste. Et c’est parce que depuis quinze ans le taux de cotisation stagne, voire recule, que notre économie s’installe à la fois dans la récession et dans la fuite en avant capitaliste. » »
http://www.reseau-salariat.info/3d02042ea4f8daa3b5dda0f837ed0971?lang=fr

Le Devoir de philo
Jean Jaurès et le supplément d’âme
Comment la pensée du pacifiste français peut nous aider à surmonter la crise de la gauche politique
7 juin 2014 | Robert Tremblay Chercheur autonome, Ph. D. (histoire) | Le Devoir de philo
http://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo/410354/le-devoir-de-philo-jean-jaures-et-le-supplement-d-ame

Le temps n’est plus aux idées pures mais à l’action. Une de s’instruire sur notre nature, une de faire consensus sur les solutions et leurs mises en place cohérente et synergique. Impliquer la population, le temps partagé.......

23/10/2016 23:53 par alain harrison

Lénine, un siècle après… « ringard » ou « visionnaire » ? par alain harrison
Sur le plan des idées et des solutions, nous pouvons constater que la droite hétéroclite, du libéralisme socialiste à la démocratie fasciste, en passant par les fascistes purs et durs de la finance, les récupèrent et les arrangent, comme l’araignée dans sa toile.
Marine Le Pen enjôle la clientèle féminine, à sa manière en visant les attentes. Toutes les niches sont exploitées par le capital, tout lui sert. Mais, ce qui marche le plus c’est le langage préparé depuis plusieurs décennies à coup de discours politiques, de conférences de toutes sortes (récupérant au passage les expérimentations en développement personnel...imaginez quelqu’un a breveté une séquence d’exercices de yoga, faut le faire...).... sans parler de la PUB, qui elle, ne cesse de tourner, qui a le même contenu. Une répétition de tout un amalgame bien étudié pour vendre un produit quelconque.
Je le redis, le chapitre 1 du livre de Jean-Marie Abgrall, tous manipulés tous manipulateurs. Élémentaire par les temps qui courent.
Pendant ce temps la gauche et les variantes du communisme se contentent de garder la même structure dialectique rigide. Bien que Lénine semble avoir une vision d’ensemble juste, ses apôtres ont soit trahis carrément ou rester dans la rigidité. De plus, il faut compter sur toutes leurs dissentions qui nourrit les tirs de la droite sur la gauche.
Vous laisser échapper les solutions, les idées, les niches.....
La seule chose à faire est de sortir des carcans et de se donner un vue d’ensemble, pas à travers une idéologie, mais dans les faits.
L’analyse de Marx, la vision de Lénine font parti de l’arsenal que nous devons développer, mais elles ont leur limite dont il faut bien comprendre les effets multiples sur la pensée sociale vouée à la pensée unique.
La question fondamentale est celle-ci : Qu’est-ce -que cela me rapporte, à moi, à ma famille, à mon milieu qui a des effets collatéraux sur ma vie et moi sur elle.
Tout part de nous.
Krishnamurti : le contenu est le.......
Le communisme implique ce qui est commun, il faut juste ne pas confondre ce qui est commun avec ce qui est singulier.
Attention avec la dictature prolétarienne, la dérive du communisme. Staline n’était pas Lénine.
Si vous ne faites pas le travail de base « multidimensionnel » auprès de la population impliquant la pédagogie de la vue d’ensemble et le questionnement, et appliquer votre idéologie aveuglément.....kaput.
Le question de la dialectique employée fait problème.
La droite emploi le langage déguisé et ça marche. Mais ça fait des décennies qu’elle s’emploi à investir toutes les niches. Elle a réussit à financiariser l’économie, coupant l’herbe sous le pied de la cotisation, par exemple.
Voilà un phénomène à prendre en compte.
Un article :
Appel : Tout le PIB pour la cotisation !
4 novembre 2012
La cotisation : un dangereux problème pour le capital, une solution efficace pour le salariat
« « La cotisation n’est pas un coût sur le travail, c’est une contribution décisive au PIB qui change le sens du travail.
Le taux de cotisation est passé de 0% du salaire brut plafonné dans les années 1920 à 16% dans les années 1930, après la législation sur les assurances sociales et sur les allocations familiales et à 32% en 1945 avec la sécurité sociale. Les luttes salariales ont permis d’imposer à nouveau son doublement entre 1945 et le milieu des années 1990, où il atteint 66% du salaire brut total (22% de cotisations dites « salarié » et 44% de cotisations dites « patronales »). La sécurité sociale n’est pas une « dépense publique » financée par un « prélèvement obligatoire » : c’est une production publique qui génère un ajout de valeur anticapitaliste. Et c’est parce que depuis quinze ans le taux de cotisation stagne, voire recule, que notre économie s’installe à la fois dans la récession et dans la fuite en avant capitaliste. » »
http://www.reseau-salariat.info/3d02042ea4f8daa3b5dda0f837ed0971?lang=fr
Le Devoir de philo
Jean Jaurès et le supplément d’âme
Comment la pensée du pacifiste français peut nous aider à surmonter la crise de la gauche politique
7 juin 2014 | Robert Tremblay Chercheur autonome, Ph. D. (histoire) | Le Devoir de philo
http://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo/410354/le-devoir-de...
Le temps n’est plus aux idées pures mais à l’action. Une de s’instruire sur notre nature, une de faire consensus sur les solutions et leurs mises en place cohérente et synergique. Impliquer la population, le temps partagé.......

25/10/2016 03:57 par alain harrison

Bonjour.

Au sujet de « « entre 1945 et le milieu des années 1990, où il atteint 66% du salaire brut total (22% de cotisations dites « salarié » et 44% de cotisations dites « patronales »). » »
Le 44% provient en " parti ", sans doute, de la plus value !!??

Avec les coopératives autogérées, et pourquoi pas à temps partagé (revenu de base et robotisation adéquate).
Pensez y.
Bien sûr, il y a la divergence revenu de base et salariat. Il faut prendre de la hauteur, voir l’ensemble.
Il y a peut-être un faux problème. Les convictions peuvent être une entrave.
Krishnamurti : voir le faux du vrai et le vrai du faux.

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