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Les Camerounais massacrés, Chomsky et l’Himalaya

En 1988, il y a 20 ans, Noam Chomsky et Edward S. Herman publiaient, chez Pantheon Books aux États-Unis, Manufacturing Consent avec le sous-titre The Political Economy of the Mass Media. « Manufacturing Consent » signifie à peu près « Générer l’approbation ». Dans cet ouvrage Chomsky et Herman analysaient de façon détaillée la production médiatique, au moyen de comparaisons, de cas mis en regard, par exemple le Salvador et le Nicaragua durant les années 1980.

En effet tout le monde, ou presque, a bien l’intuition qu’il existe une forte propension à fausser la réalité dans les médias de référence, en France Le Monde, aux États-Unis le New York Times, et tous leurs équivalents partout dans le monde. Même s’il existe sans aucun doute des nuances et y compris des différences entre certains de ces journaux, des différences de ton, de style, de ligne, il ne fait néanmoins aucun doute qu’ils ont tous comme caractéristique commune d’être émotionnellement et idéologiquement alignés sur les grands intérêts de l’impérialisme. L’intuition existe. De plus, toute personne un peu au fait d’un sujet donné a déjà empiriquement pris connaissance de ce grave travers. Mais un travail patient et minutieux est nécessaire pour que nous disposions d’arguments étayés permettant d’aborder le débat avec davantage que des slogans attendus. Notre affirmation doit être démontrée. Le Monde se prévaut du fait qu’il est à la fois, par les uns, accusé d’être un journal trotskyste et en temps même accusé, par nous, d’être un journal pro-impérialiste. Le Monde fait, raisonnablement, valoir cette double accusation comme signe de son équilibre présumé. De la même façon le New York Times est accusé par l’extrême droite états-unienne d’être un journal libéral, voire un journal de gauche.

C’est l’un des mérites de Chomsky : partir des arguments adverses, les démonter, avant de proposer éventuellement un modèle explicatif de la réalité plus performant. Certains militants ont parfois tendance à oublier ce qui se trouve dans la tête du citoyen moyen en raison du système d’endoctrinement justement. Ces militants lancent donc parfois des accusations, vraies, dont l’impact est limité en partie parce qu’elles ne sont pas accompagnées de l’argumentation indispensable quand il s’agit de gagner des personnes captives du dispositif culturel dominant. Dire que Le Monde défend la bourgeoisie parce que c’est le journal de la bourgeoisie est peut-être, probablement, vrai ; mais cette affirmation restera superficielle, ne touchera pas le coeur de la personne qui lit quotidiennement Le Monde avec la foi du charbonnier. Le travail de Chomsky s’adresse en général à ce citoyen honnête et sincère, y compris étranger aux idées socialistes, qui est prêt à écouter un argumentaire raisonné et basé sur des faits indéniables, mais qui reste hermétique aux slogans un peu crus.

Dans Manufacturing Consent Chomsky et Herman proposent ce qu’ils appellent un Propaganda Model, modèle d’analyse du dispositif de propagande, comme une grille de lecture et d’observation. Le Propaganda Model se caractérise par une série de filtres, lesquels se trouvent disposés entre les faits et le public qui pourrait, et voudrait, être informé. Les deux compères proposent par ailleurs les termes de worthy victims (victimes de valeur, utiles au discours du dispositif culturel dominant) et unworthy victims (victimes sans valeur, sans intérêt pour le dispositif culturel dominant, voire fort dérangeantes). Les worthy victims passeront tous les filtres allégrement ; les unworthy victims ne passeront pas le premier filtre.

Noam Chomsky et Edward S. Herman donnent beaucoup d’exemples. Ils comparent ainsi l’affaire du prêtre polonais Jerzy Popieluszko -sympathisant du syndicat d’opposition Solidarité, il avait été assassiné par la police polonaise en 1984- et l’affaire Oscar Arnulfo Romero -archevêque de San Salvador, défenseur des humbles en résistance, il avait été assassiné en mars 1980. Les assassins de Popieluszko avaient été identifiés, arrêtés, jugés et mis en prison. Le dispositif culturel dominant s’empara du mérite de cette diligence judiciaire : il attribua cette efficience de la police et de la justice polonaises à la pression exercée par les médias du monde entier. Remarque peut-être vraie, mais d’autant plus accablante si on regarde l’affaire Romero.

L’assassinat de l’archevêque salvadorien, pourtant beaucoup plus élevé dans la hiérarchie ecclésiale, n’avait quasiment pas été rapporté par le dispositif culturel dominant. Les coupables de l’assassinat de Romero n’ont jamais été identifiés, encore moins arrêtés… Dire que dans la Pologne communiste on assassine impunément les prêtres d’opposition signifiait apporter de l’eau au moulin de l’idéologie dominante, donc l’assassinat de Popieluszko était dénoncé avec insistance et les suites données à l’affaire tenaient en haleine le dispositif culturel dominant, suscitant la curiosité et l’intérêt du public. Par contre Romero, archevêque de San Salvador, assassiné par les escadrons de la mort d’extrême droite, était une victime encombrante pour le dispositif culturel dominant, son cas ne fut donc guère suivi par la grande presse. Ainsi si on tient pour vraie l’affirmation selon laquelle c’est la pression de la presse mondiale qui a contraint le régime polonais à arrêter et incarcérer les coupables de l’assassinat de Jerzy Popieluszko, le silence de la même grande presse dans le cas de l’archevêque Oscar Arnulfo Romero visait à garantir l’impunité à ses assassins.

A peine quelques mois après la parution de Manufacturing Consent, le régime populiste pro-impérialiste du Venezuela massacrait impitoyablement le peuple protestant dans la rue, plusieurs centaines de morts. C’était fin février début mars 1989. Les médias du dispositif culturel dominant avaient alors commencé par cacher ce qui se passait à Caracas. Puis, les choses devenant si graves, garder davantage le silence signifiait ruiner leur crédibilité et afficher leur engagement pro-FMI. Les protestations dans les rues de Caracas dénonçaient en effet le Fonds monétaire international et la Banque mondiale comme les principaux responsables de la misère endurée par la grande majorité. Le dispositif culturel dominant n’a bien sûr pas le moins du monde dénoncé le régime adeco bourreau du peuple vénézuélien, et encore moins les institutions financières internationales, responsables du massacre en dernière instance. Non, le dispositif culturel dominant ne désignait pas les responsables, mais il fut bien contraint de faire savoir, plus ou moins clairement, que quelque chose de grave se passait dans les rues de Caracas.

Quelques mois plus tard, en juin 1989, se produisirent les événements de la place Tien An Men à Pékin. Aucun détail n’est resté dans l’ombre. Pendant plusieurs semaines le dispositif culturel dominant donna la plus grande importance à ce qui se passait dans la lointaine capitale chinoise. En fait une partie de la population de la capitale protestait contre certains secteurs du régime et demandait une accélération de la transition vers le capitalisme - voie chinoise. Les responsables des morts survenues étaient désignés : le régime des gérontocrates chinois, l’idéologie communiste, etc. Le gouvernement chinois n’avait guère de défenseurs : les militants maoïstes lui avaient tourné le dos depuis longtemps et les partisans du capitalisme sauvage n’étaient pas encore convaincus de l’avenir radieux du maintenant fameux modèle chinois.

Bien que parfaitement prévisible, fut caricaturale la différence de traitement de la part de la presse entre les victimes de l’alliance entre Confucius et Marx et les victimes de l’alliance entre les institutions financières internationales et les « sociaux »-« démocrates » vénézuéliens.

Les cas où la comparaison est facile à faire ne manquent pas, hélas. Nous avons en 2008 pu expérimenter une nouvelle foi, stupéfaits mais non surpris, comment le dispositif culturel dominant fait le tri des morts, worthy victims (victimes de valeur, utiles au discours du dispositif culturel dominant) et unworthy victims (victimes sans valeur).

Le Cameroun est gouverné depuis 1982 par un dictateur pro-impérialiste, Paul Biya, qui ces derniers temps prétend d’un trait de plume réformer la Constitution pour légaliser sa permanence au pouvoir pour encore quelques décennies. Contre cette manoeuvre politique désespérante, des masses de jeunes camerounais sont descendus dans les rues pour protester en février 2008. Ils protestaient contre cette prétention dictatoriale, mais aussi contre la vie chère, contre l’absence de perspective, contre la corruption, etc. Le ras-le-bol est tel au Cameroun que le mouvement a vite pris une ampleur considérable, parti des milieux étudiants il a rallié l’ensemble de la jeunesse urbaine. L’armée a été déployée dans les rues et le dictateur effrayé par la puissance de la mobilisation a opté pour la répression, assuré de la bienveillance du dispositif culturel dominant. Le gouvernement camerounais a dû reconnaître la semaine suivante, début mars 2008, qu’il y aurait eu « une vingtaine de morts », concédant « 24 morts » quelques jours plus tard, chiffre provisoire du reste. La responsabilité de ces morts est de toute façon bien entendu attribuée à des « apprentis sorciers » qui manipulent la jeunesse (la main de Moscou ? de Ben Laden ?). Sur place, la Maison des Droits de l’Homme, affiliée à la FIDH, dit qu’il a eu au moins cent morts. Le régime déclare avoir arrêté 1 500 personnes, jeunes étudiants pour la plupart. En tout cas les manifestants ont été dispersés, et la dictature pro-impérialiste sauvée.

Le rôle de la grande presse dans tout cela ? Nul. Silence absolu ou presque. Le rôle des télévisions ? Nul. Rien à signaler. Tout va bien dans le pré carré. Le dictateur Paul Biya peut assassiner à son aise, il ne sera jamais harcelé par la presse occidentale, surtout pas par la presse française. Plusieurs dizaines de morts, mais qu’importe, unworthy victims, victimes sans valeur. Particulièrement parlant est le silence de Reporters Sans Frontières. Le dictateur camerounais a, lors de ces événements, fait fermer des médias qui avaient osé tendre leurs micros à de jeunes manifestants. La radio Magic FM a été fermée, la télévision Équinoxe a été fermée. Si la même chose se produisait au Venezuela, l’agence Reporters Sans Frontières demanderait sans doute l’intervention immédiate des Nations Unies, casques bleus compris.

Quelques jours plus tard, le 10 mars 2008, une partie de la population tibétaine proteste dans les rues de Lhassa. Ce sont en gros ceux qui refusent l’appartenance du Tibet à la République populaire de Chine. Dans les jours qui suivent, la protestation devient violente. Répression : 19 morts, dit le régime chinois. Le régime féodal tibétain en exil, donc de l’extérieur, dit qu’il y a eu 140 morts. Ce qu’on retiendra c’est qu’en 2008 le gouvernement chinois, encore lui, tua du monde sur le Toit du monde, alors qu’on oubliera le peuple sacrifié au Cameroun. Les chiffres sont pourtant comparables, à deux semaines d’intervalle, même s’il existe peut-être un indice de la popularité des mouvements de protestation respectifs : au Tibet 400 personnes ont été arrêtées par les autorités chinoises alors qu’au Cameroun 1 500 personnes ont été arrêtées par le régime de Paul Biya, près de quatre fois plus. Le dispositif culturel dominant donne instantanément la plus grande importance aux événements du Tibet. Tout est suivi de près, ce sont des worthy victims (victimes de valeur, utiles) sans aucun doute, des Himalaya de papier sont noircis pour que personne n’ignore le sort fait aux Tibétains mobilisés contre le régime chinois.

Certaines données dérangeantes sont néanmoins passées sous silence. Le régime féodal tibétain en exil est passablement rétrograde et il prétend envoyer aux oubliettes la modernisation, particulièrement en termes de relations sociales, apportée par la Révolution en Chine (et donc au Tibet). On se demande d’ailleurs pourquoi en France on utilise le terme d’« ayatollah » pour signifier « arriération » et « hostilité radicale à la modernité ». On dit « ayatollah vert » pour parler d’un écologiste arriéré hostile à la modernité alors qu’on pourrait plus pertinemment dire « Dalaï-Lama vert ». Ce serait au demeurant méprisant envers une religion de l’humanité, et ces expressions devraient donc toutes être proscrites. Autre fait intéressant : le KMT, parti fondateur du régime taïwanais, parti dominant à Taïwan et qui vient d’ailleurs de remporter l’élection présidentielle), considère aussi que le Tibet appartient à la Chine, comme il considère que Taïwan appartient à la Chine. Si le KMT revenait un jour au pouvoir en Chine, certes improbable aujourd’hui, il ferait vite disparaître le statut de région autonome au Tibet et il mandariniserait hardiment la société tibétaine comme il a mandarinisé la société taïwanaise. A Taïwan, on connaît aujourd’hui un grave phénomène d’incommunicabilité intergénérationnelle : les anciens parlent fujian (langue largement dominante et langue véhiculaire dans l’île au milieu du XXème siècle) et ne parlent pas mandarin ; leurs petits-enfants parlent mandarin et ne parlent pas fujian parce que cette langue a été rigoureusement interdite et implacablement persécutée pendant des décennies de régime KMT. En Chine populaire le tibétain a toujours eu une existence officielle, avec presse, enseignement, etc., comme bien d’autres langues minoritaires en République populaire de Chine, ainsi le fujian dans le sud-est du pays.

Autre point intéressant. On nous assure que le régime chinois avait interdit à la presse d’entrer au Tibet, alors qu’on n’a pas su que le régime camerounais eût interdit à la presse d’entrer à Yaoundé ou à Douala. Le travail de la presse occidentale, en tout état de cause, eût été beaucoup plus facile au Cameroun qu’au Tibet, circonstance aggravante donc, pour le moins. La presse écrite a offert à son lectorat un suivi quasi quotidien des événements tibétains. Les télévisions offraient des images de façon continue pendant plusieurs jours. Les tenants de l’ancien régime, renversé par la Révolution chinoise, étaient systématiquement sollicités pour donner leurs appréciations sur ces événements. Difficile de trouver un hebdomadaire qui ne parlât pas du Tibet à partir du 10 mars 2008.

Difficile par contre, impossible en fait, de trouver un hebdomadaire qui fît la plus petite allusion aux martyrs de la cause populaire et démocratique au Cameroun. Ce silence est d’autant plus parlant si on considère la proximité qui caractérise la relation entre la France et le Cameroun, les liens de toute nature qui existent entre les deux États et les deux peuples, beaucoup plus forts que les liens qui peuvent exister entre la France et le Tibet.

Les martyrs de février et mars 1989 au Venezuela avaient également été assassinés avec l’approbation implicite du dispositif culturel dominant - on ne sait trop quel filtre fut activé, si les journalistes bâillaient insensibles devant le massacre ou si la censure fonctionna en amont ou en aval. Aujourd’hui considérés semence de ce qui dix ans plus tard devint la Révolution bolivarienne, ces martyrs vénézuéliens sont pleinement assumés par le mouvement révolutionnaire.

Le rôle historique des martyrs camerounais, continuateurs de la geste du patriote martyr Ruben Um Nyobe, sera reconnu avant longtemps, quand le Cameroun sera libéré de sa caricaturale dictature françafricaine, quand l’Afrique avancera vers son émancipation nécessaire. Avec la sérénité de qui s’est porté dignement, ces martyrs se reposent éternellement aux côtés de leurs frères vénézuéliens, massacrés juste 19 ans avant.

30 mars 2008

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