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Les États-Unis en Asie : arrogants, sans remords, et prêts à en découdre à nouveau (New Eastern Outlook)

Les États-Unis sont séparés de l’Asie par un océan, et malgré cela, leurs décideurs, politiciens et même leur Secrétaire à la Défense, Ashton Carter, ont pris la liberté de déclarer la suprématie des États-Unis sur la région, positionnant leurs intérêts au-dessus de ceux de toutes les nations qui se trouvent en Asie.

Dans une dépêche de l’agence Reuters de juin 2016 intitulée Les États-Unis bombent le torse pendant que le reste de l’Asie s’inquiète de la dispute en mer de Chine méridionale, le Secrétaire Carter déclare : « Dans les décennies à venir, les États-Unis resteront l’armée la plus puissante et le principal garant de la sécurité dans la région, n’ayez aucun doute à ce sujet. »

Les États-Unis, pensant pouvoir dicter leur conduite à toutes les nations asiatiques, n’ont fait rien de moins que s’auto-proclamer l’hégémon de la région.

Ânonner sur la primauté américaine et le destin exceptionnel des États-Unis est une occupation à temps plein, pour les employés du ministère des Affaires étrangères américain. Cela inclut l’ambassadrice des États-Unis auprès de l’Association des nations du sud-est asiatique (ASEAN, dans son acronyme en anglais), Nina Hachigian, qui a expliqué à ses abonnés sur Twitter que, suite à la récente visite d’Obama au Laos, elle « avait discuté avec des boutiquiers laotiens, qui lui ont dit que cette visite était l’événement le plus important et le plus captivant des dernières décennies ».

Il va sans dire que pour le Laos, l’événement réellement le plus important en rapport avec les États-Unis, ce sont les deux millions de tonnes de bombes que ces derniers ont déversées sur le pays entre 1964 et 1973. Ces deux millions de tonnes de bombes comprennent des bombes à fragmentation, qui rassemblent plus de 266 millions de sous-munitions, dont on estime que 30% d’entre elles n’ont pas encore explosé, restant à ce jour un danger latent et mortel pour les 6,8 millions d’habitants du Laos.

Ces quelques 80 millions de sous-munitions qui jonchent le territoire laotien, représentent environ 11 sous-munitions potentiellement létales pour chaque homme, femme et enfant du pays. Vingt-mille personnes sont mortes après la fin des bombardements, à cause de ces sous-munitions américaines, et de nombreuses autres ont été handicapées par ces sous-munitions qui estropient leurs victimes.

Selon le Programme national lao sur les équipements militaires non-activés (UXO LAO), 444 711 de ces sous-munitions encore actives (soit 0,55% du total) ont été détruites entre 1996 et 2010. Malgré le travail titanesque et dangereux que cela représente de les neutraliser, il faut reconnaître que cela ne représente rien, au regard du travail qu’il reste à faire.

Lorsqu’elle est publiquement confrontée à ces faits, l’ambassadrice américaine Hachigian soutient à ses abonnés sur Twitter que : « Nous avons dépensé des centaines de millions de dollars pour nettoyer le pays, et le Président Obama vient de doubler le budget annuel alloué à cette mission. »

Bien sûr, un élève du niveau de l’école primaire aurait pu dire à l’ambassadrice que deux fois zéro est toujours égal à zéro.

Un journal de la classe dominante, The Diplomat, a prétendu dans un article intitulé Obama au Laos : Opération nettoyage après la guerre secrète que :
« Ces dernières années, le soutien des États-Unis au programme de nettoyage UXO et l’assistance à ses victimes laotiennes ont été considérablement augmentés. »

En réponse à une pression constante des ONG comme Legacies of War et leurs alliés au Congrès américain, le financement des États-Unis pour ce travail de déminage est passé de 5 millions de dollars en 2010, à un budget record de 19,5 millions cette année. Ces fonds déboursés par le Bureau pour la réduction des arsenaux et le désarmement du ministère des Affaires étrangères sont utilisés pour soutenir les efforts de déminage qui neutralisent quelques cent mille engins explosifs au Laos chaque année, et crée trois mille emplois dans les secteurs commercial et humanitaire.

Au rythme de cent mille munitions et explosifs par an, le Laos devrait être totalement débarrassé de ces bombes à fragmentation dans un peu moins de mille ans. Et les États-Unis appellent cela du « nettoyage ».

Le véritable héritage légué par l’Amérique à l’Asie

Le journal The Diplomat, le président américain Obama et son ambassadrice Hachigian ont au moins l’avantage d’aider l’Asie à saisir la pleine mesure de l’héritage légué par les États-Unis à la région, fait de guerres catastrophiques et de leurs séquelles meurtrières, qui continueront de hanter des générations pour, littéralement, encore un millénaire.

Non seulement les États-Unis ont-ils infligé ces catastrophes à l’Asie, mais ils le font sans exprimer aucun remords. Dans cet article de la BBC intitulé Laos : Barack Obama déplore le plus grand bombardement de l’histoire de l’humanité, il est précisé que « M. Obama n’a cependant pas présenté d’excuses officielles pour ces bombardements ».

Toutefois, certains pourraient se laisser aller à interpréter les « regrets » du président Obama et les tentatives de son ambassadrice Hachigian de simuler une prise de responsabilité des États-Unis pour leurs actions, comme un acte de contrition de leur part. Ces gens-là devraient se rappeler qu’une demande de pardon est en principe accompagnée d’un désir sincère de ne pas répéter l’offense en question, ce que les États-Unis n’ont aucunement l’intention de faire.

Alors que le président Obama et son ambassadrice annoncent au monde entier leur désir de passer de l’inaction à une action symbolique au sujet des quatre-vingt millions de sous-munitions déversées sur le Laos, les États-Unis, au même moment, prêtent main-forte à leurs alliés saoudiens pour annihiler la nation yéménite au moyen de bombardements similaires.

Selon un article de la chaîne américaine ABC News, intitulé Le Congrès américain donne son feu vert à la vente de bombes à fragmentation à l’Arabie saoudite, prétextant qu’un embargo stigmatiserait ce type de munitions, on apprend : « Le Congrès a statué en faveur d’un prolongement des ventes de bombes à fragmentation à l’Arabie saoudite, motivant son vote par son souci de ne pas stigmatiser ce genre d’armes. Les défenseurs des droits de l’homme mettent en avant les résultats serrés du vote, 216 en faveur contre 204 en défaveur, pour souligner le progrès fait dans la lutte contre ce commerce américano-saoudien, qui, selon ces mêmes défenseurs, causerait de multiples carnages contre tous types de populations. »

Les États-Unis ont également recouvert de munitions à uranium appauvri différents théâtres d’opération en Irak, Afghanistan et Bosnie. Selon un article du quotidien britannique The Guardian intitulé Les scientifiques demandent un nettoyage des munitions pour protéger les civils, on apprend que « Quelques deux mille tonnes d’uranium appauvri ont été déversées sur les pays du Golfe, notamment sur Bagdad, dans des proportions bien supérieures à ce qui a été utilisé dans les Balkans. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (United Nations Environment Programme, UNEP, en anglais) s’est proposé d’aller en Irak pour vérifier la quantité de munitions à l’uranium appauvri encore présente et pour évaluer les risques encourus par la population. »

Si le Laos, au rythme actuel du « nettoyage », devra patienter simplement un petit millénaire pour être débarrassé des bombes à fragmentation, des pays tels que l’Irak et l’Afghanistan, bombardés à l’uranium appauvri américain, devront, eux, patienter quelques millions d’années (suivant la demi-vie de l’uranium) avant que les risques ne disparaissent pour leurs populations exposées.

Il est évident que si les États-Unis appliquaient encore leur puissance militaire sur l’Asie, ils le feraient avec une puissance qui aurait des conséquences au moins identiques, voire plus dramatiques que celles qu’ils ont déjà fait subir au Laos, à l’Irak, à l’Afghanistan, à la Bosnie, ou que leurs alliés font actuellement subir à des États souverains comme le Yémen.

Considérer les faits plutôt que de prêter attention à la rhétorique du président américain et de ses ambassadeurs, au sujet du bilan véritable des États-Unis en Asie, révèle les agissements d’une nation d’une arrogance infinie, n’exprimant aucun remords pour l’incroyable souffrance durable qu’elle a infligée à l’autre extrémité de la planète, et prouve par ses actions présentes qu’elle est prête à, et même désireuse, de répandre encore plus le chaos.

À la lumière de ces faits, on pardonnera aisément à celui qui ne comprend pas exactement à quelle « sécurité dans la région » le Secrétaire à la Défense américain Ashton Carter fait référence : ce n’est certainement pas une sécurité qui bénéficie aux nations asiatiques, et définitivement pas au Laos, en tout cas pour le millénaire à venir.

Tony Cartalucci

Tony Cartalucci est chercheur et essayiste en géopolitique, basé à Bangkok, travaillant en particulier pour le magazine New Eastern Outlook.

Article original paru sur New Eastern Outlook

Traduit par Laurent Schiaparelli, édité par Wayan, relu par Cat pour Le Saker Francophone

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