RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Peur sur les plages et propagande réussie

Hier on m’a montré un SMS : l’auteur de celui-ci faisait savoir qu’il avait appris, par une « amie dont l’ex-mari est policier », qu’une menace sérieuse d’attentat terroriste pesait sur la plage où mon interlocuteur devait se rendre, lui enjoignant d’éviter les endroits où sont regroupés de nombreuses personnes… La belle affaire !

Il suffit pourtant de taper sur google « menace terroriste plages » pour tomber sur quelques dizaines d’articles plus ou moins récents répertoriant allègrement les divers moyens qu’auraient des terroristes pour réaliser un carnage sur les plages -qu’elles se situent au nord, au sud ou à l’ouest de notre bel hexagone. Facile, sur les plages il y a toujours du monde (enfin quand il fait beau !). Comme sur les marchés d’ailleurs, et puis aussi les bars, les feux d’artifices et de multiples autres endroits…. Et puis que ce soit en avion, avec une mitraillette ou une grenade, il est évident qu’à n’importe quel moment, dans n’importe quel endroit, un fou (qu’il soit d’Allah ou non, car en ce moment on dirait que chaque personne qui en a assez de la vie semble vouloir se revendiquer de l’organisation Etat Islamique pour donner plus de poids à la perte de sa misérable existence) est susceptible de faire des massacres.

Mais un SMS personnel comme celui que cette personne a reçu fait tout de même réfléchir (sans compter les actualités en Allemagne, au Japon ou encore aujourd’hui dans une église, ni bien sûr les centaines de morts en Syrie, en Irak et ailleurs) : qu’on soit parano d’origine ou pas ne change rien, on regarde après cela chaque personne autour de soi comme un ennemi potentiel, surtout s’il correspond aux critères de ce qu’on s’attend être un « terroriste » en puissance. Il suffit qu’un camion frigorifique passe au loin ou que des sirènes de pompiers se fassent entendre pour nous mettre en alerte.

On se dit alors qu’il vaut peut-être mieux ne pas aller à la plage. Mais au supermarché ? Et au manège, au bar, aux animations offertes par la municipalité ? Alors on reste chez soi et on attend ?

C’est bien comme cela d’ailleurs que fonctionne l’organisation Etat Islamique. C’est le symbole de leur « victoire » sur les « Occidentaux » : d’une part puisque la peur s’insère jusqu’au fin fond de la France, et d’une autre part un aperçu de la manière dont la dictature islamiste s’installe dans les territoires qu’ils conquièrent. En général ce n’est pas l’adhésion aux valeurs de la « Charia » qui les motivent à se soumettre mais la peur des représailles qui les conduit à se cloîtrer chez eux, à mettre leurs burqas ou à se rendre à la mosquée comme de « bons musulmans ».

Pourtant, le développement de ce genre de rumeurs « d’attaques imminentes » est en réalité explicable assez aisément : chaque policier reçoit des alertes et des conseils de sécurité de la part de son commissariat, et à l’occasion de l’attentat de Nice il apparaît que toutes les plages de France, surtout les plus fréquentées, sont des cibles particulièrement surveillées : la menace sur les plages paraît grande et la vigilance doit suivre, logiquement. Par conséquent, il devient évident que chaque policier en poste est mis en alerte sur sa propre localité, et c’est tout aussi logiquement qu’il prévient ses proches dans chaque localité concernée, qui eux-mêmes relaient le message et ainsi de suite ; merci les réseaux sociaux.

Ainsi chacun croit détenir une information particulièrement fiable et localisée, pour ainsi dire « personnalisée » pour lui-même et ses proches, alors que cela provient d’une alerte nationale. Inconsciemment il transmet la rumeur en même temps que la peur, celle-là même qui engendre la haine et la violence en retour, comme le désirent ceux qui utilisent cette haine et cette violence à l’encontre de leurs « ennemis » occidentaux.

Oui il peut y avoir un attentat à tout moment. Partout. Mais pas partout en même temps !

Enfin quoi, ils sont si nombreux les types qui veulent « tirer dans l’tas » ? combien sont-ils, armés jusqu’aux dents, prêts à se jeter sur nos femmes et nos enfants au mépris sinon de toute humanité, au moins de celui de toute raison pratique ?

Mais si la police possède assez d’éléments pour dire qu’un ou plusieurs types se préparaient à tel ou tel endroit pour perpétrer un tel massacre, cela ne signifie-t-il pas qu’ils en ont suffisamment pour agir en conséquence et arrêter les suspects ?

Alors qu’une polémique touche le gouvernement (ou la mairie de Nice ?) à propos de la sécurité en place au moment de l’attaque du camion, il faut nous méfier de la récupération qui est à l’oeuvre parmi nos fins analystes politiques, à quelques mois des élections présidentielles : le fait que la sécurité n’ait pas été assurée correctement peut faire question, mais le fait que les politiques tentent de trafiquer les faits pour des raisons électoralistes de « primaires à la présidentielle » (des gens meurent bon sang !) est proprement scandaleux. En jouant ainsi le jeu de la division que par ailleurs ils dénoncent publiquement, ils ajoutent à la suspicion et donc à la peur provoquée dans la population pour leurs propres intérêts électoraux.

C’est comme les vidéos de surveillance dont les « bandes » doivent être détruites pour on ne sait quelle obscure raison. Est-ce comme cela que les gouvernants comptent rassurer les peuples, ou profitent-ils de ces ignobles événements pour faire leur beurre électoral sur fond de propagande nauséabonde (comme le fait Nicolas Sarkozy de manière éhontée) ? Franchement quand je lis des témoignages comme celui de la femme ayant perdu sa mère (musulmane) à Nice et à qui l’on dit que ça en fait « un de moins », je me désole de voir à quel point la haine qui se développe contre les musulmans dépasse les bornes de la simple islamophobie. Moi-même, que je considère modestement comme largement tolérant, j’en viens parfois à me dire, à la suite de drames tels que celui qui a eu lieu à Nice, qu’il faut faire quelque chose contre cette religion, avant de me reprendre aussitôt pour me secouer l’esprit : si des êtres humains arrivent à perdre suffisamment de leur humanité pour perpétrer de tels actes, c’est qu’il y a quelque chose de pourri dans le système qui les a conduit, ou au moins qui les a laissé tomber entre les mains de ces gourous sans foi ni loi qui les ont embrigadé… La religion n’y est pour rien, car jamais il n’y sera commandé de massacrer des femmes et des enfants. Quand on pense que si ces jeunes avaient rencontré, dans leur parcours misérable, l’abbé Pierre ou un de ceux-là, peut-être auraient-ils pu devenir quelqu’un d’autre ?

La véritable question est donc celle-là : pourquoi n’y a-t-il plus d’abbés Pierre ? N’ont-ils plus rien à offrir en réponse à ces vendeurs de haine et de mort ? Comment se fait-il que tant de jeunes « occidentaux » (et oui, pour la plupart ils sont « bien de chez nous », nés en France et éduqués par l’Etat Français), puissent en venir à préférer la mort et la violence que l’amour et la vie ? Pourquoi n’y a-t-il pas dans nos banlieues des hommes capables, disposés devant ces mosquées qui prêchent la haine, pour apporter un autre discours, un espoir de vie s’opposant à ce discours de haine qui leur est servi ? Où est l’Etat dans ces banlieues ? que fait-il, qu’a-t-il fait pour empêcher nos jeunes de sombrer dans la délinquance d’abord, puis dans le terrorisme ensuite ?

Au lieu de payer des militaires en armes sur les plages ou dans les gares et qui font peur (ou qui fascinent) tous les enfants qui les croisent, pourquoi ne paierait-on pas des types heureusement sortis de la merde dans laquelle on les a mis pour éviter que demain ou après demain d’autres les arment et les conditionnent à devenir les ennemis de ceux qui n’ont pas voulu les protéger, quand ils en avaient encore l’occasion ? La réponse à la haine et la violence n’est pas la haine et la violence. Quand je vois qu’au lendemain du massacre de Nice la réponse la plus immédiate de l’Etat Français a été de bombarder une ville en Syrie (et des civils en plus d’après ce qu’on dit), comment dire que l’argent destiné à la sécurité des Français est habilement dépensé ?

Le terrorisme n’est pas un problème religieux mais un problème politique, et c’est une solution politique qui y mettra fin. Ce n’est pas par la destruction de la démocratie et la guerre que nous parviendrons à empêcher nos jeunes en perdition de devenir des terroristes mais en leur offrant l’espoir qu’ils seront respectés ici pour ce qu’ils sont, quoiqu’ils pensent et d’où qu’ils viennent, en accord avec les principes pourtant affichés sur tous les frontons de nos mairies : liberté, égalité, fraternité.

Caleb Irri

http://calebirri.unblog.fr

URL de cet article 30678
  
Communication aux lecteurs
JULIAN ASSANGE : Le documentaire "Hacking Justice" à Paris

Le 17 novembre à 20h
au cinéma Espace St Michel
7 Pl St Michel, Paris 75005

Les Amis du Monde Diplo & Les Mutins de Pangée organisent une projection du film "Hacking Justice Julian Assange" de Clara Lopez Rubio et Juan Pancorbo suivie d’un débat avec la réalisatrice.

https://lesmutins.org/hacking-justice

à partir du 17 novembre, le film sera suivi de débats aux séances de 20h les lundi, mercredi, Vendredi. Calendrier : https://lesmutins.org/hacking-justice?tab=projections

Même Thème
Propagande impériale & guerre financière contre le terrorisme
Ibrahim WARDE
« Après chaque attentat, des experts autoproclamés dénoncent les réseaux de financement du terrorisme. Les enquêtes ont beau démontrer que ces attentats nécessitent en réalité très peu de fonds, pour les idéologues endurcis qui forment les bataillons des "guerriers de la finance", l’absence de preuve ne signifie rien : il faut multiplier les attaques contre l’argent caché des terroristes. Or les frappes financières, si elles sont le plus souvent sans effets réels sur leurs cibles officielles, (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

"cette cloture a été placée pour votre protection. Ne vous en approchez pas, ne tentez pas de la traverser ou nous vous tirerons dessus".

panneau (en anglais) accroché sur une cloture de fils de fer barbelés qui entoure la ville d’Abu Hishma (Irak)

Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
"Un système meurtrier est en train de se créer sous nos yeux" (Republik)
Une allégation de viol inventée et des preuves fabriquées en Suède, la pression du Royaume-Uni pour ne pas abandonner l’affaire, un juge partial, la détention dans une prison de sécurité maximale, la torture psychologique - et bientôt l’extradition vers les États-Unis, où il pourrait être condamné à 175 ans de prison pour avoir dénoncé des crimes de guerre. Pour la première fois, le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, parle en détail des conclusions explosives de son enquête sur (...)
11 
Hier, j’ai surpris France Télécom semant des graines de suicide.
Didier Lombard, ex-PDG de FT, a été mis en examen pour harcèlement moral dans l’enquête sur la vague de suicides dans son entreprise. C’est le moment de republier sur le sujet un article du Grand Soir datant de 2009 et toujours d’actualité. Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies. Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. (...)
69 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.