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Plus de Marines que de requins dans les Caraïbes ! par André Maltais.


L’aut’journal, juin 2006.


Avec une armada comme partenaire


Le 14 avril dernier, une impressionnante armada quitte les eaux territoriales états-uniennes, fait son entrée dans les Caraïbes et alarme tous les gouvernements qui ne mangent pas dans la main de Washington. Elle est composée de l’immense porte-avions atomique Georges Washington, du croiseur Monterrey, du destroyer USS Stout et de la frégate lance-missiles Underwood. Tout cela transporte 70 avions de combat, des avions-radars et hélicoptères, de même que 6 500 marines et se veut un exercice baptisé Partnership of the Americas (Partenariat pour les Amériques).

Pendant six semaines, l’armada visitera des pays « alliés » tels le Honduras, le Nicaragua, la Jamaïque, Trinidad et Tobago, Aruba, Curaçao et Saint-Kitts/Nevis dans le but, selon le Commandement sud de l’armée états-unienne, d’entraîner leurs forces armées dans la lutte anti-drogues et anti-trafic humain.

Quelques semaines auparavant, les 23 et 24 mars, des vols nocturnes d’hélicoptères de combat états-uniens Black Hawk avaient apeuré plusieurs villages le long de la frontière entre la République dominicaine et Haïti.

Les appareils font partie d’une autre opération militaire, celle-là conjointe entre les États-Unis et la République dominicaine, appelée Nouveaux horizons 2006 et stationnée à Barahona, à une centaine de kilomètres de Haïti.

Il s’agit, toujours selon le Commandement sud, d’une opération « d’aide humanitaire et civile » impliquant des unités médicales et des bataillons d’ingénieurs des Marines, de l’armée et des forces aériennes états-uniennes. Les ingénieurs doivent construire écoles, cliniques de santé, puits et routes tandis que les spécialistes médicaux pratiqueront chirurgies et autres traitements non accessibles aux populations locales.

Les manoeuvres Nouveaux horizons, nous dit Carlos Ernesto Motto, de l’Observatoire latino-américain de géopolitique (www.geopolitica.ws), ne sont pas nouvelles dans la région des Caraïbes. Elles ont eu lieu 33 fois depuis l’an 2000. « Si l’Amérique latine est leur cour arrière, ajoute-t-il, la Mer des Caraïbes est leur piscine ».

La République dominicaine (qui, avec le Honduras et le Salvador, a participé à la guerre d’Irak) est l’un des pays dont les forces armées sont les plus « entraînées » par les États-Unis. Voisin de Haïti (encore une fois occupée) et de Cuba, le pays est un balcon avec vue, au sud, sur les côtes vénézuéliennes et colombiennes de même que sur le canal de Panama dont on vient d’annoncer l’élargissement pour permettre le passage de navires plus gros et plus nombreux.

A elle seule, nous dit Carlos Ernesto Motto, la République dominicaine a participé (depuis 1999) à des dizaines d’exercices militaires conjoints du type Nouveaux horizons. Les exercices TradeWinds impliquent, en plus des « alliés » déjà mentionnés, les Antilles anglophones, le Royaume-Uni et le Commandement sud des États-Unis.

Ils ont quatre volets : opérations maritimes et amphibies ; préparation aux catastrophes naturelles ; commandement collectif ; formation de l’état-major et des bataillons. On y pratique des interventions militaires et policières (maritimes et terrestres) en réponse à des troubles civils, opérations de narcotrafic, incidents de pollution de l’environnement et tremblements de terre.

Les exercices UNITAS (auxquels participe parfois le Canada) sont tenus annuellement depuis 1959 et mobilisent navires de guerre, avions et sous-marins de même que plusieurs milliers de marines états-uniens. En cinq mois, la flotte fait le tour de l’Amérique latine (rien de moins !) et s’arrête dans un ou plusieurs de ses ports.

La dernière édition des UNITAS, en 2004, s’arrêtait à Bahia de Salinas, au Pérou, et comprenait des effectifs militaires de l’Argentine, de la Bolivie, du Chili, de l’Équateur, de la République dominicaine, du Paraguay, du Pérou et de l’Uruguay.

Elle simulait un assaut par la mer et les airs. Une première vague de soldats (tous latino-américains !) débarquait sur une plage et y enlevait des explosifs cachés sous la « protection » d’avions militaires, permettant à une seconde vague (dans laquelle se trouvaient les Marines états-uniens !) d’attaquer ensuite les positions ennemies. Enfin, une troisième vague apportait des renforts et assurait la transition entre les opérations agressives et celles de maintien de la paix et d’aide humanitaire.

Les manoeuvres PANAMAX, quant à elles, sont des exercices de défense du canal de Panama. Elles ont lieu dans les Caraïbes et dans le Pacifique, à chacune des extrémités du canal. Elles impliquent le Panama, l’Argentine, le Chili, la Colombie, la République dominicaine, l’Équateur, le Pérou et le Honduras. Le Canada y est observateur, tout comme le Mexique, le Costa Rica, le Salvador et l’Uruguay.

«  La politique militaire des États-Unis en Amérique centrale et dans les Caraïbes, dit Carlos Ernesto Motto, a deux objectifs : présence constante de ses troupes dans la région et création d’une force multinationale d’intervention ».

Les exercices de type humanitaire comme les Nouveaux horizons répondent au premier objectif. Ils sont récurrents et impliquent tous les pays de la région. Il y a aussi les MEDRETES (Medical Readiness Training Exercices), simulations d’urgences médicales, et les interventions réelles immédiates dans les cas de catastrophes naturelles (ouragan Mitch).

Pour Motto, l’activité humanitaire états-unienne est « parallèle » à une activité plus typiquement militaire et, ajoute-t-il, « peut-être devrions-nous dire policière, de contrôle du territoire et du trafic de biens et de personnes ».

Elle s’ajoute au réseau existant de bases militaires (Comalapa et Soto Cano, en Amérique centrale ; Reine Béatrice et Hato, dans les Antilles hollandaises ; Guantanamo, à Cuba ; bases de Porto Rico) pour assurer aux États-Unis une domination terrestre, aérienne et maritime.

Mais, pour Washington, être là ne suffit pas. Embourbés au Moyen-Orient, les États-Unis se doivent de créer, dans les Caraïbes et en Amérique latine, des forces régionales de déploiement rapide répondant à leurs besoins stratégiques et capables de faire face autant à des catastrophes naturelles qu’au trafic de drogue ou à des « menaces non conventionnelles  ».

D’ailleurs, ajoute Motto, en octobre 2005, Donald Rumsfeld, présidant la conférence Sécurité et opportunités économiques, proposait « la constitution d’une force centraméricaine permanente » comme corrélat de l’accord de libre-échange avec l’Amérique centrale (CAFTA).

Pour l’armée états-unienne, son Commandement sud (qui couvre la majeure partie de l’Amérique latine) est « l’avancée d’une force unifiée, globale, articulant entre elles des forces d’armes et de nationalités différentes, impliquant autant des troupes états-uniennes que locales et même des composantes civiles ».

En plus des « manoeuvres conjointes » déjà mentionnées, le programme IMET (Programme International d’Éducation et d’Entraînement Militaire), dispensé par la National Defense University et destiné à la formation de cadres militaires partout dans le monde, travaille à créer un réseau militaire multinational en Amérique latine.

Le programme a trois objectifs : renforcer la capacité des armées alliées à participer aux opérations internationales de maintien de la paix ; promouvoir l’interopérabilité avec les forces états-uniennes (enseignement de leur doctrine militaire, de leur planification stratégique, de leurs procédures opérationnelles et logistiques, etc.) ; établir des liens positifs de défense à mesure que sont formés de nouveaux officiels militaires et fonctionnaires civils.

En Amérique latine, dit Motto, IMET a formé 10 000 élèves dans douze pays. Cela a, par exemple, permis aux États-Unis de remplacer rapidement leurs troupes en Haïti par celles de la MINUSTAH dont les effectifs sont majoritairement chiliens, argentins et brésiliens.

André Maltais


- Source :
L’aut’journal www.lautjournal.info



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