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Qui est Gustavo Petro ? (CTXT.es)

Ivan Olano Duque

L’ancien guérillero du M-19 et ancien maire de Bogota a quelque chance de devenir le premier président de gauche de l’histoire du pays, lors du 2ème tour des élections qui se tiendront le 17 juin.

Le 2 mars dernier il a subi un attentat contre sa vie. Au milieu de la horde payée par des pouvoirs mafieux, la voiture blindée qui le conduisait à un meeting sur la place de Cucuta – ville proche de la frontière vénézuélienne – reçut plusieurs impacts de balles, la plupart sur la vitre près de laquelle il était assis. Nous sentîmes ce jour-là le frisson d’un « éternel retour », la sensation d’être condamnés en Colombie à la douleur et à la frustration politique.

En 1948 Jorge Eliécer Gaitan était assassiné, grand symbole de la revendication des majorités sociales et représentant colombien d’un projet national populaire ; en 1987 Jaime Pardo Leal était assassiné, il avait été candidat présidentiel de l’Union Patriotique l’année d’avant ; entre 1989 et 1990 trois candidats présidentiels sont assassinés en pleine campagne : Luis Carlos Galán, qui dénonçait la complaisance de la classe politique traditionnelle à l’égard des mafias grandissantes du narcotrafic ; Bernardo Jaramillo au décours du génocide de l’Union Patriotique ; Carlos Pizarro qui venait de signer un accord de paix en tant que commandant du M19.

Heureusement à Cucuta Gustavo Petro s’en est sorti sain et sauf, aucun projectile n’a traversé le blindage. En tous cas, et comme si en Colombie on ne tuait pas chaque jour des leaders sociaux (plus de 280 depuis 2 ans), l’establishment colombien – à commencer par le président, prix Nobel de la Paix – déclara que Petro exagérait et faisait son show. Or cette-fois il y avait un nouvel ingrédient, propre de notre temps, car l’attentat fut enregistré en vidéo et transmis en direct depuis l’intérieur du véhicule.

C’est un document digne d’être vu car il donne des éléments clef du caractère de Petro : énergique et loquace en public mais taciturne le reste du temps. J’ose même dire qu’il y a en lui un curieux mélange de détermination et de mélancolie, et qu’à la différence d’autres leaders hyperactifs, anxieux, qui attirent à eux tous les regards, Petro est tellement intellectuel qu’il semble absent. On le voit sur la vidéo : tandis que les autres passagers de la camionnette étaient logiquement altérés, lui gardait le silence, regardant fixement les marques des impacts.

Et ce qui s’est passé après est encore plus révélateur. En plein scandale sur internet, entre confusion et angoisse, une foule de sympathisants se rendirent à l’hôtel où était logé le candidat. Ce soir-là, encore sous le coup de la peur et sans dispositif particulier de sécurité, Gustavo Petro sortit et fit un discours d’une heure à la foule réunie.

Aucune analyse de la réalité politique et sociale en Colombie ne peut se permettre de perdre de vue ceci : l’extrême difficulté, le risque, la volonté et la conviction nécessaires pour impulser des processus transformateurs dans un pays – et un continent – dans lequel la violence est toujours une forme de l’action politique.

La rébellion

Gustavo Petro est né à Ciénaga de Oro, un village de la Côte Caraïbe colombienne, en 1960. Il a vécu dans la grande maison familiale, au toit de palme et aux murs d’adobe (construction traditionnelle faite de bois et de boue) jusqu’à six ans, lorsque son père fut nommé professeur à Zipaquira, petite ville ouvrière connue pour ses mines de sel à 40 km de Bogota.

Il étudia là dans le même collège public – de curés franquistes – où avait étudié Gabriel García Márquez, qui fut interdit par ces mêmes curés parce que “communiste”. Ceci est plus qu’une simple coïncidence. Gustavo Petro a souvent dit que ses préoccupations politiques étaient nées de deux faits fondamentaux : le coup d’Etat contre Allende en 1973 et la lecture de García Márquez.

La rébellion n’a pas cessé de croître : silencieux, mince, studieux, enfant il dévorait des biographies et commença à écrire un roman sur un fils de migrants qui avait assisté à l’exécution de ses parents ; rejetant l’atmosphère oppressive des curés franquistes il se mit à discuter avec des prêtres plus jeunes proches de la Théologie de la Libération et de leur mission préférentielle auprès des pauvres ; il passa de la lecture d’ouvrages sur le coopérativisme à diriger une grève dans le collège ; de la création d’un journal de dénonciation sociale intitulé « Lettre au peuple », à la fondation dans ce même collège du centre culturel Gabriel García Márquez ; d’assister à des réunions d’ouvriers et syndicalistes de Zipaquira à commencer à militer à 17 ans dans le M-19.

Comme Pepe Mujica, comme Dilma Rousseff, comme des milliers de leaders latino-americains, Petro voyait dans la lutte armée la seule issue possible à un régime d’exclusion sociale et d’injustice structurelle. C’était pour lui comme trouver de l’eau fraiche au sein d’une gauche stérile, paralysée par sa propre incapacité. Le Mouvement 19 avril (nationaliste, bolivarien, à vocation démocratique) fut pour Petro l’apparition d’une gauche différente, liée au peuple, ambitieuse, audacieuse, enfin centrée sur la société colombienne, avec une grand potentiel de communication et d’organisation populaire.

Militant en secret, il poursuivit sa formation et son activité politique : il étudia économie à Bogota, fut d’abord personero puis conseiller municipal à Zipaquirá, et il dirigea – à 21 ans – l’occupation d’un terrain, propriété des curés, avec 400 familles pauvres déplacées de zones de violence. Il fonda là et aida à construire un quartier qui existe toujours, Bolívar 83, nommé ainsi en commémoration des 200 ans de la naissance de Simón Bolívar.

La communauté l’aimait et le protégeait. Il connut ce que signifiait se confronter au pouvoir établi, la machine de guerre que l’Etat peut déployer, mais aussi le potentiel immense qui est de libérer la tendresse des gens grâce à l’organisation et la lutte partagée. De telle sorte qu’avant de surprendre avec sa capacité d’analyse lors de la 9ème Conférence Nationale du M-19, avant d’insister sur la nécessité d’une issue politique au conflit et de la transition vers la Constituante, avant la clandestinité avec le M-19 dans d’autres régions de Colombie et de devenir l’un des plus proches de Carlos Pizarro, avant de connaître l’enfer des prisons, juste avant d’être capturé et torturé pendant 10 jours dans les écuries de la XIIIème Brigade de l’Armée, il fut choyé par la communauté du quartier Bolívar 83 : ils le cachèrent, l’alimentèrent, le faisaient passer d’une maison à l’autre.

Ce furent des années difficiles. La tentative de paix entre le Gouvernement et le M-19 avait été sabotée, et l’Armée lança une énorme opération : ils cherchaient le conseiller qui avait déclaré sur la place de Zipaquirá et devant la foule, un an auparavant, qu’il faisait partie du M-19. Ils cherchaient l’un des dirgeants les plus jeunes de cette guérilla. Ils cherchaient (et là revient la figure tutélaire de García Márquez) le comandante “Aureliano”.

Un parlement mafieux

Du processus de paix naquit l’Alliance Démocratique M-19. Le soutien populaire à l’ancienne guérilla était tel que la liste du nouveau parti réunit le plus grand nombre de votes aux élections de l’Assemblée Nationale Constituante en 1991. L’année antérieure Carlos Pizarro avait été assassiné, mais la volonté d’en finir avec le conflit armé et de commencer un nouveau chapitre sur le terrain institutionnel était ferme et définitive. De sorte qu’en cette année de la nouvelle Constitution (qui remplaçait l’antérieure vieille de 100 ans, celle de 1886) Gustavo Petro fut élu à la Chambre des Députés. Quatre ans plus tard, lors d’un moment politique difficile pour l’AD -M19, il fut nommé conseiller diplomatique en Belgique.

Il revint en Colombie et fut réélu à la Chambre en 1998. Son nom commençait à résonner plus fort dans tout le pays. Comme Jorge Eliécer Gaitán – qui dénonça en 1929 au Congrès de la République le massacre des bananeraies, expliquant le contexte de l’exploitation des travailleurs et de la corruption de l’Etat, sous la pression de l’United Fruit Company, il est devenu le référent de la résistance à l’establishment et à la complicité avec la barbarie – Gustavo Petro, réélu à nouveau à la Chambre des Députés en 2002, puis au Sénat en 2006, se profila de plus en plus comme le parlementaire le plus gênant pour la classe dirigeante.

Il commença par un conflit ponctuel : qui étaient les propriétaires de terres des alentours de Bogota, intéressés par l’extension incontrôlée de la capitale ? Il ne tarda pas à découvrir qu’il y avait là des fonctionnaires de l’exécutif national, des patrons de médias et même des mafieux de territoires voisins. Il y avait d’énormes fortunes derrière la requalification de la terre.

La réaction de puissants intérêts qui se sentirent menacés par ce débat détermina son avenir de parlementaire. Quelqu’un vint l’informer dans son bureau : des communications radio avaient été interceptées révélant que le directeur de la Fiscalía demandait au chef paramilitaire Carlos Castaño de l’assassiner. Jusque là Petro n’avait pas étudié le phénomène paramilitaire, mais il commença à tirer des fils, à associer des dénonciations, et il ne se passa pas longtemps avant qu’un technicien de la Fiscalía lui donne une information fondamentale : on pouvait prouver les communications permanentes entre chefs paramilitaires et les fonctionnaires de tous les niveaux de la Fiscalia.

On commençait à découvrir ce qui serait connu par la suite sous le nom de « parapolitique » : les tentacules du paramilitarisme dans plusieurs institutions de l’Etat. Petro devint alors l’acteur principal d’un des moments les plus significatifs de l’histoire parlementaire colombienne : le débat sur le paramilitarisme en Antioquia, au cours duquel il démontra que le président en place Álvaro Uribe avait promu les Coopératives de Sécurité, germe des groupes paramilitaires, et que son frère Santiago Uribe était le chef d’un de ces groupes, auteur d’assassinats sélectifs, déplacements forcés, massacres et disparitions.

Gustavo Petro connut alors l’existence d’un nouveau plan pour l’éliminer qui associait des agents de l’Etat. Il dut renforcer les mesures pour sa protection et sa mère, ses frères et ses nièces ont dû s’exiler. Mais, il poursuivit ses investigations, dénonçant depuis la tribune du Congrès plusieurs sénateurs qui étaient assis devant lui, leur déclarant qu’il avait bien les preuves qu’ils étaient là comme représentants du paramilitarisme. Ce ne fut pas en vain. Le château de cartes de la parapolitique commença à s’écrouler peu à peu et grâce aussi au travail de journalistes, d’investigateurs indépendants et de courageux magistrats de la Cour Suprême de Justice, plus de soixante parlementaires – s’ajoutant à de nombreux maires et gouverneurs de provinces – finirent par être condamnés pour leur alliance avec les groupes paramilitaires.

Dans un autre débat fondamental au Congrès, Petro démontra que les croissantes dénonciations à propos de jeunes de quartiers populaires exécutés arbitrairement par l’Armée pour les faire passer pour des guérilleros (circonstance connue sous l’euphémisme « faux positifs ») correspondait à un phénomène généralisé depuis un certain temps, qui s’était intensifié du fait d’une consigne du gouvernement Uribe qui offrait des récompenses et des primes pour chaque « guérillero tué au combat ». L’objectif était d’augmenter le nombre de morts pour démontrer le succès de sa politique de sécurité. Le résultat : dix mille exécutions en huit ans (la Fiscalía n’examine que moins de la moitié des cas) la plupart étant comme je l’ai dit des jeunes de quartiers populaires trompés par de fausses promesses d’emploi.

Bien documenté, rigoureux, grand orateur, Petro est arrivé à être considéré comme le meilleur élu du pays, un bastion de résistance au sein d’un gouvernement mafieux, tandis que – on ne pouvait pas attendre mieux – il se gagnait des ennemis de plus en plus puissants. Il dut supporter toutes les attaques. Il dénonça le DAS : cet organisme d’intelligence de l’Etat, était devenu une entreprise criminelle au service du gouvernement Uribe. Ses actions allaient de l’espionnage et du sabotage, de la disqualification et du harcèlement, aux attentats contre les opposants politiques, magistrats, journalistes et défenseurs de droits humains.

Le nouveau siècle réaffirmait la vieille certitude : la catastrophe colombienne est structurelle. Et ceux qui promeuvent la version des groupes armés paramilitaires d’extrême droite comme réponse à l’existence de guérillas faussent la réalité. Petro a clarifié ce fait à travers ses investigations et dénonciations : le cœur du projet paramilitaire était l’expropriation et l’accumulation de grandes extensions de terres, certes le problème central de la violence historique en Colombie, mais avec un détail supplémentaire, c’est que dans les dernières décennies la terre est devenue la caisse d’épargne des narcotrafiquants.

De sorte que le moment était venu d’être encore plus ambitieux. Aucun pays ne se transforme à partir du seul contrôle politique, car si les conditions qui permettent le surgissement d’une mafia ne changent pas, la seule chose qu’on obtient c’est qu’en éliminant l’une on dégage le chemin pour qu’une autre prenne sa place.

La multiplication des adversaires

Il fut candidat à la présidence pour le Pôle Démocratique Alternatif (PDA) en 2010, aux élections que gagna Juan Manuel Santos comme héritier d’Álvaro Uribe. Cette année-là il présenta, aux côtés d’un autre sénateur et d’un élu local une investigation exhaustive sur ce qui se nommera plus tard le carrusel de la contratación (« le carrousel des contrats publics ») de Bogotá, où il démontra que le maire de l’époque et son frère sénateur (tous deux du PDA) s’étaient enrichis grâce à des contrats publics avec de gros constructeurs. Gustavo Petro affrontait alors son propre parti, mais finalement la justice finit par lui donner raison. Il s’agissait d’une des trames de corruption les plus grandes de l’histoire de la Colombie. En plein scandale médiatique – qui mit sous la lumière certains acteurs tout en en protégeant d’autres –, Petro annonça : ce modèle de corruption se reproduit dans tout le pays ; de gros entrepreneurs financent des campagnes politiques, soudoient des fonctionnaires, sont amis des propriétaires et directeurs de médias, et volent à pleines mains les deniers publics.

Il est temps de faire un commentaire sur une autre caractéristique de Gustavo Petro : sa tendance – tout aussi admirable que déconcertante – à multiplier ses adversaires chaque jour.

Il s’agit là d’une dichotomie récurrente, toujours en discussion. Certains disent qu’en politique, il faut savoir mesurer les forces, le rapport entre le souhaitable et le possible, la marge réelle de l’action. D’autres assument l’attitude contraire, comme si leur vie en dépendait, comme si toute concession devenait une trahison à leur principes, et ils sont du coup disposés à ouvrir tous les fronts de lutte. Je pense que sont ceux qui échouent le plus. Mais ils sont aussi, dans certains cas exceptionnels ceux qui font aboutir les grandes transformations.

Gustavo Petro appartient à ce second groupe. Peut-être ceci est dû à son militantisme précoce, à sa formation politique au milieu du risque, toujours au bord des pires scenarii ; des conditions qui ne pouvaient être compensées que par un caractère romantique, quasi insensé. Peut-être un héritage du XXème siècle latino-américain : tous ces engagements qui ont conjugué l’idéalisme et le sacrifice personnel. Peut-être s’agit-il de quelque chose d’imposé par les dimensions de la tragédie sociale colombienne : la certitude de que celui qui n’est pas capable de viser très haut, qui n’est pas disposé à assumer le défi de regarder dans les yeux le pouvoir réel, ne réussira aucun changement. En tout cas, pour le meilleur et pour le pire, Gustavo Petro a assumé la politique comme une question de volonté – individuelle et collective –, et non pas de possibilité.

Et sur cette voie il se retrouve au point de mire de tous les pouvoirs. Nous l’avons vu à son époque de député, quand il essaya de convoquer à un débat pour concurrence déloyale deux des hommes les plus riches du pays (qui, bien sûr, ne lui pardonneront jamais) ; nous l’avons vu à son époque de sénateur, quand il est devenu le principal adversaire des mafias enkystées dans l’État, et du Président Uribe ; nous l’avons vu quand il dénonçait les abus des gros entrepreneurs dans les contrats publics à Bogotá, et surtout quand il affirmait que ce n’était pas une exception, sinon la manière usuelle de gérer les deniers publics dans le pays. Et nous l’avons vu, bien sûr, dans l’administration de sa mairie, aussi révolutionnaire qu’accidentée.

Le maire sur la place publique

Ce furent des jours d’apprentissage (à la force). En janvier 2012, Gustavo Petro prit ses fonctions de maire de Bogotá, reconnaissant qu’un énorme défi l’attendait : l’idée d’une « Bogotá Humaine » – son slogan, mais aussi le sens même de son programme gouvernemental – impliquait de mettre enfin les institutions au service de la dignité de tous, des droits fondamentaux, et cela supposait aller à contre-courant de l’inertie séculaire du pouvoir exécutif en Colombie. Il n’avait pas encore pris ses fonctions que déjà plusieurs médias exigeaient sa démission.

En effet une chose est claire : les pouvoirs établis peuvent tolérer certains parlementaires gênants, parce que, après tout, de leur position minoritaire, tout ce qu’ils peuvent faire c’est parler, convoquer des débats et susciter quelques titres dans les pages intérieures de la presse. Leur pouvoir réel n’est pas très important. Et il est bien connu que le passage est facile entre la tranchée de résistance institutionnelle et la gauche organique qui non seulement légitime un régime mais le stabilise. Mais lorsque c’est le pouvoir exécutif qui est contesté, et donc le contrôle des institutions et le budget, il s’agit là d’un scénario de confrontation directe.

Le programme « Bogota Humaine » a été, dans le contexte colombien, ambitieux : lutter contre la ségrégation sociale, avec tout ce que cela implique de politiques publiques pour les plus pauvres ; inventer une ville qui ne dégrade pas la nature, qui affronte le changement climatique et qui s’organise sur la question de l’eau ; consolider le pouvoir public, le patrimoine des citoyens, la capacité des institutions à défendre le peuple qui va à pied. En même temps, il fallait combattre la corruption structurelle (dans une ville qui se réveillait à peine du carrusel de la contratación) et prêter une attention particulière aux victimes du conflit armé, ces millions de gens qui ne connaissaient l’État que comme dispositif militaire, et du coup comme adversaire. Ainsi, il ne s’agissait pas seulement de déloger les mafias enkystées dans les institutions, mais de conférer à celles-ci un sens nouveau en pleine hégémonie néolibérale.

En fin de compte même en ayant été la cible de toutes les attaques, ce qui a été réalisé est – je l’ai déjà dit – révolutionnaire : regardons, par exemple, l’indice de pauvreté multidimensionnel de l’ONU, qui mesure non seulement la pauvreté en revenus, mais aussi l’accès effectif aux services publics, sociaux et la qualité de vie en général : dans la mairie de Gustavo Petro près d’un demi-million de personnes sont sortis de la pauvreté (l’indice est passé de 11,9% à 4,7%). Cela a été le résultat d’une combinaison de politiques publiques (minimum vital en eau, programme de santé préventive dans les quartiers populaires, jardins d’enfants, renforcement de l’enseignement public, centres d’éducation artistique pour les jeunes, tarifs différentiels dans les Transports en commun) qui ont entraîné d’autres indicateurs : la victimisation directe a baissé à son minimum historique, le taux d’homicides a été le plus bas en 40 ans, tous les chiffres de mortalité infantile ont diminué et, pour la première fois dans l’histoire, pas un seul enfant n’est mort de faim dans la ville de Bogotá.

Mais bien sûr : pour un establishment qui conçoit le bien public comme devant être subordonné à une poignée d’entreprises privées, et la fonction de l’État comme devant garantir la continuité de ce modèle, les indices de bien-être humain n’ont aucune importance. Les vieilles routines de la contratation restaient là, à l’affût. Le programme de « Bogotá Humaine » a freiné les perspectives de profit des groupes les plus puissants : Comment était-il possible que n’aient pas été attribués les habituels grands travaux de ciment et de brique (pour prioriser l’embauche d’enseignants et de médecins), qu’on ait empêché la croissance horizontale de la ville (à la recherche d’une ville plus concentrée et gérable), qu’on ait pas poursuivi la construction de voies de bus articulés (pour laisser enfin place au projet et à la conception de la première ligne de métro) ?

Ils ont dû le répéter, positionner le message, arrêter Gustavo Petro avant qu’il ne soit trop tard ; il a fallu dire que la ville était un chaos sans précédent, que rien ne fonctionnait, que l’administration était aux mains de l’improvisation et de l’incompétence. Et le bombardement ne vint pas seulement de l’oligopole des médias ; mais des organes de contrôle administratif, avec leurs fonctionnaires au service de projets politiques adverses, ou de la Fiscalia elle-même.

Tôt ou tard, cela devait arriver : après que Petro, appliquant une décision de la Cour Constitutionnelle, ait officialisé le travail des recycleurs de rue (des milliers de familles vulnérables) et introduit un opérateur public dans la collecte des ordures de Bogotá (jusque-là concession de quatre grosses entreprises privées), alors la machine de guerre s’est emballée. Le sabotage des anciens commerçants à qui échappait le monopole – non pas d’un négoce mais d’une rente millionnaire – a empêché pendant trois jours le service de nettoyage. Les médias en ont fait leurs choux gras : toutes les Unes de la presse faisaient de Bogotá un champ de guerre aux mains d’un maire improvisateur et irresponsable. Un an plus tard, le Procureur Général de la Nation – qui incarnait alors le contrôle administratif aux mains du fondamentalisme religieux – congédia Gustavo Petro le condamnant à quinze ans d’interdiction de fonction publique.

C’est alors que le nom de Petro résonna plus fortement dans les médias internationaux : pendant trois jours d’affilée les citoyens ont rempli la Plaza de Bolívar à Bogotá en soutien à leur maire, mais surtout pour défendre leurs propres droits politiques, entre autres celui de choisir un gouvernement qui ne s’agenouille pas devant les pouvoirs en place et qui défende les plus humbles.

Petro a mené la bataille judiciaire à l’intérieur et à l’extérieur du pays, encouragé par le soutien populaire. A la faveur d’une combinaison de procès et de jugements, il a repris son poste en avril 2014, quatre mois après la décision du Procureur et un mois après sa destitution officielle signée par le président Santos.

Il convient de préciser : pour l’establishment, son péché n’était pas tant d’avoir formalisé le travail d’une population vulnérable, ni d’avoir défini un modèle de nettoyage urbain basé sur le recyclage, ni même encore d’avoir entamé le pouvoir de quatre entrepreneurs millionnaires. Son plus grand péché, aux yeux de cet establishment furieusement néolibéral, est d’avoir suggéré – et réalisé – la déprivatisation d’un service public.

Et les grandes mobilisations citoyennes ne furent pas exclusivement liées au moment de sa destitution. Pendant le gouvernement de « Bogota Humaine » la ville vivait une atmosphère politique qui non seulement tolérait, mais encourageait l’organisation et la mobilisation populaire. Je me souviens de deux scènes paradigmatiques. La première, dans le contexte d’une protestation qui paralysait le système de transport collectif obsolète de Bogota (basé sur des bus articulés sur voies réservées et qui est, en substance, l’entreprise privée d’une poignée d’entrepreneurs et de fabricants d’autobus). En général, face à une mobilisation populaire, les gouvernements envoient les policiers de l’ESMAD (Escadron Mobile Anti Désordre) pour la disperser à coups indiscriminés de gaz lacrymogènes et de grenades paralysantes. Mais Petro, au lieu de la police – qui ne lui obéissait pas toujours –, demanda à ce que soient présents les médiateurs sociaux de la Mairie. Et à cette occasion, Gustavo Petro est allé en personne sur le lieu du blocus, est monté sur le toit d’un véhicule et a commencé là une Assemblée citoyenne pour discuter, pendant cinq heures, le problème des transports publics dans la ville.

La deuxième scène s’est située dans le cadre de Journées de protestation et de mobilisation de l’Université du District. Les étudiants réunis décidèrent de marcher vers la Plaza de Bolívar et de demander une rencontre avec le maire. Petro était en réunion dans son bureau et entendit les harangues venant de la place. S’informant de ce qu’il se passait, il donna des instructions pour reporter ses réunions dans l’après-midi, et sortit pour dialoguer et répondre à l’appel légitime des étudiants.

Ce sont deux exemples paradigmatiques de la conception de Gustavo Petro quant aux fonctionnaires publics – en tant qu’employés de la citoyenneté –, à la mobilisation sociale – comme colonne vertébrale de la politique – et, surtout, quant au caractère sacré de la souveraineté populaire.

Je dis cela, bien sûr, avec émotion : en affrontant les mafias, les oligopoles, la doctrine néolibérale qui privatise les profits et socialise les pertes ; en défendant les plus humbles, en luttant contre la pauvreté et l’exclusion sociale, en reconnaissant la diversité, en renforçant les entreprises publiques, en réussissant à ce qu’aucun enfant – enfin ! – ne meure de faim dans la ville ; en proposant, en bref, un nouveau projet de coexistence et de dignité partagée, « Bogota Humaine » de Gustavo Petro a été la première expérience de gouvernement avec un horizon vraiment démocratique dans l’histoire de la Colombie.

C’est pourquoi il reste si dangereux. Ils ont essayé de le congédier, de l’inhabiliter, de lui retirer ses droits politiques par le biais d’une amende millionnaire. Mais il est toujours là, obstiné, redoublant le pari, invitant les foules à relever le grand défi : une « Colombie Humaine ».

Mais avant d’aborder cette possibilité, faisons deux ou trois remarques.

Un tissu prémoderne

La violence est un dénominateur commun de l’histoire colombienne, un carburant qui est toujours là, aux mains de l’establishment. Elle s’exprime dans l’assassinat, dans le génocide politique, dans l’accumulation des conflits et des guerres civiles non déclarées. Mais elle n’explique pas tout. Pour comprendre en quoi consiste le défi de créer une institution au service des gens, mais surtout de modifier les rapports de pouvoir et donc de promouvoir les transformations culturelles, voyons d’abord précisément quelle est la distribution traditionnelle du pouvoir en Colombie.

À mon avis, il est possible de distinguer trois structures fondamentales, qui ne s’excluent pas entre elles, qui sont même plutôt synergiques et intriquées. En premier lieu, le pouvoir mafieux : les fleuves d’argent de la drogue et des activités illicites qui traversent le territoire et ont une capacité suffisante pour façonner le pouvoir politique et de nombreuses activités économiques, ainsi que le dit la sentence, « à son image et ressemblance ».

Deuxièmement, les clans locaux qui sont de fait l’État dans de nombreux territoires périphériques : rien ne bouge sans leur consentement, ils gèrent le budget, ils contrôlent les médias, ils gagnent les élections, ils administrent le territoire en fonction de leurs intérêts, et ils sont si profondément enracinés qu’ils peuvent éventuellement se retrouver avec un de leurs membres en prison sans remettre en question leur structure ou leur pouvoir. C’est comme si la seule chose qui pouvait vraiment les déloger était l’émergence d’un autre clan. Ils fonctionnent comme des principautés périphériques, alliés à l’État central, avec un pied dans les institutions et l’économie légale, et l’autre dans l’économie illégale. Ils peuvent procéder des mafias ou être simplement leurs alliés.

Troisièmement, l’adversaire le plus puissant : ce groupe de familles avec son propre cadre culturel, politique et économique que nous pouvons appeler l’oligarchie colombienne.

Peut-être est-il possible dans tous les pays de parler d’oligarchies, de petits groupes de personnes et de lignages qui monopolisent le pouvoir – ou restent dans ses cercles – au cours des générations. Mais en Colombie, cela a atteint un paroxysme. Peu de pays peuvent à ce point rendre compte de leur pouvoir historique par un arbre généalogique.

Il s’agit d’une poignée de patronymes, une oligarchie de rentiers qui ne conçoit l’État et le pays tout entier que comme un bien particulier leur appartenant de droit divin, et qui est capable de mettre le pays à feu et à sang du moment qu’elle n’y perde aucun de ses privilèges. Et parfois bien sûr, des gens qui ne font pas partie de ces familles peuvent accéder aux premiers cercles du pouvoir, mais toujours à une condition : la soumission. Rien ne peut mettre en doute leur lignée et leur domination sur l’Etat. A titre d’exemple, rappelons que le Président actuel, Juan Manuel Santos, est petit-neveu d’un ancien Président ; que Germán Vargas Lleras, vice-président de Santos et candidat (frustré) à la présidence, a grandi dans les palais et les bureaux officiels, allant et venant depuis des années tel le capo di tutti capi ; il était grand temps pour lui de récupérer l’héritage. Son grand-père et le cousin de son grand-père ont été présidents, et sa lignée remonte à l’époque de Bolívar, lorsque le premier Lleras expulsa Manuelita Sáenz de Bogotá.

Voilà l’oligarchie nationale que Jorge Eliécer Gaitán désignait il y a plus de 70 ans : consanguine, élégante, tous parents ; tous cousins, frères, neveux ; tous ministres, ambassadeurs, présidents, buvant du whisky tandis que le peuple se tue.

Or maintenant, il y a un autre pouvoir que je ne peux manquer de mentionner et qui est aujourd’hui un hybride des trois précédents. On peut l’associer à une faction de l’oligarchie nationale dont le pouvoir ne réside pas tant dans le contrôle de l’État central, mais dans la possession de vastes étendues de terres.

Il s’agit d’une oligarchie de type féodal, ennemi radical du processus de paix avec les guérilleros, de la pacification de la campagne colombienne, d’une éventuelle réforme agraire, mais surtout de la révision et de la mise à jour du cadastre rural. Il est le protagoniste de toute les violences : un pouvoir fondé sur les latifundia – et donc sur le pillage violent, le paramilitarisme et plus récemment le trafic de stupéfiants – un pouvoir dont le principal porte-parole politique est l’ancien président Álvaro Uribe Vélez.

Néolibéralisme et autres violences

Ce régime prémoderne qui exclut politiquement et économiquement la majorité de la population, perpétue la catastrophe sociale colombienne. La violence en est le résultat, mais surtout un outil indispensable à ce même régime.

Le conflit armé a produit – seulement au cours des trente dernières années – plus de 8 millions victimes, dont 7 millions correspondent aux déplacements forcés. La Colombie est le deuxième pays avec les plus grandes inégalités sociales et la plus haute concentration de la propriété terrienne en Amérique Latine. Et alors que dix-huit personnes meurent chaque jour de dénutrition, qu’un enfant sur dix souffre de malnutrition chronique, la Colombie est le pays dont les dépenses militaires sont les plus élevées du continent – y compris les États-Unis – par rapport au budget national : 11%, tandis que la moyenne latino-américaine, sans la Colombie, est de 4,5%, et celle de l’Europe occidentale de 2,7%. Et pourtant tout cela reste peu de chose à côté des conséquences catastrophiques du projet néolibéral.

En effet à partir de 1990, les thèses du Consensus de Washington ont commencé à être appliquées. Depuis lors, tous les gouvernements ont souscrit à la doctrine : privatisation des services publics, affaiblissement de l’éducation publique, régression des réformes des lois du travail et des impôts, commerce ouvert et "accords de libre-échange" qui ont détruit l’industrie nationale (dont le poids dans le PIB a diminué de moitié) et ont fait de la Colombie un pays importateur d’aliments. Et on retrouve toujours les mêmes. Juan Manuel Santos y était, il y a 25 ans, comme ministre du commerce extérieur ; rappelons aussi que celui qui défendit la Loi 100 de 1993, libéralisant le modèle de santé et de retraite en Colombie, n’était autre que le sénateur Álvaro Uribe Vélez, un modèle qui a causé plus de morts que toutes les guerres, copié du texte chilien, du régime de Pinochet.

Ceci m’amène à signaler un paradoxe. La Colombie a été, pendant une bonne partie du XXème siècle et en ce début de XXIème, le plus grand allié politique et militaire des USA dans la région. Pendant la "décennie gagnée" en Amérique Latine, durant laquelle une série de gouvernements progressistes ont sorti 70 millions de personnes de la pauvreté, la Colombie était une enclave de résistance de la droite continentale, servant aux Etats-Unis – pour le dire amèrement – d’« Ambassade de la cour de derrière ».

Pourtant en cette époque de restauration conservatrice en Amérique Latine, la Colombie semble pencher, enfin, dans l’autre sens. La « décennie gagnée » a fécondé le terrain, a dynamisé le débat et établi un nouveau paradigme d’action à partir des institutions. Aujourd’hui, tout se précipite et, contrairement à ce que disent les analyses défaitistes, rien n’est joué en Amérique Latine.

Quel que soit le résultat électoral, il y a une brèche grandissante – et de plus en plus évidente – sur la façade de l’hégémonie néolibérale.

La contestation de part et d’autre de l’Atlantique

Il y a beaucoup de différences entre le débat politique en Amérique Latine et en Europe, mais je tiens à souligner deux faits fondamentaux.

D’une part, les ressources discursives au moment de se confronter au projet néolibéral : alors qu’en Europe il est possible de faire appel à la mémoire des luttes passées, à la transgression d’un pacte social par les élites et, de ce fait à la perte ou aux menaces concernant des droits acquis, en Colombie et dans une grande partie de la zone latino-américaine cela n’est pas possible.

Comment parler des droits sociaux à ceux qui ne les ont jamais connus ? Comment parler de souveraineté dans des sociétés qui ont toujours conçu leur territoire en fonction d’une poignée de grands propriétaires, et l’État et les institutions comme les appareils d’une élite, pour une élite et par une élite ? Et j’insiste : cette construction ardue de nouvel imaginaire doit se faire au milieu de la voracité néolibérale et d’un consensus péjoratif du bien public.

Ainsi, bien que l’adversaire soit le même, dans la construction des horizons de justice sociale en Europe et en Amérique Latine, on a besoin de discours et de personnalités différentes. Sans l’expérience d’un État-providence et même en l’absence de l’Etat dans une grande partie du territoire, l’action transformatrice en Amérique Latine exige plus d’agressivité, un plus grand élan utopique et, au lieu d’une justification du passé – avec l’appel à la récupération des droits perdus – un nouveau récit est nécessaire, quasiment un rejet et, de là, la promotion d’un sentiment de libération et de refondation.

D’autre part, il faut souligner que la pertinence de grands leaderships pour la gauche en Amérique Latine ne s’explique pas seulement du fait de systèmes présidentialistes, mais surtout par le rôle historique – politique et culturel – du Parlement. Ernesto Laclau le fait remarquer quelque part : alors qu’en Europe le Parlement est, par définition, le contrepoids de l’absolutisme, en Amérique Latine, il a toujours été le symbole et la garantie du pouvoir de l’oligarchie.

La structure et la répartition du pouvoir, ainsi que la précarité ou l’absence d’institutions dans une grande partie du territoire, font que la brèche qui permet les irruptions et les revendications populaires se situe forcément au niveau du pouvoir exécutif.

La « Colombie Humaine »

Gustavo Petro a rempli toutes les places pendant la campagne, parfois dans deux et même trois villes par jour. Et les autres candidats à la présidentielle – qui représentent différentes nuances du même establishment – l’identifient comme leur principal adversaire.

Ils ont fait une erreur fondamentale : ils pensaient qu’il était possible de limiter le débat aux paramètres traditionnels (sécurité, menaces internes et externes), qu’il suffirait d’utiliser le Venezuela pour attiser la peur de toute revendication populaire, que les dispositifs clientélistes donneraient le rythme, que Petro serait efficacement marginalisé par l’oligopole médiatique. Mais ils avaient tort. Ils ne se sont pas rendu compte à temps que la Colombie entrait dans une période d’exception politique.

Ils sont tombés dans leur propre piège. L’oligarchie colombienne est tellement schématique, si mesquine et antipopulaire, et donc si effrayée par tout propos qui s’intéresse au social, qu’elle a fait l’erreur historique de laisser à Gustavo Petro le flambeau des causes sociales.

Il s’en est saisi et a redoublé son pari, avec encore plus de détermination il a parlé de l’inégalité et de l’exclusion sociale, il a fait que s’inscrive dans le sens commun, dans les conversations quotidiennes des gens ordinaires, le fait que la paix ne se limite pas au silence des armées, mais qu’elle requiert avant tout – comme Jorge Eliécer Gaitán le voulait – la justice sociale. Et il a atteint le plus inimaginable des triomphes : il a défini les axes et les termes du débat. Maintenant, les autres candidats se sont mis à parler de ce dont il parle, et partout dans le pays les gens commentent : « Tiens ! ça c’est des idées de Petro ».

Aujourd’hui, sur toutes les places, dans tous les débats, Petro parle d’une banque publique qui démocratise le crédit, de défaire les crimes du néolibéralisme et de mettre en place un système de santé publique et universelle, sans intermédiaire financier, en mettant l’accent sur la prévention et l’enfance. Il parle d’un système de retraite qui revienne aux pensions comme un droit fondamental. Il parle d’un système d’éducation publique gratuit, universel et de qualité, ce qui implique de quadrupler le budget actuel de l’Education. Et aujourd’hui, les grandes majorités sont de plus en plus sensibles à son obsession (qui jusqu’à récemment n’a été que l’objet de moquerie de l’establishment) : le changement climatique, la défense de l’environnement, l’organisation territoriale autour de l’eau, la fin de la dépendance aux énergies fossiles et, du même coup, une grande transition nationale vers les énergies renouvelables.

Pourquoi ces idées, qui prétendent juste appliquer l’« état social de droit » que proclame la Constitution de 1991, provoquent-elles autant le rejet de l’establishment ? L’explication n’est pas seulement dans le projet néolibéral et sa vocation à détruire le concept même des droits fondamentaux, mais surtout dans l’idéal rentier et médiocre de l’oligarchie colombienne : habitués à ouvrir le robinet des dollars du pétrole, ils ont hérité de l’époque coloniale une lecture du territoire comme un garde-manger de ressources à vendre au plus offrant.

Gustavo Petro les effraie en parlant d’industrialisation, de construction de voies ferrées, d’interdiction de fracking, de respect pour la souveraineté locale, territoriale et communautaire. Cette oligarchie de caractère féodal – qui, comme je le disais, est représentée par Álvaro Uribe Vélez – voit la plus grande menace pour sa propre existence dans l’une des propositions fondamentales de Petro : une taxe sur le latifundium improductif.

En effet en reconnaissant que la violence historique est associée au pillage et à l’accumulation de vastes étendues de terre, on ne peut concevoir la paix sans repositionner l’État vis-à-vis de la propriété terrienne et de la fonction sociale de la terre. L’idée circulait déjà en Colombie il y a près d’un siècle, et elle consiste à donner aux propriétaires fonciers trois options : mettre en production la terre et, de là, créer de l’emploi ; la maintenir improductive et, en contrepartie, payer une taxe élevée ; ou la vendre. L’objectif est de démocratiser l’accès à la terre, de fermer la porte à la violence future, d’atteindre l’indépendance alimentaire et de payer la dette historique aux paysans expropriés.

Les deux factions de l’oligarchie sont mobilisées, en alerte, et ont du mal à garder contenance face à l’enthousiasme populaire qui ne s’est pas exprimé dans les urnes mais qui transforme la carte politique colombienne. Un nouveau discours questionne les relations de pouvoir, il construit un sujet politique de plus en plus ample, qui révèle aux multitudes que l’exclusion sociale n’est pas un accident du destin mais le résultat concret d’un modèle mesquin. Et en plus, ce discours est articulé avec un horizon d’action.

Dans un régime qui normalise l’inégalité et la misère extrême, qui criminalise les gens ordinaires, qui est fondée sur le sacrifice récurrent des plus jeunes dans toutes les violences ; dans un pays habitué aux élites et aux montages culturels qui méprisent le peuple, je pressens qu’il n’y a rien de plus révolutionnaire que de parler aux multitudes avec clarté, respect et confiance dans l’intelligence collective.

C’est ce que Gustavo Petro a fait. Sur une place du Choco – une des régions les plus méprisées et pillées, au chiffre de pauvreté extrême le plus élevé du pays – Petro a expliqué aux gens ce qu’est le coefficient de Gini. A San Onofre, bourgade de la Côte Caraïbe, il a parlé des postulats essentiels de Michel Foucault. Sur l’île de San Andrés –connue de l’élite de Bogota comme un ensemble de plages et d’hôtels de week-end – il a parlé des réserves de la biosphère, de la souveraineté des racines, du rôle dirigeant des îles dans la lutte contre le changement climatique.

Il y a ceux qui répètent qu’il vaut mieux ne pas remuer trop le terrain, qui ne faut pas réveiller le monstre, que les forces bien connues vont réagir avec fureur. Il y a ceux qui dissimulent leur propre incapacité, ou leur complicité avec un régime d’injustice généralisée. Mais Gustavo Petro continue d’avancer, regardant le pouvoir dans les yeux, combinant la confiance dans l’intelligence collective avec un élan utopique indispensable.

Le peuple s’est construit, mot après mot. Sur chaque place, dans chaque quartier, « Colombie Humaine » a commencé à naître, une grande rébellion face à l’inertie de la violence et de l’égoïsme, un nouveau projet de pays dans lequel priment les droits fondamentaux, et dans lequel rien n’est aussi important que la dignité de chaque être humain.

Et je le répète : cela s’est fait "mot après mot". Car le plus grand mérite du petit-fils de paysans colombiens des Caraïbes emmené enfant vers une ville ouvrière de l’Altiplano, qui s’est mis très tôt à écrire un roman sur des drames sociaux et à lire avec émotion Garcia Marquez, qui a complété l’étude par l’action, par la solidarité décidée ; qui s’est rebellé contre un État oligarchique, et a construit un quartier pour les familles déplacées par la violence ; qui a vécu la torture et la prison et qui a misé sur la paix ; son plus grand mérite, disais-je, est d’avoir revendiqué la parole (publique, raisonnée, passionnée, toujours étouffée par toutes les violences) comme l’agent fondamental de la transformation sociale.

Et pardonnez-moi si la comparaison semble excessive, mais je ne cesse de ressentir quelque chose de l’impulsion verbale de Gabriel Garcia Marquez à la fin de certains de ses discours, quand il multiplie les phrases subordonnées, enchaîne les compléments, allonge les énumérations, et semble sortir toutes les images et la pyrotechnie à la dernière page du livre. En voici un exemple avec cette fin de discours prononcé devant la foule sur la place centrale de Valledupar :

Que toute cette diversité exprimée par la musique colombienne et la poésie se rende là-bas à la Plaza de Bolívar, le 7 août – deux siècles après la bataille de Boyacá qui nous a donné la République – non plus pour fonder la République, mais pour construire la démocratie, la fête multicolore des peuples, les voix anciennes de la résistance, les vents du peuple devenus ouragan doivent entrer au Palais de Nariño pour crier depuis ce poste de pouvoir en Colombie que la guerre et la violence ont cessé, que l’injustice a cessé (comme cette horrible nuit-là ), et que le temps est venu de construire la modernité, le progrès, l’équité sociale ; que le temps est venu de bâtir une ère de paix en Colombie.

Le "moment gaitaniste"

La Colombie connaît un moment d’exception politique et donc de grande fertilité. Ce n’est pas dû à une personne, ni même à un mouvement précis, mais à un ensemble de facteurs – certains locaux, d’autres continentaux, ou planétaires – qui ont fait grandir l’attente de changement des gens qui vont à pied et ont élargi l’éventail des possibilités.

Parmi ceux-ci il y a, bien sûr, le processus de paix avec les FARC, qui a favorisé les discussions sur l’avenir et a donné de l’oxygène aux mouvements sociaux ; la force vitale et transformatrice de l’écologie et du féminisme ; la conscience et l’intérêt pour les processus d’émancipation dans d’autres pays ; et, avec tout ce qui précède, la perte du monopole de l’information des anciens pouvoirs grâce à l’assemblée permanente de l’Internet et des réseaux sociaux.

Mais je crois que l’élément essentiel de ce moment d’exception est l’émergence (mot après mot) d’un nouveau récit, de nouvelles coordonnées de référence et, de là, la recomposition d’un sujet politique qu’on a essayé de faire disparaître pour toujours il y a 70 ans en Colombie : le peuple.

Parce que le 9 avril 1948, l’oligarchie nationale a assassiné Jorge Eliécer Gaitán, et depuis lors il n’y a pas eu d’autre véritable projet national populaire avec la capacité de transformer le pays. Il y avait, bien sûr, des foyers de résistance – souvent admirables –, des mobilisations significatives et prometteuses, mais tout a été étouffé par la violence. Seul Jorge Eliécer Gaitán, avec ses discours, son élan utopique, son respect – aussi – pour l’intelligence collective, son discours passionné sur l’antagonisme entre « le pays politique » et « le pays national », les oligarchies et le peuple, a réussi à inventer celui-ci en Colombie.

Ainsi, le moment d’exception que la Colombie vit aujourd’hui mérite d’être appelé, à mon avis, « moment gaitaniste » : le retour du peuple comme sujet politique.

Et ce « moment » (concept qui découle, bien sûr, des réflexions de Chantal Mouffe), qui peut avoir bien sûr des similitudes avec divers processus politiques en Amérique Latine et en Europe, est pourtant bien colombien, pour une caractéristique essentielle : l’identité politique croissante est déterminé par sa vocation à mettre fin à la violence.

Ainsi, l’exception d’aujourd’hui mérite le nom de Jorge Eliécer Gaitán pour sa reconstruction du peuple, mais aussi pour son intention d’établir un nouveau pacte de coexistence. Si l’élimination physique de l’adversaire a été le lieu commun des identités politiques en Colombie, maintenant le peuple s’élève – comme ce qu’a voulu aussi Gaitán – contre toutes les violences.

Et cette idée commence à articuler, à travers le discours de Gustavo Petro, de nombreuses demandes sociales qui étaient auparavant isolées. Et devant un pays à qui on avait vendu son malheur comme châtiment du destin, se profile enfin l’escroc, l’adversaire : les mafias, les clans corrompus qui fonctionnent comme des principautés périphériques, l’ordre de pillage et les privilèges, les deux factions de l’oligarchie –rentières et prédatrices du territoire- ; le tissu prémoderne qui mettait cycliquement le pays à feu et à sang, toute cette trame politique, idéologique et économique face à laquelle Gustavo Petro convoque une grande rébellion, une nouveau protagonisme collectif.

Le peuple, donc, n’est pas une vague configuration statistique ni un simple artifice rhétorique, mais l’identité qui accueille une multitude de revendications, un horizon d’action, et qui a, comme axe central, un sentiment : l’espérance, l’espoir puissant d’un pays plus juste.

Ceci est une révolution politique, une révolution éthique, une révolution des affects. Dire « nous, le peuple » a un sens – et une connotation affective – qui, jusque récemment, n’étaient pas connus en Colombie, et qui impliquent non seulement de mettre au défi un régime corrompu, mais surtout la conscience de l’interdépendance, des contradictions et des défis sociaux, et donc le besoin impératif d’une nouvelle République qui mette au centre la dignité et le bien-être de chaque être humain.

Qui est donc Gustavo Petro ? Il peut être approprié de le définir comme catalyseur du « moment gaitaniste » en Colombie ; la possibilité de construire, enfin, un véritable projet démocratique.

Ivan Olano Duque

Iván Olano Duque est écrivain colombien | @IvanOlanoDuque

Texte original « ¿Quién es Gustavo Petro ? » publié dans CTXT.es

Traduction : Tania Roelens

 http://ctxt.es/es/20180516/Politica/19681/Gustavo-Petro-Colombia-elecciones-izquierda-Bogota.htm

COMMENTAIRES  

16/06/2018 13:09 par Emilio

Bon article !
C’est marrant que l’auteur soit un Duque ^^ ( Duque est le candidat clone d’Uribe, opposant à Petro dans ces élections colombiennes )
Ceci dit , mon épouse aussi est une Duque mais votera Petro , parce qu’elle est de gauche , de ces " izquierdistas " tant honnis par les oligarques colombiens .

Le problème avec Petro , qui a oui , un grand charisme ( les médias montrent son image mais rarement ses discours, juste quelques bribes ..alors que pour Duque .. c’est du fleuve ) , et très compétent , c’est l’environnement régional .. accusé sans arrêt de " castro chaviste" , c’est cela et quasiment uniquement cela qui plombe sa victoire possible ..la peur du communisme ( il en est pourtant loin ! ) avec les références à Castro et Chávez .. c’est vendeur electoralement la peur , en plus des fraudes massives nécessaires à l’oligarchie pour gagner son pouvoir - quasi éternel ( jusqu’à quand ?). Et la grave crise provoquée par Washington au Vénézuela , et tous ces réfugiés, n’aident pas non plus Petro , ami de Chávez , dans cette candidature .

Le plus populaire , TRÈS populaire et que le peuple adorait , et qui sûrement aurait gagné massivement fut avant Petro , Carlos Pizarro, assassiné comme tous les candidats de gauche en Colombie .

Un hommage à cet enfant du peuple , Carlos Pizarro , ce que sont tous ces martyrs du fascisme colombien , fruit de Washington, et qui ne tient QUE par son soutien !
https://www.youtube.com/watch?v=8dhptyYtFF8

Et pour NOTRE candidat PETRO , enfant du peuple , qui JAMAIS n’acceptera les oligarques et leur fascisme génocidaire !
https://www.youtube.com/watch?v=YygW1ZvEgyM

VIVA LA COLOMBIA HUMANA !

16/06/2018 16:46 par Autrement

Qui est Gustavo Petro ? par Ivan Olano Duque.
Nous voilà tout heureux devant un immense écrivain et un immense homme politique.
On se demande même lequel est lequel, puisque, "mot après mot", sont décrits l’espoir et les combats de tout un peuple, et se trouve mise en pleine lumière la poésie de l’action. Poésie appelée à être faite par tous...
Il n’est pas un seul paragraphe de ce texte, où tout coule de source, qui ne fournisse de brûlants sujets de réflexion, et n’offre un feu d’artifice d’exemples pertinents pour l’action.
Aucun texte théorique, si rigoureux et brillant soit-il, ne pourrait produire un aussi puissant effet de conviction, ni n’arriverait à la hauteur d’un tel récit à la fois biographique et historique, qui respire au rythme même de la vie.

17/06/2018 15:27 par Ellilou

Je viens d’entendre sur une chaine de radio publique (RFI) un court portrait des deux candidats affligeant de partialité et de bêtise : Duque y étant présenté comme un jeune candidat neuf et personnifiant le renouveau, l’espoir, blablablabla...et Petro comme l’ancien maire de Bogota, où il n’aurait pas laissé que des bons souvenirs (dixit la journaliste...), ancien guérillero (dans sa bouche cela semblait pire que la damnation...) et surtout (horreur !) représentant de la gauche radicale ! Pitoyable ! Cette radio est de pire en pire et je ne cesse de les harceler de messages pour leur faire part de mon vif, très vif mécontentement mais autant pisser dans un violon.

17/06/2018 17:17 par Emilio

Oui tu as parfaitement raison Autrement, sur Petro .. d’une intelligence brillante ! Je vais essayer de traduire ton com à mon épouse , mais ce ne sera pas facile , parce que ton style est vachement bien tourné et sophistiqué ! Et là , elle part à Medellin voter PETRO !

DERNIER SCOOP, hier soir , un ultime débat TV devait avoir lieu entre Petro et Duque , vu que ce dernier le fuit comme la peste ..

Et ? Petro s’est trouvé seul face aux caméras , répondant aux questions des auditeurs , parce que Duque, clone insipide d’Uribe .. s’est défilé . Il n’est pas venu ce LÂCHE morveux fasciste ! Petro n’en aurait fait qu’une bouchée en argumentaire imparable .. Ce pourquoi les médias évitent de lui donner la parole .

La photo d’hier soir !
https://www.elespectador.com/elecciones-2018/noticias/politica/gustavo-petro-hizo-su-debate-en-la-television-publica-duque-no-asistio-articulo-794830

17/06/2018 20:15 par Emilio

Bon j’en remet une couche , désolé LGS si je dépasse mon quota , parce qu’en ce jour , pour nous , il faut croire et penser dans notre compadre (compay comme disent nos proches amis cubains ) PETRO , le candidat du peuple !
Comme on dit au Québec , on lache pas la patate chaude !

AVEC NOUS, LES CAMARADES de LGS , écoutez et savourez notre espoir !
En merengue cette fois , du pur traditionnel colombien .
https://www.youtube.com/watch?v=DnrqjT5ntuU

Et regardez ces foules , le peuple veut son Chávez colombien . Duque ne réussissait que 3 tondus pelés dans ses réunions publiques–pff ..S’il gagne ce sera par la fraude , parce qu’évidemment les fascistes colombiens ne veulent absolument pas d’élections électroniques comme au Vénézuela ..comme je les comprend ^^

Et pour emmerder virtuellement les fascistes
VIVE PETRO et VIVE CHÁVEZ !!

18/06/2018 10:03 par Assimbonanga

Cette autre vidéo à la gloire de Petro montre bien que le climat est un souci pour tout le monde et que l’écologie est au cœur de notre avenir collectif. J’aime bien le montage dans cette vidéo : la comparaison d’altitude de la montagne qui fond et l’inondation en fondu enchaîné. Au moins, ça a le mérite de la clarté !
https://www.youtube.com/watch?v=86W5GmJ24xQ
Il faudrait juste que LGS se bouge un peu le *** pour sortir des articles plus fréquemment. A y pas de raisons de redonder à l’infini sur certains sujets et de garder NDDL dans l’ombre.(ou Kolbstein, ou Roybon, ou Bure...)

18/06/2018 21:58 par Emilio

Oui Assimbonanga , avec toutes les catastrophes écologiques , et la Colombie a payé également le prix fort !
SAUF QUE les explications du C02 responsable , c’est de l’arnaque complète !
Qu’on vienne aussi dire que les volcans qui se réveillent massivement partout dans le monde , et la plupart sont sous marins , ou sous les glaces , le sont à cause du C02 ?
Tu avais posté un article alarmant du site Reporterre sur l’augmentation gigantesque du Co2 , depuis des millions d’années .. OH ? Et d’où venait la mesure ? > des bords du cratère Mauna Loa à Hawaï , un des volcans les plus actifs du monde ! Un volcan voisin d’Hawaï , le Kaunakea est en ce moment en très forte éruption .. ces rigolos vont-ils encore y faire des mesures de Co2 ?

Les vérités sont bien plus graves , et je le constate , par le taux énorme d’augmentation des UV- A et B , rayons cosmiques , particulièrement dans la Cordillères des Andes ..on est sur le grill .. et pour moi , de 12 heures à 15 heures , je ne sors plus, même avec protections , parce que c’est Tchernobyl ..

19/06/2018 09:48 par Danael

Le peuple, donc, n’est pas une vague configuration statistique ni un simple artifice rhétorique, mais l’identité qui accueille une multitude de revendications, un horizon d’action, et qui a, comme axe central, un sentiment : l’espérance, l’espoir puissant d’un pays plus juste.
Ceci est une révolution politique, une révolution éthique, une révolution des affects. Dire « nous, le peuple » a un sens – et une connotation affective – qui, jusque récemment, n’étaient pas connus en Colombie, et qui impliquent non seulement de mettre au défi un régime corrompu, mais surtout la conscience de l’interdépendance, des contradictions et des défis sociaux, et donc le besoin impératif d’une nouvelle République qui mette au centre la dignité et le bien-être de chaque être humain.

La résistance d’un peuple enseigne à tous les autres peuples et les font grandir tous. C’ est très émouvant de se voir aussi dans la lutte des autres, même s’ils ont une autre langue, culture et contexte politique. Cet auteur est remarquable pour nous le faire ressentir avec cette rare sensibilité.

19/06/2018 10:23 par Assimbonanga

@Emilio, première fois que j’entends parler de cette hypothèse à propos du CO2. Donc, je vais me donner du temps pour en savoir davantage. Je profite juste de l’occasion pour signaler le huloscope mis en place par Reporterre, bilan au 19 juin 2018 : 69 % des mesures prises depuis un an concernant l’environnement ne vont pas dans le bon sens.https://reporterre.net/Le-constat-du-HulotScope-69-de-mesures-negatives-pour-l-environnement
Pour fabriquer moins de consommations, il suffirait de moins consommer. Suffirait ? Ben non, c’est pas quelque chose qui va de soi. Seuls ceux qui ont déjà goûté aux bonnes parts de gâteau et sont rassasiés peuvent réussir à renoncer aux festins. C’est un sacré effort mental.
Donc, hé bien, continuons comme ça ! On s’arrêtera quand tout le système s’effondrera.

19/06/2018 11:31 par Emilio

« nous, le peuple » Pas connu en Colombie ?
Au niveau électoral oui, puisque le dernier candidat de gauche , gagnant aux élections , fut assassiné en 1947 , par des agents de la Cia en sous main .. déjà !

La suite n’est et ne fut que massacres massifs , déplacements intérieurs de population les plus forts du monde , exode massif hors du pays , répressions incessantes , et clandestinités obligées des résistances .

Et après toutes ces décennies de répressions violentes contre le peuple , l’ oligarchie fasciste colombienne voit clairement qu’il y a encore plus de 8 millions de gens qui ont voté pour un candidat de gauche .. Et plus de 50% d’abstention , de gens qui ne croient plus en ces processus électoraux bidonnés .

Maintenant la suite de ce retour à l’uribisme ? Première décision du clone Duque , revoir les accords de paix avec la Farc et les négociations en cours avec l’Eln .

Une autre réalité est celle là , économique . La Colombie rêvée par ces oligarques est une Colombie d’extraction , minière et pétrolifère . Ce pétrole colombien a des réserves estimées de 5 ans . Mais les shadocks amer.loques pompent un max .. Production de pompage , en ce moment , supérieur au Vénézuela , quasiment le double ..pour « saigner « encore plus le chavisme . Là , les réserves colombiennes diminuent au même rythme . 20% des recettes budgétaire de la Colombie sont dans ce pétrole .. qui financent beaucoup de choses , alors les plans sur la comète de « continuité sans changements « des uribistes .. à voir !

Sans compter que les projets miniers et gaz de schistes ( 10 000 puits ) sont tributaires d’un barrage hydraulique ..Hidro-Ituango qui menace à tout moment et toujours de s’écrouler ! Et les reserves électriques du pays sont de 4 ans sans ce projet ( 18% de l’électricité) !! Le discours du clone de préserver les réseaux hydriques , avec ces projets , c’est purement un calcul électoral , mais une complète contradiction . .

Santé , education , privatisées qui partent aussi en amer.loques , sont des réalités sociales qui forcément vont mobiliser le peuple colombien . Et tant d’autres .

Au moins , ces droitistes seront confontés à leus propres contradictions ,et ne pourront pas accuser le " castro chaviste" Petro de ruiner le pays ..parce qu’ils le feront parfaitement , et eux seuls !

19/06/2018 12:07 par Emilio

Oui Assimbonanga , normal , le brain green washing fonctionne bien !

Pour nous dans la cordillère des Andes , c’est de l’officiel , puisque nous sommes en permanence , en alerte contre ces rayons cosmiques Uv ..
Même ma vieille bagnole a eu sa peinture de brûlée , par les UV-A qui ont cette propriété connue .. Je suis à 2500m d’altitude ( Plus près de toi , mon Dieuuuu ^^).

En fait , l’augmentation drastique de ces rayons cosmiques , qui entrainent des précipitations diluviennes mondiales , vient pour origine de la baisse enregistrée depuis des missions satellitaires ( mission SWARM en 2014) puis ensuite .. Satellites équipées de magnétomètres . Notre magnétosphère , bouclier contre les rayons cosmiques du soleil et extra solaire , est aussi un bouclier contre météorites .. et cette magnétosphère est en baisse drastique .. déjà plus de 20% de perdu ! Et la rotation de la Terre diminue en effet dynamo .. impact sur un possible inversement des pôles magnétiques à terme , et augmentations séismes violents et éruptions de tous les volcans du monde .. Et c’est ce qui se passe sous nos yeux ! ( mais les médias dominants sont au dessus , heureusement ^^)

Couplé cela avec la baisse d’intensité de l’activité solaire .. notre climat change ( plus froid) les volcans et séismes s’activent ( les glaces superficielles fondent , les océans se réchauffent par les volcans sous marins ..d’où cyclones de plus en plus violents .. Irma, Maria ..etc ). Plus au nord ( bombe cyclonique du Canada l’hiver dernier ).

Le truc , c’est que la lutte contre le Co2 pouvait justifier une usine à gaz de taxe carbone des financiers , ( AL Gore déjà millionnaire a vu sa fortune décuplée avec le Co2 qui tue ) .. mais là un impôt sur la magnétosphère ?

Sans compter qu ‘avouer que nous ne pouvons rien faire , parce que la cause n’est pas anthropomorphique , les écolos ( j’en suis , actif , mais pas de ceux là ) et politiciens n’y gagnent pas électoralement ni en bling bling ..

Alors mentir et mentir , sauf que les réalités rattrapent les mensonges .. Parce qu’on gèle ici bas , et que les déluges deviennent bibliques ..

On sait que le dernier minimum glaciaire du 17eme siècle ( minimum de Maunder ) est venu rapidement , en moins de 5 ans , et on sait aussi que l’activité solaire était très faible .. Et les documents de cette époque sont nombreux .. Terrifiants ! Quand j’étudiais l’histoire de ma Bretagne par exemple , les crêtes de coq qui gelaient , les pommiers aussi , la Manche gelée .. Les pluies diluviennes , et les étés de chaleur épouvantable .. Diminution des récoltes , épidémies , forte mortalité , baisse de population européenne , c’est répertorié en documents de cette époque.
C’est important l’Histoire , on y apprend beaucoup .. Les similitudes sont étonnantes entre ce que nous vivons en ce moment et cette époque .. et la révolution industrielle du 17eme siècle en responsable ???

19/06/2018 14:18 par Danael

Si je comprends un peu l’histoire de mon pays , le "Nous peuple résistant" a eu différentes étapes de reconstitution et à chaque fois c’était une nouvelle étape ressentie comme neuve. Forcément, les générations se suivent et ne se ressemblent pas obligatoirement.

19/06/2018 14:58 par Assimbonanga

@Emilio, l’impact industriel et minier est tout de même devenu gigantesque, avec ses pollutions. Ça saute aux yeux. L’urbanisation, l’emprise des routes. Y a tellement de trucs qui découlent de l’activité humaine, l’agro-industrie, l’appauvrissement des sols, l’érosion provoquée. Liste interminable.

19/06/2018 18:45 par Emilio

Oui Assimbonanga , il faut lutter contre ces désastres écologiques , du monde capitaliste , y compris les pollutions d’oxyde d’azote et gazs volatiles dans les villes . Mais ces effets là , n’ont pas de conséquences sur le climat , et encore moins le fantasme de Co2 .

20/06/2018 15:22 par Emilio

Revenons à notre climat colombien politico social, qui est en "turbulence" en ce moment .. Et qu’il ne faut pas oublier parce qu’il se construit là , un processus de révolution profonde , une conscientisation de masse , qui dépasse très largement juste un processus électoral .. une révolution des esprits .

Ce qu’en disait Jean Luc Melenchon est une très bon analyse , juste , et c´était après les résultats du 1er tour électoral.
les 7 premières minutes sont sur la Colombie ..
https://www.youtube.com/watch?v=dG4k4yWkGuA

Nous sommes aujourd’hui , après les résultats du 2eme tour , dans une autre phase inédite en Colombie . Quelque chose de réellement « magique » , je n’exagère pas parce que c’est palpable partout .
Pour avoir vécu d’autres élections présidentielles . Les lendemains étaient toujours mornes , blasés. Avec une auto dévalorisation du peuple . Ce qu’on entendait , du peuple lui même , c’était .. " somos bobos , como siempre .." nous sommes stupides , comme d’habitude . La plupart ne croyant plus à ces elections , truquées, de la droite qui se passe le relai en permanence , et depuis 1947 ! L’abstention très largement majoritaire .. toujours proche des 70% ! Parce qu’en période de guerre éternelle , le plus important et la réalité pour beaucoup , c’est « Mirar donde pisamos”.. » où l’on met les pieds ( allusion aux mines anti-personnelles .. !

Première élection présidentielle dans la paix ! ( effectif cette fois , sans troubles des votes par bombes des guerrillas ou paramilitaires )
Première élection où la gauche devient visible au 2eme tour .. 8 millions !

J’avoue que je ne lie pas la presse française sur la Colombie. Ce que dit Jean-Luc ( que je découvre aussi finalement ..) sur cette correspondante du « Monde » à Bogota , reste dans la même ligne que son prédecesseur Paranagua . Loin du peuple , et loin du cœur pour un « Monde « .. des oligarques. Parce que ne pas sentir , ne pas voir , la nouvelle polarisation actuelle colombienne , c’est rester sur le quai de la gare , quand le train est déjà en marche !

Les gens se parlent beaucoup en Colombie , dans les parcs des barrios populares , dans les familles , dans les bus et taxis collectifs .. Et même dans les débats politiques TV , ce qui revient et chauffe les cœurs d’une nouvelle Colombie , « Humana « humaine , une nouvelle Colombie de paix .. c’est ce refrain « Somos 8 millones de sueños unidos !! » nous sommes 8 millions unis dans un rêve « Cette conscience là , que nous sommes nombreux et que « SÍ SE PUEDE « est totalement nouvelle . Dans l’ére ancienne , la gauche était gommée , occultée , niée .. Assimilée à la guerrilla Farc , c’était soit honteux soit dangereux de se penser de gauche . Le conditionnement des esprits était total et massif .

Ne pas voir ce tournant majeur de l’Histoire colombienne , pour des journalistes étrangers , c’est ne pas comprendre ce que nous sommes en train de vivre . Une conscientisation du peuple , une révolution qui se construit . De bouches à oreilles . Expliquer , dialoguer sur ce que dit Petro , les réalités colombiennes que beaucoup ne connaissent absolument pas, parce que le peuple est depuis 60 ans , lobotomisé , malmené , persécuté et occulté par les médias dominants . Petro n’est pas un politicien ordinaire , pas hors du peuple .. Chacune chacun de ces 8 millions se reconnait en lui , il est l’émanation du peuple , de nos voix . Lui c’est nous et nous , c’est lui !! Il y a beaucoup de personnes brillantes autour de lui , de tous horizons, d’universitaires à ingénieurs , de paysans à ouvriers et qui pensent la nouvelle Colombie.

Notre mission , puisque nous savons maintenant que nous existons , est d’éclairer le peuple , de l’instruire et de le conscientiser , pas de l’extérieur mais du peuple par et pour le peuple, et particulièrement ceux qui ne sont pas encore éveillés , des esclaves qui ont voté pour leurs maitres ! Il y a beaucoup de similitudes entre cette renaissance colombienne , et la naissance de la révolution française . Nous sommes dans cette époque des Lumières , Petro en est une , indubitablement oui , et il y en a beaucoup d’autres . Ce mouvement d’éveil est profondément ancré socialement ! Et maintenant , il nous faut rayonner , propager , militer sans relâches , que cet espoir devienne contagieux dans tous les esprits ! Le chemin ne fait que commencer ..

Chacun de ses 8 millions a ce devoir et cette mission personnelle . « Somos Petro, somos el pueblo , y el pueblo esta de pie ! »

Nous vivons en Antioquia , et cette région a voté à 70% pour Duque/ Uribe . Des pauvres majoritaires , exploités comme partout en Colombie , qui votent pour une oligarchie ultra violentes et qui écrase le peuple , c’est du masochisme social , auto-destructeur . Ce n’est pas normal , et le fruit d’un très fort conditionnement de propagande , un virus dans les cerveaux . Ceci DOIT changer !

Il n’est pas normal que des curés de paroisse se servent de leurs églises pour appeler à voter Duque l’oligarque assassin des peuples. Derrière eux , c’est l’Opus Dei qui tire les ficelles de cet ultra conservatisme . Ceci Doit Changer . Si cette religion d’ultra catholiques , refuse et persiste dans cette voie anti sociale , elle DOIT tomber . Ceci est une cible !

Il n’est pas normal de voir des campesinos de mon coin , cultivateur de pomme de terre , voter pour Duque . Une grave crise de la pomme de terre , comme celle de 2013 , est à venir dans les 6 prochains mois . Par et toujours le TLC , traité de libre échange suicidaire pour la Colombie . Et à cause d’un dumping commercial anglais , qui fait que les pommes de terre congelées et conditionnées , inondent les marchés et moins cher que le prix de revient de culture locale . Ceci DOIT changer . Et les prochaines manifestation inéluctables , doivent servir à mettre en évidence les contradictions entre les discours electoraux de Duque/ Uribe et la réalité .

Il n’est pas normal de voir des milliers d’enfants mourir de faim dans ce pays . Il n’est pas normal de voir des files d’attente énormes pour se faire soigner. Il n’est pas normal d’ avoir à payer des centaines de millions de pesos et s’endetter à vie pour des études qui permettent d’avoir un profession . Il n’est pas normal de voir des paysans sans terres , persécutés par des paramilitaires pour le compte de compagnies minières multinationales. Il n’est pas normal que ce magnifique pays soit détruit pour des intérêts mercantiles .. et par des gens qui osent parler de la Colombie la main sur le coeur etc.. Le coeur , ils n’en ont pas ! Ceci DOIT changer !!!

Il n’est pas normal d’entendre le candidat Duque/ Uribe parler de défendre les eaux de Colombie.. et 2 jours après son election , promouvoir de nouveau les fumigations au glyphosate des champs de coca . Ceci DOIT changer !

Il n’est pas normal , de voir la moitié du peuple avoir voté pour les accords de paix en Colombie , et de voir 1 journée après l’election du nouveau président Duque/ Uribe , la refonte complète des accords de paix , sabordé en menaces de supprimer la Jep ( justice transitionnelle de paix).. pour que des militaires criminels sous les ordres direct d’Uribe ne puissent témoigner et avouer leurs crimes et leur commanditaire.

Duque en bon clone , vient déjà de proposer son maitre Uribe , en representant des sénateurs à la chambre !!

ET CECI en 2 jours .. Oui l’offensive d’Uribe , qui se fait vieux et aigri , est nette , il veut SA revanche ! Une regression totale. Mais qui va contre l’évolution déjà en marche par ce tournant décisif de la paix !! Une véritable polarisation de la société colombienne . J’espère que cette polarisation restera pacifique , mais personne n’en est très sûr non plus … Nous connaissons tous les risques , mon épouse , moi , nos familles et amis , mais nous ne pouvons plus nous taire et nous terrer . La Colombie doit changée , soit c’est la régression vers la guerre , soit c’est l’évolution vers la paix.

L’entre 2 tours électoral a été particulièrement révélateur de qui est qui , dans le monde politique colombien . Les masques et faux nez sont TOUS tombés les uns après les autres .

LES TRAHISONS :
Le chef du parti libéral , Gaviria qui rejoint le conservatisme d’Uribe .. fut le summum de la HONTE . L’assassinat du chef libéral populaire élu en 1947, par la Cia en ombre , fut le déclencheur de la guerre civile la plus meurtrière colombienne . 3 ans de guerre et 300 000 victimes au bas mot . Des massacres et la terreur totale partout .. Et là , un héritier de cette tradition libérale qui s’allie …avec ce même conservatisme génocidaire extrême !!! Les jeunes libéraux se sont désolidarisés et ont appelé à voter Petro , une logique historique quand même !

Ceux qui ont appelé à voter blanc ( qui finalement n’ont pas été suivi , les votes blancs furent de 4% , donc ces votes sont allés dans le sens de la polarisation droite et gauche , mais surtout à droite , et c’était bien le but de ces appels de chefs de partis ) . Dans le calcul mathématique du premier tour , appeler à voter blanc , c’était savonner la planche d’élection du candidat Duque . Cette hypocrisie fut dénoncer par les militants de Petro , à très juste titre .

QUI SONT CES TRAITRES DU PEUPLE ?
Humberto de la Calle , libéral, et le négociateur du gouvernement des accords de paix . Et farouchement médiatiquement pour les applications de ces accords .. Et qui retourne sa veste en appelant au vote blanc , alors qu’il savait pertinemment que ce vote blanc allait direct vers le candidat uribiste ! Mon épouse , qui a vécu cette guerre et est devenue une militante active pour Petro , fut littéralement écoeurée de l’entendre faire cette déclaration..

Fajardo , le candidat vert , soi disant écologiste et voulant dans ses discours lutter contre la corruption .. Appel au vote blanc ! En sachant très bien que le candidat Duque / Uribe est totalement pour le fracking ( gaz de schiste ) , totalement pour l’extraction minière à ciel ouvert et pétrolifère . Et corrompu par des sénateurs qui sont des marionnettes des latifundistas ( grands propriétaires terriens ) . Certains appellaient Fajardo , l’Uribe en jeans , le cool quoi … avant les élections . Aujourd ‘hui ce masque est tombé . Ce type EST un escroc , un allié des fascistes , qui se fout complètement de ce qu’il dit , du milieu ambiant et des corruptions .
Clara Lopez , du même parti vert que Fajardo , a su gardé sa logique et son honnêteté en appelant à voter Petro . Elle est et a toujours été une farouche opposante à l’uribisme . Mais elle aura des choix et purges à faire dans son parti .. ou en rejoindre un autre , parce que ce vert est devenu gris ..

Voilà petit résumé , quelques explications , en correspondance du vrai Monde en Colombie, le Monde du peuple , comme un journaliste honnête devrait le faire , en reflet sociétal réel , pas en reflet de porte parole des fantasmes oligarchiques . Les lecteurs de ce monde journal , ne comprendront rien à la suite ..parce que l’Histoire colombienne ne fait que commencer là !!
C’est une révolution qui est en marche .. « somos 8 milliones .. » déjà et "estamos de pie"  ! ( DÉCIDÉ & COMBATTANT )

Un commentaire qui pourrait être lu et compris , par le Camarade Jean-Luc , de la France Insoumise . J’aimerais beaucoup qu’il le lise d’ailleurs .. L’Amérique latine est déjà en phase d’ébullition , et ceci même si la grenouille du monde de Bogota, ne sent pas cette chaleur montée ^^

21/06/2018 02:25 par Emilio

Après juste 3 jours d’annonce du gagnant de l’uribisme Duque , et il n’a pas encore reçu l’investiture ( juillet)

LA DICTATURE D’URIBE ..EN MARCHE !!

2 faits marquants >

PREMIER ACTE - Uribe et son porte voix Duque , nouveau président ont annonçé leur intention de revoir la JEP( justice transitionnelle de paix , où devaient comparaitre guerrilleros ET militaires , dans les crimes colombiens du conflit armé )

Iván Márquez ( représentant de la Farc , et signataire des accords de paix avec le gouvernement colombien ) assure que l’accord de paix "est déjà détruit"

Déclaration ..les branches du pouvoir devraient coexister avec le fait que cet accord est un Accord Spécial des Conventions de Genève et est en même temps , le Document Officiel du Conseil de Sécurité des Nations Unies, ce qui implique des obligations internationales de respect de la part de l’Etat colombien. Les accords sont pour les remplir. "

ET SINON QUOI ? > LA GUERRE ? Comment vont réagir les organismes de l’onu, et pays ( Norvége et autres) , les garants des accords de paix ? Vont-ils laisser CE DICTATEUR URIBE/ DUQUE opéré, sans aucune réaction ???

DEUXIÈME ACTE Petro sera éliminé de sa possibilité d’être au Sénat colombien, donc PLUS d’opposition !

https://www.pulzo.com/elecciones-2018/petro-no-podria-llegar-senado-PP503355

"Bien que Gustavo Petro ait perdu contre Iván Duque, il aura le droit d’occuper un siège au Sénat, et sa vice-présidence présidentielle à la Chambre.

Cependant, il n’est pas certain que Gustavo Petro sera en mesure de revenir au Congrès à travers cette norme. Selon l’avocat et analyste de Caracol Radio Hernando Herrera, il existe une "complication juridique" qui ne permettrait pas à l’ancien maire de Bogotá de prendre ses fonctions de sénateur.

"La loi et la Constitution stipulent que lorsqu’une personne est mentionnée dans le Bulletin de responsabilité fiscale, il ne peut pas entrer en fonction, comme c’est le cas de Petro, car il a quatre sanctions en suspens : une de la Surintendance de l’Industrie et du Commerce et trois du bureau du contrôleur de district ", a expliqué l’avocat.

"Petro devra d’abord payer des sanctions, qui dépassent 600 000 000 000 de pesos, 180 millions d’euros , ou que la Commission interaméricaine des droits de l’homme prenne des mesures conservatoires étendues à ces fins", a déclaré M. Herrera.

VOILÀ COMMENT FONCTIONNE LA DÉMOCRATIE EN COLOMBIE , avis aux médias français , CECI ne se passe PAS au Vénézuela !

24/06/2018 14:06 par Emilio

La " limpieza" nettoyage d’après elections , gagnée par Uribe et son clone , continue de plus belle .
Antanas Mockus , représentant du parti vert , centre droit .. va être éjecté de son poste de sénateur au congrès . Il aurait conclut un contrat public dans les 6 mois d’avant son election en tant que sénateur ..

Le congrès se vide des opposants à vitesse hallucinante .. Les discours electoraux et du lendemain de résulats, d’ouverture à l’opposition de dialogue nationale .. autant en emporte le vent ..
Les pleins pouvoirs dans les mains de la droite extrême et des ses alliés.. Le projet de cette droite fasciste est de concentrer les pouvoirs en supprimant et réunifiant les cours de justice , cad de contre pouvoirs .. cour suprême, cour constitutionnelle etc..

2500 militaires impliqués dans les massacres de la guerre , sont en liberté conditionnelle aujourd’hui . Uribe ne veut absoluemnt pas qu ’ils témoignent à la JEP , tribunal des accords de paix , pour le risque évident d’être impliqué , en tant que commanditaire , dans ces massacres .. Sa solution , dissoudre ou rendre innopérante cette cour .. Déjà , le terrain a été préparé par le congrès majoritairement droite extrême , en divisant cette JEP , un tribunal pour les guerrilleros et un tribunal pour les militaires d’Etat .

Le reste à suivre .. mais il restera du même NOUVEL ORDRE URIBISTE EN MARCHE !

26/06/2018 00:00 par BQ

Emilio amigo, sur le CO2 tu dis n’importe quoi. Heureusement ce n’est pas le cas pour la Colombie. Regarde la courbe de Mauna Loa, vois-tu ne serait-ce qu’un seul petit accrocc dans la courbe, un seul petit artefact qui modifierait un tant soit peu le joli yoyo saisonnier en pente ascendante et qui pourrait correspondre au CO2 émis par une des éruptions volcaniques depuis 1960 (dont celle de Mauna Loa de 1984) ? Non. Ni pour Pinatubo, ni pour El Chichón etc etc. Car les volcans c’est absolument Peanuts par rapport aux émissions des combustions humaines de ressources fossiles. Tu peux regarder les chiffres : Volcans = 0.3 milliards de tonnes CO2, émissions humaines = 30 milliards de tonnes CO2. La plus grosse éruption depuis 50 ans (Pinatubo) correspond à 0.2% des émissions anthropiques de CO2 de l’année de l’éruption.
Bref, tout ca pour dire qu’avant de crier à l’"arnaque" scientifique, essayons de ne pas en propager...
En plus, la Colombie a par ailleurs un role assez capital à jouer dans la région en matière de lutte contre le changement climatique. La "paix" est d’ores et déjà une guerre pour les ressources forestières, minières et énergétiques. Les FARC (et dans une moindre mesure l’ELN) assuraient une protection des forêts absolument radicale dans l’Amazonie et le reste des forets tropicales colombiennes, puisqu’aucune multinationale ou géologue ne pouvait y mettre les pieds sans passer un mauvais quart d´heure. Depuis un satellite, l’Amazonie colombienne apparaît quasi-vierge par rapport aux autres pays. Les taux de déforestations colombiens 2016 et 2017 ont cependant littéralement explosés, et une des augmentations les plus fortes mondialement se situe justement en Colombie. C’est une véritable catastrophe pour le pays abritant une des plus grandes biodiversités au monde.
Une grande tristesse que Petro, avec un historique programme écologique et social, n’ait pu gagner por ahora ...

26/06/2018 14:53 par Emilio

Gracias amigo BQ , ton premier lien montre une augmentation des activités volcaniques , ce qui est incontestable de partout . Faire des mesures de Co2 au bord de ce cratère actif du volcan Mauna Loa , pour en tirer des conclusions au niveau mondial, c’ est ce qu’a osé faire la source du jounalisme Reporterre • » American Scientific «  ! « Scientifique «  ???

Ton deuxième lien « Tu peux regarder les chiffres : »
Carbon degassing from the lithosphere
Author links Nils-AxelMörner GiuseppeEtiope

Nils-Axel Mörner justement , conteste l’élévation des niveaux des mers , fondement des alarmistes du réchauffement climatique , et c’est courageux de sa part puisque c’est un scientifique de grande renommée . Emilio peut dire n’importe quoi, mais pas lui !
https://reinformation.tv/etude-montee-niveau-oceans-conteste-bobb-kopp-nils-axel-morner-dolhein-51849-2/

Si tu veux y voir un peu plus clair , voici ce très bon lien « Climat Le réchauffement climatique est un mythe ! » entrevue de Marcel Leroux, professeur en climatologie à l’université Jean Moulin de Lyon III et directeur depuis 1986 du Laboratoire de Climatologie, Risques, Environnement (CNRS)
http://www.chasse-maritime-calaisis.com/files/6013/4519/3957/rechauffement_climatique.pdf

Il y a eu récemment 3000 scientifiques de renommée mondiale , qui ont RÉFUTÉ cette théorie, faite de manipulations grossières des données , sur le Réchauffement climatique , voilà pourquoi je me permet de dire que cette théorie est de l’ARNAQUE ! Je constate pour ma part , dans mon environnement, qu’il fait de plus en plus froid , et les climats mondiaux le confirment partout dans le monde avec évolution rapide sur quelques années seulement . Ce qui est tout à fait en accord avec un retour du petit « âge de glace »du minimum de Maunder , où l’activité solaire était au plus bas , exactement ce qui se passe en ce moment pour nous . Et c’est bien pire en conséquences qu’un réchauffement climatique, en particulier sur les productions agricoles mondiales ..

La Farc militaire , que nous ne soutenions pas pour ses trop nombreuses déviances graves , mais que nous soutenons en tant que Farc civile , parce que OUI , leur programme agraire en particulier est excellent , mon épouse qui a voté Petro aurait voté Rodrigo Londoño , mais il a dû se retirer pour subir une opération à coeur ouvert .. il va mieux maintenant ). La Farc militaire , par sa présence , en effet , a eu un effet conservateur des forêts , aujourd’hui ce sont plus de 200 000 hectares de déboisées par an , une moyenne de 500 hectares / jour pour la Colombie , et ce n’est guère mieux ailleurs , Pérou 120 000 hectares ..

Mais il faut relativiser au niveau des contaminations .. la Farc militaire entretenait ( impôts ) aussi des mines d’or illégales , où le mercure sert de précipitateur de l’or . 100 tonnes estimés de ce mercure/an . Les autorités veulent interdire ce mercure .. MAIS ce n’est pas tant pour des raisons de contamination , ce mercure sert pour des mines traditionnelles , en galeries souvent. Au profit du cyanure des multinationales , des mines à ciel ouvert .. Ces mines là sont privilégiées par le gouvernement colombien , larbin des multinationales d’extractions minières. Et là , personne ne parle d’interdiction du cyanure .

Le narcotrafic déforeste aussi , et les champs de coca , en nette recrudescence ..plus de 200 000 hectares estimés .. réduit officiellement de 60 000 hectares par éradication manuelle. A ce propos, très probable que le nouveau gouvernement uribiste reprenne les fumigations aériennes au glyphosate !

L’ELN n’est pas « ami « du milieu ambiant. Avec des centaines d’explosions du pipeline pétrolifère de Caño Limón, entre autres ,
, presque 1 attentat tous les 2 jours , et les contaminations énormes des ríos qui s’en sont déjà suivi , affectant gravement les communautés voire des villes .. Leur politique passe bien avant la contamination grave des milieux ambiants . Je n’ai pas le temps là , de te fournir toutes les innombrables sources de leurs exactions ces dernières années ..mais je peux le faire si tu le souhaites et doutes ..

Oui Petro , émanation du peuple en lutte ! La lutte continue BQ , parce que les uribistes seront confrontés à leurs propres mensonges .. juste attendre le fruit mûr , et continuer la mobilisation pour la gauche , expliquer démonter les mensonges , partout … ( en faisant attention quand même .. nous sommes à risques , mon épouse surtout et en plus dans notre région d’Antioquia.. ) .
Mais çà nous fait chaud au cœur que des camarades , loin , comme toi BQ , ne nous oublient pas . GRACIAS AMIGOS !

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