RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher
Les goodyear paient sans doute pour une chemise d’Air France en lambeaux.

Radicalisation des puissants

En prison ! Le verdict rendu en première instance par le tribunal correctionnel d’Amiens contre plusieurs syndicalistes CGT de Goodyear, qui inclut de la réclusion ferme, a provoqué une véritable stupéfaction.

Les condamnés ont été reconnus « coupables » d’avoir retenu des dirigeants de leur entreprise (qui n’ont a aucun moment été violentés). Même les commentateurs les moins habitués à soutenir le monde du travail ont souligné le caractère sans précédent d’une telle peine. Ici et là s’est exprimée une compassion morale pour des hommes qui auraient « dérapé » sous l’emprise de la colère et de l’angoisse.

En réalité, ce dont ces militants on besoin, c’est moins de se voir octroyer des « excuses », que d’une solidarité offensive. Celle-ci passe d’abord et avant tout par le rappel des enjeux de leur lutte dont la « séquestration » n’a été que le point d’orgue. Cette bataille au long cours (près de sept ans !) opposait une majorité de salariés de l’usine à la direction de choc de la firme américaine : Goodyear entendait imposer, par le chantage à la fermeture, une remise en cause des conditions et des horaires de travail ; et ce, selon un modèle de flexibilité... dont l’esprit va être repris dans la réforme en cours du Code du travail préconisée par l’Union européenne.

De fait, c’est bel et bien cette résistance à l’« air du temps » qui a été punie, de même que la détermination des syndicalistes à refuser les manières feutrées du « dialogue social » – un dialogue social made in Bruxelles, au point qu’il constitue l’intitulé officiel des fonctions d’un commissaire européen. On ne peut s’empêcher de penser que les militants d’Amiens ont également essuyé la vindicte des puissants après la redoutable image de patrons d’Air France contraints de fuir, la chemise en lambeaux.

Mais, plus fondamentalement, que dit l’acharnement du parquet (alors que les plaignants avaient retiré leur plainte) sur l’état d’esprit des dirigeants mondialisés, en France et en Europe ? Il trahit probablement une fébrilité montante face à des crises qu’ils ont provoquées, mais dont ils peinent désormais à garder ou à récupérer la maîtrise. Et ce, à trois niveaux.

Tout d’abord, il est difficile d’extraire cette sévérité du contexte de l’état d’urgence. D’autant que ce dernier est en passe d’être pour partie « constitutionnalisé », signe d’ailleurs qu’en haut lieu, on considère que la lutte dite anti-terroriste n’est pas près de vaincre ses ennemis désignés. La radicalisation répressive des puissants contre le monde du travail pourrait bien être une manière d’enjoindre aux syndicalistes de choisir : ou vous acceptez d’être des « partenaires sociaux », ou on vous traite en « terroristes ».

Ensuite, le djihad et les attentats, censés justifier la floraison de fusils-mitrailleurs au coin de la rue, ne sont que des plaisanteries en comparaison des mouvements sismiques qu’on entend déjà gronder dans les tréfonds de l’économie mondialisée. Régulièrement, on perçoit des craquements sourds dans les milieux boursiers, qui sont peut-être des signes avant-coureurs de crises d’amplitude inconnue.

Du fait de son intégration, notamment monétaire, l’Europe pourrait être aux premières loges de tempêtes qui se préparent (même si, en la matière, toute prévision est incertaine). Des vents en principe favorables se retournent en leur contraire : la dégringolade du prix du pétrole met en grande difficulté des pays producteurs, tels que la Russie « qui sont aussi les clients de nos exportations », s’inquiète le patron des patrons allemands ; les bas taux d’intérêt vont de pair avec une déflation potentielle et une croissance atone ; pour contrer cette langueur, les banques centrales ont déversé des centaines de milliards de liquidités, dont le pouvoir déstabilisateur – bulles spéculatives, mouvements de capitaux et changements brusques des parités monétaires – n’est plus à prouver.

Enfin, ce qu’il est convenu de nommer « la crise des réfugiés », dont l’épicentre est en Allemagne, semble désormais hors de contrôle, et met Angela Merkel et sa crédibilité politique en grande difficulté. Au point que, le « provisoire » rétablissement en cascade du contrôle des frontières aidant, l’esprit même de Schengen pourrait bien être balayé. Et l’Union européenne n’y pas survivre. On n’en est certes pas là, mais, tant à Bruxelles qu’à Berlin, les inquiétudes sont de plus en plus vives et visibles – ce qui en dit long sur leur ampleur cachée. On leur souhaite donc une bonne année...

Good Year, en quelque sorte.

Pierre Levy

Éditorial paru dans l’édition du 27/01/16 du mensuel Ruptures
Information et abonnements : http://www.ruptures-presse.fr
Pierre Lévy est par ailleurs l’auteur d’un roman politique d’anticipation dont une deuxième édition est parue avec une préface de Jacques Sapir : L’Insurrection

»» http://ruptures-presse.fr/
URL de cet article 29889
  
AGENDA

RIEN A SIGNALER

Le calme règne en ce moment
sur le front du Grand Soir.

Pour créer une agitation
CLIQUEZ-ICI

L’Etat voyou
William BLUM
Quatrième de couverture « Si j’étais président, j’arrêterais en quelques jours les attaques terroristes contre les États-Unis. Définitivement. D’abord, je présenterais mes excuses à toutes les veuves, aux orphelins, aux personnes torturées, à celles tombées dans la misère, aux millions d’autres victimes de l’impérialisme américain. Ensuite, j’annoncerais aux quatre coins du monde que les interventions américaines dans le monde sont définitivement terminées, et j’informerais Israël qu’il n’est plus le 51e (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

« Le Prix Nobel de la Paix, la journaliste Maria Ressa, a déclaré que ce que faisaient Julian Assange et Wikileaks n’était pas du vrai journalisme. Ce qui me fait dire que le Prix Nobel est à la paix et au journalisme ce que le Concours de l’Eurovision est à la musique. »

Viktor Dedaj

Hier, j’ai surpris France Télécom semant des graines de suicide.
Didier Lombard, ex-PDG de FT, a été mis en examen pour harcèlement moral dans l’enquête sur la vague de suicides dans son entreprise. C’est le moment de republier sur le sujet un article du Grand Soir datant de 2009 et toujours d’actualité. Les suicides à France Télécom ne sont pas une mode qui déferle, mais une éclosion de graines empoisonnées, semées depuis des décennies. Dans les années 80/90, j’étais ergonome dans une grande direction de France Télécom délocalisée de Paris à Blagnac, près de Toulouse. (...)
69 
Ces villes gérées par l’extrême-droite.
(L’article est suivi d’un « Complément » : « Le FN et les droits des travailleurs » avec une belle photo du beau château des Le Pen). LGS Des électeurs : « On va voter Front National. Ce sont les seuls qu’on n’a jamais essayés ». Faux ! Sans aller chercher dans un passé lointain, voyons comment le FN a géré les villes que les électeurs français lui ont confiées ces dernières années pour en faire ce qu’il appelait fièrement « des laboratoires du FN ». Arrêtons-nous à ce qu’il advint à Vitrolles, (...)
40 
Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
46 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.