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Shalom

Shalom est un joli mot et rien de plus. Les bombardements dans la bande de Gaza laissent les habitués stupéfaits, tandis que meurent des enfants. Le monde occidental si obstiné à « régler le conflit du moyen orient » à chaque fois qu’il y a des photos pour l’Histoire, reste muet, tandis que des enfants continuent à mourir, des civils, des gamins qui jouaient dans la rue, et toute discussion possible, en plus d’être stérile, reste embourbée dans le politiquement correct. Tout le monde craint la suspicion d’antisémitisme parce qu’être ouvertement pro-israélien est politiquement très correct, la garantie d’être dans le camp des Justes. Aujourd’hui, comme on le sait, existent deux camps clairement définis : ceux qui ont la fibre pro-occidentale, chrétienne et dépouillée de tout anti-américanisme et, ceux qui appartiennent au camp du terrorisme intégriste musulman par l’action, l’omission ou l’allure d’arabe.

L’attentat des Tours Jumelles a constitué le pilier du tout est bon dans la lutte contre le terrorisme, et a installé la certitude que tous les arabes sont des terroristes, sympathisants du terrorisme, ou d’éventuels terroristes. Tous ? Non, on a laissé en dehors de la liste les Grands Maîtres du pétrole, les despotes saoudiens ou des émirats, sujets qui font de la violation des Droits de l’Homme le fondement de leurs durées.

Aujourd’hui les bombes tombent sur Gaza, et le discours des indignés qui se réfèrent aux palestiniens parle du Hamas et du Fatah. D’un côté, il y a les extrémistes, djihadistes du Hamas qui reçoivent d’Israël un châtiment « disproportionné », il ne manquerait plus que ça, et de l’autre le Fatah, quelque chose comme des extrémistes modérés en qui on ne peut pas se fier non plus. Ce que l’on ne mentionne pas est l’existence de l’Autorité Nationale Palestinienne, née en 1994 après les accords d’Oslo, chargée de gouverner et d’organiser la société civile d’une nation dépourvue d’État, dont le statut aux Nations Unies est de simple observateur, avec droit à la parole mais pas au vote. Et le pire, on omet que l’Autorité Nationale Palestinienne, bien qu’ayant renoncé aux attaques contre Israël, s’est affaiblie systématiquement, jusqu’à perdre le pouvoir à Gaza, à cause justement des violations israéliennes de résolutions avalisées aux Nations Unies qui étaient leurs raisons d’être. Chaque résolution qu’Israël n’a pas respecté a avivé le brasier de la haine fondamentaliste.

Rien ne justifie les attaques contre le territoire israélien, le lancement, en moyenne, de quatre-vingt projectiles par jour dirigés sur des cibles civiles, sur des écoles, des hôpitaux, des ateliers. Le discours du Hamas, qui est de jeter à la mer les juifs, est de tout point de vue inacceptable, mais rien ne justifie non plus la souffrance des palestiniens, les humiliations de tous les jours, la spoliation de terres, l’existence de murs honteux, l’annexion quotidienne, mètre par mètre, de Jérusalem.

En Espagne, il est parfaitement clair que l’ETA n’est pas synonyme des basques, en Irlande l’IRA n’a pas été synonyme des irlandais, de la même façon le Hamas ne représente pas le désir palestinien d’avoir un pays, un État souverain. Les palestiniens et sa diaspora dans les camps de réfugiés devraient faire honte à l’Occident. Pire, le monde démocratique et civilisé est resté impassible, inopérant, muet devant les souffrances d’un peuple humilié.

En 1982, l’Occident s’est tu après les massacres de Sabra et Chatila, quand les milices israéliennes au Liban, suivant des ordres précis d’Ariel Sharon -prix Nobel de la paix- ont assassiné trois mille hommes, femmes, enfants, vieillards. Ils ont tué tout ce qui bougeait dans ces deux camps de réfugiés palestiniens. Ils ne représentaient pas le moindre danger pour Israël, et ils les ont assassiné. L’occident n’a pas ouvert la bouche parce que personne ne voulait être soupçonné d’antisémitisme. Bien que cela paraisse un contre-sens, cela suppose que les pays, que les États reconnus dans le camp « civilisé » de l’Humanité, doivent, entre autres choses, garantir la sécurité de la population civile en cas de guerre. Il existe des conventions, comme celle de Genève, mais après les attaques du World Trade Center, tout est bon, la loi du plus fort, le cynisme et les « préoccupations devant les réponses disproportionnées » sont, pour la droite et le fondamentalisme religieux d’Israël, qui existe aussi, un chèque en blanc pour la solution finale du problème palestinien.
Qu’Israël doit avoir des frontières sûres est une lapalissade, mais la question sous-jacente est : quelles sont ces frontières ? Que les palestiniens aient le droit à un État reconnu internationalement en est une aussi, et la question qui reste est : est-ce que l’Occident a le moindre désir que cela arrive ? Aux bombardements de Gaza suivra sûrement une troisième intifada, et une fois de plus nous verront le petit David palestinien affrontant avec une fronde le Goliath armé de canons israélien, et chaque fils, chaque frère, chaque fiancée morte, sera mis à profit dans les écoles de la haine pour former des djihadistes à s’immoler et avec eux immoler le désir juste d’une patrie palestinienne.

L’année 2009 commence mal. Shalom n’est pas qu’un joli mot et, comme je l’ai lu il y a longtemps sur un graffiti colombien : tant que des misérables seront les tenants de la force, La Paz* restera une jolie ville bolivienne.

Traduction : Jean-Michel Hureau

* Jeu de mot intraduisible : La Paz signifie La Paix

Pour lire l’article en espagnol :
http://www.lemondediplomatique.cl/-Luis-Sepulveda-.html

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