RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher

Sida - Afrique : remplacer la population noire décimée par une main-d’oeuvre asiatique

Septante pour cent des personnes séropositives dans le monde vivent en Afrique subsaharienne.

L’Afrique australe décimée par le sida

Par Gilles LABARTHE

Mardi 24 Février 2004

Le compte à rebours a commencé pour l’Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho, le Swaziland ou le Zimbabwe : faute d’une intervention efficace pour contrer le sida, leur démographie va sérieusement régresser ces prochaines années. Tandis que des millions de vies seront fauchées, des spécialistes s’interrogent sur l’incapacité chronique des organisations internationales à régler le « cas africain ». On sait depuis plus de quinze ans que, face à la pandémie, l’Afrique subsaharienne court à la catastrophe. Que faire ? Des chercheurs occidentaux planchent sur un macabre « scénario d’avenir » : remplacer la population noire décimée par une main-d’oeuvre asiatique.

Invité à Paris l’an dernier pour une conférence à l’Académie des sciences d’outre-mer, à un jet de pierre des Champs-Elysées, le président sénégalais Abdoulaye Wade s’est livré à un singulier exercice : établir le décompte historique des morts africaines. Il y eut d’abord la traite négrière et l’esclavage : on estime à cent quarante millions le nombre d’Africains qui ont été déportés ou qui ont perdu la vie durant quatre siècles de ce commerce ignoble. Ensuite, la colonisation, avec son cortège de massacres, de répressions et de travaux forcés. Puis, dans les années cinquante, les guerres d’indépendance, qui ont fait des millions de victimes. Sans compter les guerres dites « régionales » - en réalité des guerres froides entre blocs communiste et capitaliste - qui ont « coûté à l’Afrique des dizaines de millions de ses enfants » jusqu’à la fin des années quatre-vingt. A ce point de son discours, le président Wade a présenté une nouvelle faucheuse, tout aussi mortelle : la pandémie du sida. « Sur le sida, je me contenterai de l’information alarmante que j’ai lancée il y a bientôt quinze ans : le sida constitue le plus grave danger que l’Afrique noire ait eu a affronter (...). Selon certaines estimations, dans les décennies à venir, il faut s’attendre à la disparition de quelque cent cinquante millions d’Africains, faisant de l’Afrique un continent vide. Une étude stratégique montre que les gouvernements de plusieurs pays, dont l’Afrique du Sud, les Etats-Unis, la Russie, la France et l’Inde, seraient même déjà en train d’étudier des scénarios de remplissage du vide africain que le sida va créer, et l’hypothèse du remplissage de l’Afrique australe par l’Inde a été sérieusement étudiée. »
Utopie ? Science-fiction ? Non. « L’esprit d’entreprise des Asiatiques et des Sud-Africains, qui pourraient se répandre dans les pays limitrophes, pourrait donner une impulsion remarquable au développement », précisait encore Abdoulaye Wade. Si peu de scientifiques sont informés de ce macabre scénario, de nombreux spécialistes s’interrogent aujourd’hui sur l’incapacité chronique des organisations internationales à s’occuper du « cas africain ». On sait depuis longtemps que, face à la pandémie, l’Afrique subsaharienne court droit à l’hécatombe (lire l’encadré).

INDIFFÉRENCE

« En juillet 1991, la Central Intelligence Agency (CIA) a produit le rapport 91-10005, intitulé « Le sida, un désastre global ». L’Agence prédisait que le fléau se répandrait dans des proportions exceptionnelles en Afrique. Pendant dix ans, cet avertissement, comme bien d’autres, n’a pas été entendu par la communauté internationale. Beaucoup d’organisations estimaient qu’il y avait d’autres priorités à régler concernant la santé et la sécurité publiques, ou étaient embarrassées par le coût excessif qu’aurait impliqué une réponse adéquate au problème du sida. Beaucoup sont restés indifférents au sort de l’Afrique », analyse Jim Vittitow, directeur d’un Institut de recherche sur la population, en Virginie (USA).

C’est peu dire que depuis quinze ans, le « cas africain » n’a pas suscité toute l’attention nécessaire. Certains, y compris dans les plus hautes sphères de l’administration américaine, ont même vu dans la nouvelle pandémie une aubaine permettant de « régler la question de la surpopulation » sur le continent noir - des déclarations qui ont été citées à l’époque par le Washington Post.
Dans le camp africain, on cherche toujours des raisons à ce manque de réaction de la communauté internationale. Quitte à invoquer un crime de « non-assistance à population en danger ». Plusieurs dirigeants africains en sont convaincus, dont le président de Namibie, Sam Nujoma, volontiers partisan d’une théorie du complot. Celui-ci avait taxé il y a quatre ans, dans une intervention mémorable faite à Genève lors d’une conférence annuelle de l’Organisation internationale du travail (OIT), le sida de « guerre biologique produite par certains Etats ».

Pour Carol Ugochukwu, présidente d’United Families of Africa (Nigeria), l’Occident a certainement une lourde part de responsabilité dans cette « extermination noire » à large échelle. Ce n’est pas un hasard si les puissances coloniales ont tant insisté, durant des décennies, sur les vertus du mariage, de la fidélité et de la monogamie auprès des populations africaines. Les organismes de coopération occidentale ont ensuite matraqué les populations noires à coups de planification familiale, d’avortement, de contraception et de campagnes de stérilisation, rappelle la militante.

MISSION IMPOSSIBLE

Mis en place tardivement à la fin des années nonante, les programmes onusiens de lutte contre le sida en Afrique auraient simplement repris le même créneau castrateur, en insistant sur le port obligatoire du préservatif. Toujours dans l’optique plus ou moins avouée d’une limitation des naissances africaines, selon les détracteurs. Prévention oblige, l’Afrique a littéralement été arrosée de capotes. Obtenir des médicaments gratuits de la part des firmes occidentales pour soigner les millions de séropositifs africains, en revanche, relève toujours de la mission impossible.

Là encore, les discours des responsables d’institutions comme la Banque mondiale (BM) ont de quoi alimenter les pires théories de l’extermination raciale. L’accès aux trithérapies ? La prise des médicaments serait « trop complexe » pour le commun des mortels africains ! Afin de ne pas gaspiller l’argent alloué à la lutte contre le sida en Afrique du Sud, une dernière recommandation de la BM préconisait de « concentrer les soins sur les populations aisées », seules capables de suivre un traitement régulier et de respecter les prescriptions à la lettre... une discrimination méconnue, mais qui a déjà effrayé plusieurs ONG européennes.
« J’ai aussi entendu un directeur de la coopération américaine USAID avancer le même prétexte », témoigne, à Paris, Caroline Livio, responsable de communication à Médecins sans frontières (MSF) pour la campagne d’accès aux médicaments essentiels, « c’est ignoble de dire une chose pareille. Un de nos collègues revient du Malawi, l’un des pays les plus touchés par le sida, avec 30% de prévalence. Il vous le dira : un paysan que l’on soigne, même s’il ne sait ni lire ni écrire, sait très bien prendre correctement ses médicaments : c’est sa survie qui est en jeu ».

*** *** ***

LES ORGANISATIONS INTERNATIONALES EN PLEIN MARASME

Les mises en garde contre l’expansion ravageuse du sida en Afrique subsaharienne ne datent pas d’hier. Elles remontent au milieu des années quatre-vingt. On signale à cette époque des troubles inexpliqués chez des patients en Ouganda ou au Burundi (diarrhées ou « slim disease », maladie de la maigreur). Sous des formes diverses, c’est bien le VIH qui s’installe et se développe à une vitesse vertigineuse dans la région des Grands Lacs, puis au Congo et dans l’Afrique de l’Ouest. A la fin des années quatre-vingt, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) commence à saisir l’ampleur de l’hécatombe, mais reste de marbre. Alors que l’Europe et les Etats-Unis se mobilisent dans des campagnes de prévention et parviennent assez rapidement à enrayer le phénomène au Nord, le reste du monde vit comme à l’écart. L’épidémie africaine est même taxée de « spécifique ». On accuse les gouvernements du continent noir de tarder à se mobiliser, de ne pas relayer l’effort de prévention.

Le désastre sanitaire est total. Il faut pourtant attendre la fin des années nonante pour que les évaluations de l’OMS mesurent enfin l’étendue de la catastrophe : « En novembre 1997, l’OMS a brutalement estimé le nombre de séropositifs sur la planète à trente millions, alors qu’elle n’en comptait que vingt millions un mois auparavant », s’étonne Michel Garenne, du Centre français sur la population et le développement (Ceped).

ÉTAT D’URGENCE AU SWAZILAND

En Afrique subsaharienne, en 1984, les pays les plus touchés ont 5% de leur population contaminée. Chiffre qui grimpe jusqu’à 36% en 1999. Au tournant de l’an 2000, l’Afrique compte vingt-six millions de porteurs du virus, plus qu’ailleurs dans le monde. L’Asie du Sud-Est succombe elle aussi, avec près de six millions de personnes contaminées. Carte mondiale du sida et carte de la pauvreté se superposent.

Aujourd’hui, le sida constitue la première cause de mortalité en Afrique australe. « Les pays les plus touchés sont l’Afrique du Sud, le Botswana, le Lesotho, le Swaziland. Il suffit de lire les derniers rapports sur l’espérance de vie publiés par les Nations Unies pour constater que la population est sur le déclin », souligne Jacques Vallin, de l’Institut national d’études démographiques à Paris (INED).

Le Swaziland vient, la semaine dernière, de décréter l’état d’urgence, tant les ravages provoqués par l’épidémie du sida confinent au désastre. Le pays a franchi la barre des 40% de la population adulte contaminée. « La combinaison mortelle du VIH/sida et de la pauvreté a produit une situation inédite, a expliqué Themba Dlamini, premier ministre du Swaziland, évoquant un « scénario du désespoir ». Plus au nord, le Congo court lui aussi à sa perte et prévoit des taux de prévalence de 50% d’ici à dix ans. L’ampleur de l’épidémie fait de l’Afrique le continent le plus durement touché : 70% des personnes séropositives dans le monde vivent en Afrique subsaharienne. GLe (...)

Source : Le Courrier

Peinture : Margari


URL de cet article 1379
  

« Fidel Castro, Biographie à deux voix », interview d’Ignacio Ramonet
Hernando CALVO OSPINA, Ignacio RAMONET
« Ce livre est une semence qui va germer » Paris le 22 février 2007. Ignacio Ramonet est le directeur du mensuel français de référence Le Monde Diplomatique, mais aussi l’une des personnalités les plus prestigieuses parmi les intellectuels progressistes à travers le monde. Voici un an qu’est sortie en Espagne la première édition de son livre « Fidel Castro, Biographie à deux voix » où il s’entretient longuement et sans réserves avec le dirigeant principal de la révolution cubaine. Le livre se vend (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

"Au Salvador, les escadrons de la mort ne tuent pas simplement les gens. On les décapite, on place leurs têtes sur des piques et on garnit ainsi le paysage. La police salvadorienne ne tuait pas seulement les hommes, elle coupait leurs parties génitales et les fourrait dans leurs bouches. Non seulement la Garde nationale violait les femmes salvadoriennes, mais elle arrachait leur utérus et leur en recouvrait le visage. Il ne suffisait pas d’assassiner leurs enfants, on les accrochait à des barbelés jusqu’à ce que la chair se sépare des os, et les parents étaient forcés de garder."

Daniel Santiago,prêtre salvadorien
cité dans "What Uncle Sam Really Wants", Noam Chomsky, 1993

Commandos supervisés par Steve Casteel, ancien fonctionnaire de la DEA qui fut ensuite envoyé en Irak pour recommencer le travail.

Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
22 
Médias et Information : il est temps de tourner la page.
« La réalité est ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est ce que nous croyons. Ce que nous croyons est fondé sur nos perceptions. Ce que nous percevons dépend de ce que nous recherchons. Ce que nous recherchons dépend de ce que nous pensons. Ce que nous pensons dépend de ce que nous percevons. Ce que nous percevons détermine ce que nous croyons. Ce que nous croyons détermine ce que nous prenons pour être vrai. Ce que nous prenons pour être vrai est notre réalité. » (...)
55 
La crise européenne et l’Empire du Capital : leçons à partir de l’expérience latinoaméricaine
Je vous transmets le bonjour très affectueux de plus de 15 millions d’Équatoriennes et d’Équatoriens et une accolade aussi chaleureuse que la lumière du soleil équinoxial dont les rayons nous inondent là où nous vivons, à la Moitié du monde. Nos liens avec la France sont historiques et étroits : depuis les grandes idées libertaires qui se sont propagées à travers le monde portant en elles des fruits décisifs, jusqu’aux accords signés aujourd’hui par le Gouvernement de la Révolution Citoyenne d’Équateur (...)
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas | Bernard Gensane
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.