Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes
Rechercher


Arabesque$ : L’implication des États-Unis dans les « révoltes arabes », l’exemple de la Syrie

Extrait du chapitre 5 du nouveau livre d’Ahmed Bensaada : Arabesque$

Bien qu’elle soit actuellement aux prises avec une sanglante et terrible guerre civile, tout avait commencé en Syrie, comme dans le reste des pays arabes, avec des appels à manifester lancés via les médias sociaux, en particulier Facebook. Ainsi, dès le début du mois de février 2011, un « Jour de la rage » fut déclaré mais n’a été aucunement suivi[1]. Les premières manifestations, qui ne débutèrent qu’à la mi-mars, suivaient le modus operandi de la lutte stratégique non-violente théorisée par Gene Sharp.

Le film documentaire réalisé par le journaliste britannique Ruaridh Arrow et consacré à Gene Sharp[2] (œuvre citée auparavant), met en scène un cyberactiviste syrien, un certain Ausama (autrefois Osama) Monajed, membre du Conseil national syrien (CNS).

Dans ce film, Monajed se rend à Boston, au siège de l’Albert Einstein Institution, organisme que dirige le philosophe étasunien. Il semble très bien connaître les lieux et se montre très familier aussi bien avec Gene Sharp qu’avec son assistante Jamila Raqib qui l’appelle par son petit nom « Ausam ». Lorsque l’intervieweur lui demande la date de sa dernière visite à ce lieu, il répond :

« Je ne me rappelle pas exactement, est-ce en 2007 ou 2006 ? Oui, des années avant, quand peu de personnes pensait à un scénario de résistance non-violente, et seulement un certain nombre croyait que cela pouvait réellement arriver dans un pays comme la Syrie »[3].

Tourné lorsque les émeutes syriennes étaient dans leur phase « sharpienne », le documentaire donne la parole à Monajed :

« Les tactiques et les théories de Gene Sharp sont pratiquées dans les rues de Syrie au moment où nous parlons. La dynamique à laquelle le régime est confronté en Syrie est ce dont a parlé Gene Sharp et ce que nous avons vu dans les premières semaines et c’est ce qui a renforcé les gens et leur a fait croire encore plus à la lutte non-violente – que cela va fonctionner, et cela fonctionne. Ce qu’on a fait, c’est la promotion de ces tactiques [les méthodes d’actions non-violentes] et les expliquer aux gens à travers les pages Facebook que nous avons et aussi les chaînes Youtube. C’est la façon dont ils sont appliqués, comme mettre des fleurs sur les lieux où les héros sont tombés [...], ou de nettoyer les rues et de les rendre, vous le savez, plus agréables et meilleures parce que nous pouvons faire quelque chose d’encore mieux que le régime peut faire en termes de services, alors oui. “De la dictature à la démocratie” [le fameux livre de Gene Sharp] vous donne l’inspiration, les assurances que cela pourrait vraiment être réalisé et cela peut vraiment arriver »[4].

Pour enfin clore la séquence avec : « Si Einstein était le génie de la physique, alors Gene Sharp est le génie des libertés et de la façon d’atteindre ces libertés »[5].

En fait, la date de 2006 (ou 2007) donnée par Ausama Monajed n’est pas fortuite comme nous allons nous en rendre compte.

Après avoir analysé une série de câbles Wikileaks relatifs à la Syrie, le Washington Post a révélé que les États-Unis avaient, en secret, financé l’opposition syrienne depuis 2006.

Les dissidents syriens exilés regroupés sous la bannière du « Mouvement pour la justice et le développement » ont reçu quelques 6 millions de dollars pour financer une chaîne de télévision ainsi que diverses « activités » antigouvernementales à l’intérieur de la Syrie. Ces financements ont commencé sous l’administration Bush et ont continué sous celle d’Obama au moins jusqu’en septembre 2010. D’autre part, un télégramme de l’ambassade des États-Unis à Damas révèle qu’une somme de 12 millions de dollars a été versée de 2005 à 2010 au volet syrien d’un programme du Département d’État nommé « Initiative de partenariat pour le Moyen-Orient » (en anglais : “Middle East Partnership Initiative” ou MEPI)[6].

Notons que le MEPI dépend directement du Département d’État des États-Unis, par l’intermédiaire du Bureau des Affaires du Proche-Orient.

Cet organisme a été fondé en 2002 par Colin Powell, alors secrétaire d’État de George W. Bush, pour créer « une perspective à long terme pour la réforme, pas quelque chose qui va être fait dans un an ou cinq ans »[7].

Comme indiqué dans un rapport rédigé par Stephen McInerney (le directeur exécutif de POMED) et intitulé « Le budget fédéral et des crédits pour l’exercice 2010.

Démocratie, gouvernance et droits de l’homme dans le Moyen-Orient », « MEPI a régulièrement augmenté son travail dans les pays qui n’ont pas de présence de l’USAID comme la Libye, la Syrie et les états du Golfe Persique » [8].

Puis, au sujet du rôle des ambassades étasuniennes, McInerney donne l’intéressante information :

« Le programme de petites subventions [mis en place par MEPI] a favorisé l’interaction entre les agents politiques dans les ambassades des États-Unis et les activistes de la démocratie dans la région, ce qui a contribué à intégrer les préoccupations pour la démocratie et les droits de l’homme dans les efforts diplomatiques quotidiens de ces ambassades »[9].

Ainsi, le MEPI serait une entité gouvernementale complémentaire, conçue pour cibler les zones non desservies par l’USAID et permettant aux ambassades américaines de financer directement les activistes. Cela nous explique pourquoi, comme discuté auparavant, de nombreux cyberactivistes arabes gravitent autour des missions diplomatiques étasuniennes.

Extrait du livre : Arabesque$

[1] Saena Sadighiyan et Nicolas Brien, « Syrie : chronique d’une impossible révolution Twitter », Rue 89, 19 mars 2011, http://www.rue89.com/2011/03/19/syrie-chronique-dune-impossible-revolu...

[2] How to Start a Revolution, Film de Ruaridh Arrow. art. cit.

[3] Media Education Foundation, « How to start a revolution – Transcript », http://www.mediaed.org/assets/products/155/transcript_155.pdf

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Craig Whitlock, « U.S. secretly backed Syrian opposition groups, cables released by WikiLeaks show », Washington Post, 17 avril 2011, http://www.washingtonpost.com/world/us-secretly-backed-syrian-oppositi...

[7] Sharon Otterman, « Middle East : Promoting Democracy », Council on Foreign Relations, 10 octobre 2003, http://www.cfr.org/publication.html?id=7709.

[8] Stephen McInerney, « The Federal Budget and Appropriations for Fiscal Year 2010, Democracy, Governance, and Human Rights In The Middle East,July », 2009, p. 10, http://pomed.org/wordpress/wp-content/uploads/2009/08/fy10-budget-anal...

[9] Ibid., p.11

Les éditions Investig’Action présentent

Sortie le 15 septembre 2015

Arabesque$« Enquête sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes »

Un livre de Ahmed Bensaada
avec une préface de Michel Collon

280 pages

Prix de vente : 15€

Bruxelles, septembre 2015

ISBN : 978 2930 827025

Acheter sur la boutique d’Investig’Action :

http://www.michelcollon.info/boutique/fr/

Toutes vos questions peuvent être adressées à Emmanuel Wathelet, responsable des éditions : edition.livres@investigaction.org

En quelques lignes

« En politique, rien n’arrive par accident », disait Franklin Roosevelt, président des Etats-Unis. Pourtant, les médias ont présenté les révoltes arabes comme des mouvements entièrement spontanés. Oui, les peuples arabes avaient toutes les raisons d’être en colère. Mais le chercheur Ahmed Bensaada révèle aujourd’hui l’implication du gouvernement US qui a travaillé dans l’ombre pour que le changement politique soit à l’avantage des Etats-Unis. S’appuyant sur de nombreuses sources et une analyse minutieuse des câbles Wikileaks, Bensaada montre que, dans chaque pays, des militants prometteurs ont été discrètement financés et encadrés par des organismes US « d’exportation » de la démocratie, aidés des géants du Net Facebook, Google, YouTube et Twitter. Comme lors des révolutions colorées en Europe de l’Est et au Caucase, ces activistes ont été formés sur base des théories du politologue Gene Sharp, et cela bien avant que les manifestations n’éclatent.

Aperçu de la table des matières

À propos de cet ouvrage
Note au lecteur
Préface de Michel Collon : Serons-nous toujours « une guerre en retard » ?
Introduction
Chapitre 1 : Les révolutions colorées
Chapitre 2 : Ces organismes américains qui « exportent » la démocratie
Chapitre 3 : Les nouvelles technologies
Chapitre 4 : Le cas de l’Egypte
Chapitre 5 : Les autres pays arabes
La Tunisie
Le Yémen
L’Algérie
La Syrie
La Libye
Chapitre 6 : Eléments d’analyses factuelles
Épilogue
Annexes
Annexe 1 : Les câbles Wikileaks
Annexe 2 : Le financement de la NED
Annexe 3 : Le financement NED-Algérie
Annexe 4 : Les lettres de Cathy Feingold (Solidarity Center)
Annexe 5 : Personnes, organisations et lieux

Copyright © Ahmed Bensaada, ahmedbensaada.com, 2015

»» http://www.mondialisation.ca/arabesque-limplication-us-dans-les-revolt...
URL de cet article 29264
   
Même Auteur
« Arabesque américaine » : Printemps Arabe ou révolutions colorées fomentées par les USA ?
Ahmed BENSAADA
Souvent évoqué, parfois décrié, mais rarement analysé, le rôle des États Unis dans les révoltes de la rue arabe fait enfin l’objet d’un travail sérieux, rigoureux et fort bien documenté. Arabesque américaine* est l’ouvrage d’Ahmed Bensâada, un chercheur algérien établi à Montréal. Dès les premières lignes, l’auteur annonce la couleur « une chose est évidente : le mode opératoire de ces révoltes a toutes les caractéristiques des révolutions colorées qui ont secoué les pays de l’Est dans les années 2000. Comme il (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

"Au Salvador, les escadrons de la mort ne tuent pas simplement les gens. On les décapite, on place leurs têtes sur des piques et on garnit ainsi le paysage. La police salvadorienne ne tuait pas seulement les hommes, elle coupait leurs parties génitales et les fourrait dans leurs bouches. Non seulement la Garde nationale violait les femmes salvadoriennes, mais elle arrachait leur utérus et leur en recouvrait le visage. Il ne suffisait pas d’assassiner leurs enfants, on les accrochait à des barbelés jusqu’à ce que la chair se sépare des os, et les parents étaient forcés de garder."

Daniel Santiago,prêtre salvadorien
cité dans "What Uncle Sam Really Wants", Noam Chomsky, 1993

Commandos supervisés par Steve Casteel, ancien fonctionnaire de la DEA qui fut ensuite envoyé en Irak pour recommencer le travail.


Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société
NdT - Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis "psychopathe" et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon (...)
43 
Revolucionarios : "On ne nait pas révolutionnaire... on le devient."
Chères lectrices, cher lecteurs du Grand Soir Nous vous proposons à la diffusion un documentaire intitulé « Revolucionarios ». Durée 57 Min – Version VOSTFR. Ce film, le premier d’une série, c’est la révolution cubaine racontée par celles et ceux, souvent anonymes, qui y ont participé d’une manière ou d’une autre. Des témoignages qui permettront de comprendre la réalité de ce que vivait le peuple cubain avant l’insurrection, de découvrir les raisons de cet engagement dans la lutte et de voir comment chacun (...)
20 
CUBA : modèle de résistance ou résistance d’un modèle ? (conférence/débat audio)
Conférence de Viktor Dedaj, animateur du site "Le Grand Soir", sur le Libre Teamspeak le 4 Décembre 2011. Notre conférencier nous explique enfin la vérité sur Cuba, sur son régime, et démonte minutieusement toute la propagande des États-Unis contre Cuba. Une conférence aussi excellente qu’indispensable. L’exposé initial de Viktor Dedaj dure une quarantaine de minutes et est suivi de deux heures de questions/débat avec les auditeurs. - http://lelibrets.blogspot.com/ Le compte Youtube ayant (...)
22 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.