Quantcast
RSS SyndicationTwitterFacebookFeedBurnerNetVibes

26 

Catalogne : un test de résistance des matériaux

La crise catalane n’est pas, à bien y regarder, ce que nous croyons. Il s’agit d’une expérience à portée européenne dont la dimension stratégique semble passer inaperçue. C’est, pour le dire grossièrement, un test de résistance des matériaux. Et il s’adresse non seulement aux Catalans mais aux Espagnols et aux Européens en général. Le test consiste à vérifier dans quelle mesure la citoyenneté en général et les institutions internationales sont disposées à tolérer et à soutenir une démocratie autoritaire, non seulement en Espagne mais dans tous les pays de l’UE.

Nous sommes à l’extrémité ouest de l’Europe et pas en Turquie, donc le test ne peut pas être réalisé selon la méthode d’’Erdogan mais à la sauce Rajoy-Felipe. Le test consiste en une interprétation musclée de la constitution et des lois pour que tout acte de coupure démocratique puisse être pris pour le respect de la légalité.

En période de crise économique, de chômage et de précarité, de peur pour les retraites et autres, la preuve est pertinente : dans quelle mesure les citoyens sont-ils prêts à supporter une démocratie, non plus sous tutelle militaires, mais assumée de plein gré moyennant une bonne combinaison de conservatisme social, de nationalisme espagnol, de revendication d’autorité et de main de fer ? Dans d’autres pays on observe une montée électorale de l’ultra-droite. Ici, c’est l’expérimentation de l’ultra-droite au sein de l’exécutif, soutenue par le pouvoir judiciaire et le pouvoir législatif (Cs mais aussi PSOE).

Il est intéressant, par exemple, d’observer comment des citoyens espagnols démocrates, légitimement fiers d’être et de se sentir espagnols, s’accommodent de l’expérimentation menée sous leurs yeux et affirment d’un signe de tête que ce qui se passe est la « conséquence » d’une transgression de la loi, "Disloyalties" et "challenges". Tant et si bien qu’il n’y a pas un seul journal publié à Madrid qui soit en désaccord avec une telle approche. Le quatrième pouvoir a ainsi adhéré à cette sinistre collusion.

Les regards internationaux restent attentifs à l’expérimentation en cours, non pas parce qu’ils se sentent concernés par ce qui se passe en Catalogne mais pour vérifier le résultat de l’essai des matériaux et pouvoir agir en conséquence, comme par exemple, lorsque Macron s’apprête à appliquer à la France une réforme du travail de cheval qui peut conduire à des émeutes dans les rues.

Les choses ne sauraient être plus claires, et pourtant voilà les quadragénaires scandalisés acquiesçant d’un hochement de tête à l’ultra droite par amour de la patrie et de la constitution. Nous verrons des choses graves, non seulement en Catalogne mais dans toute l’Espagne et l’Europe.

Cet autoritarisme acceptable n’aura pas à s’imposer comme fascisme du vingtième siècle, par la propagande et la persuasion. Nous sommes entrés dans une nouvelle phase où l’argument persuasif du XXe siècle (propagande politique et publicité) a cédé la place à la manipulation et à la prise directe du pouvoir sur le citoyen. L’assentiment du citoyen n’est plus basé sur la persuasion mais sur la jonction des deux formes les plus anciennes de domination, la flatterie et la peur, l’une ou l’autre ou les deux à la fois. Le PSOE s’est montré très sensible à cette question en se positionnant sous l’aile de Rajoy parce qu’il veut être de ceux qui peuvent offrir de l’ordre à une population qui l’exige de plus en plus explicitement (aussi parce que si Rajoy organisait de nouvelles élections, il obtiendrait la majorité absolue).

L’expérience transeuropéenne de résistance des matériaux a lieu, malgré les aboiements de Trump, dans un contexte de pax américana que personne ne veut rompre. En fait, le capitalisme conduit ce test encore et encore depuis que la question du capital a été soulevée : la productivité, le profit et la prospérité peuvent-ils être obtenus sans en payer le prix de la démocratie ? Le test effectué dans les années 1930 ne portait pas sur la guerre mais sur la défaite des classes laborieuses ; comme aujourd’hui. La résolution de l’épreuve de résistance en guerre n’est ni obligatoire ni inévitable. Le système ne vise pas à consolider la logique de la domination une fois pour toutes. En ce moment, le capital financier a gagné la bataille contre le capital industriel, c’est ce qu’on a appelé la crise. Après deux guerres mondiales, ils savent déjà dans quelle mesure la guerre détruit les tissus productifs. C’est pourquoi il n’y a pas eu de troisième guerre mondiale au XXe siècle, avec et sans l’URSS.

L’extrême affaiblissement de la démocratie va de pair avec l’aspiration au solutionnisme technologique néolibéral, comme le craint Evgeni Morozov. Le capitalisme financier triomphant compte sur lui pour résoudre les dernières contradictions macrosystème. Le problème, c’est que les robots ne produisent pas de plus-value (de là la recherche sur les super-algorithmes, l’intelligence artificielle et les ordinateurs quantiques). C’est pourquoi il ne renonce pas à avoir sous la main l’autoritarisme, la dilution de la démocratie et la guerre en dernier recours. Trump est, à son niveau, aussi un test de résistance des matériaux, dans ce cas de la démocratisation aux USA et de l’ordre mondial basé sur la pax americana.

Nous vivrons et verrons des moments intéressants, selon la malédiction chinoise classique. Disons le en passant, avec une autre expérience de développement économique maximum sans démocratie, comme l’est le cas chinois sous la présidence de Xi Jinping ; ce n’est pas un hasard si cette expérience compte, parmi ses partisans les plus enthousiastes, Henry Kissinger. Si la position dubitative et timorée de l’Europe devait se poursuivre et les "Trumperies" aux Etats Unis, l’expérience chinoise pourrait s’ériger comme troisième voie réellement existante.

En réfléchissant ainsi, nous avons l’intuition que la révolution socialiste envisagée par Marx et les conditions d’exacerbation des crises capitalistes n’étaient pas prévues pour le début du XXe siècle, mais plutôt vers le milieu du XXIe siècle. J’ose l’imaginer vers 2040. Alors la question du socialisme ou de la barbarie sera d’actualité. En attendant, réfléchissez en termes d’essais de résistance des matériaux."

Gabriel Jaraba

»» https://gabrieljaraba.wordpress.com/2017/10/19/un-test-de-resistencia-...
URL de cet article 32487
   
Même Thème
30 ans d’Humanité, ce que je n’ai pas eu le temps de vous dire
Michel TAUPIN
Quel plaisir de lire José Fort ! Je pose le livre sur mon bureau. Je ferme les yeux. Je viens de l’avaler d’une traite. Comme je le trouve trop court, je décide de le relire. Même à la seconde lecture, il est captivant. Cette fois, j’imagine ce qu’aurait été ce bouquin illustré par son compère Georges Wolinski comme c’était prévu. Ç’aurait été tout simplement génial. Des tarés fanatiques ne l’ont pas permis. La bêtise a fait la peau de l’intelligence et de l’élégance. De l’élégance, José Fort n’en manque pas. (...)
Agrandir | voir bibliographie

 

Je n’accepte plus ce que je ne peux pas changer. Je change ce que je ne peux pas accepter.

Angela Davis


Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse et mon hamster à moi.
Sur le site du magazine états-unien The Nation on trouve l’information suivante : Le 27 juillet 2004, lors de la convention du Parti Démocrate qui se tenait à Boston, les trois principales chaînes de télévision hertziennes des Etats-Unis - ABC, NBC et CBS - n’ont diffusé AUCUNE information sur le déroulement de la convention ce jour-là . Pas une image, pas un seul commentaire sur un événement politique majeur à quelques mois des élections présidentielles aux Etats-Unis. Pour la première fois de (...)
21 
« SIN EMBARGO » - Paroles cubaines sur le blocus (et le reste aussi) - Préambule - 1/13
PREAMBULE « Un microphone ? Hum... » Ca y’est, deux jours à la Havane et je commence à me sentir comme un fucking Chevalier de la Table Ronde à la recherche du Graal. Oui, j’ai besoin d’un microphone, avec une petite prise, pour le brancher là. « Tu veux acheter un microphone ? » Ben oui, à peine arrivé, le mien est tombé en panne, alors j’ai besoin d’un microphone. « Oui, oui, je comprends. Un microphone... ». Je suis dans un centre culturel. Un grand centre culturel. J’ai l’impression de voir des (...)
CUBA : modèle de résistance ou résistance d’un modèle ? (conférence/débat audio)
Conférence de Viktor Dedaj, animateur du site "Le Grand Soir", sur le Libre Teamspeak le 4 Décembre 2011. Notre conférencier nous explique enfin la vérité sur Cuba, sur son régime, et démonte minutieusement toute la propagande des États-Unis contre Cuba. Une conférence aussi excellente qu’indispensable. L’exposé initial de Viktor Dedaj dure une quarantaine de minutes et est suivi de deux heures de questions/débat avec les auditeurs. - http://lelibrets.blogspot.com/ Le compte Youtube ayant (...)
22 
Vos dons sont vitaux pour soutenir notre combat contre cette attaque ainsi que les autres formes de censures, pour les projets de Wikileaks, l'équipe, les serveurs, et les infrastructures de protection. Nous sommes entièrement soutenus par le grand public.
CLIQUEZ ICI
© Copy Left Le Grand Soir - Diffusion autorisée et même encouragée. Merci de mentionner les sources.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle du Grand Soir

Contacts | Qui sommes-nous ? | Administrateurs : Viktor Dedaj | Maxime Vivas
Le saviez-vous ? Le Grand Soir a vu le jour en 2002.